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Résumé géographique de la péninsule ibérique , contenant les royaumes de Portugal et d'Espagne, par M. le colonel Bory de Saint-Vincent,..

De
588 pages
A. Dupont et Roret (Paris). 1826. XIV-575 p. : carte ; in-18.
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COLLECTION
DE
RÉSUMÉS GÉOGRAPHIQUES.
TOME III.
Le prix de chaque Résumé sera déterminé d'a-
près la grosseur du volume.
1
*
"-". *■
DE L'JMPRIMERIE DE LACHEV ARDIERE FILS',
BUE DU COLOMBIER, H. ÔO, A PABIS.
COLLECTION
DE
RÉSUMÉS GÉOGRAPHIQUES,
ou
BIBLIOTHÈQUE PORTATIVE
DE GEOGRAPHIE PHYSIQUE,
HISTORIQUE ET POLITIQUE, ANCIENNE ET MODERNE,
sous LA DrnrcTiott DE M. LE COLONEL
BORY DE SAINT-VINCENT,
COBREGPONDANT DB L'INSTITUT,
AKCTUJJNEHBIST ATTACHÉ AU DLPOT DE LI GUFIKRK.
AVEC DES CARTES
INRCSEHES PAR LE COLONEL ET A. V. PBRUOT.
PARIS,
> AMBROISE DUPONT ET RORET, ÉDITEURS,
QUAI DES AUGUSTINS, H. 37;
URBAIN CANEL, RUE SAINT-GERMÁll'I'-DES-PRBS, lt. g.
1826.
RÉSUMÉ GÉOGRAPHIQUE
DE LA
, ,
PÉNINSULE IBÉRIQUE,
CONTENANT M S ROYAUMES
DE PORTUGAL ET D'ESPAGNE,
PAR M. LE COLONEL
i BORY DE SAINT-VINCENT,
CORRESPONDANT DE L'INSTITUT ,
ANCIENNEMENT ATTACHÉ AU DÉPÔT CE LA GUERRE.
Orné d'une Carte dressée par t'duteur.
TABLE.
DÉDICACE A M. ARNAULT, ex-acadé-
micien. page j
SECTION PREMIÈRE.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
CHAPITRE PREMIER.
Aperçu général. »
CHAPITRE II.
Des montagnes. 12
S I. Système pyrénaïque. ib.
S II. Système ibérique. m i5
� III. Système carpétano-veltonique f 22
§ IV. Système lusitanique. 26
§ V. Système marianique. 29
§ VI. Système cunéique. 34
§ VII. Système bétique. 35
CHAPITRE III.
Des versants, des grandes régions-phy-
siques et des climats de la Péninsule. 42
§ I. Versant cantabrique ou septentrional. 43
§ II. Versant lusitanique. 49
S III. Versant ibérique. 54
§ IV. Versant bétique. 5g
§ V. Grandes régions physiques. 67
§ VI. Des deux climats naturels de la Pé-
ninsule. 74
VIII TABLE.
CHAPITRE IV.
Des cours d'eau et de leurs bassins. 79
§ I. L'Èbre. 80
§ II. Le Guadalquivir. 84
S III. Le Guadiana. 90
IV. Le Tage. 98
S V. Le Duéro. 105
§ VI. Le Mino. 11a
§ VII. Fleuves du second ordre. 112
SECTION II.
GÉOGRAPHIE HISTORIQUE.
CHAPITRE PREMIER.
Des Aborigènes de la Péninsule. 116
CHAPITRE II.
Des Phéniciens et des Carthaginois. i58
CHAPITRE III.
Des Romains et des peuples du Nord. i4o
CHAPITRE IV.
Domination musulmane. 151
SECTION III.
GEOGRAPHIE POLITIQCB.
CHAPITRE PREMIER.
Royaume de Portugal.
S I. Données générales. îfu
S II. Province d'Entre-Duéro-y-Mino. 19.1
TABLE. IX
S III. Ti;as,-Ios-Montes. 197
§ IV. Béira ou;Beyra. 200
SV. Estréinadoure. 206
§ VI. Alentéjo. 219
S. VU. Algarves. 22D
CHAPITRE Il.
De l'Espagne.
§ I. Données générales. 229
Combats de taureaux. 258
Auto-da-fés. 258
Population. 267
Routes. 2?5
Canalisation. - 279
Administration. 280
Religion et Saint-Office. 285
Expulsion des Maures. 291
Gouvernement. 3uo
Revenus. 5o4
Forces de terre. 306
Ordres militaires et honerifiquer' 3i4
Forces maritimes. 316
Sciences et littérature. 318
Beaux-arts. 358
Ouvrages à consulter sur l'Espagne. 366
s II. Province de Galice. 370
§ III. Principauté des Asturies. 385
S IV. Royaume de Léon. 3g3
* Au nord du Duéro. 594
H Au sud du Duéro. 405
S V. Vieille-Castille. 411
* Province de Burgos. -415
H Province de Soria. 420
*** Province de Ségovie. 421
'tH'" Province d'Avila. 428
X TABLE.
§ VI. Nouvelle-Castille. 451
* Province de Madrid. 435
** Province de Guadalaxara. 444
*" Province de Cuenca. 446
**** Province de Tolède. 448
§ VII. La Manche. 454
§ VIII. Estrémadoure. 460
* Au nord du Tage. 461
** Entre le Tage et le Guadiana. 4§3
*** Au sud du Guadiana. 467
§ XI. Andalousies. 472
* Royaume de Jaen. 477
** Royaume de Cordoue. 483
*** Royaume de Séville. 488
**** Royaume de Gren?de. 5oa
S X. Royaume de Murcie. 515
§ XI. Royaume de Valence. 522
SXII. Principauté de Catalogne. 555
§ XIII. Royaume d'Aragon. 546
* Au nord de l' Èbre. 553
** Au sud de i'Èbrc. 555
§ XIV. Royaume de Navarre. 559
§ XV. Provinces Vasctmgadcs. 562
* Alava. 564
*• Riscaye. 565
*** Guipuscoa. 566
§ XVI. Royaume de Majorque. 567
* Majorque.——-~ 569
mino; 573
*'* Ivice^FÏtyùs?ses/>\
El LÀ tifrlX J HATIbHCS.
A M. ARNAULT,
CI-DEVAIIT DE L'ACADEMIE FRANÇAISE.
MON- ami,
V ous avez daigné agréerja dédicace
d'un ouvrage dont celui - ci, comme
vous l'indiquera son titre , est en
quelque sorte, sous une autre forme,
l'extrait revu, corrigé et augmenté.
