Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Partagez cette publication

SANS HAINE ET SANS CRAINTE,
LA VÉRITÉ
SUR L'EX-MINISTRE
DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
SANS HAINE ET SANS CRAINTE,
LA VÉRITÉ
SUR L'EX-MINISTRE
DÈS AFFAIRES ÉTRANGÈRES;
PAR A. CAUSSADE
DE TOULOUSE.
Au moindre revers funeste,
Le masque tombe , l'homme reste,
Et le héros s'évanouit.
PARIS,
CHEZ L'ÉDITEUR , A LA LIBRAIRIE FRANÇAISE ET ETRANGERE ,
PALAIS-ROYAL, GALERIES DE BOIS, N° 253, AU DIEU MARS.
1824.
IMPRIMERIE DE SÉTIER,
COUR DES FONTAINES , N° 7, A PARIS.
SANS HAINE ET SANS CRAINTE
LA VÉRITÉ
SDR L'EX-MINISTRE
DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
Je te fâches! donc tu as tort
Le bon sens de ce vieil adage frappe
aujourd'hui d'une manière bien évidente
l'artisan , le bourgeois, l'homme du monde
et le publiciste.
Un écrivain illustré par des ouvrages
devenus européens; un noble pair que les
Français , amis des senlimens chevaleres-
ques , se plaisaient à regarder comme le
héraut de la légitimité; un ministre d'état
en qui jadis une disgrâce avait fait ressor-
tir un beau caractère, se plaint amèrement
de la perte d'un portefeuille qu'il n'aurait
pas dû accepter. Sa destitution, juste châ-
timent d'une conduite équivoque, incom-
patible avec la loyauté qu'on devait attendre
de lui; son ambition déçue, lui font jeter
les hauts cris, et l'aveuglent à tel point
qu'il ne voit pas retomber immédiatement
sur lui les traits acérés de mépris qu'il vou-
drait lancer aujourd'hui à ses collègues
d'hier. Accoutumé à regarder ses utopies
politiques, si souvent démenties par sa
conduite publique et privée, comme le
palladium de nos libertés, il se dit mo-
destement le seul homme d'Etat de France,
et va jusqu'à faire pressentir la chute de la
monarchie; comme si son exclusion du
ministère, nous laissant à la merci de tou-
tes les factions, devait avoir, pour consé-
quence inévitable , un nouveau dix-huit
fructidor, ou un autre vingt mars!
Quel est donc ce déplorable système?
Pourquoi toujours mettre de côté les ins-
titutions, pour ne s'occuper que des indi-
vidus? En vérité, a-t-on bonne grâce à
reprocher au pouvoir de prétendre gou-
verner pas le positif de la science des cal-
culs, quand on voudrait gouverner soi-
mémo à la faveur du prestige d'une élo-
quence persuasive, mais décevante?
Quel beau spectacle, en effet, de voir
trente millions d'hommes régentés par une
ambition dédaigneusement superbe, se faire
un devoir de jurer in verba magistri,
quand le magister lui-même, infidèle par
la pratique à ses brillantes théories, s'em-
porte à la moindre contrariété, trépigno
et fait la moue comme un petit écolier de
cinquième.
Non, le peuple français , si spirituel, a
aussi trop de bon sens pour croire l'Etat
en danger et la monarchie compromise
parce que le romantisme et l'emphase ne
se glisseront plus dans les discussions des
projets de loi ; parce que la tribune légis-
lative sera autre chose qu'une chaire de
rhétorique, et que les journaux politiques
ne serviront plus de cadre à des thèmes
d'amplification.
Mais , dans l'amertume des regrets, dans
l'ardeur des transports que cause un désap-
pointement auquel on était loin de s'atten-
dre, on invective contre ses adversaires ; tous
6
les moyens sont bons, pourvu qu'on fasse
de l'effet : on sacrifie même son ultracisme
si pur et si vanté depuis la restauration,
pour chercher des partisans dans le camp
ennemi. Les éloges qu'on refusait hier aux
braves qui triomphèrent tant de fois avec
les trois couleurs, leur sont prodigués au-
jourd'hui, parce que l'on n'a plus de por-
tefeuille. Ce n'est que sous les ailes de l'aigle
impérial, que les lys des Bourbons auront
traversé victorieusement l'Espagne, de Bar-
celonne à Cadix. L'auteur des plus virulen-
tes philippiques contre Napoléon, devient
son admirateur et son panégyriste !
Riais cet homme extraordinaire, que l'on
magnifie aujourd'hui, après avoir tant de
fois cherché à le rapetisser, peut-il offrir
quelque rapprochement avec l'ex-ministre?
Quel profit pense-t-on retirer de celle in-
décente apostasie? La grenouille ne crève-
t-elle pas en cherchant à se grandir comme
le boeuf?
Napoléon , abandonné par des amis per-
fides , des serviteurs infidèles, seul au mi-
lieu de ses créatures qu'il avait écrasées de
bienfaits, et, forcé de céder enfin à la puis-
sance de l'opinion publique, si long-temps
méconnue, abdique sans se plaindre, et
laisse au moins après lui un souvenir de
grandeur qu'il avait imprimé à toutes ses
actions.
M. de Chateaubriand, élevé péniblement
et par ricochets à un poste où il a vécu
dix-huit mois inaperçu , en tombe par la
volonté royale; il murmure, se guinde,
monte sur des échasses, et, tout en pré-
tendant servir encore la monarchie, dont il
attaque les prérogatives, il ne craint pas
d'employer, pour sa propre défense, des
phrases matériellement plus séditieuses
que celles des journaux que sous son mi-
nistère il a fait traduire en jugement pour
cause de tendance.
L'écrivain distingué n'est plus que le
pamphlétaire du ministre déchu. Dévoré
d'ambition, il ne craint pas, aux yeux de
la France et de l'Europe, long-temps admi-
ratrices d'un talent qu'elles croyaient pur et
désintéressé; il ne craint pas de descendre
dans l'arène en folliculaire , et de com-
mettre la plume homérique des martyrs,

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin