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Séance extraordinaire du tribunal correctionnel d'outre tombe, où il s'agit de deux procès très intéressants sur des questions qui sont à l'ordre du jour, par M. B. Lesur père,...

De
89 pages
C. Dillet (Paris). 1872. In-18, 87 p..
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SÉANCE EXTRAORDINAIRE
DU
TRIBUNAL CORRECTIONNEL
D'OUTRE-TOMBE
OÙ IL S'AGIT DE DEUX PROUÉS TRÉS-INTÉRESSANTS
SUR DES QUESTIONS QUI SONT A L'ORDRE DU JOUR
Par M. B. LESUR Père
Membre des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul
et de Saint-François-Régis.
PARIS
G. DILLET, LIBRAIRE-ÉDITEUR
15, RUE DE SEVRES, 15
1872
SÉANCE EXTRAORDINAIRE
DU
TRIBUNAL CORRECTIONNEL
D'OUTRE-TOMBE
IMPRIMERIE. TOINON ET Ce A SAINT - GERMAIN.
SEANCE EXTRAORDINAIRE
DU
TRIBUNAL CORRECTIONNEL
D'OUTRE-TOMBE
OU IL S'AGIT DE DEUX PROCES TRES-INTERESSANTS
SUR DES QUESTIONS QUI SONT A L'ORDRE DU JOUR
Par M. B. LESUR Père
Membre des Conférences de Saint-Vincent-de -Paul
et de Saint-François-Régis.
PARIS
G. DILLET, LIBRAIRE-ÉDITEUR
15, RUE DE SÈVRES, 15
1872
SÉANCE EXTRAORDINAIRE
DU
TRIBUNAL CORRECTIONNEL
D'OUTRE-TOMBE
1° Cause des alliées et des matérialistes, connus sous le
nom de positivistes, représentée par MM. Littré, Renan
et About.
2° Cause des égoïstes de la classe bourgeoise, représentée
par une foule de rentiers, de banquiers, de notaires, de
médecins, etc.
3° Cause de la partie de la bourgeoisie qui, par ses prin-
cipes de religion, est séparée des égoïstes et des irréli-
gieux.
M. LE PRÉSIDENT.— Huissier, faites l'appel des
prévenus dans la première cause.
L'HUISSIER. — Les prévenus sont encore dans
le monde d'en bas: l'affaire n'est donc pas
en état à leur égard, mais ils ont fait dire qu'ils
6 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
sont prêts à se défendre dès à présent, d'autant
plus volontiers qu'ils se moquent de toutes les
décisions qui pourront être prononcées contre
eux sous le nom de l'être suprême, attendu qu'ils
ne le reconnaissent pas.
M. LE PRÉSIDENT, avec majesté, —Ils le recon-
naîtront plus tard.
M. LE PRÉSIDENT. — Accusés Littré, Renan et
About, vous savez ce dont on vous accuse; on
vous accuse d'avoir nié l'existence de Dieu et
l'immortalité de l'âme; d'avoir affirmé que tout
finit avec la vie du corps, et d'avoir, par cette
doctrine, découragé la vertu, en ôtant tout es-
poir de récompense dans l'autre monde, et
d'avoir, d'un autre côté, autorisé tous les méfaits
par la perspective de l'impunité dans l'autre vie ;
on ajoute que le peuple, déjà malheureux par sa
condition, ne sachant où s'en prendre, s'est cru
permis de se livrer à des actes de meurtre, de
pillage et d'incendie, par la seule raison qu'il
était le plus nombreux, le plus fort, et que rien
ne devait l'arrêter.
M. LE PRÉSIDENT. — Nous allons maintenant
D'OUTRE-TOMBE. 7
procéder à l'interrogatoire de chacun de vous en
particulier.
Accusé Littré, approchez.
Je dois, avant tout, rendre' hommage aux
qualités qui vous distinguent.
Vous n'êtes pas un homme ordinaire; vous
avez beaucoup de qualités de l'esprit et même
du coeur. Dans le petit pays que vous habitez
pendant l'été, vous êtes toujours au service des
pauvres malades, que vous soignez comme mé-
decin sans aucune rétribution. Dans le même
village il y a, dit-on, un autre médecin distin-
gué, qui, comme vous, soigne les habitants gra-
tis. — C'est un exemple très-rare, qu'il est bon
de signaler. Vous êtes bon époux et boa père ; et
encore bien que vous professiez des doctrines
opposées à la religion catholique, vous laissez
toute liberté à votre femme et à votre fille, qui
sont très-pieuses, de se livrer à toutes les pra-
tiques de la religion. Mais il ne suffit pas d'avoir
été ce que l'on appelle un honnête homme
pour être absous au tribunal d'outre-tombe ; il
faut n'avoir pas causé le mal par des doctri-
8 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
nés funestes, et c'est ce dont vous êtes accusé.
Maintenant expliquez-vous.
M. LITTRÉ.—J'ai passé l'âge de soixante ans ; je
suis républicain depuis mon enfance, et cela s'ex-
plique, parce que ma respectable mère était une
zélée républicaine en 1793, et j'ai sucé son lait.
(Sur ce mot, le public regarde avec plus d'atten-
tion l'accusé, et chacun de dire : C'est bien
vrai.)
Je me suis associé avec Auguste Comte, l'in-
venteur du positivisme, dont les doctrines ont
été élucubrées dans un catéchisme de plus de
400 pages, presque inintelligible, dont l'édi-
tion a été épuisée depuis longtemps, sans que
l'on ait songé à le faire réimprimer.
M. Comte, dont le cerveau a été embrouillé
par ses propres doctrines, presque inextricables,
a été enfermé en 1826 dans la maison de santé
du docteur Esquirol. Il s'est séparé de sa femme
pour se lier avec une autre, sans formalités de
mariage. — Il a eu des difficultés d'intérêt avec
sa femme légitime. J'ai été le conseil de cette
dernière, et après la mort de M. Comte, il y a eu
D'OUTRE-TOMBE. 9
procès entre ses exécuteurs testamentaires et la
D. Ve Comte, assistée par moi, pour la remise
des papiers de M. Comte; les exécuteurs testa-
mentaires ont gagné leur procès, et ils ont formé
à part une secte positiviste, dont ils m'ont exclu.
Depuis ce temps ils me gardent rancune, et ils
soutiennent que je ne suis pas le continuateur
de M. Comte; j'ai prétendu le contraire, et dans
un cours d'histoire, que j'ai professé à Bor-
deaux, aux élèves de l'école polytechnique, chaire
à laquelle j'ai été nommé par M. Gambetta,
alors dictateur à Bordeaux, je n'ai pas craint de
me présenter comme le continuateur d'Auguste
Comte.
M. LE PRÉSIDENT. — Accusé, passez ces détails,
arrivons au fait. N'avez-vous pas proclamé qu'il
n'y a pas de Dieu, et que l'âme n'est qu'un phé-
nomène purement matériel ?
M. LITTRE. — Cela est vrai, monsieur le Pré-
sident ; je vais même vous dire tout ce que j'ai
écrit à ce sujet :
1° La science démontre qu'il n'y a pas de
Dieu.
s.
10 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
M. LE PRÉSIDENT. — Ici je vous arrête : vous
qui êtes un savant, où avez-vous trouvé cette dé-
monstration dans la science?
M. LITTRÉ. —Je ne me suis pas donné la peine
de chercher cette démonstration. C'est un théo-
rème que je laisse à mes successeurs le soin de
prouver ; je continue :
2° Dieu se trouve réduit à un office purement
nominal et surérogatoire.
M. LE PRÉSIDENT.— Permettez-moi, monsieur
Littré, c'est encore là une affirmation sans
preuve. —Comment avez-vous pu penser qu'on
vous en croirait sur parole?.
M. LITTRÉ. —Dans le monde d'en bas, il suffit
que nous soyons connu comme savant, pour que
le public nous croie sur parole. Or, je ne sais si
vous le savez, monsieur le Président, je suis de
deux académies, et tout récemment, malgré la
déclaration de ces doctrines que vous condam-
nez, ou peut-être même à cause d'elles, j'ai été
nommé membre de l'Académie française, no-
nobstant l'opposition énergique d'un illustre
évêque. Comment,après cela, pouvons-nous nous
D'OUTRE-TOMBE. 11
donner la peine de faire des démonstrations de
nos doctrines? il suffit que nous les affirmions.
M. LE PRÉSIDENT. —Je ne croyais pas le public
si crédule, lui qui ne veut pas croire les vérités si
palpables de la religion. —Je comprends, main-
tenant, votre assurance, mais cela ne vous excuse
pas auprès de la morale universelle.
Mais enfin, vous n'avez donc pas de Dieu?
M. LITTRÉ. —Je vous demande bien pardon,
monsieur le Président.
« Nous reconnaisons l'humanité comme la su-
« prême existence et la seule providence. »
M. LE PRÉSIDENT. —Voilà une divinité dont
nous n'avions jamais entendu parler dans le
monde des esprits.— Expliquez-moi donc ce
que vous entendez par là.
M. LITTRÉ.— « L'humanité, telle que nous l'en-
« tendons, nous autres positivistes, est un assem-
« blage ou un composé de tous les êtres décédés
« en état de grâce positiviste et incorporés à ce
« grand être en vertu d'un sacrement appelé
« incorporation, institué par les prêtres positi-
" vistes suivant des rites de leur invention. »
12 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
M. LE PRÉSIDENT. — Voilà qui passe toute
croyance. Comment, monsieur Littré, avez-vous
pu croire que le public accepterait de pareilles
balivernes !
M. LITTRÉ.—Permettez-moi, monsieur le Pré-
sident, de ne pas accepter, pour mon compte,
une expression si peu bienveillante. Je pourrais
dire, pour m'excuser, que je ne suis pas l'in-
venteur de cette divinité. Tout l'honneur eu
revient à M, Auguste Comte et à ceux qui se
sont plus particulièrement attachés à ses doc-
trines.
Je dois ajouter, à la décharge du public, que
vous taxez d'une trop grande crédulité sur cet
article, que, nous autres apôtres du positivisme,
nous n'avons jamais exposé ces détails, mais que
nous nous sommes toujours bornés à soutenir
qu'il n'y a pas de Dieu, et que l'immortalité de
l'âme n'est qu'une hypothèse.— Le public ne
nous en a pas demandé davantage, notre système
a fait son chemin, et nous, nous avons fait aussi
le nôtre assez bien.
M. LE PRÉSIDENT.— Ainsi vous mettez de côté
D'OUTRE-TOMBE. 13
toute sanction morale fondée sur les croyances
religieuses.
M. LITTRÉ. — Voici ce que nous enseignons
sur cet article : « La sanction morale, empruntée
« au dogme d'une vie future, est incompatible
« avec la morale sainement entendue.
« La vertu chrétienne, qui tient compte de
« cette sanction, n'est qu'un égoïsme raffiné. »
M. LE PRÉSIDENT. — Voilà, par exemple, ce
qui est révoltant. J'avoue que si vous ne passiez
pas pour un brave homme, je vous croirais le
complice des malfaiteurs, en leur procurant ainsi
des motifs d'excuse et même d'encouragement
pour tous leurs crimes.
M. LITTRÉ. — Pardon, monsieur le Président,
à côté de ces dangers dont vous vous indignez, il
y a un correctif, que, nous autres positivistes,
nous avons inventé ; « c'est l'altruisme, c'est-à-
« dire un sentiment intime qui nous fait nous
« aimer les uns les autres. »
M. LE PRÉSIDENT. — Bon pour vous, monsieur
M. Littré, et les positivistes de bonne foi, s'il en
existe, mais allez donc prêcher l'altruisme au
1 4 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
misérable qui viendra pour vous assassiner parce
qu'il voudra s'emparer de vos biens.
M. LITTRÉ. — Je n'en ai pas fini sur cet article
de moralité, voici ce que nous ajoutons :
« L'acte libre n'est que le résultat de l'activité
« prépondérante de telle ou telle des fonctions
« cérébrales, autres que celle qui l'a emporté. »
J'avoue être l'inventeur de cet axiome que
j'ai inséré dans mon dictionnaire, au mot libre
arbitre, afin que cette définition passât à la pos-
térité avec mon fameux dictionnaire.
M. LE PRÉSIDENT. — Ah çà, monsieur Littré,
vous voulez donc vous faire l'avocat des voleurs et
des assassins? Quand ils seront traduits devant une
cour d'assises, ils n'auront qu'à faire passer aux
jurés votre dictionnaire, ce qui. certes, devra en
faciliter le débit. Je ne crois pourtant pas que
ce soit dans cette intention que vous y ayez inséré
l'article dont vous venez de parler.
Convenez-en avec moi : si toutes les actions,
même criminelles, ne sont déterminées que par
un mouvement mécanique du cerveau, indépen-
dant de la volonté de celui qui s'y est livré, il
D'OUTRE-TOMBE, 1 5
n'y a plus de crime, et la justice humaine doit
rendre compte du sang qu'elle a versé, en croyant
punir le crime. En acceptant votre doctrine, on
ne devrait s'étonner que d'une chose, c'est qu'il
n'y ait pas plus de forfaits sur la terre; car en
somme il y a plus de désirs à satisfaire que de
plein contentement.
•M. LE PRÉSIDENT. —Monsieur Littré, jusqu'ici
vous ne vous êtes pas encore expliqué sur la
nature de l'âme.
M. LITTRÉ. — C'est encore dans mon diction-
naire que j'en ai donné la définition, en ma
qualité de médecin.
Voici donc ce que porte mon dictionnaire au
mot âme :
« L'âme n'est que l'ensemble des fonctions
« du cerveau et de la moelle épinière. »
M. LE PRÉSIDENT. — Ce n'est pas devant ce
tribunal qu'on peut conter de pareilles sornettes.