Lorsque j'ai entrepris la collection
des Résumés de Géographie, dont je
vous présente le troisième volume,
j'ai formé le projet de ne recourir
qu'aux meilleures sources. Certaines
personnes pourraient trouver qu'il y a
présomption de ma part à puiser dans
XII DÉDICACE.
mes propres écrits. Mais vous avez
daigné dire beaucoup de bien de mon
Guide du voyageur en Espagne; le
premier de nos géographes , dans
deux articles aussi étendus que favo-
rables , n'y a trouvé à redire que son
titre, qui effectivement était trop de
circonstance : de pareils témoignages
m'ont déterminé à choisir mon propre
- livre pour base d'un nouveau travail,
- où la géographie doit être considérée
d'après de nouvelles divisions.
Vous trouverez ce petit volume
écrit en conscience, selon mon habi-
tude , et, autant que j'ai pu, de façon à
le rendre lisible même pour les per-
sonnes que l'étude des sciences exac-
tes rebute, encore quelles aient le
bon esprit de sentir combien il est
important d'en acquérir des notions
justes. Mon principal but, dans le
plan tracé pour la rédaction de l'uni-
DÉDICA CE. XIII
a.
versalité des volumes de ces Résumés,
est de rattacher la géographie à tout
ce qui peut en faire disparaître la
sécheresse, sans néanmoins souffrir
qu'on s'y égare dans un amas de dé-
tails étrangers, ém pruntés sans dis-
cernement, et pour alonger des feuilles
d'impressions, à des branches de nos
connaissances qui n'ont point de rap-
port direct avec l'histoire du globe.
Les sciences collatérales ne doivent
être interrogées qu'autant quelles peu-
vent faire jaillir quelques lumières sur
la science qu'on traite.
Daignez donc agréer ce nouvel
hommage d'un nouvel essai sur le
malheureux pays à l'académie du-
quel , si cette académie peut exister
encore, vous n'appartenez probable-
ment pas plus aujourd'hui qu'à celle
dont votre nom, avec celui détienne,
soutenait naguère l'éclat au milieu
XIV DÉDICACE.
de nous. Votre destinée académique
serait-elle donc partout celle de ces
grands hommes, l'honneur de Rome
antique, dont on se rappelait d'autant
mieux la gloire , que leurs images
manquaient à certaines funérailles cé-
lébrées au temps du despotisme hon-
teux sous lequel était tombée la reine
des cités ?
Veuillez agréer, mon cher ami,
avec la Dédicace de mon nouveau
livre, l'assurance des sentiments d'at-
tachement et de respect avec lesquels
je suis tout à vous,
BORY DE SAINT-VINCENT.
Paris, ce f janvier 1826,
PENINSULE IBÉRIQUE
CONTENANT LES ROYAUMES
DB PORTUGAL ET D'ESPAGNE.
SECTION PREMIÈRE.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
CHAPITRE PREMIER.
Aperçu général.
La conformation naturelle de l'Espagne
et celle du Portugal sont tellement ana-
logues, que la politique, qui en fit deux
royaumes, ne saurait parvenir à en faire
deux contrées distinctes, dans le sens où se
doit prendre le mot conlrée en géographie
physique ; aussi, pour traiter des deux
états, suivrons-nous dans ce Résumé te.
i
a RÉSUMÉ
marche que nous avons autrefois , et le
premier, indiquée, quand nous publiâmes
une description assez étendue de ces ré-
gions singulières, jetées entre l'Europe et
l'Afrique, environnées par la Méditerranée
et par l'Océan , comme pour participer à
toutes les influences de deux continents
si distincts , et de deux mers si différentes.
Nous appellerons donc aujourd'hui, comme
alors , Péninsule Ibérique , cette étendue
de terre, bornée continentalemmt au
nord par la France méridionale, qui,
de l'îlette de Tariffa, par 360 o' 5o" , s'é-
tend jusqu'au cap Ortegal, au 43° 46' 40" de
latityde septentrionale, et du cap de la
Rocca, situé sous le 7° 141 de longitude à
l'ouest de Ténériffe, jusqu'au cap Creux,
sous le 190 5o' Sa figure serait à peu près
celle d'un carré, sans la saillie qu'y for-
ment la Catalogne dans la Méditerranée , au
nord-est, et l'Andalousie , vis-à-vis l'Afri-
que , au midi. Les premiers géographes
comparaient cette figure à celle d'un cuir
de bœuf étendu sur le sol. L'idée d'une
telle ressemblance prouve qu'on n'avait
chez les anciens que des notions confuses
DE LA PÉNINSULE IBERIQUE. 5
sur la fprme des pays qu'on pense avoir
été le mieux connus de lgur temps.
On peut évaluer la surface totale de la
péninsule à dix-huit mille deux cent
quatre-vingt-seize lieues carrées, de vingt
au degré, dont trois mille quatre cent
trente-sept et demie pour le Portugal , et
quatorze mille huit cent cinquante-huit et
demie pour l'Espagne. Les nuits et les
journées les plus longues y sont, vers les
parties méridionales, de quatorze heures
trente minutes, et dans le nord , de
quinze heures un quart, tandis que la diffa.
rence de méridiens, entre les rives orien-
tales et celles de l'occident, étant de cin-
quante minutés cinquante-quatre secondes
en temps, lorsque les montres marquent
en Catalogne midi ou minuit, il n'est en-
core que onze heures neuf minutes et six
secondes en Galice et en Portugal.
Nul point de la surface du globe ne fut
aussifavorisé de la nature, et dispose plus
avantageusement, dans l'état de civilisation
de l'espèce européenne , pour atteindre au
dernier. degré de prospérité. Une chaîne de
montagnes considérable en protège la sû-
4 RÉSUMÉ
reté contre le continent dans une étendue
de quatre-vingt-douze lieues de frontiè-
res faciles à défendre. Un développement
de plus de six cent cinquante - six lieues
de côtes , au contraire, y présente d'excel-
lents ports sur deux mers , comme pour
appeler le commerce de toutes les par-
ties du monde. Un climat chaud et varié
permetauxproductions dela zone tempérée
et des tropiques mêmes de se confondre à
la surface d'un sol qui semble ne pouvoir
rien refuser, et dont les principales ri-
chesses sont : toutes les espèces de graines
céréales de la meilleure qualité , y com-
pris le riz et le maïs ; une multitude de
légumes, entre lesquels on cite la garbanse
( cicer arietinum. L. ); des vins rouges ou
blancs, secs ou liquoreux; des eaux-de-vie;
l'huile et des olives préparées; le sucre; des
fruits exquis confits ou secs, dont les prin-
cipaux sont le raisin, des figues, l'amande,
la pistache, et la noisette; des citrons, des
orapges, douces ou amères; jusqu'à des dat-
tes et leurs palmes; du liège; des bois de
pins et de chênes en quelques lieux monta-
gneux ; la sparterie, le chajivrc le lin , le
DE LA PÉNINSULE IBERIQUE. 5
i.
coion et la soie ; la cire , le miel, le lermès,
la noix de galle, la gaude , le pastel , le su-
mac et le safran; des produits de pêche aussi
bien préparés qu'on le sait faire en Pro-
vence ou bien en Hollande; des laines admi-
rables, provenant des plus beaux troupeaux
du monde ; toute sorte d'animaux domes-
tiques des meilleures races, surtout parmi
les cuevaux; le sel, la bariUe, des marbres
de la plus éclatante richesse; le soufre , le
cinabre et le mercure ; le fer , le plomb ,
le cuivre , l'étain, l'argent, même l'or.
