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Opération Baucent

De
27 pages
Un bouquiniste, spécialisé dans le paranormal et l'ésotérisme, se voit proposer une somme mirobolante pour l'achat de son commerce alors qu'il ne l'a même pas proposé à la vente... Une jeune femme se retrouve enlevée par deux psychopathes tout juste sortis d'un hôpital psychiatrique... Une confrérie de Templiers, en quête du Graal, suit aveuglément son chef, un notable respecté... Et, en invité surprise, débarque une jeune et riche américaine, travaillant pour un mystérieux sous traitant des services secrets.
En se ralliant au « Baucent », le célèbre oriflamme noir et blanc des Templiers, tout ce petit monde se retrouve entraîné dans une course au trésor aussi haletante qu'effrénée où tous les coups sont permis. Autant thriller que livre d'espionnage et d'aventures, « Opération Baucent » fait partie de ces ouvrages que l'on ne peut plus quitter une fois qu'on les a ouverts tant le rythme est soutenu, l'action trépidante et les péripéties surprenantes. A découvrir absolument !
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BERNARD VIALLET
OPERATION «BAUCENT»
Editions Emma Jobber
Copyright 2013 by Bernard Viallet
Pour suivre l’actualité de l’auteur, retrouvez-le sur son site : www.bernardviallet.fr ou sur Facebook : https://www.facebook.com/bernardvialletauteur/
Savoir c’est pouvoir…
Atteindre cette lucidité que certains nomment lumière… Plus de joie à être qu’à paraître, plus de bonheur à donner qu’à recevoir, plus de joie à savoir qu’à avoir. (Jean Charles Foellner)
DU MEME AUTEUR _________________
« Le Mammouth m’a tué » (Editions Tempora) « Ulla Sundström » (TheBookEdition & Amazon Kindle) « Dorian Evergreen » (TheBookEdition & Amazon Kindle) « Les Faux As » (TheBookEdition & Amazon Kindle) « Bienvenue sur Déliciosa » (TheBookEdition & L’ivreBook) « Expresso Love » (CSP & Bookless Editions) « Montburgonde » (CSP & Amazon Kindle) « L’aéronaute embourbé » (CSP & Amazon Kindle)
À Joëlle, Emmanuelle, Marianne et Benoît.
CHAPITRE I
La librairie du « Griffon d’or » présentait aux passants de la rue des Blancs-Manteaux, sa façade moyenâgeuse avec sa vitrine composée de petits carreaux à l’ancienne, ses poutres apparentes noircies par le temps et son premier étage en léger surplomb rehaussé de colombages vermoulus. Tout le monde s’accordait à dire que c’était la maison la plus ancienne de la ville. En des temps lointains, elle aurait appartenu à un vague disciple de Nicolas Flamel, le célèbre alchimiste présumé fabricant d’or. Construction la plus modeste et la moins élevée de la petite rue, elle ne payait pas de mine. Constellé de mousse et de lichen, son toit d’ardoises verdâtres prenait l’eau au point que son propriétaire avait dû installer cuvettes et bassines dans un premier étage qui autrefois servait d’habitation. Mais il n’avait jamais pu en profiter tant semblaient nombreux les travaux nécessaires à la réhabilitation de la vieille bâtisse. Les fenêtres ne fermaient plus, des carreaux avaient été remplacés par des planches et les murs de torchis étaient pleins de fissures. En proie à la pluie et aux courants d’air, ce premier étage était à peine digne de servir de réserve. Un peu comme dans un grenier, le libraire y entreposait tous les livres qui n’intéressaient pas ses clients. Seule une belle enseigne de fer forgée, représentant un griffon tenant une plume d’oie dans l’une de ses serres, avait encore fière allure. Mais ce matin-là, elle grinçait un peu au vent. « Il faudrait juste deux gouttes d’huile… » se dit Gérard Desbarres, responsable du lieu depuis une grosse dizaine d’années. Il se tenait sur le trottoir, les poings sur les hanches
