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Seconde lettre de M. de Lally-Tolendal à M. Burke ([Reprod.])

De
73 pages
chez Desenne, impr.-libraire (Paris). 1792. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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A
Londres, t« 8 mars IJ9».
Monsieur,
Teîle est donc ma destinée, "que plus je sa!}
Vou;, respecter, plus je dois vous, combattre,
et qu'il me faut voir un adversaire dans
homme que ses principes et sesvertus m'eussent
fait regarder comme mon déîenseur naturel, si
tin autre que lui m'eut attaqué. A quelque dis»
tance que Je sois du moment oh je me suis vu
accusé par un de vos ouvrages, vous ne pouvez
être surpris que j'y réponde, et vous n'avez pit;
croire que je l'oubliasse. Vous vous rappelé;*
le changement de scène, est les motifs sacres
qui me firent ensevelir jxibitemènt l'année der-i
nière, la lettre que j'avais eu l'honneur* de Vous
écrire de Florence (i). Aujotirdhui les cir*
constances ont change de nouveau le rentré
(ij Le post-tcriptum, réimprimé à mon insçu, n'a
paru que par une sujtc de méprisc's, je pourrait
dire d'infidélités dont j'ai d'autant plus gémi <>
<jue trompé par de faux rapport}, j'avairété «o«-
veuiiKmènt injuste d^m quelques pîssagçj d$ i§
Il 2 1
tbns le-droit de me défendre, quand ma dé-
fense ne serait qu'indifférente à ma patrie
plus forte raison quand clle peut lui être utile^
et quand elle conduit à l'éclaircissement de
questions d'oii son salut peut déprendre.
L'idée de mon devoir se trouve jointe ici.
avec celle de mon droit. Recueilli depuis phi-
sieurs mois sur une terre hospitalière, -qui a été
la terre natale de mes pères, et qui doit rede-
venir, la patrie de mes enfans, sur cette une clàs-
s'ique delalibcriiy de cette sage et sublime liberté
que je ne cesserai d'adorer jusqu'à mon dernier
soupif accueilli avec une indulgence, une bonté
qu'aucune reconnaissance ne peut dignement
payer je dois du moins mes généreux cons6'-
Jatcurs, à mes nouveaux concitoyens, de ne p^s
laisser dégraderai ui qu'ils ont daigné honor
de tant d'intérêt et quand il est certain que, e
près ni de loin, je n'ai causé aucun des ma'-
heurs du pays oîi je suis né; quand il est cer-
tain que j'ai fait tout ce qui était en moi poi r
les prévenir; quand il est ccrtain'qù*ils c'ussei t
cté prévenus si soit dans un h'eïi soit dans ni
po5t-scriptiim.ll en est un suï-touf que je ne ïtiç
,<3tV.. noveniVrç tn'a donne bien dés' fëmordsi
y 3 )
A i
autre, mes dignes amis et moi nous eussions été
écoutés, il ne m'est pas permis de laisser sans
réponse un ouvrage mis au jour dans cemême
pays d'hospitalité un ouvrage accrédité par un
des noms les plus imposons qu'on y révère, et
dans lequel l'auteur, trop mal informé, a fait du
repentir mon seul droit à l'estime, ce qui est dire
que je n'en ai aucun car je ne me repens point.
Enfin mes devoirs publics se confondent avec
mes devoirs privés et parlent encore plus haut
qu'eux. Une scéné nouvelle va s'ouvrir. Comme
si la France n'était pas en proie à un assez
grand nombre de fléaux on à voulu y joindre
celui delà guerre j on a voulu que le sort des
armes décidât celui de sa constitution.' Il csi
trop vraisemblable que ceux qui se sont épuisés
inutilement à Vouloir prévenir cette exécrable
détermination, ne seront pas plus heureux dans
leurs «fforts pour en modérer l'exécution;»
mais ils n'en sont pas moins obligés de fixeç de
nouveau la nation, dans ce moment terrib!e,
sur les principes conservateurs, ou plutôt créa-
teurs <3ë sa liberté car elle n'a jamais été;moins
libre, et il semble qu'elle ne va combattre que
pour savoir si elle changera un genre dj'escfa-
vage contre un autre. Il faut parier pu* hon-
nêtes gens de tous les partis; il faut leur dire
que les vainqueurs quels qu'ils soient, ne peu-
vent espérer de victoire durable, que par un
traité jitste et conciliant qui, de part et d'au-
tre, «réprouve toutes les usurpations consacre
tous les droits réunisse d'intérêt et de coeur les
vrais citoyens de toutes les classes dévoile qui-
conque en usurpe le titre, et contienne quicon-
que en viole tes devoirs. Il faut dire à ceux qui
ne veulent pas une constitution libre en France,
que la France ne veut plus d'eux. Il faut rappeler
à ceux qui en veulent une, mais qui remettent à
la tracer quand ils auront vaincu que ce
ramas bizarre, incohérent, anarchique, impie,
contre lequel ils s'élèvent aujourd'hui a été
fait sans plan, dans un esprit de conquête et de
brigandage chaque jour chaque succès ayant
fait faire-un pas de plus aux factieux; chaque
incendie, chaque meurtre ayant fait éclore une
nouvelle loi digne du principe qui lui donn it
naissance que si les réformateurs du nouveau
système, imitant ceux de l'ancien 'ne fixent
pas le but, en faisant le. premiet pas da
la carrière, s'ils n'appuient pas leurs projets
sur des bases indépendantes des
s'ils ne contrac'tent pas d'avance un enga-
gement solemriel qui atténue la résistance,
A3 3
garantisse la soumission et fasse d'une fofcè
offensive une force, protectrice ils ne feront
que préparer â la France de nouvelles convul-
sions au milieu desquelles elle expirera, en léur
reprochant de lui avoir porté les derniers coups.
Frappé de ces grandes vérités je jn'ou-
blicrai souvent, Monsieur, comme vous poil-
ven croire, dans un écrit destiné à justifiér bien
plus nies principes que ma personne. Je remon-
terai jusqu'à la source de nos malheurs parce
que c'est là qu'il faut aller les tarir, et là que
vous m'avez reproché de ne les avoir pas pré-
vus. Je rappellerai quelques questions, en appa-
rènce surannées, mais qui sont toutes prêtes à
éclore de nouveau et ne fut-ce que pour se
prémunir contre de pareilles décisions, il serait
encore, bon de s'arrêter sur ces souvenirs. Je j
réprimerai tous ces rnouvemens d'amertume,
trop naturels au milieu de la crise épouvantable
qui me faisait écrire l'année dernière, inutiles
pour le moins aujourd'hui que tous les maux
sont connus et le remède seul ignoré.
MONSIEUR, vous avez été trompé, cruelle-
ment trompé. Vous wous êtes trouvé placé
entre deux partis extrêmes, non seulement se
détestant l'un l'autre, mais détestant encore
tout ce qui n'est pas eux. Vous avez vu d'un
côté un amas épouvantable-^e forfaits et d*ex-r
travagances, et votre probité, votre raison se
sont indignées; de l'autre, un abîme de mal-
heurs oit chaque instant précipitait de nou-
velles victimes, et votre coeur s'est troublé.
Vous partagiez trop leur désespoir pour être
en garde contre leur préventions. Vous les
avez entendues, et vous avez écrit. L'infortune
était l'excuse de leur injustice, et la sensibilité
est l'excuse de la vôtre.
Mais, Monsieur, vous n'aviez ni vu, ni
entendu aucun membre du parti modéré; de
ce parti qui ne hait que les coupables par-tout
ou ils se trouvent qui ne révèle les erreurs-
que pour l'intérêt même de ceux qu'elles ont t
abusv's; qui ayant autant souffert que les
autres, demande la justice et non la vengeance
qui n'a janiais voulu que les bénédictions ims-
voudra toujours qui sans doute a été us-
qu'ici impuissant, détesté de tous les aunes,
dédaigné là même oit l'on fait des vœux p ur
( i ) Discours du roi d'Angleterre l'ouverture
du parlemtnt.
lui, parce qu'on ne sait plus respecter que, ce
,que l'on craint; mais qui triomphera tôt ou
tard si la France ne tombe pas en dissolution.
Vous le savez, Monsieur, tel est l'ordre des
événemens, telle est la force d<:s choses, ainsi
fut sauvée l'Angleterre. Entre ces Indépendant
(urieux qui renverséent l'état avec le trône, et
ces esclaves de cour qui prétendaient fonder
sur un droit divin le pouvoir absolu et l'obéis-
sance passive, entre as JeUx fanions impla-
cablement ennemies, qui avaient conjuré ou contre
la nation, t ou contre le roi, des citoyens modem
posèrent l'ancre auquel devait se rattacher le
vaisseau de l'état. Ils /omirent, dit l'abbé de
•Mably un troisibnc parti, d'abord qui
*ne pouvait se faire entendre dans le tumulte qui-;
causaient les passions mais qui devait ntquirir,
des forces à mesure que V Angleterre, instruite pat
ses malheurs, se lasserait de Us troubla. I<|
plus odieux
la faiblesse et de ou tombait
par ses, divisions': des citoyens du parti mo-
déré sauvèrent l'état, étabUrclit les (Uns de
la liberté, les droits de
cipesU'ùn gouvernement qui, tenant un
entrées deux factions, finit par les rapprocher (i,).j
Mably Observ. sur Tbisti v
(8 )
Oserai-je vous dire, