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Rome : poëme lyrique dédié à Sa Sainteté le Pape Pie IX / par Lafont (de Montferrier),...

De
30 pages
C. Dillet (Paris). 1867. 32 p. ; in-16.
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ROME
Poème lyrique en trois odes
ODE ir*
ROME I>-Au"Y"E3ST3STE
Ecce bestia quarto, terribilis, atque mirabilis,
et fortis nimis, dentés ferreos habebat magnos,
comedens atque comminuens , et reliqua pe-
dibus suis conculcans.
(Daniel, cap. VII, * 7.)
Quelle est donc cette femme à l'oeil mélancolique ,
Au sourire équivoque el pourtant sympathique ,
Qui marche vers l'autel d'un pas mal assuré?
C'est Rhéa Sylvia , l'hypocrite vestale,
Qui , brûlant d'une ardeur sacrilège et brutale,
Va ranimer le feu sacré...
Dans un vallon désert, que les vagues du Tibre ,
En rentrant dans leur lit, viennent de laisser libre,
On voit deux nouveau-nés gisants sur le sol nu.
Ces enfants sont les fils de l'indigne prêtresse.
Qu'au fleuve avait livrés une main vengeresse,
Et dont les flots n'ont pas voulu.
_ 4 —
Tout à coup, nous dit-on , se présente une louve,
Qui leur tendant son sein , les allaite et les couve
D'un oeil tout à la fois étincelant et doux.
Elles deux nourrissons semblent si fort lui plaire
Que l'on dirait vraiment qu'elle se croit leur mère ,
Et les prend pour deux petits loups.
Qu elle soit vraie ou non , respectons la légende ;
Car entre eux et les loups la ressemblance est grande.
Ils croissent, et de meurtre on les voit se nourrir.
Le couple scélérat vole , pille , assassine.
L'un des deux cependant sur l'autre prédomine :
Il n'est pas né pour obéir.
Romulus veut régner , il a soif de l'empire.
C'est à dominer tout que son orgueil aspire ;
Son coeur veut un pouvoir suprême , illimité.
Il ne voit point de fin au royaume qu'il fonde ;
Peut-^tre dans son rêve embrasse-t-il le monde
Et le Temps et l'Éternité.
De Rome un long sillon trace déjà l'enceinte ;
Et tandis que chacun le regarde avec crainte ,
Rémus le saute et rit ; mais non impunément,
Et Romulus l'immole à sa cité nouvelle :
Pour la bâtir , horreur ! le glaive est sa truelle ,
Le sang d'un frère , son ciment!
Niant qu'il soit issu d'amours illégitimes,
Et comme autant de droits étalant tous ses crimes,
I! se dit fils de Mars et se prétend divin ;
Mais, quel que soit celui qu'il se donne pour père ,
Le fondateur de Rome , assassin de son frère ,
N'est qu'un descendant de Caïn.
Vagabonds et bandits , race vile et cruelle ,
Accourez, venez tous : Romulus vous appelle.
11 veut s'unir à vous par d'intimes liens.
Hommes sans moeurs, sans lois , sans culte, sans
Venez , vous méritez de peupler cette ville: [asile,
Brigands, devenez citoyens.
Quoique partout on mette obstacle à la croissance
De votre état naissant dont on craint la puissance,
Le crime l'a fondé , l'enfer le soutiendra.
Pour former des hymens que l'on répute infâmes,
Chez vos voisins en vain vous mendiez des femmes ;
Mais le rapt vous en donnera.
Que vois-je? où courez-vous, Sabines trop candides?
Un grand piège est caché sous ces fêtes perfides.
Pour vous défendre , hélas ! Vous n'auriez que vos
[pleurs ;
Revenez!... Vains conseils ! Les colombes pudiques
Vont tomber par essaims sous les serres lubriques
De mille vautours ravisseurs....
Pour arrêter le cours des attentats de Rome ,
Vingt peuples irrités marchent comme un seul homme;
Mais Rome a triomphé de tous ces combattants.
Du Latium bientôt elle fait la conquête,
Et le bandeau royal rayonne sur sa tète :
Le gardera-t-elle longtemps?
— 6 —
Respirant les vapeurs de sa vile origine ,
Et portant dans son sein un cancer qui la mine,
Après deux cents printemps la royauté vieillit;
El d'un crime.exécrable expiant la bassesse ,
Elle s'éteint enfin dans le sang de Lucrèce ,
D'où la République jaillit.
L'État change de nom, mais non pas de génie.
République, tu n'es qu'une autre tyrannie.
Sous toi vont éclater d'héroïques vertus ;
Mais elles me font peur; car pour rester romaines ,
Il faudra que toujours elles soient inhumaines :
C'est ainsi que les veut Brutus.