en considérant l’animal bizarre. L’artiste ferronnier qui l’avait forgé l’avait doté d’une tête, de pattes et de serres d’aigle ainsi que d’un corps de lion asexué. Et ça en jetait ! En fait, Gérard n’avait choisi ce parrainage que pour remplacer l’ancienne enseigne qui représentait un gros chat noir tenant lui aussi une plume d’oie. La boutique s’appelait alors « Le greffier noir », une sorte de félin scribe un peu inquiétant. Le précédent propriétaire avait eu beau lui raconter que le chat était considéré comme un animal sacré dans l’Egypte ancienne, Desbarres le détesta tout de suite et n’eut de cesse de le remplacer par le royal ou impérial symbole. Ce n’est que beaucoup plus tard et au fil de ses lectures qu’il découvrit que ce phénomène de légende associait symboliquement la force et le courage du lion royal de l’ouest à la ruse et à la vigilance de l’aigle impérial de l’est. L’enseigne avait bénéficié d’une peinture dorée du meilleur effet. Le griffon est censé habiter un désert riche en or, métal dont il se sert également pour faire son nid. La légende veut qu’il ait la force de cent aigles ou de huit lions à lui tout seul. L’artiste avait laissé les pattes en noir car celles-ci noircissent au contact du poison. Desbarres y voyait maintenant une allusion à l’encre d’imprimerie. Nectar ou poison, tel était le livre dans son esprit. Fier et farouche, le griffon ne se laisse apprivoiser par personne. Seul un être pur, un ermite ou un sage peut l’approcher et le soigner et seul un héros peut le dompter. Cela convenait parfaitement à Desbarres qui, après une vingtaine d’années passées à essayer de faire entrer quelques notions d’Histoire dans les crânes enténébrés des potaches de terminale du Lycée Fénelon, avait sauté sur l’opportunité de cette officine à vendre et s’était reconverti dans le commerce des vieux papiers imprimés. « Le Griffon d’or » ne proposait aucun des best-sellers à la mode, aucune nouveauté, rien que de l’ancien, du très vieux, du poussiéreux et surtout du bizarre ou de
l’étrange. Grand lecteur devant l’Eternel, Gérard se voyait lui-même comme une sorte d’ermite. Il avait développé les secteurs « histoire, paranormal et ésotérisme » à un point tel qu’il s’était créé une petite clientèle d’habitués fidèles. Pas de quoi rouler sur l’or, rien à voir non plus avec un salaire de prof. Mais, quand on a une passion, on ne compte pas. Et Gérard savait vivre de peu. Il jeta un dernier regard à sa chimère dont les plus anciennes apparitions remontaient au quatrième millénaire en Elam et au troisième en Egypte. En ces lointaines époques, elle avait accompagné divinités et héros locaux : Ningishzida, Seth, Gilgamesh, Apollon, Eros, Dionysos et Némésis. Elle avait chassé et combattu ennemis ou animaux fantastiques quand elle n’avait pas défendu le vase et l’urne sacrés, l’arbre de vie ou le royaume des morts. Desbarres entra en poussant un léger soupir. Un carillon cristallin se mit à tintinnabuler. Qu’allait-il trouver aujourd’hui, une fois les volets de bois rangés dans l’entrée de la cave ? La librairie visitée et les rayons fouillés une fois de plus ? Comme le plus profond désordre régnait dans les amoncellements de bouquins qui montaient jusqu’au plafond et comme il n’avait établi aucun inventaire sérieux, Gérard n’avait pas su évaluer l’importance du vol quand il avait fait sa déclaration au commissariat de police. La serrure avait été forcée, les bouquins éparpillés. Sans doute en avait-on volé, mais lesquels ? Il lui faudrait du temps pour le savoir… Plusieurs autres incidents bizarres lui revenaient en mémoire. Avant le cambriolage, il avait retrouvé la serrure de la porte d’entrée bouchée avec de la colle et du chewing-gum ce qui l’avait obligé à faire venir un serrurier. Les gens ont vraiment du temps à perdre. Certains ne savent pas quoi faire pour enquiquiner leurs concitoyens. Il avait vite oublié l’incident de même qu’il avait fait l’impasse sur la serrure de la porte de la cave qui maintenant ne fermait plus du tout. Il avait mis cela sur le compte de la vétusté. Il alluma les trois néons de la
