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(Extrait du Breton du 20 et du 23 novembre 1830.)
Imprimerie de Mellinet.
1830.
RESUME
POLITIQUE.
N'EST-IL pas déplorable de voir nos ministres, nos
députés, tous gens qui aiment la France , perdre un
temps précieux à s'entrequereller, à se faire des com-
pliments ; ne feraient-ils pas mieux, en nous indi-
quant les causes des principaux événements qui se
sont succédé depuis 1589, de nous montrer la dif-
férence des temps, de nous donner les lois qui con-
viennent au moment actuel.
Ils pourraient nous dire que les déréglements de
quatre règnes (Louis XIII, le régent, Louis XIV
et Louis XV ) avaient presqu'entièrement détruit tout
respect pour les lois. Ce me'pris des lois, du mo-
narque passant aux courtisans et des courtisans au
peuple , le besoin de la résistance était devenu
général.
On ne supportait plus que difficilement les vieilles
coutumes du régime féodal, et il fut facile à des
ambitieux, à des mécontents, à des courtisans hu-
miliés, de soulever le peuple.
Toutes les vieilles institutions disparurent plus nu
moins violemment ; mais le gouvernement ne changea
pas de mains.
Le Roi, le vertueux Louis XVI, voulait le bien
de son peuple; il ne put le faire malgré sa. cour,
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malgré ses ministres et tous ses agents. Ces agents
humiliés, mécontents, dépuillés, ne purent se ré-
signer; ils opposèrent une résistance occulte ou pa-
tente à l'exécution des lois nouvelles, et cette ré-
sistence dut amener de nouveaux désordres , enfin
toutes les horreurs de l'anarchie , à laquelle même
ils poussèrent en désespoir de cause. Il ne leur fut
pas difficile de porter une populace grossière , tenue
dans l'ignorance et la superstition, à tous les désordres
qu'on désirait pour avoir occasion de les réprimer.
Ils ne le purent ; alors la crainte remplaça l'audace,
on s'éloigna. L'exemple de la cour entraîna les pro-
vinces et nous vîmes l'émigration.
L'Europe, coalisée contre la France, exigea d'elle
des efforts inouis qui augmentèrent encore le désordre;
rien ne fut plus capable d'arrêter les excès, et nous
eûmes la terreur de 1793. Cet effroyable désordre
fit sentir le besoin d'un gouvernement ferme; et l'on
fut bientôt tellement fatigué de cet état horrible et
precaire, qu'on ne songea plus à exiger les garan—
ties nécessaires pour la conservation de nos droits.
L'empire vint par sa gloire consoler la France.
Le caractère de Bonaparte ne pouvait que difficile-
ment se plier aux règles fixes, qui seules peuvent
assurer le bonheur du peuple; il le voulait cependant,
et cette volonté bien connue rassurait; d'ailleurs,
l'enivrement de la victoire faisait illusion, il nous
cachait le précipice. La passion de la guerre, que
l'Empereur ne pouvait vaincre, épuisa notre popu-
lation, et l'Europe fatiguée de nos conquêtes, hu-
miliée , désespérée , profita d'un revers, se leva,
fondit en masse sur la France, et la restauration
eut lieu sans qu'on y pensa.
La masse des Français ne conservait qu'un bien
( 3 )
faible souvenir des Bourbons , et Louis XVIII com-
prit que, pour calmer les craintes que leur nom
pouvait réveiller, il fallait donner aux Français les
garanties qu'on exigeait.
Le favori, les courtisans s'indignèrent de cette con-
descendance, en firent honte au monarque , et la charte
fut octroyée, elle le fut de mauvaise grâce.
Cependant Louis XVIII sur le trône sentit plus
que jamais l'utilité de cette charte, qui n'était que
l'expression de ses anciennes opinions; mais il fut
souvent contraint de la laisser enfeindre; enfin de
la violer lui-même, par les diverses modifications
qu'il laissa faire au mode des élections, par de nom-
breuses restrictions à la liberté de \a presse , etc.
La noblesse aspirait à reprendre son rang, à ravoir
ses richesses ; elle se rattacha à la cour , aux intri-
gues, fit un dogme de l'absolutisme opposée à son
essence; comme les courtisans elle avait besoin de
ce dogme pour régner sur le monarque et disposer
à son gré des trésors et des honneurs. Charles X
que nous avions vit partager la vaniteuse hauteur et
tous les vices de la cour, était son idole.