Stoïque et fier consul, que Rome seule charme ,
Sans pousser un soupir , sans verser une larme,
Il voit ses deux enfants mourir sous le couteau.
C'est peu qu'il ait lui-même ordonné leur supplice ;
Brutus veut présider au sanglant sacrifice :
Le père n'est plus qu'un bourreau !
Idéal des grands coeurs , sublime rêverie ,
Prétexte des tyrans , — amour de la patrie,
Oh ! combien ton prestige enfantera d'horreurs !
Les Romains , abusant de tes saintes maximes ,
Bien souvent chercheront la grandeur dans les crimes.
Et leur gloire aura ses fureur».
Leur gloire aura sa honte, elle aura sa souillure.
Elle se nourrira de sang et de luxure ,
Sous le joug d'Appius, chef du décemvirat.
— 7 —
Il ne faudra pas moins qu'un poignard parricide
Pour dérober la vierge à la trame perfide
De l'impudique scélérat.
La vertu cependant, quel que soit leur délire ,
N'a pas chez les Romains perdu tout son empire.
Il est plus d'un coeur pur caché sous les haillons ;
Il est de vrais héros dans les champs , dans la rue ,
El quand Cincinnatus lient en main la charrue ,
La vertu trace les sillons.
Louons Fabricius , louons aussi Camille ,
Qui bénit son pays , quand son pays l'exile ;
Louons de Décius l'immortel dévoûment.
Mais surtout admirons le noble et saint courage
De Régulus vaincu , qui revient à Carthage
Mourir martyr de son serment.
Quand dans des coeurs cruels , dissolus et serviles,
Bouillonne le volcan des discordes civiles ,
Souvent de la vertu le crime prend les traits ;
Et pour cacher l'horreur des complots qu'ils méditent,
Les grands agitateurs sous ce masque s'abritent :
C'est l'égide de leurs forfaits.
Ainsi , tyrans masqués, sauveurs en. apparence ,
Au peuple Marius promet sa délivrance ,
Aux sénateurs Sylla promet l'autorité,
Et Rome est toute en proie aux fougueux adversaires;
Entre ces deux courants violemment contraires
Le citoven est ballotté.
Séduits parées; bourreaux , l'ami devient un traître ;
A teur fer meurtrier l'esclave vend le maître ,
Le frère vend le frère, et l!épouse,. l'époux ;
Le fils même , le fils leur immole son père ;
Et quand ils sont venus réclamer leur salaire,
Les bourreaux les égorgent tous.
0 Rome criminelle autant que malheureuse ,
Que de sang a coulé dans cette lutte affreuse,
Où vainqueurs et vaincus sont à jamais flétris !
Tous furent si cruels que l'équitable histoire ,
Des hideux prescripteurs maudissant la mémoire ,
; Est sans larmes pour les proscrits.
Est-ce assez?— Non. Couvrant aussi son fanatisme
Des dehors imposteurs du vrai patriotisme s
Le second des Brutus demain apparaîtra.
L'un tua ses deux fils , l'autre lùra son père :
Qu'importe qu'à César Brutus doive sa mère ?
César veut régnef-: il mourra.
Il est mort, mais en vain : déjà la République ,
Veuve du grand Pompée et du romain d'Utique ,
Entre au tombeau , suivant Brutus et Cassius.
Elle y descend, traînant une toge salie,
Que ne peuvent blanchir Lucrèce , Cornélie ,
Régulus, Caton , Décius.
Ah ! ce n'est pas trop tôt que ton pouvoir expire ,
Monstre atteint do la rage , exécrable vampire !
Tu souillas de ta bave et la terre et les mers ;
- 9 -
Du Tibre au Tanaïs et de l'Euphrate au Tage
Tu roulas effréné de carnage en carnage,
Buvant le sang de l'Univers.
Mais taisons-nous,... Voici l'Empire qui se lève ,
Monstre encor. plus affreux; dans son étrange rêve,
Daniel le prophète a vu seul son pareil :
Dragon aux dents de fer , aux cent tètes'géantes ,
Qui voudrait engloutir dans ses gueules béantes
Tout ce qui vit sous le soleil.
Le monstre mord toujours la main qui le caresse ;
On peut l'apprivoiser, mais il faut qu'on le paisse.
H demande à grands cris des meurtres et du pain ;
El quelque faim qu'il ait, si bien qu'on l'assaisonne ,
Il rejette en grondant l'aliment qu'on lui donne ,
S'il n'est trempé de sang humain.
Sous divers noms fameux ce dragon se signale;
C'est Tibère , Néron , Claude , Héliogabale,
Caligula , Commode , Othon , Domitien.
Quand il dort , ou s'.ipaise et rumine , on l'appelle
ï%i-va . Trajan., Sévère , Antonin , Marc-Aurèlè ,
Ou Titus ou Vespasien. '
Mais quelque nom qu'il prenne , et quoi qu'il puisse
[ feindre ,
Ne vous y fiez pas ; il est toujours à craindre ,
Surtout dans ses sommeils., c'est la foudre qui dort.