— On voit bien quel a été votre but en formu-
lant une assertion si déraisonnable. Vous avez
eu pour principe et pour point de départ de tout
votre système, qu'il n'y a pas de Dieu, et que
16 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
tout doit finir avec la vie ; si vous aviez reconnu
avec tous les grands hommes des siècles passés et
du temps présent que l'âme est immortelle, vous
auriez renversé tout votre édifice, ainsi force
était pour vous de nier l'immortalité de l'âme.
Alors, en votre qualité de médecin, vous avez
cherché dans les organes de l'homme ceux que
vous pourriez assigner comme formant la subs-
tance de l'âme; vous n'aviez à votre disposition
sur ce chapitre que le cerveau et la moelle épi-
nière, et vous avez dit : Ce sont deux organes qui
agissent l'un sur l'autre, et dont la résultante se
trouve être l'âme ; de même que l'archet qui
agit sur la corde d'un instrument produit l'har-
monie.
M. LE PRÉSIDENT.—Ceci est fort bien, mais pour
que cette harmonie se produise, il faut qu'un
agent ou une puissance intellectuelle extérieure
fasse mouvoir l'archet et opère ainsi une vibra-
tion, qui flatte plus ou moins l'oreille. Ainsi pour
que votre assimilation puisse être acceptée, il
faudrait toujours qu'une puissance supérieure
aux deux organes que vous mettez si bien en
D'OUTRE-TOMBE. 17
mouvement donnât elle-même l'impulsion créa-
trice de ce qui constitue les opérations de l'âme,
c'est-à-dire la pensée, et avec la pensée la parole,
et toutes les facultés qui distinguent l'espèce
humaine.
Mais, dans d'autres passages de vos écrits,
vous avez dit que vous ne croyez pas à l'existence
de Dieu, parce que vous ne l'avez jamais vu (le
ministère public vous répondra catégorique-
ment sur ce point); mais, en déclarant, comme
vous le faites dans votre dictionnaire, que l'âme
n'est autre chose que l'ensemble des fonctions du
cerveau et de la moelle épinière, comment avez-
vous pu affirmer un fait si considérable sans
l'avoir vu? Car, tout médecin que vous êtes, je ne
sache pas que vous ayez pu être témoin de ce
fonctionnement des deux organes l'un sur l'autre
et surtout que vous en ayez jamais vu surgir
quelque chose qui ressemble aux fonctions de
l'âme. Vous avez donc affirmé un fait que vous
n'avez pas vu et que vous ignorez complétement,
et vous vous êtes placé en contradiction arec le
principe, qui fait la base de tout votre système,
18 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
à savoir que l'on ne doit croire que ce que l'on
peut voir et sentir.
Une autre petite considération, qui vous a
sans doute échappé : en n'attribuant l'existence
de l'âme qu'au fonctionnement des deux or-
ganes du cerveau et de la moelle épinière, con-
sidérés comme les instruments organiques, vous
n'avez pas aperçu de pauvres petits êtres, qui
pourraient vous en remontrer pour l'intelligence
de bien des choses, et qui cependant sont dé-
pourvus des deux organes générateurs dont vous
parlez. Ce sont les fourmis et les abeilles ; ce
sont des animaux sans vertèbres, c'est-à-dire
sans cerveau ni moelle épinière, et cependant
ils pensent et ils agissent avec l'intelligence que.
Dieu leur a donnée pour vivre et pour se perpé-
tuer. Où trouverez-vous donc dans ces petits
êtres le siège de l'intelligence et de la pensée?
Je vous fais remarquer que je ne fais ici que
réfuter sommairement quelques-unes de vos
assertions. — Le ministère public, qui sera en-
tendu, se chargera de vous répondre plus am-
plement.
D'OUTRE-TOMBE. 19
M. LE PRÉSIDENT.— Huissier, appelez M, Re-
nan.
M. Renan se présente avec une tenue par-
faite, bonne mine, un peu câline et presque
souriant.
M. LE PRÉSIDENT, se tournant vers le greffier,
et lui parlant à l'oreille, lui dit : — Il me
semble que j'ai vu cette figure-là quelque part.
— Parbleu, je le crois bien, lui répond le gref-
fier. C'est un ancien séminariste, vous avez pu le
remarquer à Saint-Sulpice; il a suivi les exer-
cices religieux jusqu'à un degré assez avancé,
il s'est confessé, il a communié. — Il a com-
munié il s'exclame le Président, le malheu-
reux, et le voilà enregimenté dans l'armée du
Diable !
M. LE PRÉSIDENT, s'adressant à M. Renan. —
Vous aviez d'abord arboré la bannière du Christ,
vous l'avez désertée pour vous mettre dans les
rangs de l'armée ennemie. Ce n'est pas là la
conduite d'un honnête homme. Vous avez agi
comme un renégat! Je me laisse un peu empor-
ter par mon émotion ; mais j'attends avec impa-
20 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
tience ce que vous pourrez dire pour votre dé-
charge.
