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anti-carnet de voyage(s), vol1 Afrique sub-saharienne, aux éditions www.lebrouillondefinitif.com

De
88 pages
Cette insurrection qui lorgne ici et surtout là-bas, au sud du Sahara.
15 vignettes écrites comme des photos, qui témoignent de l'état d'urgence et de l'inévitable drame qui se trame sous des horizons condamnés.
du Sénégal au Kenya, les destins évidés de ceux, acteurs actifs ou négligés, qui placent l'Afrique sub-saharienne au point d'inflexion de nos paradigmes et engagements de parades.
Au sud du Sahara, l'odeur de soufre et de sang dans les narines et dans les gorges de ceux qui vont écrire l'histoire avec leur sang. Et celui des autres.
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fin des émeutes. hier. 12 morts.
peut-être 50. la grosseur du trait
ougandais force le respect. quelques
chars dans la rue. tirs sur la
foule qui manifeste pour les
intérêts d'un obscur et puissant
royaume.
l'armée ici plus qu'ailleurs, ne fait
pas dans la dentelle. le lendemain,
c'est calme. anormalement calme même
pour le néophyte. kampala se
retrouve dans l'obscurité quasi
totale. pas de circulation. on roule
avec les fenêtres ouvertes, je ferme
les yeux. l'air est frais.
parfois quelque courant chaud me
rappelle où je suis.
l'odeur de brûlé, de gaz
d’échappement, de plastique, enveloppe
une route droite et potable. j'y suis
habitué.
© j.coullare 2010
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cette odeur me connecte à cette zone
de l'afrique.
terre rouge en particule dans l'air
épais à couper aux phares.
dans les phares de voitures, des
ombres et des silhouettes isolées le
long de la route.
le chauffeur et le garde du corps,
c'est une femme obèse et boiteuse,
parlent en luganda. par rafales. Je
suis assis seul derrière.
j'ai tiré mon téléphone et je prends
des notes à l'arrache. j'ai l'intuition
d'une drôle de semaine où tout est
possible. j'y allais à reculons. pensée
pour elle à paris, qui me retient.
notre voiture double n'importe
comment. même si je vois que le
chauffeur fait un peu attention. ce
débile avait failli shooter un chien,
sur cette même route, il y a deux
mois. les autres dépassent à la
sauvage.
© j.coullare 2010
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le marquage au sol n'existe pas, ou
ce qu'il en reste a disparu.
le chauffeur me répond sur les
émeutes. il me dit que le
gouvernement communique mal avec
les royaumes. un "simple" problème de
communication. à 50 morts, c'est cher
payé. Ils ont juste tiré à vue. chars
légers dans les rues de kampala. il
rassure tout le monde, l'ouganda est
une démocratie. il se renseigne
poliment sur la france. il y a eu
des élections récentes selon lui. du
président ou du 1er ministre. je lui
réponds brièvement mais gentiment
sur l'année écoulée sarkozy. fin de
notre parenthèse politique. retour à
l'obscurité totale. silence absolu.
quelques phares de voiture et
l'écran de notre auto-radio moderne
qui s'allume sans raison. au loin, on
devine les lumières de la ville.
vaguement. kampala se trouve à
60km de son aéroport. une route
longue et vallonnée entre les deux.
quelques camions ultra chargés
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parfois devant nous. toujours cette
odeur de brûlé. j'ai la nausée à
force d'écrire dans la voiture qui
tourne vibre monte et descend.
poussière dans les phares. notre
jauge d'essence est au max. bizarre,
en général, les chauffeurs flirtent
en permanence avec la panne
d'essence. je regarde tout et
n'importe quoi. le bord de route, ses
maisons en terre qui filent. ses
tõles. ses quelques bâtiments en dur,
repeints aux couleurs de quelque
opérateur télécom, jaune violet
orange.
quelques feux, des échos de musique,
des voix, des rires, des klaxons. je
suis fatigué. debout et en voyage
depuis 20h deux avions. 2 escales
dont une à kigali. le rwanda m'a
présenté son aéroport et des visages
lisses. essentiellement des femmes.
qui nettoient, qui balaient. qui
attendent. un aéroport de rien, comme
une gare d'autocars.
kampala meurtrie et silencieuse.
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en berne.
les commerces de rien du tout le
long de la route sont faiblement
allumés. et vides.
roofings limited en caractères fluo
rouge sur un grand toit.
dans les phares, d'autres bicoques
peintes aux couleurs vives. orange
se paye quelques néons aux
devantures, ces néons qui marquent
un chemin en zigzag le long de la
route.
100km/h de nuit. Je trouve que c’est
trop mais je laisse faire. nyctalope
le chauffeur voit mieux que moi.
cette ombre qui traverse juste
devant nous, il l'évite d'un léger
coup de volant, de justesse et ne s'en
émeut pas. ni la garde du corps qui
dort depuis longtemps.
en fait, je n'en ai rien à foutre. il
peut se passer n'importe quoi. ou
presque. j'ai du mal à voir comment
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ma venue ici changera quoi que ce
soit à ce pays qui meurt.
visiblement pas assez vite puisqu'ils
ont décidé de s'entretuer.
le chauffeur joue des appels de
phares pour se ralentir le moins
possible. jusqu'aux dos d’ânes, les
plus hauts du monde, sans doute
aucun, qui jonchent les rues,
n'importe où. y compris sur les voies
rapides. on passe des vélos chargés
jusqu'à la gueule. presque plus
aucune voiture. c'est rare. on
manque de tailler un short à ce
gars qui traverse en courant.
les feux ne servent toujours à rien.
de même que les clignotants des
voitures, même si notre chauffeur
les utilise aux moments et aux
endroits les plus improbables.
arrivée prochaine,
je reconnais.
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les abords de la ville.

un char. une herse.
on ralentit.
on passe.
en silence.


kampala est sous morphine.
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bubbles


elle appelle et me ramène par la
tête et la queue dans un lit chaud
où elle se love entre mes bras.

en rupture avec cette semaine de
solitude physique et sentimentale,
ponctuée par des rendez-vous de
travail nombreux et longs. le
weekend se finit seul dans ma
chambre d’hõtel avec quelques
moustiques affamés qui devront
mourir avant que je n’éteigne cette
lampe-néon. kampala encore plus loin,
avec ses quelques lumières éparses,
se replie dans un silence entrecoupé
des pétarades des bodas taxis-
mobylettes qui peinent à remonter la
pente.

elle m’’écrit et me ramène par la
main et le coeur là où ses espoirs
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s’étaient brisés sur mon priapisme
non-exclusif.

à l’autre bout du monde, je suis un
m’zungu, blanc forcément riche et de
passage. je n’appartiens pas à cette
terre rouge qui recouvre la ville
et uniformise toutes les chaussures.
une évidence claire qui me
rapproche d’elle et libère de
quelques scénarios mon tableau des
possibles.

bubbles le bar à tendance
irlandaise sur acacia road
rassemble 80% des expatriés,
quelques noirs triés sur le volet, et
des noires montées sur des aiguilles
à 80% prostituées. en quête patiente
d’un m’zungu qui scellera un swap
misère du cul contre misère tout
court.

© j.coullare 2010