Des cours d'eaux et quelques prairies
dans les vallées; la fertilité du terrain,
partout où l'imprévoyance ne l'a point laissé
se dépouiller ; tout, sous cet heureux ciel,
semble calculé pour seconder les efforts
d'une nation agricole, industrieuse ctnavi-
gatrice. Cependant les institutions y con-
trarient la nature, et nulle étendue de l'an-
cien-Monc\e n'offre, à quelques exceptions
près, un aspect plus nu, plus misérable que
celle qui devrait être la plus belle partie de
l'univers, si l'homme ne se fût obstiné à
négliger les avantages qui lui étaient pro-
digués à sa surface.
6 RÉSUMÉ
Jusqu'ici, la configuration géographi-
que de la péninsule n'avait pas été mieux
rendue par les auteurs de cartes , que ce
beau pays n'avait été administré par ses
maîtres. On reproduisait sans cesse les
feuilles vicieuses de Lopez, publiées à
Madrid , et dans iesquelles rien n'est moins
conforme à la réalité que la façon dont on
distribua les montagnes ; et comme les er-
reurs , une fois admises , se répètent avec
un respect qu'on a rarement pour la vérité,
les cartes d'Espagne et de Portugal qu'on
publiait naguère même reproduisaient
scrupuleusement les chaînes fictives sous
les ramifications desquelles on écrasa si gra-
tuitement les deux royaumes dans presque
toute leur étendue. Nous avons le premier,
en 1823, signalé de telles imperfections , et
publié une carte physique , où chaque
chose fut remise en son lieu; cette carte
a été favorablement accueillie du public
et par les savants officiers du dépôt de la
guerre, qui paraissent en avoir adopté les
principes dans un grand travail que pré-
pare l'habile , infatigable et modeste co-
lonel Jacotin.
DE LA. PÉNINSULE IBÉRIQUE. 7
C'est particulièrement pour séparer les
versants qui se déchargent dans la Médi-
terranée et ceux dont les eaux s'écoulent
vers l'Océan que la gravure semblait s'être
complue à multiplier les pics, les crêtes,
les précipices et les enlacements de rochers
sourcilleux , en un mot, tout ce que J'ar-
tiste a de moyens pour rendre une physio-
nomie montagneuse des plus âpres ; cepen-
dant, comme on le verra dans le cours de ce
Résumé, de vastes plaines où les gouttes de
pluie, indécises sur le choix de leur route,
semblent d'abord demeurer en suspens en-
tre deux mers opposées, s'étendent précisé-
ment où devraient se rencontrer les Alpes
supposées. Trompé par de telles indica-
tions , le militaire calcule sur des obstacles
ou sur des points de défense qu'il ne doit
pas trouver; le naturaliste rêve un terrain
coupé, propice aux recherches qui l'ocou-
pent, mais qui se métamorphose en une
aride et horizontale étendue j enfin, le
voyageur , qui craignait de parcourir
des chemins dangereux, est tout étonné
de rencontrer des routes ouvertes et com-
modes.
g RÉSUMÉ
Une chaîne principale , d'où partiraient
toutes les autres , n'existe ni en Espagne
ni en Portugal ; et sept systèmes distincts
de montagnes, qui furent peut-être autant
d'îles que l'abaissement des mers réunit
autrefois les unes aux autres, constituent
maintenant la charpente du pays. Ces sys-
tèmes seront désignés par les noms de
1" PyBENAlQUE. P- I J--
2° Ibérique I~>-
3° CARPÉTAJSO-VETTONIQUE. 22.
4° LUSITANIQUÈ 26.
5° MARIANIQUE. 29-
6° CUNÉIQUE. 34.
7° BÉTÍQUE. * 35.
Des PARAMÉRAS, sorte de plateaux inté-
rieurs , souvent considérables, et toujours
fort élevés, s'étendent entre plusieurs par-
ties de ces sept systèmes de montagnes ou
vers leur faîte, et font que la hauteur de ces
systèmes ne se présente pas toujours sons un
aspectaussi majestueux que le font ordinai-
rement les chaînes considérables. Les plus
remarquables de ces solitudes sont celles
DE LA PÉNINSULE IBERIQUE. (J
d'Av.ila et de la province de Soria; vastes
steppes dépouillées, arides, brunâtres ou
d'un vert noir, monotones, silencieuses,
battues des vents, comme dédaignées par
la belle saison, sujettes au plus insidieux
mirage et qui ressemblent parfaitement, à
leur élévation près dans la région des, nua-
ges , à ces landes aquitaniques, qui sont les
parties les plus tristes mais les plus basses
de laFrance. L'espace situé entre l'Èbre su-
périeur et les sources de la Pisuerga, di-
vers sommets des Pyrénées, les monts Ibé-
riques, Lusitaniques et ceux de Grédos
en contiennent encore beaucoup, sur les-
quelles on se croirait transporté dans
les déserts culminants de la Tartarie cen-
trale.
Quatre grands versants généraux, dont
les limites sont souvent presque inappré-
ciables à l'œil, sont déterminés par les
pentes dé tels plateaux , peut-être plus en-
core que par les principaux groupes de
monts que nous venons d'indiquer ; ces
versants, dont les noms sont empruntés
de la géographie ancienne ou de Leur
exposition , sont -
10 RÉSUMÉ
ilo Le CANTABRIQTJE OU septentrional. p. 43
2° Le LUSITANIQUE ou occidental. 49
3° L'IBÉRIQUE ou oriental. 54
4° Le BÉTIQUE ou méridional. 59
Chacune de ces quatre régions physi-
ques présente, ainsi qu'on le verra lors-
que nous la décrirons à son tour, une phy-
sionomie particulière. Outre la masse des
productions qui sont communes à tous, cha-
que versant en possède qui lui sont pro-
pres , et, jusque chez les hommes, l'ex-
position générale semble avoir imprimé
un cachet original. On y reconnaîtra ,
sur de petites étendues de l'ancien Monde,
une sorte de représentation des quatre
grandes parties du globe: constitution heu-
reuse, qui forme de la péninsule ibérique
un abrégé de l'univers entier, où l'agricul-
ture encouragée rassemblerait facilement
l'immensité des créations disséminées à la
surface de l'univers -, et dont la réunion
pourrait, selon l'analogie, mériter encore
aux quatre versants généraux les noms
d'EUROPÉEN, d'AMERICAIN , d ASIATIQUE Ct
d'AJRÏCAIN.