M. RENAN. — Pardon, mon Président, l'expli-
cation' de ma conduite est bien simple. J'étais né
sans fortune, mes parents m'avaient placé dans
un séminaire pour faire de moi un prêtre. Lors-
que j'étais déjà assez avancé dans cette car-
rière, j'ai réfléchi; je me suisdit : Où cela me con-
duira-t-il? Je serai peut-être nommé petit curé
de campagne, aux appointements de 6 à 800 fr.,
ayant beaucoup de mal et faisant maigre chère.
J'ai des dispositions pour écrire, je tourne assez
bien le roman. — Regardons la girouette, et
voyons de quel côté vient le vent. Or le vent
tournait alors contre l'Église et contre le Pape. Je
remarquai que ceux qui écrivaient dans ce sens,
avaient la faveur du peuple, de la bourgeoisie
et même des princes. Alors je pris mon parti ; je
profitai des instructions que j'avais reçues au sé-
minaire tant sur l'hébreu que sur la vie de Jésus-
Christ. Je me mis à broder sur la vie de Jésus ;
j'en fis une espèce de roman. Pour être dans le
vrai, j'aurais dû plutôt intituler mon ouvrage :
D'OUTRE-TOMBE. 21
Négation de la divinité de Jésus-Christ, mais avec
le titre tout simple Vie de Jésus, je pouvais attirer
même ses partisans; de cette manière le débit de
mon livre pouvait s'écouler des deux côtés. Ce
n'était pas maladroit, et par le fait mon ouvrage,
patronné par tous les organes de la presse, eut un
débit énorme, et je gagnai beaucoup d'argent.
C'était mon but unique. Je fus aussi nommé
professeur d'hébreu au Collége de France. J'en
profitai pour attaquer la religion dans son his-
toire et dans ses principes. Je forçai un peu la
corde, et sur de vives et nombreuses réclama-
lions, je fus obligé de me démettre de mes fonc-
tions. Une fois engagé dans cette route, il fallut
bien me constituer l'adversaire de la religion ca-
tholique. Il y avait à choisir entre les bannières
de Luther et de Calvin, et celles des positivistes.
Les premiers contestaient une partie des dogmes
catholiques , et en admettaient d'autres, leur
thèse était un peu usée et quelquefois embar-
rassante; tandis que les positivistes niaient tout,
l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme;
il n'y avait plus à disputer sur l'enfer, sur le
22 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
purgatoire et tout ce qui s'ensuit; c'était plus
simple, c'est le côté que j'adoptai. Je me mis donc
à écrire quelques mots sur ce sujet dans des re-
vues, dites scientifiques.
M. LE PRÉSIDENT. — Expliquez-vous sur le sys-
tème que vous avez adopté.
M. RENAN. — En ma qualité d'historien et de
savant hébraïsant, je divisai l'histoire de la for-
mation du monde en sept périodes :
« 1° Une période atomique, celle qui a contenu
« le germe de tout ce qui devait suivre ;
« 2° Une période de moléculaires, où la chi-
« mie a commencé et où la matière s'est cons-
« tituée en des groupes distincts ;
« 3° Une période solaire, où la matière s'est
« agglomérée dans l'espace en masses colossales
« séparées par des distances énormes;
« 4° Une période planétaire, où se sont déta-
« chés de la masse centrale ces corps distincts
« ayant leur développement individuel, et où la
« terre, en particulier, a commencé d'exister ;
« 5° La période du développement individuel
« de chaque planète, où la vie est apparue; où la
D'OUTRE-TOMBE. 23
« botanique, la zoologie, la physiologie ont com-
« mencé à avoir un objet;
« 6° La période.de l'humanité inconsciente,
« qui nous a été révélée par la philosophie et la
« mythologie comparées ;
« 7° Et enfin la période historique, qui a com-
« mencé à poindre en Egypte, et qui a compris
« 5000 ans, dont 2500 seulement avec quelque
« suite, et 3 ou 400 avec pleine conscience de
« toute la planète et de toute l'humanité. »
M. LE PRÉSIDENT. —J'ai eu la patience de vous
écouter jusqu'au bout, et j'avoue que je n'y ai
rien compris.
Il me semblait entendre un marchand d'or-
viétan, qui, après avoir débité des phrases inin-
telligibles, auxquelles le public n'a rien com-
pris, finit par offrir sa marchandise plus' ou
moins sophistiquée ; mais, après avoir débité
toutes ces phrases, monsieur Renan, à quoi avez-
vous conclu?
