Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 2,00 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Fables de Narbonne

De
46 pages
Hérisson existentialiste,
Le loup est un homme pour le loup,
De quelle espèce est donc le sadomasochiste?
et autres fables
Voir plus Voir moins
Fables de Narbonne
mICHEL nàRBOnnE michelnarbonne.com
Michel NarboNNe
Fables de Narbonne
michelnarbonne.com
Photo de couverture : Michel Narbonne conception/réalisation : Michel Lebailly
SCUP 5 bis rue René Goscinny 75013 Paris
juillet 2012
certaines de ces fables ont été publiées en 1998 aux Éditions de Janus ; pour la présente édition, elles ont été relues et corrigées.
hérissoN existeNtialiste
Allez savoir pourquoi, ce jour-là, un hérisson décida de traverser l’autoroute, hors de toute autre considération. Il ne montrait, c’est vrai, aucune hésitation, mû par l’évidence et au mépris de toute prudence. « Ah, ça non ! ce béton présomptueux n’entamera pas l’exercice de ma liberté ! Je ne me soumettrai pas à la fatalité d’un monde coupé en deux pour les beaux-yeux d’une soi-disant humanité ! Toutes ces sortes de frontières sont éphémères et la prédestination c’est comme la superstition !… »
Ainsi invectivait la petite bête à piquants, en direction de ceux qui n’osaient pas, mais aussi sans doute pour se donner à soi du cœur au ventre. « Trêve de bavardage ! On me ditAutoroute ! ne pas traverser ! J’entre, et quoi qu’il en coûte, je fais de cet obstacle une véritable chance ! j’avance ! mon cœur frappe la cadence jusqu’au bout de mes pattes sur l’asphalte brûlant. J’entends un hurlement assourdissant ; je le sens tout proche maintenant… quand il passe au-dessus ! qui donc est cette bête inconnue qui a déjà disparu de la ligne interdite ? et les autres qui courent nulle part au hasard, que cherchent-elles et que fuient-elles ?
et ce bruit à nouveau, différent ! quelque chose de plus gros ! carrément lourdaud ! c’est là ! ça passe ! je trépasse ! attention ! cette fois je suis bon ! ça crisse ! je crispe ! ça vient sur moi très vite ! non, ça m’évite !… merci ! merci !… mais qu’est-ce qu’elle fuit, elle aussi ?… Moi, je ne fuis plus ! je m’accepte et je m’aime ; je ne veux plus m’échapper à moi-même ! et ma liberté est en vue, de l’autre côté du talus !… » « J’ai traversé sans heurts la première moitié ; tout à l’heure je pourrai continuer, juste après m’être reposé dans ce petit genêt, planté là tout exprès… » Et c’est ainsi qu’après un petit repos bien gagné, un hérisson est ressorti serein de son buisson, certain de devoir faire ce qu’il faisait : souverain ! et qu’il a poursuivi son chemin de l’autre côté, nous enjoignant de méditer sur ce qu’il nomme sa « liberté »… Pour la gagner, c’est certain, il a dû savoir la risquer : quand il suffit d’un rien pour que la vie disparaisse et que la partie cesse ! dans ce jeu un peu fou où il faut miser en un coup la totalité de son bien ;
la liberté est là ! quelque part, dans ce petit rien, en creux, en ce moment précis où le destin surpris va devoir choisir pour vous…
Hier, du côté de Clermont, un hérisson minuscule est passé près de mon véhicule. Tout en conduisant, je rêvassais pour oublier la monotonie de la route : j’ai songé à la vie de cette créature innocente qui refuse le doute et l’humiliation ; puis je me suis mis à broder cette plaisante et grave méditation… si l’on y réfléchit.
Hérisson mignon, je te remercie pour ce grand moment de douce rêverie !
le loup est uN hoMMe pour le loup
L’Antiquité nous enseigne l’histoire d’une assemblée de quelques loups lettrés, piqués par dessus tout de philosophie ; le gratin y était donc réuni ce jour-là : loups d’Alaska, de Sibérie et de tous continents, aucun des grands penseurs de ce temps ne manquait à la noble cité qui, pour être prospère, n’en avait pas pour autant éliminé les motifs de discorde !…
Siégeant en Académie, nos fiers ministres – ainsi qu’il est écrit dans les registres – achoppaient sur un point remarquable que tout la science infuse ne semblait pas pouvoir trancher : la biologie était interrogée, la sociologie, la psychologie également, la métaphysique et la théologie, sans oublier bien sûr la lupologie, bref ! tous ces systèmes très savants que la pensée de loups intelligents avait accumulés au fil des âges ! Mais le problème, lui, subsistait sans ambages : comment l’espèce choisie d’entre toutes ne pouvait en fin de compte être mieux lotie que celle des poltrons humains, sous-branche attardée de l’évolution ? perfide, vile, égoïste, primitive, constituée de soudards et de vauriens braillards ! Car là-dessus, il fallait en convenir, le loup était bien devenu un homme pour le loup ! à tel point de violence que le commun mortel paraissait en avoir totalement accepté la permanence… N’était-ce donc pas le rôle de nos philosophes d’en débattre sans complaisance ? d’en déterminer les causes avant d’en pouvoir proposer les remèdes ?…
Discourant ainsi sans préséance, certains décrivaient un Âge d’or où l’on s’aimait les uns les autres tant que l’on pouvait : la société serait donc la grande responsable de cette corruption ! la civilisation, haïssable entre toutes, qui aurait amené à ce loup misérable !