DE LAPÉNINSVLE IBÉRIQUE. 1 1
Ces quatre versants sont arrosés par
de nombreux cours d'eaux_, dont les sui-
vants peuvent être considérés comme du
premier ordre :
Ï°L'ÈBRE. p. 80
2° Le GUADALQOIVIR. - 84
3° Le Gu ADIAN A. 90
4° Le TAGE. 98
5° Le DUERo. 105
-6' LE Miiigo 110
Cependant ces fleuves ne seraient en-
core que de médiocres rivières, si l'on
prétendait les comparer aux fleuves majes-
tueux de l'Asie , de l'Afrique ou des deux
Amériques; a peine égalent-ils ceux de
la France. Le premier seul se dégorge
dans la Méditerranée, en coulant vers le
levant; les cinq autres, qui courent à
l'occident, tombent dans l'Atlantique.
j 2 « RÉSUMÉ
- CHAPITRE II.
Des Montagnes.
SI.
LE SYSTÈME PÏRÉNMQUE sépare d'abord.
L la France de l'Espagne, ses points sail-
lants établissent assez exactementles fron-
tières Ses deux royaumes. Des plaines du
Roussillon et du cap Creux, le plus orientai
de la péninsule, naissent ses racines, ou
premières pentes méditerranéennes. Des
sources de la Nive, qui vient a Bayonne
se jeter dans l'Adour au côté opposé de
l'Aquitanique, la chaîne se contourne
légèrement ; courant toujours vers l'ouest,
parallèlement et à une petite distance
des côtes du golfe de Gascogne, elle
sépare le veîSnt cantabrique du lusi-
tanique; elle s'étend ensuite jusqu'en Ga-
lice, où, se ramifiant en tous sens, elle
DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE. 15
2*
pénètre par ses contre-forts méridionaux
dans les deux provinces du Portugal, qui
sont situées au nord du Duéro inférieur.
Ce système est, d'une extrémité à l'autre,
de constitution granitique ; on peut le di-
viser en cinq masses distinctes : i - la mé-
diterranéenne ( orientale ), dont le point
culminant est le Canigou , de huit cents
toises environ de hauteur au-dessus des
mers ; séparée de la suivante par la Ger-
dagne , d'où naissent, pour s'écouler sui-
vant deux pentes opposées, le Têt et la
Sègre; 2° l'Aquitaniqué, où la Garonne
et l'Adour prennent leur source dans des
monts à glaciers , pour couler en France :
plusieurs sommets , parfaitement décrits
par M. Ramond, non moins grand natu-
raliste qu'excellent écrivain, ont plus de
dix-sept cents toises d'élévation ; 5° la
Cantabrique (centrale), charpente des
provinces vascongades , séparée de la sui-
vante par les sources de l'Ébre y 4° l'Astu-
rienne , presque aussi haute que l'Aquita-
pique, coupée à pic du côté du sud, qui re-
garde le royaume de Léon; 5° enfin la
Portugaise (occidentale), celle dont les
14 RESUME
ramifications s'étendent vers l'embou-
chure du Ducro.
Les deux grandes routes principales qui
mettent en communication Bayonne et Ma-
drid, Perpignan et Barcelone , traversent
les frontières pour traverser ensuite ce sys-
tème Pyrénaïque: la première à l'orient,
entre Orogne et Irun, par le pont de la Bi-
dassoa ; la seconde au levant, entre Belle-
garde et la Jonquière. Quatre routes secon-
daires coupent la chaîne : de Saint-J ean-
Pied-de-Port à Roncevaux ; de Lescun à
Jaca, par le port de Canfran ; de Bagnères-
de-Luchon à Vénasque, par le col de ce
nom , et de Mont-Louis à Puycerda , dans
la Cerdagne. Plus de quatre-vingts petites
communications , à peu près impraticables
même dans la belle saison, y facilitent
néanmoins la contrebande.
Le Val d'Aran, qui, dans ces montagnes,
fait politiquement partie de l'Espagne,
n'appartient pas physiquement à la pénin-
sule , il dépend du versant aquitanique ,
du reste entièrement français.
A l'ouest du grand chemin, de France
qui coupe la haute chaîne pyrénaïque,
DE LA PÉNINSULE IBERIQUE. 15
entre Mondragon et Vittoria, au col de
Salinas, se trouvent quatre autres routes
royales ; elles y mettent la capitale de l'Es-
pagne en communication avec les provin-
ces septentrionales. 1° Celle de Biscaye,
qui s'embranche entre Pancorvo et Mi-
randa, et se termine à Bilbao, par Or-
duna ; 2° celle qui va de Palencia à Saint-
Ander, par Reynosa; 30 celle qui conduit
de Léon à Oviédo, par la PoIa-de-Léna ;
4° enfin le chemin magnifique de Galice
qui, coupant un énorme contre-fort entre
Astorga etBenbibre, au port de Manzanal,
et un autre éperon Don moins escarpé,
entre Villa-Franca et Lugo, au col dePie-
drahita , se fourche à Betanzos , pour
aboutir sur la droite au Férol, et par la.
gauche à la Corogne. D'autres chemins
dangereux, et non moins impraticables en
hiver que ceux des Pyrénées aquitaniques,
ne méritent pas qu'on les mentionne dans
cet abrégé.
5 II.
LE SYSTÈME IBÉRIQUE semble s'unir
au suivant vers le sud de Soria, par
l6 RÉSUMÉ
les Paraméras, ou plateaux les plus éle-
vés de l'Espagne. En supposant cette
réunion, ce système pourrait être consi-
déré comme le noyau de la péninsule;
mais nous ne saurions consentir, en con-
fondant les choses qui présentent peu de
rapports, à regarder des plaines comme
des continuations de chaînes , et nous
distingueron exactement du système car-
pétano-Vettonique, celui que l'antiquité
nommait Idubéda, et qu'Autillon appela
Ibérique. Nous avons adopté cette der-
nière dénomination parfaitement conve-
nable..
La partie septentrionale de ce système
est le vaste et imposant amas de hauteurs
formé par les Sierra de Oca et de Moncayo,
si élevé, qu'on en distingue le faîte neigeux
desbas-fonds de Saragosse, comme des an-
fractueuses plaines de Burgos. Les sources
du Duero y prennent naissance; ses pentes
du nord portent leur tribut à l'Ebre : l'as-
pect de ses bases, l'austérité du climat de
ses Paraméras désolées, joints aux mouve-
ments de terrain qu'on rencontre sur la
grande route, entre Burgos et Briviesca,
DE LA PÉNINSUJJE IBÉRIQUE. I 7
2.
ainsi qu'entre PÈbre naissant et la Pisucrga,
ont fait considérer les sommets de Oca et
de Moncayo comme des ramifications des
Pyrénées, par ceux qui veulent absolu-
ment voir les Pyrénées partout, et jus-
qu'au cap de Gâte ; mais de légères iné-
galités, des coteaux plus ou moins rudes,
et de simples vallons qui donnent un peu
de mouvement à des plaines, quelque
élevées qu'elles puissent être , ne sau-
raient suffire pour métamorphoser celles-ci
€n contre-forts destinés à unir des monts
que la nature sépara par de grands cours
d'eaux, et que l'on ne pourrait mutuelle-
ment apercevoir de leurs sommets respec-
tifs. Autant vaudrait d'après une mappe-
monde du siècle dernier, où l'on pré-
tendit indiquer le rapport de toutes les
montagnes des deux hémisphères: cher-
cher le point de connexion des - Alpes
helvétiques et de l'Ecosse par une chaîne
de hauteurs qu'on ferait passer sous les
eaux du Pas de Calais.
Des monts ibériques septentrionaux
descend, vers le sud-est, la Sierra de Mo-
lina , qui se confondant avec les monta-
1 8 RÉSUMÉ
gnes d'Albaracin et de Cueuca , forme
comme une subdivision de hauteurs con-
sidérables qu'on pourrait distinguer sous
le nom dhespériques. Du nœud, ou point
culminant de cette réunion de sommets
énormes , naissent quatre grands cours
d'eaux qui s'échappent, chacun dans une
direction d'abord presque opposée. 1° Le
Guadalaviar, autrement dit la Turia , qui
se jette dans la Méditerranée à Vale-nce;
2° le Cabriel, qui grossit le Xujar ou
Jujar; 3° le Jujar lui-même, qui tombe
dafns la même mer que la Turia ; 40 le
Tage, célèbre, qui prend son cours vers
l'occident pour aller ensuite se perdreau
loin dans l'océan Atlantique. Ces monts
sont de constitution calcaire; de grands bri-
sements mettent en plusieurs endroits leur
structure intérieure à découvert. C'est
dans leur masse qu'existent çà et là, parti-
culièrement le long du Rio Alhambra, ces
antiques amas d'ossements fossiles , où des
auteurs, peu versés dans l'anatomie compa-
rée, ont cru distinguer des débris humains.
Personne -ne croit plus aujourd'hui à la
possibilité de pareilles reliques de nos pre-
DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE. 19
miers parents ; mais les collines et les lits
des torrents, où tant de restes de créatures
jadis animées ont été entassés par une
cause inconnue, ont attiré l'attention des
habitants peu instruits eux-mêmes qui ont
appelé ces sortes de cimetières de la vieille
création , las calaveras ( les squelettes).
Les grandes routes de Madrid en Navarre
et à Saragossé coupentle système ibérique
presque par le milieu , et ne s'élèvent pas
à moins de quinze à seize cents mètres
dans plusieurs points du trajet. De ce
groupe imposant s'abaissent vers la Médi-
terranée des chaînes plus ou moins con-
sidérables, déchirées par de fougueux tor-
rents qui s'y sont creusé des vallées, la plu-
part habitables. Il est de ces vallées d'une
profondeur extraordinaire, et qu'environ-
nent- des escarpements perpendiculaires.
Du nombre des hauteurs les plus âpres de
ces lieux bouleversés est cette Sierra
d'Espadan prolongée jusqu'à Murviedro ,
et que, selon le savant abbé Cavanilles,
on peut considérer comme une longue mu-
raille. Des bords de la mer jusqu'à Téruel^
suivant diverses directions du sud-est
20 RÉSUMÉ
au nord ouest, elle présente un amalgame
confus de pics menaçants et de plateaux,
souventcachés dans lesnuages, aux racines
et dans les interstices desquels circulent
mille ruisseaux, et des ravins tortueux qui
présentent partout l'aspect d'un inextrica-
ble et gigantesque labyrinthe ; les rayons
du soleil ne parviennent au fond de ce dé-
dale qu'alors que cet astre les darde per-
.pendiculairement. Ces lieux sont de consti-
tution jurassique ; on les dit cependant
féconds en mines diverses.
Entre le cours du Rio Cabriel, et celui
de la Turia , s'élève un autre embranche-
ment de monts non moins brisés et tout
aussi considérables ; on y a découvert de
nombreuses traces de volcanisation , et
particulièrement sept cratères qui ont été
assez bien décrits dans le Mercure espa-
gnol de 1807. C'est l'Auvergne de la pénin-
sule.
Les derniers contre-forts méridionaux
du système ibérique , prolongés vers le
sud, se groupent, se divisent, et s'égarent,
en quelque sorte, de la plus étrange ma-
nière , vers la partie littorale du royaume
DE LA PÉNINSULE IBERIQUE. - 21
de Murcie. Les deux grandes routes de
Valence à Madrid traversent le centre de
ces montagnes. Lorsque le voyageur ,
parti de la première de ces deux villes,
est parvenu au faîte des hauteurs ,
après avoir gravi entre des gorges souvent
tortueuses et difficiles, il est surpris dé"
n'avoir presque point à descendre , et re-
connaît que les revers occidentaux s'adou-
cissent insensiblement en s'effaçant dans
les régions élevées et centrales que com-
posent des plateaux plus ou moins étendus.
Divers contre-forts septentrionaux par-
tant aussi des monts hespériques , et se
dirigeant par les confins des royaumes
d'Aragon et de Valence vers l'Ebre,
comme pour lui fermer tout passage par
leur union avec des contre-forts méri-
dionaux descendus du système pyrénaï-
que,-imposent à ce fleuve, lorsqu'il a reçu
le tribut 'de la Sègre, un changement de
direction vers le sud. L'Ebre ensuite con-
tinue de couler au midi pour parvenir
dans la mer qui l'absorbe.
22 RÉSUMÉ
5 111.