M. RENAN.—C'est justementlà où je voulais en
venir. Je dis donc à mon public : « Vous voyez,
« d'après cela, que Dieu n'est pour rien dans le
24 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
« développement des existences à travers les di-
« verses périodes de leur histoire, — car je n'ai
« pas même prononcé son nom. »
« En un mot, il n'y a pas d'être libre supé-
« rieur à l'homme, et c'est l'homme qui crée
" Dieu. »
« Que l'on ne nous parle pas d'espérance dans
l'autre vie; » car philosopher, c'est se passer
d'espérance. Je suis bien fâché de vous dire cela,
mais c'est ce que j'ai enseigné dans la leçon
d'ouverture du Collège de France. (V. page 9 de
la préface.)
Qu'on ne nous parle pas non plus de l'im-
mortalité de l'âme : « L'âme n'est que la résul-
« tante de l'organisme, qui périt avec lui, comme
« l'harmonie d'une lyre périt avec la lyre.
« En résumé, le principe le mieux assis de la
« philosophie naturelle, c'est que le développe-
« ment du monde se fait sans l'intervention d'au-
« cun être extérieur agissant par des volontés
« particulières. » (Tout ceci se trouve consigné
dans la Revue des Deux Mondes, avril 1858 et
15 octobre 1864.)
D'OUTRE-TOMBE. 25
M. LE PRÉSIDENT. — Je vois que vos conclu-
sions rentrent dans le système purement négatif
de l'existence de Dieu et de l'immortalité de
l'âme. Tout cela sera combattu et réfuté par
l'organe du ministère public.
Passons maintenant à M. About.
L'huissier fait venir M. About. Sa mine res-
pire la satisfaction et la prospérité. On voit qu'il
ne se prive de rien. On remarque qu'il porte
avec lui un sac assez gros, dont on ne devine pas
le contenu.
M. LE PRÉSIDENT, à M: About. — Pourquoi
vous êtes-vous chargé de ce sac?
M. ABOUT. — Monsieur le Président, ce sac
contient des atomes ou des poussières, pour
servir à expliquer mon système.
M. LE PRÉSIDENT. — Tout le monde sait que
des atomes ne sont que de la poussière; tout le
monde connaît la poussière ; vous n'aviez pas
besoin de vous charger d'un pareil fardeau:
c'est ridicule. Huissier, faites jeter cette pous-
sière dans la rue au coin d'une borne.
2
26 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
M. LE PRÉSIDENT. —Monsieur About, vous
êtes un homme bien posé, vous avez un grand
talent. Toutes vos oeuvres ne sont pas mau-
vaises. Vous auriez pu acquérir une situation
très-honorable en suivant une autre marche.
D'où vient qu'avec votre intelligence vous vous
soyez jeté dans le positivisme?
M. ABOUT. — Je remercie monsieur le Prési-
dent de ses compliments. Mais, comme bien
d'autres, j'avais besoin de faire fortune. J'ai
commencé par un ouvrage sur un sujet qui était
alors à la mode. J'ai écrit contre le pouvoir
temporel du Pape. Gela m'a mis en renom, et
une fois lancé dans la carrière, m'étant cons-
titué l'adversaire du Pape, je me suis mis dans
le camp opposé, c'est-à-dire dans le positivisme.
Cela n'a pas nui à ma réputation, au con-
traire : j'ai eu la faveur des plus hauts person-
nages, et aujourd'hui, je n'attends plus qu'une
chose, c'est d'être nommé à une ambassade
ou à quelque autre emploi supérieur. J'es-
père bien y arriver quel que soit le gouverne-
ment qui survienne, car, jusqu'à présent, j'ai
D'OUTRE-TOMBE. 27
eu le talent d'être bien avec tout le monde.
M. LE PRÉSIDENT. — Tout cela peut être très-
Lien en ce qui touche votre intérêt personnel,
mais un écrivain est responsable des consé-
quences des doctrines qu'il répand dans le
public. Développez-nous donc votre système
philosophique?
M. ABOUT. —Mon système se trouve résumé'
dans un de mes ouvrages portant le titre de
Progrès. Voici ce qui s'y trouve écrit à la
page 13 :
« Il fut un temps où l'organisation était ab-
« sente et même impossible ici-bas.
« Sur ce globe inorganique, il se produit un
« phénomène nouveau appelé la vie.
« La vie est une efflorescence de la matière
« brute.
« L'animal, comme la plante, est un composé
« de molécules simples, de matériaux inorga-
« niques.
« La matière prend en lui des propriétés
« nouvelles.
" La matière inorganique, après un lent
28 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
« affinage, se sublime, pour ainsi dire, et prend
« des ailes.
« Produit de la matière, la vie, à son tour,
« affine la matière, et produit enfin son chef-
« d'oeuvre, qui est l'organisme pensant ou
« l'homme.
