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Scènes de la vie russe

De
303 pages

BnF collection ebooks - "Par une belle après-midi d'automne, un vieillard de mise antique et soignée, se promenait une canne sous le bras, dans un petit sentier longeant la rivière de K... Sa course avait été longue, car ses vieilles bottines démodées étaient couvertes de poussière. Il allait lentement, soucieux, préoccupé, comme un savant absorbé dans la recherche d'un problème, ou par l'entrevue de la réalisation possible d'une grande idée."

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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Morceaux choisis de la littérature, y compris roman s policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portrait s et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.
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Maroucia
I
Par une belle après-midi d’automne, un vieillard de mise antique et soignée, se promenait une canne sous le bras, dans un petit sen tier longeant la rivière de K… Sa course avait été longue, car ses vieilles bottin es démodées étaient couvertes de poussière. Il allait lentement, soucieux, préoccupé, comme un savant absorbé dans la recherche d’un problème, ou par l’entrevue de la réalisation possible d’une grande idée.
Ses yeux noirs, grands et beaux, ou tout le feu de sa jeunesse scintillait encore, contrastaient singulièrement avec ses cheveux blanc s de neige. Il regardait parfois autour de lui, et vers la vill e de Moscou, s’étendant là-bas, invisible, éclairée par les derniers rayons du sole il couchant. Très connu, sans doute, car tous le saluaient respe ctueusement !
Un étranger aurait été attiré par son regard perçan t ; et quelque chose d’invincible l’aurait forcé à se retourner. Arrivé devant la grille d’un jardin d’une maison de construction récente ; il jeta un dernier regard dans la campagne et entra. Au bruit de la porte, le rideau d’une fenêtre se le va et le visage parcheminé d’une vieille femme apparat. – Pas de lumière ! dit-il d’un accent triste… La vi eille toujours silencieuse laissa retomber le rideau. Le sexagénaire traversa une première grande pièce, d’où il pénétra dans une petite chambre calme et mystérieuse.
Les murs étaient cachés par de grandes ardoises, de s étagères garnies de livres, des tableaux et des portraits.
Au milieu, sur une grande table couverte d’un tapis vert, s’éparpillaient en désordre des paperasses, des cahiers ; puis un cadre de pelu che bleu pâle, contenant une photographie, constituait le seul objet de luxe dan s ce cabinet de travail. Ayant déposé méthodiquement sa canne, son chapeau, son manteau sur une chaise ; il vint s’asseoir dans l’unique fauteuil, où il resta inerte les mains sur ses genoux. Rêvait-il ?… Dormait-il ?… Se reposait-il simplemen t de sa longue course ?
… La lune étant levée, ses rayons glissaient sur le s murs, sur les tableaux et tout lentement vinrent éclairer le portrait que le vieil lard fixait dans l’obscurité.
La photographie, petite, ressortait charmante de so n cadre de peluche.
… Maroucia !… dit-il lentement.
II
Dne vieille dame de bonne noblesse, mais ruinée, ha bitait le village de P…, non loin de Moscou. Les petites rentes restées de l’opulence passée, lu i permettaient de vivre bien simplement avec sa fille Maroucia qui savait du pas sé, ce que sa mère avait bien voulu lui confier dans ses moments d’expansion. Ils étaie nt rares, car elle souffrait cruellement de voir sa fille grandir, vieillir sans avenir, sans espoir. Épuisée par les soucis et les chagrins, elle tomba malade. Le médecin dut venir, chose fort coûteuse dans les petits villages éloignés de tout.
Maroucia, âme douce et bonne se prêtait aux exigenc es de l’intérieur de leur maisonnette de village. Jamais elle ne se plaignait et toute la gaieté de ses dix-huit ans brillait, étincelait dans ses beaux yeux bleus tout en vaquant à ses travaux.