poussiéreuse boutique. Il était plus de huit heures et demie du matin. Il n’y aurait pas de clients avant neuf heures et sa nièce Virginie, occupée par son travail à l’hypermarché « Rond Point » ne pourrait venir l’aider que demain… Fille de sa sœur aînée disparue avec son mari dans un accident de voiture il y avait plusieurs années, Virginie Lepayen donnait de temps à autre un coup de main à la librairie. Gérard ne pouvait pas mieux faire que de lui glisser un petit billet, son chiffre d’affaires n’en permettant pas plus. Après des études d’histoire de l’art, elle n’avait pas trouvé d’emploi dans sa branche et s’était rabattue, en attendant mieux, sur un boulot d’hôtesse de caisse à temps partiel dans cette grande surface de la périphérie. Le petit deux pièces qu’elle occupait lui était prêté à titre gracieux par un vieil ami de son père. Elle n’avait pas de voiture et vivait très modestement. Gérard exerçait sur elle une sorte d’autorité paternelle et ne voyait pas d’un très bon œil l’influence de son nouvel amant, un certain Paul Armen. Il avait l’impression qu’il la perturbait. Et puis ce groupe de réflexion où il l’avait introduite, « Pensées libres et libérées », ça puait la secte… Il l’avait accompagnée à des réunions de café philo, dans l’arrière salle du « Socrates », là rien à redire. Ça s’apostrophait, ça partait dans tous les sens. C’était souvent assez ennuyeux, mais restait bon enfant. Cependant, quand Armen entraîna Virginie plus avant dans son étrange cénacle, Gérard refusa de suivre. Il avait l’impression de quelque chose d’un peu bizarre, voire d’un peu malsain, mais il n’aurait pas su le définir avec précision. Il était sans doute jaloux de Paul ou tout au moins se sentait-il investi d’un rôle de protecteur vis-à-vis de Virginie. Machinalement, il appuya sur la touche messagerie de son portable. Elle l’avait appelé hier soir. Le message était bizarre, quasi inaudible. Rien de clair sinon des soupirs, la voix affolée de sa nièce qui disait : « Mais non, ces gens… » et une voix d’homme qui se voulait rassurante : « Allez Virginie, viens
avec nous… ». Et cela avait été coupé aussitôt. Bizarre. Sans plus attendre, il lança un appel. Rien au bout du fil. Virginie avait éteint son portable, elle était injoignable, ce qui ne manquait pas de l’inquiéter. À cet instant précis, une femme brune et distinguée, aux cheveux mi-longs et au teint mat, fit son entrée dans un délicat bruit de clochettes. Elle avait des traits fins, une bouche gourmande aux lèvres un peu épaisses, des yeux mutins et un sourire très doux. — Bonjour Monsieur… — Bonjour Madame, lui répondit poliment Gérard, qu’y a-t-il pour votre service ? La belle le fixa de son regard le plus enjôleur avant de reprendre : « Quel merveilleux endroit !… Je suis totalement sous le charme… Magnifique ! Très rare, un cadre pareil ! » tout en faisant quelques pas entre les présentoirs et en levant les yeux vers les rayonnages les plus élevés, ceux qu’on atteint qu’avec la vieille échelle de bois terminée par deux crochets qui s’adaptent à une longue barre horizontale courant tout autour du magasin. Gérard la détailla de la tête aux pieds. Elle faisait partie de ces femmes dont la beauté naturelle interdisait de les oublier. Une plastique parfaite se devinait sous une robe de fine soie fuchsia recouverte d’un léger manteau de laine beige entrouvert. « Jamais je n’aurais pu m’imaginer en lisant l’annonce… » — Pardon ? Mais de quoi voulez-vous parler, Madame ? Je ne comprends absolument pas, s’exclama Desbarres. — Excusez-moi. Je reprends depuis le début. Je me présente, Béatrice Conan de l’agence Gestimmobilière. Je viens suite à l’annonce que vous venez de passer… — Mais, je n’ai passé aucune annonce. Béatrice le gratifia d’un sourire à faire craquer le vieux garçon endurci qu’il était devenu et lui plaça sous le nez un Palm allumé sur une copie de page web : « Voyez vous-même. N’y a-t-il pas écrit :À vendre stock inclus, librairie du Griffon
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