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L'Héraclius Espagnol ou La Comédie Fameuse

De
47 pages

BnF collection ebooks - "Le théâtre représente une partie du mont Etna : d'un côté, on bat le tambour et on sonne de la trompette ; de l'autre, on joue du luth et du téorbe : des soldats s'avancent à droite, et Phocas paraît le dernier ; des dames s'avancent à gauche, et Cintia, reine de Sicile paraît la dernière. Les soldats crient : Phocas vive !"

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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Préface du traducteur1

Il s’est élevé depuis longtemps une dispute assez vive pour savoir quel était l’original, ou l’Héraclius de Corneille, ou celui de Calderon. N’ayant rien vu de satisfaisant dans les raisons que chaque parti alléguait, j’ai fait venir d’Espagne l’Héraclius de Calderon, intitulé En esta vida todo es verdad y todo mentira, imprimé séparément in-4° avant que le recueil de Calderon parût au jour. C’est un exemplaire extrêmement rare, et que le savant don Gregorio Mayans y Siscar2, ancien bibliothécaire du roi d’Espagne, a bien voulu m’envoyer. J’ai traduit cet ouvrage, et le lecteur attentif verra aisément quelle est la différence du genre employé par Corneille et de celui de Calderon ; et il découvrira au premier coup d’œil quel est l’original.

Le lecteur a déjà fait la comparaison des théâtres français et anglais, en lisant la conspiration de Brutus et de Cassius après avoir lu celle de Cinna3. Il comparera de même le théâtre espagnol avec le français. Si, après cela, il reste des disputes, ce ne sera pas entre les personnes éclairées.

1 Voltaire donna cette traduction et analyse d’Héraclius dans son édition du Théâtre de P. Corneille au tome V de l’édition de 1764 ; au tome IV de l’édition in-4° de 1774, c’était au-devant de l’Héraclius de Corneille. (B.)
2 Voyez, dans la Correspondance, la lettre que Voltaire lui adressa le 15 juin 1762.
3 C’était à la suite de Cinna que Voltaire avait donné sa traduction du Jules César de Shakespeare.
Personnages

PHOCAS.

HÉRACLIUS, fils de Maurice.

LÉONIDE, fils de Phocas.

ISMÉNIE.

ASTOLPHE, montagnard de Sicile, autrefois ambassadeur de Maurice vers Phocas.

CINTIA, reine de Sicile.

LISIPPO, sorcier.

FRÉDÉRIC, prince de Calabre.

LIBIA, fille du sorcier.

LUQUET, paysan gracieux, ou bouffon.

SABANION, autre bouffon, ou gracieux.

MUSICIENS ET SOLDATS.

Première journée

Le théâtre représente une partie du mont Etna : d’un côté, on bat le tambour et on sonne de la trompette ; de l’autre, on joue du luth et du téorbe : des soldats s’avancent à droite, et Phocas paraît le dernier ; des dames s’avancent à gauche, et Cintia, reine de Sicile, paraît la dernière. Les soldats crient : Phocas vive ! Phocas répond : « Vive Cintia ! allons, soldats, dites, en la voyant : Vive Cintia ! » Alors les soldats et les dames crient de toute leur force : Vivent Cintia et Phocas !

Quand on a bien crié, Phocas ordonne à ses tambours et à ses trompettes de battre et de sonner en l’honneur de Cintia. Cintia ordonne à ses musiciens de chanter en l’honneur de Phocas ; la musique chante ce couplet :

Sicile, en cet heureux jour1,
Vois ce héros plein de gloire,
Qui règne par la victoire,
Mais encore plus par l’amour.

Après qu’on a chanté ces beaux vers, Cintia rend hommage de la Sicile à Phocas ; elle se félicite d’être la première à lui baiser la main. « Nous sommes tous heureux, lui dit-elle, de nous mettre aux pieds d’un héros si glorieux. » Ensuite cette belle reine, se tournant vers les spectateurs, leur dit : « C’est la crainte qui me fait parler ainsi ; il faut bien faire des compliments à un tyran. » La musique recommence alors, et on répète que Phocas est venu en Sicile par un heureux hasard. L’empereur Phocas prend alors la parole, et fait ce récit, qui, comme on voit, est très à propos :

PHOCAS

Il est bien force que je vienne ici, belle Cintia, dans une heure fortunée ; car j’y trouve des applaudissements, et je pouvais y entendre des injures. Je suis né en Sicile, comme vous savez ; et, quoique couronné de tant de lauriers, j’ai craint qu’en voulant revoir les montagnes qui ont été mon berceau, je ne trouvasse ici plus d’opposition que de fêtes, attendu que personne n’est aussi heureux dans sa patrie que chez les étrangers, surtout quand il revient dans son pays après tant d’années d’absence.