Quoique peu gâtée par sa mère aigrie par le malheur ; Maroucia l’adorait et ne la questionnait jamais sur le passé afin de ne pas lui rappeler ce qu’elle nommait : ses beaux jours. Quelle ne fut pas son chagrin quand elle la vit ali tée et toujours plus souffrante. Sa gaieté s’envola, et triste ne la quitta plus. Cependant le mal s’aggrava et le médecin à sa derni ère visite, recommanda que les médicaments fussent pris le plus vite possible, car un retard pouvait entraver la guérison.
Maroucia perdait la tête, que faire ! Personne pour aller en ville. Le curé du village n’était pas à même de lui procurer ces médicaments.
Tout le monde aux champs !
Courageuse, elle dit à sa mère :
– Personne n’ira plus vite que moi les chercher. La distance pour aller à la ville ne m’effraie pas ; je trouverai bien un pharmacien. Ma chère enfant ! que d’inquiétudes pour moi de le savoir seule, si loin. Tu ne connais pas Moscou… Il est si grand ! – Tranquillisez-vous, ma mère, je serai bien vite d e retour. Je vais vous envoyer Olga pour rester près de vous. Elle l’embrassa avec effu sion, et sa mère la bénissait en disant :
Que ieu te protège mon enfant !
Vivement Maroucia mit un vieux chapeau de paille no ire, un fichu de laine tricoté par elle, et partit sans regarder son miroir… La coquet terie lui était inconnue, et elle ne pensait qu’à sa mère malade, bien malade pour que c es remèdes fussent si pressés.
Elle prit par le chemin le plus court à travers cha mps. Tous les paysans la saluèrent avec respect quoiqu’elle ne fit attention à personn e. Pour eux tous, c’était barichnia du village ! Quoiqu’ils l’aimassent, son titre de nobl esse les tenait à l’écart. Ils entraient dans la chaumière de Barichnia avec l e même cérémonial qu’au temps de sa grandeur. Son grand air leur en imposait et ils oubliaient qu e la grande dame était presque aussi pauvre qu’eux… paysans. Ils vénéraient Madame de Koslef et sa fille, car el les possédaient une noblesse de
cœur inconnue à ces gens rudes, mais bons au fond.
Ce fut donc, avec une certaine inquiétude qu’ils vi rent passer Maroucia allant à grands pas, et ne répondant pas à leurs saluts. Ils se rapprochèrent, causèrent et tirèrent mauvais e augure du départ de Maroucia pour la ville. – Mon père Jean, j’irais bien si c’est là que notre demoiselle court, exclama un gars grand, fort et robuste. – Cours, après la demoiselle et demande-lui de la r emplacer dans sa longue marche, répondit le père Jean. Ivan, quoique de bonne volonté, ne trouva personne capable de conduire sa charrue.
Il resta ne pouvant laisser ses chevaux en plein ch amp. Maroucia allait… allait toujours plus vite, on ne l a voyait déjà plus et les travailleurs se remirent à leur besogne… tout retomba dans le silen ce. Seule par instants, la voix forte de Ivan, troublai t le calme de cette belle et immense plaine. Il tonnait contre ses chevaux, de beaux étalons nou vellement sortis des haras du gouvernement d’Orel. Ces jeunes bêtes sentaient le printemps et la charr ue quoique lourde avec les masses de terre que ses socs enlevaient et tournaie nt pédestrement restait légère derrière eux… Ivan, sa chemise ouverte sur sa poitr ine et ses manches roulées aux coudes, tenait de ses deux mains les guides et son fouet.
Son gros cou rouge et gonflé par tous ses efforts p our les maintenir dans le sillon, sortait formidable du col de sa chemise tombé sur s es épaules.
Les muscles de ses bras ressortaient saillants au-d essus de l’épiderme et sa grosse voix criait mais ne jurait pas… Quand la colère le saisissait aux coups rudes de collier de ses chevaux, des imprécations trouvées par lui s ’envolaient comme des foudres, mais le nom de Bog, en était exclu : c’étaient des roulades, des chutes de sons sonores propres à la langue russe.
epuis l’aurore, il conduisait ses chevaux : allant, venant, toujours même trajet.
ans ces immenses campagnes rien pour distraire le laboureur ; des semaines se passent sans que le plus petit incident vienne romp re la monotonie du travail quotidien.