LE SYSTÈME CARPÉTANO - VETTONIQUE ,
commence à se dessiner par sa partie orien-
tale , sur l'énorme plateau central dont le
système précédent couronne l'extrémité op-
posée; il s'étend sinueusement à peu près
du nord-est au sud -ouest. Sa principale
chaîne estétroite, mais généralement escar-
pée. L'une des Carpe Laniques de l'antiquité
était habitée par les Vettones, peuplade de
ses pe-ntes, d'où nous avons formé le nom
qui doit désigner ce système. Les maisons
royales de Saint-Ildefonse et de l'Escurial
s'élèvent ou plutôt se perdent sur les flancs
de son imposante masse, l'une du côté que
rafraîchit l'influence du septentrion, l'au-
tre sur celui que calcine le regard embrasé
du midi.
Le système qui nous occupe couvre et
protège la Castille nouvelle et l'Estréma-
doure , en -séparant ces provinces de la
vieille Castille ainsi que des provinces d'A-
velia et de Salamanque. On en distingue
une partie depuis Madrid, où, dans l'hiver,
elle envoie de furieuses tempêtes ; elle y pa-
DE LA PÉNINSULE IBERIQUE. 9.5
raît comme une énorme ceinture, qui, dans
l'été, augmente la chaleur de l'atmo-
sphère en réfléchissant toutes les ardeurs
que poussent contre ses pentes arides le
souffle pesant des Sirocos de l'Afrique, de-
meures élPuffants en traversant les plaines
brûlées delà Manche. Quelques points où
la neige persiste cependant durant certains
étés attestent la grande élévation des
crêtes de cette cordelière, qu'on peut di-
viser en trois principaux groupes: 10 l'O-
riental, entre les deux CastiJles, formé de
la Somo-Sierra et'du Guadarrama; 20le Cen.
tral, appelé Monts de Grédos, plus élevé
que tout le reste , et qui, garantissant l'Es-
trémadoure des vents du nord , présente un
petit glacier au lieu nommé Palacio del
MoroAlmanzor, outre des lacs dans le genre
de ceux de la Suisse, d'où s'échappent les
premiers affluents de la Tormès; 3° l'Occi-
dental , qui commence à la Pènâ de Fran-
cia (la roche française ), et se compose de
la Sierra de Gata, à la suite de laquelle
s'élève celle d'Estrella. entièrement portu-
gaise. Ces trois groupes sont assez sensi-
blement séparés ; le premier du second ,
«4 ®® RÉSUMÉ
par les pnrameras d'Avila, steppes qui
couronnent les escarpements de profon-
des vallées creusées par les eaux dans une
vaste et sauvage étendue; le second du troi-
sième , par la vallée du Rio Alagon , qui
coupe la chaîne de part en part, et qui,
tombant dans le Tage , va néanmoins pren-
dre ses sources dans le bassin du Duero.
Cette partie est celle où l'on trouve le plus
de bois et de grandes forêts , le reste des
monts de la péninsule étant généralement
dépouillé et aride.,. ,. M.~tt~ft
La charpente du système carpétano-
vetlonique est composée d'un granit
grossier de couleur grisâtre , dont la sur-
face se détruit aisément à l'air , et qui con-
tient dans sa masse des blocs arrondis
d'un granit plus dur et plus noir, de la
grosseur d'un biscaïen à celui d'une
bombe du plus fort diamètre. Cette roche
est celle dont est construit le palais-cou
vent de l'Escurial ; elle donne à ce monu-
ment , ainsi qu'aux façades des maisons qui
en sont toutes bâties dans les villes voi-
sines , l'aspect le plus sévère.
Trois grandes communications ou rou-
DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE. 25
3
tes royales coupent le système dont il -est
question. 1° Celle qui, de Burgos serend
à Madrid par Aranda etBuitrago," efa tra-
versant, un peu avant cette dernière ville ,
le'.col de Somo-Sierra , véritables thermor
pyles qu'illustrèrent une victoire de l'ar-
mée impériale française, remportée en no-
vembre 1808; 20 Celle qu'on-appelle in-
différemment de Castille ou de Galifce,
qui, profitant du point où la chaîne a le
moins d'épaisseur , conduit toujours de
Burgos dans la capitale , mais par Yalîa-
dolid et Ségovie , -en s'élevant et descen-
dant sur les pentes du col de Guadarra-
Ici la route est magnifique; un lidïi
en marbre y marque la séparation de deux
bassins contigus, et, de ce point élevé de
plus de seize cents mètres on distingue
d'un côté toute l'étendue de la nouvelle
Castille, et de l'autre une grande partie
de la vieille. Ce passage n'était pas moins
facile à défendre que celui de Somo-Sier-
ra; mais, dans l'hiver de 1808 , les Espa-
gnols le négligèrent, et les tempêtes , dont
1 empire y paraît comme établi, semblèrent
seules vouloir en interdire l'accès à des
26 RÉSUMÉ
troupes que les éléments seuls devaient
vaincre ; celles-ci, sous le commandement
dé Napoléon en personne, s'y trouvèrent
arrêtées en décembre, par un épouvan-
table ouragan qui renversa jusqu'aux pie-
ces de canon, en jetant au loin, de pré-
cipices en précipices , et fracassés, les té-
méraires qui l'osèrent affronter. 30 La der-
nière communication est celle qui met en
rapport Salamanque et Placencia, c'est-
à-dire les deux moitiés occidentales de
la péninsule , ou le bassin du Duero avec
celui du Tage, par le col de Banos. Cette
route est moderne ; plusieurs parties n'en
sont point encore achevées; ce qui en
est terminé serpente le long des pentes de
la vallée anfractueuse qui sépare les monts
de Grédos de la Pèna de Francia. Dans la
guerre, où le col de Soma-Sierra devint un
champ de bataille, celui de Banos fut aussi
ensanglanté'; le maréchal Ney y vainquit,
dans l'été de 1809, un corps anglo-portu-
gais, qui, sous les ordres du général Wilson,
disputait le passage avec opiniâtreté.
§ IV.
LE système lusitanique est beaucoup
DE LA PÉNINSULE IBERIQUE. 27
moins élevé que les trois précédents; nulle
sommité n'y présente de neiges éternelles,
et ses racines orientales s'effacent dans les
grands plateaux de la nouvelle Castille :
ce n'est qu'au sud , à quelque distance
de Tolède , qu'il se dessine paf les monts
auxquels on donne le nom de cette ville ,
%t qui s'élèvent entre le Tage et le Gua-
diana. Telle fut l'habitude où l'on était de
supposer une continuité parfaite chez les
systèmes de montagnes , même les plus
distincts , qu'on voulut trouver des points
non interrompus de connexion entre la
partie orientale des monts de Tolède, et
les pentes occidentales des monts de Cuen-
ca, que nous avons dit (p. 18) s'élever au
centre dusystème ibérique. Aussi les cartes
antérieures à celles que nous avons publiées
en 1823 indiquaient-elles fortement cette
jonction imaginaire, et supposaient-elles de
belles cordelières pour l'opérer, là oùlana-
ture n'étendit que de vastes et monotones
plaines^: espace sans la moindre ondula-
tion, où , comme l'avoue Antilloll, géogra-
phe espagnol, qui cependant y figurait
aussi des montagnes, l'on ne reconnaîtrait
"28 RÉSUMÉ
même pas les pentes générales du terrain ,
si cLes cours d'eaux presque indécis ne les
indiquaient vaguement.