Dansez autour de lui ; iie fleurs ornez vos tètes ;
Mais hàtez-vous , Romains , de jouir de vos fêtes :
Son réveil va vomir la mort.
— 10 —
Féroce par instinct, vide de conscience ,
Courant , aveugle et sourd , de démence en dé-
[ mence ,
A force de fureurs l'empire devient nul.
Un jour il fait d'abord d'un cheval un grand-prètre ,
Puis au peuple abruti , bien digne d'un tel maître ,
Promet ce cheval pour consul.
Il est tout à la fois horrible et ridicule.
Pour se désennuyer , il veut que Rome brûle ;
Et quand il se sent las d'égorger les humains ,
Il les enduit vivants de soufre et de bitume,
Les attache , les cloue , et puis il les allume ,
Pour illuminer les chemins (*).
Le monstre prend aussi la face féminine :
Devenant tour à tour Julie et Messaline ,
Du venin qu'il exhale il tue ou flétrit tout.
Dans l'orgie et le sang traînant sa vie impure ,
Souillé d'excès sans nom , dont frémit la nature ,
Il tombe enfin dans un égoût.
Patrie , égalité, fraternité , tout tombe ,
Tout va s'ensevelir dans une même tombe ;
La gloire et la vertu ne quittent plus le deuil ; ■
Du citoyen Romain reste à peine un fantôme ;
L'esclavage et la mort sont les seuls droits de
[ l'homme,
Et l'on n'est libre qu'au cercueil.
(*) Voir l'histoire de Caligula et de Néron.
— H —
Accourez , Wisigoths , Vandales et Tarlares,
Vous tous que le Romain ose appeler Barbares !
Venez de ses bourreaux venger l'humanité ;
Venez la délivrer du monstre qui l'outrage ;
Et que votre vengeance enfin nous dédommage
De ce qu'à tous Rome a coûté.
Ils vont venir... Le Ciel les arme et les rassemble ;
Les voici ! Sous leurs pas la terre bout et tremble.
Ils portent dans leurs main? et la flamme et le fer :
C'est le fléau de Dieu , qui vers Rome s'avance ,
Et vient pulvériser ce reste de puissance
Que lui prête encore l'Enfer.
Alaric , Attila , Genséric , Odoacre ,
Quel fléau !... Renonçons à peindre un tel massacre.
Tout meurt , tout est détruit. Entendez vous leurs
[cris?
Voyez-vous ces milliers de cadavres qu'ils foulent ,
Ces remparts, ces palais, ces temples qui s'écroulent?
Cherchez Rome dans ces débris.
Moi, j'y trouve un pygmée, en cherchant un Hercule ;
Je redemande Auguste : on me montre Auguslule ;
L'aigle des empereurs n'est plus qu'un roitelet,
Et de ces grandes eaux qui submergeaient le monde,
En le couvrant de sang et d'une vase immonde ,
^'écoule le dernier filet.
C'en est fait ! Entendez sonner l'heure fatale.
Dans les convulsions du délire et du râle .
- n -
Rome trépasse enfin : L'Eternelle n'est plus.
Vingt rois vont touf-à-toUr essayer sa couroune ;
On achète, a l'encan les restes de son trône ,
Et ses dieux mêmes sont vaincus.
Mars , Vénus , Jupiter , tous ont fini leur rôle ;
Ils ont tous disparu comme leur Capitole ;
L'Olympe suit le sort de l'empire romain.
Quelle nuit! Cependant j'y vois poindre une aurore ;
L'empire se transforme;... il doit revivre encore,
Et Rome aura son lendemain.
O D E I I '
B-OIVEE CHRÉTIENNE
Sedes Roma Pétri, qiue pasloralis honoris
Wiccta càput mundb, quiiqiM non possidet armis
Relligione tenel..,.
(S. Prospcr.)
Un pêcheur de la Palestine ,
Seal, sans protecteur , sans renom ,
Héraut d'une étrange doctrine (*) ,
Arrive un jour : Pierre est son nom.
D'une voix où l'Esprit Saint vibre,
11 annonce aux enfants du Tibre
Un Homme-Dieu crucifié,
Fils unique de Dieu le Père,
Et qui, né d'une vierge mère ,
S'est pour, l'homme sacrifié.
11 leur révèle une sagesse
Que Numa ne fit qu'entrevoir :
Il veut qu'on soumette sans cesse
Les penchants du coeur au devoir ;
11 n'est point de plaisir profane ,
Point de vice qu'il ne condamne ;
11 prêche aux tyrans la bonté ,
(*) Etrange pour les payens qui la regardaient comme une
folie.

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