Rentré à la ferme, il y avait les jeunes filles et les femmes des amis ; mais Ivan n’était point un paysan ordinaire, il avait des aspirations plus élevées. Né de la cuisinière du domaine et ayant reçu quelqu es notions de lecture et d’écriture ; il s’était dit qu’avec du courage, on sort de la misère, et quelquefois de la médiocrité. Malgré son jeune âge, il passait pour s avant à la métairie, et les vieux qui n’avaient jamais su lire, lui trouvèrent de l’espri t : les femmes un beau garçon et les jeunes filles un bon parti. Insensible à toutes les louanges qu’on lui prodigua it ; il ne se laissait point entraîner. Si une femme se mettait en frais de coquetterie : i l savait par son attitude sévère prouver son indifférence, et la persuader de son erreur en ne lui laissant rien espérer. Peu payé, comme tous les domestiques de ferme ; il s’était juré de ne dépenser que le strict nécessaire pour se vêtir convenablement. Le seul jeu auquel, il se livrât après les offices, fut le jeu de quilles, mais il n’entrait
jamais à la traktir.
Logé avec ses chevaux, ses compagnons de labeur et de repos ; il avait peu de place et point de table. Il cachait ses livres d’étude da ns les coffres à avoine, et très souvent il y joignait ses maigres économies ne se composant en grande partie que de gros copecks en billon. Qu’ils étaient encombrants et pe u faciles à cacher ! Aussi, était-ce le seul souci matériel qu’il connut : son petit trésor !
ans sa simplicité, il ne savait point encore, comm ent en disposer pour le mettre en un endroit sûr. Il craignait que son maître sachant qu’il thésaurisait, trouvât qu’il gagnait trop, et alors diminuerait ses gages déjà si minime s.
Pratique en tout, il ne perdait point son temps en études l’éloignant de l’agriculture. Il ne s’occupait en ce moment que de calcul et d’écrit ure à laquelle sa grosse main était rebelle. Il n’avait pas d’autres livres. Les problè mes les plus difficiles qu’il se posa, furent les bénéfices que son maître pouvait tirer d e sa propriété.
e son raisonnement mathématique, il tomba forcémen t dans les questions pratiques et économiques… Il comprit alors, qu’il ne pouvait rien faire sans posséder les notions élémentaires de l’agriculture. L’intendant de la ferme, homme pédant, prétentieux, ne participant en rien à la vie des gens qu’il avait à commander ; quoique n’étant reçu, par son seigneur et maître que dans l’antichambre ; n’était point l’homme qui put diriger Ivan dans ses études. Le jeune paysan avec son flaire de jeune chien, le comprit de suite. Néanmoins il ne se découragea pas ; seul son trésor le tourmenta et il renonça à le cacher dans les coffres à avoine. Il lui fut bien difficile de se procurer les access oires utiles à ses travaux intellectuels. La grande ville lui faisait peur, seul le passage d e Maroucia pouvait lui donner l’idée d’y aller ; mais pour lui, jamais ! Étant un jeune homme sobre et assidu aux offices, i l avait gagné la confiance du pope et naturellement son espoir se tourna vers lui .
Bon homme et érudit comme tous les popes de village , qui doivent ainsi que leurs ouailles labourer leur champ et élever une famille nombreuse, n’ayant pour ressources que les communions des paysans, les enterrements, l es baptêmes, les mariages : tout cela bien mal rétribué. La famille du mort creuse e lle-même la fosse, cloue le cercueil après l’office, car l’usage veut dans les campagnes que la bière soit ouverte dans l’église. Le baptême rapporte quelques copecks et l e mariage comme l’enterrement. Ivan, un jour, vint bravement demander au père Joac him, de lui apporter de Moscou, les livres qu’il avait besoin depuis si longtemps. Le pope ne s’y prêta pas avec grâce.