« Quant à la manière dont ce dernier a paru
« dans le monde, qu'il soit éclos par génération
« spontanée ou qu'il se soit formé par un su-
it prême affinage dans la cellule de l'animal
« immédiatement inférieur, c'est une question
« de médiocre importance.
« Le certain, c'est qu'entre les grands singes
« passionnés et intelligents de l'Afrique cen-
« traie, et les premiers hommes nus, désarmés,
« ignorants, farouches, toute, la différence con-
" sistait dans un degré de perfectibilité.
« Le,certain, c'est que l'homme n'était jadis
« qu'un sous-officier d'avenir dans la grande
« armée des singes.
« Qu'il n'est qu'un animal à deux pieds, un
« bimane, et que les singes sont nos aînés. »
M. LE PRÉSIDENT. — J'avoue qu'il vous a fallu
D'OUTRE-TOMBE. 29
faire de grands frais d'imagination pour trouver
toutes ces belles choses, aussi absurdes et ridi-
cules les unes que les autres, le tout, pour mé-
connaître cette vérité si simple, que c'est Dieu
qui a créé toutes choses par sa toute-puissance.
Mais, comme vous niez l'existence de Dieu, il a
bien fallu imaginer quelque chose pour le
remplacer.
A ce moment, un bruit extraordinaire se fait
entendre dans l'auditoire.
M. LE PRÉSIDENT, à l'huissier. —Faites cesser
ce bruit.
L'HUISSIER. — Monsieur le Président, c'est
une. foule d'animaux de toute espèce, des gre-
nouilles, des colimaçons, des huîtres, des lapins,
des lièvres, de gros lézards, etc., qui ont forcé
la porte parce qu'ils veulent venir serrer la
main à M. About, qui s'est dit être leur
proche parent; mais il y a un grand et très-
vieux singe qui fait à lui seul plus de bruit que
tous les autres, et qui veut absolument venir
parler.
M, LE PRÉSIDENT.— Tout ceci est bien incon-
2.
30 TRIBUNAL CORRECTIONNEL.
venant. Cependant, faites entrer le singe, lui
seul est autorisé à parler.
À ce montent se présente un grand singe,
tout blanchi par. l'âge, et qui s'exprime ainsi :
« Monsieur le Président et vous tous magis-
« trats qui êtes ici présents, veuillez m'écouter :
« Ayant appris par le télégraphe la scène qui
« devait se passer aujourd'hui, je suis accouru
« en ballon du fond de l'Afrique centrale pour
« demander raison au sieur About do l'affront
« qu'il inflige à la nation des grands singes de
« l'Afrique centrale. Je suis âgé de 2397 ans;
« j'ai perdu, il y a 300 ans, mon père qui avait
« plus de 3000 ans. Depuis 6000 ans de notre
« existence, nous n'avons jamais changé ni sous
« le rapport de la forme, ni sous le rapport des
« facultés intellectuelles ; nous sommes restés
« singes, et singes nous mourrons. Ainsi, quand
« le sieur About déclare que l'homme est né du
« singe, et que le premier homme n'a été qu'un
« sous-officier d'avenir dans la grande armée
« des singes, il ment impudemment; d'abord,
« il faut que l'on sache que les singes n'ont ja-
D'OUTRE-TOMBE.
« mais eu de grande armée (c'était bon pour
« l'empereur Napoléon qui a fait périr plus de
« deux millions d'hommes), nous nions donc
« toute parenté avec le sieur About et toute l'es-
« pèce humaine. De quoi vraiment aurions-
« nous à nous vanter? Nous n'avons jamais
« versé le sang de nos semblables, nous n'avons
« jamais mis le l'eu aux cabanes de nos cités.
« Chez nous, pas d'ambition, pas de convoitise,
« pas de luxe, pas de corruption ; nous ne de-
« mandons qu'à rester ce que nous sommes;
« mais, si le sieur About obtient une ambas-
« sade, qu'il ne vienne pas chez nous. Car nous
« lui prouverions qu'un homme n'est pas un
« singe, et qu'un singe n'est pas un homme. »
Sur ce, le grand singe d'Afrique salue très-
respectueusement le Président, et se tournant
vers M. About, il lui fait une affreuse grimace,
en le menaçant du poing; puis, reprenant le
chemin de la fenêtre, il monte dans le ballon
qui l'a amené et disparaît bientôt aux yeux de
la foule des curieux.
M. LE PRESIDENT, à M. About. —Vous voyez,
32 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
monsieur About, à quels désagréments vous
vous êtes exposé de la part d'êtres grossiers avec
lesquels vous avez voulu vous affilier. Mais re-
prenons notre interrogatoire. Vous ne nous avez
rien dit de ce que vous vouliez faire de ce sac
de poussière que vous avez apporté.