Mais voyant que vous êtes politique et avisée, et que vous me recevez si bien dans votre royaume de Sicile, je vous donne ici ma parole, Cintia, que je vous maintiendrai en paix chez vous, et que je n’étancherai ni sur vous ni sur la Sicile la soif hydropique de sang de mon superbe héritage ; et afin que vous sachiez qu’il n’y a jamais eu de si grande clémence, et que personne jusqu’à présent n’a joui d’un tel privilège, écoutez attentivement.

J’ai la vanité d’avouer que ces montagnes et ces bruyères m’ont donné la naissance, et que je ne dois qu’à moi seul, non à un sang illustre, les grandeurs où je suis monté. Avorton de ces montagnes, c’est grâce à ma grandeur que je suis revenu. Vous voyez ces sommets du mont Etna dont le feu et la neige se disputent la cime ; c’est là que j’ai été nourri, comme je vous l’ai dit ; je n’y connus point de père, je ne fus entouré que de serpents ; le lait des louves fut la nourriture de mon enfance ; et dans ma jeunesse, je ne mangeai que des herbes. Élevé comme une brute, la nature douta longtemps si j’étais homme ou bête, et résolut enfin, en voyant que j’étais l’un et l’autre, de me faire commander aux hommes et aux bêtes. Mes premiers vassaux furent les griffes des oiseaux, et les armes des hommes contre lesquels je combattis : leurs corps me servirent de viande, et leurs peaux de vêtements.

Comme je menais cette belle vie, je rencontrai une troupe de bandits qui, poursuivis par la justice, se retiraient dans les épaisses forêts de ces montagnes, et qui y vivaient de rapine et de carnage. Voyant que j’étais une brute raisonnable, ils me choisirent pour leur capitaine : nous mîmes à contribution le plat pays ; mais bientôt, nous élevant à de plus grandes entreprises, nous nous emparâmes de quelques villes bien peuplées ; mais ne parlons pas des violences que j’exerçai. Votre père régnait alors en Sicile, et il était assez puissant pour me résister ; parlons de l’empereur Maurice qui régnait alors à Constantinople. Il passa en Italie pour se venger de ce qu’on lui disputait la souveraineté des fiefs du saint empire romain. Il ravagea toutes les campagnes, et il n’y eut ni hameau ni ville qui ne tremblât en voyant les aigles de ses étendards.

Votre père le roi de Sicile, qui voyait l’orage approcher de ses États, nous accorda un pardon général, à nos voleurs et à moi : (ô sottes raisons d’État !) il eut recours à mes bandits comme à des troupes auxiliaires, et bientôt mon métier infâme devint une occupation glorieuse. Je combattis l’empereur Maurice avec tant de succès qu’il mourut de ma main dans une bataille. Toutes ses grandeurs, tous ses triomphes, s’évanouirent ; son armée me nomma son capitaine par terre et par mer ; alors je les menai à Constantinople, qui se mit en défense ; je mis le siège devant ses murs pendant cinq années, sans que la chaleur des étés, ni le froid des hivers, ni la colère de la neige, ni la violence du soleil, me fissent quitter mes tranchées : enfin les habitants, presque ensevelis sous leurs ruines et demi-morts de faim, se soumirent à regret, et me nommèrent César. Depuis ma première entreprise jusqu’à la dernière, qui a été la réduction de l’Orient, j’ai combattu pendant trente années : vous pouvez vous en apercevoir à mes cheveux blancs, que ma main ridée et malpropre peigne assez rarement.

Me voilà à présent revenu en Sicile ; et quoiqu’on puisse présumer que j’y reviens par la petite vanité de montrer à mes concitoyens celui qu’ils ont vu bandit, et qui est...

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