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Hors-champ

De
27 pages
Aisa est une jeune femme comme les autres. Elle aime les joies simples, les amitiés sincères, et sa vie s’écoule paisiblement jusqu’au jour où un mystérieux message va tout faire basculer. Dès lors, elle se lance dans une quête qui va la mener aux sources de la vie, dans un huis-clos angoissant.
Un récit initiatique qui fait la part belle à la parabole.
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Anne Vincent

Hors-champ

Fiction

 

Cet ebook a été publié sur amazon.fr/fnac.com/itunes.apple.com/youscribe.com

 

 

© Anne Vincent, 2016

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

L’auteur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de cet ebook.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maquette réalisée par Sloop Multimédia

 

1

Elle aimait ce moment par-dessus tout. Les yeux plongés dans l’immensité de ces vagues infinies, majestueuses étoffes cotonneuses, océan de paix azuré. Elle aimait savoir que tous avaient le même toit, qu’elle serait chez elle où qu’elle aille sur la planète. Ce point commun, ce lien, entre tous les êtres vivants, c’était cet horizon, ce ciel éternel, identique en tous points. Il lui suffisait de s’allonger dans l’herbe pour être connectée au ciel et à la terre, et à la Terre entière.
 

Elle ferma les yeux un instant pour apprécier la douce caresse de la légère brise sur son visage, le temps aurait pu s’arrêter. Elle eut un frisson, …plic…ploc…, elle sentit une goutte s’écraser sur son front. Cette goutte la sortit brusquement de sa torpeur et la ramena à la réalité.
 

De toute façon, il fallait encore qu’elle aille acheter le pain pour ce soir avant que Moro ne ferme. Elle se leva est commença à courir pour échapper aux gouttes qui se faisaient plus intenses et arriva chez Moro avec une tête de chien mouillé.
 

9

« Bonjour Aisa ! Le temps devient fou hein ?
 

— Bonjour Moro, je crois que je viens de démontrer qu’il ne sert à rien de courir quand il pleut !
 

— De toute façon j’allais fermer, j’ai fini de rentrer mes légumes. »
 

 

Aisa prit son pain, son sachet de fraises et paya Moro. Elle les prenait tout le temps chez lui car c’était l’un des seuls parmi ceux qui en vendaient encore qui ne les cachait pas. Elles trônaient fièrement au milieu de son étal comme une tache de sang sur un océan émeraude. Parfois même les gens changeaient de trottoir lorsqu’ils passaient devant sa boutique. Mais il s’en fichait. Il était comme ça Moro, il ne changeait pas pour faire plaisir aux autres, il avait toujours vendu des fraises, il ne voyait pas pourquoi il aurait fait autrement. Et puis après tout, lorsqu’il était petit, les fraises on en parlait même pas, on pouvait en manger tant qu’on voulait ; à l’époque, c’étaient les citrouilles que les gens jetaient à la poubelle. Mais depuis quelques temps c’était devenu plus dur, la plupart des gens ne supportaient même plus d’en voir, certains se mettaient à l’insulter en passant devant son magasin, parfois un plus déterminé s’emparait de la cagette et la jetait à terre. Moro se refusait malgré tout à les cacher, pour lui, elles avaient toute leur place sur l’étal, parmi les autres fruits et légumes, les vendre derrière le comptoir, ce serait limiter l’offre pour ses clients et ce serait dommage. Il était comme ça Moro.
 

10

Aisa salua Moro et reprit sa route au pas de course. A peine arrivée chez elle, elle aperçut un beau rayon de soleil et un magnifique arc-en-ciel par la fenêtre de sa cuisine. Elle se dit qu’elle aurait dû rester discuter un peu avec Moro, ça lui aurait évité quelques gouttes. Mais Moro répétait invariablement les mêmes phrases et ce soir elle n’en avait pas envie. C’était rassurant de voir qu’il avait toujours été là, avec les mêmes convictions, c’était comme un instant hors du temps.
 

Elle posa ses courses sur la petite table et se fit couler un bain. La pluie de cette fin d’été ne l’avait pas épargnée et elle avait envie de se réchauffer. Elle attrapa le journal qui traînait sur la table et commença à lire distraitement. Entre une nouvelle mauvaise nouvelle et un énième article sur les méfaits de la fraise des bois, sa main plongea dans le sachet de fruits odorants. Elle en attrapa un, une grosse fraise bien juteuse, et la croqua à belles dents. Elle replongea sa main dans le sachet pour en prendre une autre, et là, entre deux petites fraises, elle sentit un fin bout de papier qu’elle tira du sac. Levant les yeux de sa lecture un moment, son regard se posa sur le bout de papier. C’était une toute petite feuille de papier, si fine qu’elle était à peine visible, et à peine perceptible au milieu des fraises. Elle remarqua qu’il y avait une inscription dessus, à peine visible elle aussi : Unas a nebornos, u chosas a nosimplos. Alèthéia . Cela ressemblait vaguement à de l’italien ou du roumain, mais, ne parlant aucune de ces deux langues, elle ne pouvait en être sûre. Elle se demanda ce que cela pouvait bien vouloir dire et ce que cela faisait dans ses fraises. Peut-être était-ce le fabricant de sacs en papier qui plaçait son slogan dans ses produits à des fins promotionnelles ? Ou bien était-ce un producteur de fraises militant qui tentait de faire passer un message d’apaisement ? Aisa se dit qu’elle demanderait le lendemain à Moro s’il avait une idée et fila dans son bain.
 

11


 

Le lendemain, elle se réveilla à l’aube. Elle avait passé une très mauvaise nuit, sans pouvoir s’expliquer pourquoi. Ce rejet des fraises la travaillait bien en ce moment, mais pas au point de l’empêcher de dormir, les grosses chaleurs étaient passées et il faisait bon maintenant dans l’appartement. Elle se dit que ce devait être passager et se leva, car elle avait rendez-vous avec son ami Philot à la librairie du quartier pour la séance de dédicaces de son nouveau livre sur son dernier voyage au Pérou. Elle se servit un café en écoutant les informations à la radio. L’appareil ne crachait comme à son habitude que drames et inepties engrésillées, elle décida de l’éteindre. Elle ouvrit la fenêtre pour sentir l’air, il y avait un léger souffle, elle respira le calme du matin en fermant les yeux. Elle se retourna pour constater que la vaisselle de la veille était encore dans l’évier, que la poubelle avait grand besoin d’être vidée. Elle balaya ces pensées d’un coup de frange et ses yeux tombèrent sur le petit bout de papier qu’elle avait trouvé dans ses fraises. Elle se dit qu’elle pourrait demander à Philot si cela lui disait quelque chose, son métier de globe-trotter l’emmenant régulièrement à l’autre bout du monde, il aurait sûrement déjà rencontré cette langue.
 

12

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