Il ne comprenait pas en quoi cela pouvait lui être utile, et ce qu’il tirerait de cette perte de temps. Ivan ne se rebuta point, et avec la ténacité qui fo rmait le fond de sa nature ; il se fit complaisant. Quelquefois le dimanche quand l’orage grondait et m enaçait, il lui aidait à rentrer son fourrage resté dans le champ. – Voyez-vous père Joachim, combien un livre me sera it utile, disait Ivan en chargeant la charrette. – En quoi mon garçon ? garde ton argent.
– Les livres parlent de l’orage.
– Tu y comprendrais quelque chose. – Pour connaître les animaux nuisibles et ceux dont on a besoin pour notre terre ; car il y en a des vers. – Cela s’apprend tout seul, répondait le père Joach im.
Cependant le pope se décida quand plus tard, il par tit à Moscou, et Ivan tout joyeux lui confia trois beaux roubles de billon, ce qui al légea son petit trésor. Le père Joachim en parlant, ne comptait point avec les amis qu’il devait rencontrer. Les petits verres de vodka et ceux de la liqueur de cerises les transportèrent lui et ses amis, dans une ivresse toute joyeuse, toute céleste et gaiement sans souci, il rentra dans sa pauvre isba, au milieu de sa famille.
Le lendemain, à l’aurore, il se mortifia, se lament a de n’avoir pu encore résister à la tentation de l’ivresse, et son mal augmenta en pens ant qu’il n’avait rien apporté à Ivan.
Qu’as-tu fait ? Que feras-tu ? Telles furent les qu estions de sa conscience. Trois roubles ! il serait longtemps à les posséder : il fallait nourrir la famille et les fêtes étaient encore loin :… agir de ruse pour se soustra ire à ce cas de conscience. Il promit à Jean ses livres, car le libraire les lu i ferait venir les ayant payés d’avance :
Il n’en avait plus en magasin, ajouta-t-il. Pauvre Ivan !… Il attendit jusqu’après les fêtes et une partie des longs jours s’écoulèrent sans livres nouveaux. Patient, courageux, il travailla sans eux et apprit à penser.
Il sera bientôt soldat, alors que de temps pour étu dier ! Cependant son front s’obscurcissait quand il songea it au départ. Son secret n’était connu que de lui, et il le garda it dans le pli le plus profond de son cœur ne devant en sortir jamais. Ce fut peut-être ce secret qui lui donna l’idée de sortir de son pauvre état de domestique paysan. ans sa toute première enfance, il s’était trouvé p arfois avec la petite Maroucia, ou la petite demoiselle, et ils avaient feuilleté ensembl e les petits albums d’images coloriées que Madame de Koslef avait donnés à sa fille.
Mais il grandit, et le jour qu’il fut d’âge et de force pour le travail, il n’entra plus dans la maison de Maroucia. e temps à autre, il venait, su rtout le soir, se blottir près de la porte comme un malfaiteur. Il y goûtait de la vie d e celle qui grandissait, de celle qu’il ne pouvait se lasser de voir, et qu’il lui semblait im possible de ne pas aimer. Quand un bruit insolite se faisait entendre, il baisait le s euil de la porte, où les pieds de Maroucia avaient passé et courant il rentrait à la métairie. Il vieillissait et son culte pour sa petite amie de l’enfance, allait grandissant et devint de l’adoration, de la passion. Madame de Koslef aimait ce brave garçon, comme elle l’appelait : toujours complaisant, toujours poli, point encombrant. Elle ne fut pas étrangère aux décisions du jeune homme : car elle l’encourageait au travail et le félicitait de sa bonne tenue, croyant que sa reconnaissance ne dépassait pas le s entiment d’un inférieur à un supérieur et elle ignora sa passion pour Maroucia.
Elle-même ne sut jamais que Ivan l’aimait et ne viv ait que par elle ; car son cœur n’était plus libre, et sa pensée suivait un autre a mi qui avait participé, lui aussi, à ses jeux de l’enfance, mais en grand frère aîné, étant de sa société. Ivan fut peut-être le seul qui comprit et remarqua cet amour.