Aux monts de Tolède, à l'ouest, succède
-la Sierra de Guadalupe, l'une des Carpéta-
niques de l'antiquité, célèbre par un cou-
vent de hiéronimites dont les richesses sont
immenses ; couvent où Charles - Quint f
après son abdication, se retira pour oublier
les brillantes illusions du monde. On a pré-
tendu néanmoins qu'il y regretta l'empire,
au milieu des exercices d'une dévotion
dont l'acte le plus singulier fut d'assister, vi-
vant, à sespropres obsèques. Ce prince se fit
placer dans un lugubre cercueil, fit chanter
sur lui l'office des morts , joignit sa voix à
celle des moines , et, saisi par une fièvre
ardente, à la suite de cette effrayante céré-
monie , il fallut en faire la répétition, pour
la dernière fois, peu de jours après.
Divers chaînons qui s'étendent dans le
Poilu gai, et dont les plus occidentaux
se ramifient vers le sud, terminent le
système lusitanique , dont un prolonge-
ment s'unirait à l'un des contre-forts du
suivant, si le Guadiana n'y avait, au. lieu
M LA PENINSULE IBERIQUE. 29
3.
nommé Serpa , mis obstacle par une bri-
sure brusque.
Une seule grande route , dite royale,
coupe la chaîne lusitanique à peu près en
deux parties égales, c'est celle qui de Ma-
drid , par Truxillo , conduit à Mérida, et
ensuite à Badajoz. De cette ville, par
Elvas, et à travers les hauteurs d'Estré-
mos en Portugal, la route poursuit jusqu'à
Lisbonne en recoupant la grande chaîne.
5 V.
LE SYSTÈME MARIANIQUE emprunte sou
nom de l'antiquité, qui en confondait
la plus grande partie sous la dénomination
de Montes Mariani. On n'y trouve pas
plus de sommets à glaciers que dans le pré-
cédent; les points les plus élevés n'y con-
servent guère de neige que durant neuf
mois tout au plus , ce qui, par la latitude
de ces lieux, n'en suppose pas moins de huit
à neuf cents toises d'élévation à peu près.
L'étendue du système marianique, pres-
que toujours mollement ondulée , décou-
verte et dont l'aspect ne présente que ra-
50 RÉSUMÉ
rement ce grandiose propre aux hautes
montagnes , se compose de pentes pour la
plupart insensiblement adoucies, s'éten-
dant au loin, revêtues d'une végétation de
cistes, de petits chênes à kermès, debruyè-
res, d'arbousiers, et autres arbustes serrés
à feuillage luisant ou obscur, ce qui va-
lut à la chaîne dont ces pentes dépen-
dent le nom de Sierra-Moréna, par lequel
on la distingue dans le pays, et qui cor-
respond à celui de Montagne noire. Les
cassures qu'on y distingue indiquent une
constitution toute schisteuse , et c'est dans
ce système que l'on trouve le plus de mi-
nes de mercure, de ploinb, d'argent et
même de l'or.
On ne peut pas dire que la Sierra-Mo-
réna sépare exactement les bassins conti-
gus de deux grands fleuves, car les af-
fluents de l'un des bassins , entre lesquels
s'élève la chaîne, semblent se complaire
à couper celle-ci, pour aller prendre leur
source dans l'autre bassin , et sur des
pentes opposées. Ici., les cours d'eaux
rompent si souvent à pic, pour les tra-
verser en tout sens, des montagnes peu
DE LA PÉNINSULE IBERIQUE. 5 1
liées, qu'on ne sait trop à quel groupe rap-
porter souvent tel ou tel contre-fort anomal
qu'isole quelque rivière ou même un sim-
ple ruisseau. Cette Sicrra-Moréna, si heu-
reusement entrecoupée, qui renferme dans
son épaisseur tant d'eaux abondantes, de
vallées arrosées fraîchement, d'excellentes
expositions, des abris contre les vents op-
posés, un humus profond accumulé dans
mille enfoncements fertiles,en un mot,tous
les éléments que peut offrir un terrain favo-
risé à la plus exigeante agriculture, est in-
culte, pauvre, ou déserte. Quelques bes-
tiaux y errent çà et là sous la conduite de
pâtres à demi sauvages ; des brigands y
cachent leurs repaires en sûreté, etle voya-
geur ne la parcourt que tremblant, en se
tenant sur la défensive.
La grande route de Madrid à Cadix,
dite des Andalousies, après avoir traversé
le plateau de la Castille nouvelle et de la
Manche, coupe le système marianique dans
l'une de ses parties plus étroites, mais en
même temps des plus élevées; on y a pro-
fité de l'embrasure naturelle , formée par
un précipice appelé Despeiia-perros ( pré-
5 SI RÉSUMÉ
cipite chiens ) , pour pratiquer l'un des
plus beaux chemins du monde : ce passage,
où peu de troupes suffiraient pour arrêter
une armée nombreuse , ne fut guère dis-
puté aux Français, lorsque , dans l'hiver
de 1809 à 1810, le maréchal Soult, après
la mémorable bataille d'Ocana , gagnée
aux confins de la Manche , conduisit dans
une sorte de promenade militaire et triom-
phale le frère de Napoléon au cœur des
provinces méridionales du royaume , qui,
à l'exception de Cadix, se soumirent aus-
sitôt sans résistance.
Une seconde communication non moins
belle est celle qui, par le col de Monas-
tério, met en rapport Séville et Mérida,
-c'est-à-dire les Andalousies et l'Estréma-
doure. Il existe encore divers chemins se-
condaires à travers la Sierra - Moréna ,
mais outre qu'ils sont peu sûrs, la plu-
part deviennent impraticables durant la
moitié de l'année, et sont souvent à peine
tracés.