Devenu dévot, on lui conseilla comme à Jacques. II
de prendre le vernis populaire; il abolit la censure ;
il jura la charte qu'il promettait de détruire; cela
lui réussit comme à Jacques II, et , comme lui, il
fut contraint à fuir.
Dépuis la restauration , la France avait joui dé quel-
ques institutions qui, bien qu'incomplètes , garantis-
saient ses droits, et la nation s'y était d'autant plus
attachée , qu'elle voyait qu'on les attaquait sans cesse,
et qu'on faisait des efforts constants pour les lui
ravir.
Les nouveaux" favoris du roi tourmentèrent sans
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ménagements tous ceux qui apportaient la moindre
résistance à leurs projets; les plus zélés défenseurs
du trône, les serviteurs les plus dévoués, les amis
du prince même, personne ne fut épargné, et le
joug s'appesantit sur les masses, dès qu'on les crût
soumises et domptées ; alors on exigea une violation
manifeste et publique de la Charte. Cette violation,
qui flattait les inclinations du monarque, s'obtint
facilement.
Mais le peuplé, auquel rien ne résiste , indigné,
s'est levé; il n'a point calculé le danger : il a vaincu.
Ce n'était plus le peuple ignorant et crédule de
1789, c'était le peuple de 1830 , qui, éclairé, grand,
généreux dans sa victoire, n'a pas voulu la souiller
de la moindre violence. Son respect pour la loi fut
si grand, que, même au moment du combat, il ne
voulut pas se faire justice lui-même ; il respecta son
ennemi vaincu, il protégea sa fuite.
La Charte que nous défendions depuis quinze ans nous'
était devenue cher; du moment de son établissement,
la France avait joui de plus de liberté qu'à aucune autre
époque; aussi D'y désira-t-on , n'y fit-on que les légères
modifications nécessaires pour en assurer l'existence. —
Pour remplacer le prince faible qui venait de se précipiter
du trôné par un aveugle entêtement, on eut recours à
un prince éclairé, qui avait toujours voulu la liberté,
qui, dans nos rangs', avait vaillamment combattu pour
elle , qui, mûri par l'adversité , nous était demeuré fidèle.
Les ministres et tous les agents du gouvernement insi-
dieux qui venait de tomber, comprirent qu'ils devaient,
comme lui, se retirer, ils abandonnèrent leur poste ; et
nous vîmes alors un phénomène sans exemple dans les
fasses du monde. Une nation de 32 millions d'âmes,
qu'on disait corrompue, sacrilége , impie, dont les lois
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sont sans force, qui n'a plus de magistrats pour réprimer
les délits, dont aucun des membres , au moment même
où il jouit de la plénitude de la liberté la plus absolue sans
craindre la répression , ne songe à commettre le moindre
désordre, à exercer la moindre vengeance, et tous ceux
qui venaient de vexer, de violenter, de faire des listes
de proscription, de s'offrir pour juges , pour bourreaux,
purent impunément rester tranquilles au milieu d'elle.
Qu'une telle nation est grande ! et qu'il est glorieux de
ne pas être séparé de sa masse, de ne pas être rangé
parmi ses oppresseurs.
Cependant une si grande dislocation , une désorgani-
sation si complète, a dû étonner, étourdir; les réfle-
xions ont dû jeter dé l'inquiétude, de la crainte dans les
esprits les plus fermes.
Mais, tandis que le prince, ami des libertés publiques,
reconstitue son gouvernement, le compose de ceux qui
ont défendu les droits du peuple , qui les. ont long-temps
médités, des têtes ardentes, qui rêvent un mieux ima-
ginaire , font des systêmes, cherchent à les faire pré-
valoir, elles agitent, remuent quelques petites masses.
Les ennemis du nouvel ordre s'agitent de leur côté.
Mais le bon sens des citoyens en fait justice; et, quoique
la loi n'ait encore qu'en partie recouvré ses organes,
elle est respectée. La chambre se complète et l'ordre-
renaît. Que faut-il faire pour le consolider pour assurer
à nous , à nos enfants surtout, toute la liberté, toute
l'indépendance dont l'homme en société puisse jouir ?
Il faut remarquer d'abord que le peuple plus instruit,
plus éclairé qu'en 1789, ne s'est livré, dans notre der-
nière révolution, à aucune des violences qui ont terni,
déshonoré la première. Ceci prouve que le premier
besoin du peuple est l'instruction, qu'elle adoucit ses
moeurs, développe ses facultés, élève l'homme au-