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L'ARIOSTE.
ROLAND FURIEUX
/f . .VINGT-, CHANTS TRADUITS EN VERS
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(^ :^P;ÀÈ. &.\ DESSERTEAUX
\ --,(■- ... >conseîHtf à la Cour impériale de Dijon (1).
On réimprime à l'envi nos plus anciens poêles,
ces épopées trop longtemps oubliées, où revivent
les vieilles et rudes moeurs féodales. Après cinq
cents ans, la littérature française a retrouvé ses
titres de noblesse et son droit d'aînesse, que lui
avait ravis l'Italie. On ne saurait trop le répéter,
en effet, c'est dans les chansons de gestes, ou, plu-
tôt, c'est dans les paraphrases en prose que l'on
en fit au XVe siècle, que le Tasse, Boiardo et l'A-
riosle ont puisé la matière de leurs poèmes. Mais,
tout en revendiquant pour notre pays le mérite
de l'originalité, ne soyons pas injuste pour ces
(1) Paris, Michel Lévy, 1865. — Dijon, Manière, place
d'Armes. Prix : 3 fr.
— 2 —
poètes ingénieux qui ont mis en oeuvre nos vieux
romans, et qui, pendant trois siècles, ont charmé
les esprits les pins délicats. Ce n'est, d'ailleurs,
pas le lieu de mettre en parallèle deux genres
aussi dissemblables que les épopées de nos trou-
vères, et les poèmes du Tasse etdel'Arioste, deux
génies aussi différents que le poète de Sorrente et
celui de Ferrare. Le temps des critiques jalouses
et exclusives est passé : il nous serait facile de
faire ressortir ce qu'il y a de jeunesse, d'élan, de
sincérité dans les oeuvres primitives des contem-
porains de Philippe Auguste et de saint Louis.
Ils ont peint en traits énergiques et vrais les
moeurs de leurs temps, l'inflexible loyauté des
anciens preux, les grandes luttes féodales, les
aventures des chevaliers en quête du Saint-Graal ;
tandis que, dans la Jérusalem et dans le Roland,
les douze pairs, les compagnons de Godefroy, ne
sont au fond que des contemporains des princes
italiens du XVIe siècle : la galanterie y a pris la
place de l'amour; les aventures fantastiques, les
coups de théâtre ne relèvent plus que de l'imagi-
nation et s'éloignent de plus en plus delà réalité,
qui fait le fond de nos chansons de gestes primi-
tives Quand tout cela serait vrai, les lecteurs,
qui cherchent dans les livres Une distraction
agréable ; auront toujours raison de préférer les
imitateurs aux originaux qui s'adressent plutôt
aux hommes d'étude qu'aux gens du monde.
Sans doute, encore, le Tasse est plus fidèle que
l'Arioste à la tradition héroïque et guerrière : la
Jérusalem respire un souffle généreux et chrétien
qui passionne le lecteur; tandis que l'Arioste nous
déroute sans cesse par des hors-d'oeuvre et des
à-parte, que le cardinal Hippoiyte d'Esté qualifiait
à la manière italienne. Cependant toutes les cri-
tiques du monde n'enlèveront pas le charme de
ces épisodes variés, de ces peintures si animées et
si brillantes qui éclosent à profusion sous le pin-
ceau du poète de Ferrare. Ne nous préoccupons
donc pas de savoir si l'Académie de la Crusca a
eu raison de le préférer au Tasse, tandis que les
beaux esprits français, Balzac, le Père Rapin et le
Père Membrun, avaient pour celui-ci une prédi-
lection marquée. Il faut nous en tenir à l'opi-
nion du sage Tirabosehi, admirateur des deux
poètes, et qui pensait qu'ils ont écrit dans des
genres différents dont la comparaison est impos-
sible.
Le dernier traducteur de Roland professe pour
l'Arioste et le Tasse une égale admiration. M. Des-
serteaux a publié en i 856 une traduction com-
plète de la Jérusalem. Après dix ans, il offre au
public vingt chants du poème de l'Arioste, tra-
duits octave pour octave. Plus de treize mille
vers ! Se rend-on bien compte des soins qu'a dû
coûter une oeuvre aussi considérable? S'assimiler
la pensée d'un auteur, du plus riche, du plus in-
génieux des conteurs ; modeler son vers sur le
sien, transvaser cette liqueur précieuse sans
qu'elle perde de son arôme ! Voilà la tâche que
M. Desserteaux a entreprise et qu'il availlamment
_ 4 —
accomplie. Il a passé vingt ans dans le commerce
assidu de la Jérusalem et du Roland ; nous pou-
vons, à notre tour, leur donner quelques heures,
sans regretter l'emploi de notre temps.
Si l'on compare ces deux traductions avec l'at-
tention qu'elles méritent, on pourra se convain-
cre que la dernière a exigé un travail plus difficile
et une main plus exercée que celle de la Jérusa-
lem.'La. strophe du Tasse est plus pleine, la pen-
sée s'enchaîne et se développe, elle a plus d'unité :
celle de l'Ariosfe, plus mobile et plus libre, ne
connaît aucune entrave ; il prend tous les tons ;
il passe du plaisant au sévère sans transition ; la
même strophe revêt toutes les nuances.
Montaigne, qui le jugeait sévèrement, dit de
lui qu'on le voit « voleter et sautiller de conte en
conte, comme de branche en branche.... » C'est
ce sautillement qui a fait plus d'une fois le déses-
poir du traducteur, tout aguerri qu'il est et quelle
que soit son habileté à manier l'alexandrin. Aussi
n'a-t-il entrepris la traduction du Roland qu'après
avoir assoupli son style. C'est ainsi que Roger a-
vait appris de la bonne fée Logistille à gouverner
l'Hippogriffe.
Elle dit à Roger comment il doit s'y prendre
Pour monter dans le ciel, sur la terre descendre,
Et comment se mouvoir en arrière, en avant,
Tout le manège enfin de l'art le plus savant;
L'excellent cavalier, de cette iaçon plie
A ses moindres désirs sa monture assouplie ;
— b —
Et d'une main habile, au vaste firmament,
De son coursier ailé règle le mouvement.
Cela semble fout simple ; cependant mettons
en parallèle le même passage écrit en prose par
le dernier traducteur de l'Arioste (1) :
« Elle enseigne à Roger la manière de le domp-
ler, dî le faire tourner, de le forcer à élever et à
abaisser son vol ; il apprend à le conduire dans
les airs aussi facilement qu'un coursier docile ga-
lopant dans la plaine. »
Il ne reste aucune nuance, la phrase est dé-
pourvue de variété et de mouvement. Et cepen-
dant il ne s'agit, dans l'exemple que j'ai pris au
hasard, que d'une idée assez ordinaire et de quel-
ques détails techniques qui sont plutôt du domai-
ne de la prose. Voyons maintenant ce que de-
vient la véritable poésie sous la plume des deux
traducteurs. Je choisis d'abord une de ces compa-
raisons qui font tableau, et où les images, triviales si
l'on veut, sont rendues avec une certaine énergie :
le poète dépeint la fureur deMandricard,au moment
où il arrive sur le champ de bataille où gisent les
cadavres accumulés par la main de Roland :
Quand un loup à jeun trouve aux abords d'un village
Le cadavre d'un boeuf délaissé sur la plage,
(1) Traduction nouvelle par M. Ph. de la M., Paris,
1864. Chant x, str. 67.

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