C'est dans le sein de ces montagnes,
le long de la grande route de Madrid , au
temps où d'habiles ingénieurs établissaient
DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE. 55
cette communication telle que nous la
voyons maintenant, qu'un administrateur
éclairé, M. Olavide, intendant de Séville,
fonda des colonies d'étrangers conçues sur
un plan libéral, et qui prospéraient avec
une telle rapidité , qu'on put croire que ,
de proche en proche, la Sierra-Moréna
ne tarderait pas à se fertiliser entière-
ment. Singulier effet des institutions po-
litiques par lesquelles l'Espagne était ré-
gie, que cet empire, qui colonisait alors tant
de parties des deux Indes , eût besoin que
l'on colonisât son territoire européen! On
avait déjà vu aux temps les plus brillants
de la monarchie , et lorsque ses vaisseaux
explorateurs couvrant toutes les mers,
portaient des conquérants aux extrémités
de la terre, l'Espagne découvrir dans sa pro-
pre étendue, au cœur deses montagnes, des
peuplades, telles que celles des Batuécas
et des Patones, qui lui étaient demeurées
plus long-temps inconnues que les Amé-
ricains et les insulaires des Philippines.
Cependant 01 avide , après avoir colonisé
la Sierra-Moréna , et l'avoir ornée de riants
villages, fut atteint par l'inquisition, qui,
1
54 RESUMÉ
lui ayant infligé des peines humiliantes
et une longue captivité finit par le ban-
nir. iie captivité finit p,.ir le ban-
5 VI.
- LE SYSTÈME CUNÉIQUE est le moins con-
sidérable ; restreint aux montagnes qui,
dans le sud du Portugal, séparent le
royaume des Algarves de la province d'A-
lentéjo, il ne paraît au premier coup d'œil
qu'un dernier appendice occidental du pré-
cédent, qui se terminerai t au cap Saint-Vin-
cent, le Cuneus de l'antiquité; cependant
il est bien distingué par l'embouchure du
Guadiana, par son aspect particulier et par
sa constitution physique ; médiocrement
élevé , étroit, courant exactement de l'est
à l'ouest, formé de grès, on y distingue
des traces de puissantes révolutions vol -
caniques, et dans la Sierra - Caldérona
(chaîne à Cbauderons) surtout, de nom-
breux cratères, anciennement éteints, con-
servent toutes les apparences de la plus hi-
deuse fraîcheur. La nature de ces lieux est
celle des îles atlantiques ; on n'yest presque
DE LA PÉNINSULE IBERIQUE. 55
plus en Europe ; 'on s'y croirait à Madère
ou dans les îles Canaries.
§ VII.
LE SYSTÈME BÉTIQUE , tout vaste qu'il
est, n'est pas le plus considérable par son
étendue, mais il l'est, sans contredit, par
son imposante élévation, qui surpasse en
plusieurs endroits celle des plus sourcil-
leuses Pyrénées. Sous un climat déjà brû-
lant, il se couvre de neiges qui ne fondent
jamais, et qui finissent-par s'accumuler en
glaciers. La plus haute des cordelières qui
le forment se dirige de l'est à l'ouest, en
émettant divers contre -forts, dont celui
qui s'abaisse vers Gibraltar et Tariffa est
le plus méridional; ce prolongement cor-
respond aux monts africains opposés, le
détroit l'en sépare brusquement par des
coupures abruptes, et l'on y reconnaît, dès
le premier coup d'œil, l'effet de quelque
grande commotion physique.
De Cadix on distingue fléjà au loin,
vers le nord-est, les points occidentaux où
56 RÉSUMÉ
commence le système dont il est question :
ce sont d'abord les riants coteaux, graduel-
lement élevés les uns au-dessus des au-
tres, qui produisent les vins renommés
de Xérès , d'Espéra, de Borrios et de Pa-
jarète. Puis apparaissent les sévères monts
d'Ubrique, d'Algodoualès et de] Gastor,
entre lesquels surdomine le piton de San-
Christoval, rocher géant, qu'on aperçoit
de Séville même, quand on y monte sur
la tour appelée Giralda. Vient ensuite la
Sierrania- de - Ronda, des cimes de la-
quelle on distingue Gibraltar, comme un
gros caillou à demi plongé dans l'eau de
la plage. La ville qui donne son nom au
groupe de ces montagnes est déjà située à
près de mille mètres d'élévation , au milieu
de précipices effroyables et des traces d'un
fracassement général. Tout ici porte un
aspect particulier de confusion, de ren-
versement, etparaîtêtre un monument irré-
fragable de cette grande révolution ter-
restre dont un des résultats fut la cbute de
la Méditerranée dans l'Océan, à travers
l'épaisseur d'un vaste chaînon del'Atlas ;
car, On n'en saurait douter, le système
DE LA PENINSULE IBÉRIQUE. 57
4
bétique fut, ainsi qu'on le verra bientôt
(p. 117),l'une des dépendances des grandes
Alpes africaines, si célèbres dans la plus
haute antiquité et dans la mythologie.
La neige ne se fond que durant quatre
mois au plus , pendant les étés ordinai-
res, sur le pic de San-Ghristoval ; elle
ne disparaît pas tous les ans sur le point
culminant de la Sierrania de Ronda, où
se voit un petit ermitage , nommé Nues-
ti-a Sehora de las Nieves (Notre-Dame des
Neiges). Une rivière, Je Guadaljore, sé-
pare ce groupe à neiges de celui qui
se forme de la Sierra d'Araïs , du Torqual,
de la Sierra Priéta, de celle d'Alhama et
de la Sierra Téjada. Cette dernière est
aussi haute au moins que la Sierrania de
Ronda; quant au Torqual, c'est une lar-
ge. ceinture de rocs de mille formes et
de toutes dimensions, si confusément ou
si régulièrement entassés, que du fond
d'un labyrinthe inextricable , composé de
véritables rues, on s'y croirait dans une
ville déserte de titans, où plusieurs mo-
numents de cette race puissante seraient
demeurés debout entre d'autres monu-
58 RÉSUMÉ
ments ruinés, comme pour donner une
idée éternelle de ce qu'était l'architecture
chez ces audacieux enfants de la terre.
i On trouve enfin, après et vis-à-vis la
Sierra Téjada, la Sierra Névada (Corde-
lière des Neiges), immense dominatrice
de l'horizon , revêtue de frimas resplen-
dissants , dont la permanence commence
à trois mille cinquante et quelques mé-
tres de hauteur au-dessus du niveau de
la Méditerranée , qui baigne ses racines
méridionales. De ses cimes on aperçoit en
même temps la Sierra Moréna, distante
de plus de trente lieues vers le nord ,
et les côtes africaines qui sont au moins
à quarante-cinq lieues du côté du sud.
Le Mulahacen est le point le plus élevé
de-cette série de pics fièrement couronnés
de glaces éternelles; sa forme imposante
est tronquée vers le ciel, où il atteint à peu
près à la même hauteur que le fameux pic
de Ténériffe, c'est-à-dire à trois mille six
ou sept cents mètres au moins.
Le Picacho de Véléta est, après le Mu-
lahacen , le plus imposant de tous les
sommets de la péninsule : il n'a guère

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