Bien que simple, il fut grand par le cœur, car il n ’en laissa jamais transpirer la plus petite allusion, et toute sa souffrance fut secrète comme toute sa vie ; seuls ses compagnons, ses chevaux auraient pu raconter ses nu its d’insomnie et ses sanglots étouffés dans la botte de foin lui servant d’oreill er ; mais ils étaient muets, et ils ne pouvaient que tourner leurs têtes en le regardant é tonnés et attristés par sa souffrance et ses larmes.
III
epuis peu les neiges avaient complètement disparu. Le soleil déjà chaud et ardent accélérait la sève et d’un jour à l’autre la végéta tion se développait belle et fraîche.
Les champs parsemés de beaux gazons de seigles et d e blés en herbe, s’étendaient en pente douce jusque dans le lointain du côté de l a rivière la Moskova qui coulait à cette époque de l’année rapide vers Moscou. Sur son parcours elle se grossissait de mille petits ruisseaux qui disparaissaient à l’approche de l’été.
Le petit village de B… situé sur le sommet d’une co lline, se voyait de loin avec son église à dôme vert clair tranchant sur les teintes nébuleuses de la campagne environnante. Sa colline à pente douce descend jusq u’au petit ruisseau de M…, qui serpente au travers de la prairie marécageuse pour aller rejoindre au loin la rivière la Moskova…
Cet endroit charmant avec ses saules, ses peupliers donnant de l’ombrage et une bonne fraîcheur, engagea Maroucia à prendre un peu de repos. Il y avait plus d’une heure qu’elle marchait sous les rayons ardents du s oleil.
Après avoir retiré son chapeau, son fichu de laine, elle laissa tomber ses cheveux sur son dos et le vent les déroulant sur ses épaules et sur sa figure, lui donnèrent un air de gaieté, qui certes n’était point au fond de son cœu r. Un peu remise, elle comptait le temps qu’il lui fau drait encore pour arriver à Moscou et ensuite revenir. Son courage ne faiblissait pas… il s’agissait de la vie de sa mère,… de sa mère qu’elle adorait ainsi que son fiancé Boris. – Boris, se dit-elle à elle-même, la tête dans ses deux mains. Pense-t-il toujours à moi ; m’aime-t-il toujours ? Il y a si longtemps qu e nous nous sommes vus et toujours sans nouvelle. Il viendra, il me l’a promis, il viendra quand il s era promu au grade d’officier : – il me l’a dit, si bien dit encore la dernière fois. Ne m’a-t-il pas juré de m’aimer toujours. Il était si beau en me faisant ce serment…
Oui, Boris, je t’aime et t’attendrai, devrais-je at tendre longtemps encore ; mais je ne dois en ce moment penser qu’à ma mère si malade.
Boris depuis la mort de ses parents, n’était plus v enu dans la campagne qui l’avait vu naître, et n’écrivait presque plus à ses amis, car il y avait déjà bien longtemps que sa dernière lettre avait été lue.
Cependant Maroucia espérait toujours, le sachant da ns son régiment et le connaissant trop noble pour oublier son serment d’a mour, qu’il lui renouvela avant de la quitter pour si longtemps. Il reviendra, comme elle le disait si bien ! Vivement elle se leva de son siège de gazon et tena nt d’une main son chapeau et de l’autre son fichu ; elle reprit la petite route prè s du ruisseau, et alerte, allait à grands pas vers la ville qu’elle voyait déjà dans son imagination.
Indifférente aux beautés de la nature, bien que tou t fut en fête sur son passage… les oiseaux la saluant de leurs chants mélodieux ; le s oleil répandant la chaleur bienfaisante d’une belle journée de mai ; la nature ayant enfin secoué son vieux manteau gris pour reprendre celui d’un bleu d’azur constellé d’étoiles scintillantes par ces belles nuits noires déjà si courtes ; à l’ombre ce petit ruisseau remémorait les