M. ABOUT. — Pardon, monsieur le Président.
C'était justement la première pièce de mon dos-
sier.
Ce que vous appelez de la poussière, ce sont
des atomes. Or, d'après des philosophes très-
anciens, le monde a commencé par des atomes.
Les atomes, armés d'un petit crochet (invisible à
l'oeil nu) et animés d'une vitesse prodigieuse,
se sont mis en mouvement dans tous les sens, et,
s'accrochant entre eux, ils ont commencé par
faire des masses énormes; ces niasses se sont
séparées et ont organisé les astres qui ornent
l'univers, tels que le soleil, la lune et les étoi-
les..., puis, sur la terre, les êtres vivants se sont
produits, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire
dans la première partie de mon interrogatoire.
M. LE PRÉSIDENT. — Tout ceci est vraiment.
D'OUTRE-TOMBE. 33
incroyable; vous n'êtes pas, à ce que vous dites,
l'inventeur de ce beau système. Je vous en fais
mon compliment, car cela dépasse en absurdité
tout ce que j'ai entendu jusqu'ici.
M. ABOUT. — Pardon, monsieur le Président;
dès l'instant que nous affirmons qu'il n'y a pas
de Dieu, et que le monde a été produit par le
hasard, il a bien fallu trouver une explication
quelconque à l'organisation de ce qui existe, et,
jusqu'à présent, depuis plus de 2000 ans, on
n'a pu trouver que celle-là.
M. LE PRÉSIDENT. — Huissier, appelez la cause
de la classe bourgeoise.
L'HUISSIER. —MM. les bourgeois sont en train
de bien s'amuser sur la terre, ils sont aux cour-
ses, aux spectacles, au bois de Boulogne, à la
Bourse, et ils ont répondu qu'ils n'avaient pas
le temps de se déranger, mais ils ont chargé
Me Berryer de défendre leurs intérêts.
LE PRÉSIDENT. — Nous serons charmé d'en-
tendre Me Berryer.
M. LE PRÉSIDENT, à Me Berryer.—Maître Ber-
ryer, les bourgeois ne pouvaient choisir un avocat
34 TRIBUNAL CORRECTIONNEL
plus honorable, et si tous vos clients vous res-
semblaient, on ne pourrait que leur donner des
louanges, au lieu de les condamner.
Me BERRYER. — Monsieur le Président me fait
trop d'honneur: j'ai bien accepté la défense
d'un certain nombre de bourgeois dont j'ho-
nore le courage et les vertus, mais je récuse la
défense des autres, dont je déplore plus que per-
sonne l'égoïsme, la lâcheté et les déréglements,
et malheureusement, c'est le plus grand nombre.
LE PRÉSIDENT, à Me Berryer. — Je n'attendais
pas moins de votre loyauté.
M. LE PRESIDENT. — Vous savez, Me Berryer,
ce dont sont accusés les bourgeois. Ils se plai-
gnent d'avoir été maltraités par les dernières
révolutions. Il est vrai que beaucoup d'entre eux
ont souffert, mais ils ont aussi à se reprocher
pour la plupart d'avoir surexcité l'envie, la ja-
lousie et les mauvaises passions de la classe
ouvrière, par leur luxe, l'ostentation, l'avarice,
les mauvais exemples et le manquement à la
charité: chrétienne,
Me BERRYER. - Je ne me charge pas de la dé-
D'OUTRE-TOMBE. 35
fense do ces mauvais citoyens, mais je ferai seu-
lement valoir les vertus dont ont fait preuve une
partie des autres citoyens, et j'implorerai de la
miséricorde du tribunal la réversibilité des ré-
compenses auxquelles ceux-ci ont droit sur l'au-
tre partie, moins méritante, dans l'espoir que
cette dernière finira par s'amender.
M. LE PRÉSIDENT. — La parole est à M. l'avo-
cat général du tribunal d'outre-tombe.
M. L'AVOCAT GÉNÉRAL. — Messieurs, la France,
cette nation chérie de Dieu, et qui avait pris
pour devise : Dieu protège la France, est très-
malheureuse. Ses malheurs datent du jour où
elle a rejeté cette devise et où elle a manqué à
la noble mission de défendre la religion de ses
pères. Elle a déserté le culte de Dieu, et Dieu
l'a abandonnée. Elle s'est laissé séduire par
des écrivains, petits et grands, sans conscience,
et qui n'avaient d'autre but que d'exploiter la
crédulité publique pour débiter leur marchan-
dise, c'est-à-dire les mauvais livres, les mauvais
journaux et s'enrichir. Voilà le résultat, mais il
faut aller au fond des choses, il faut remonter

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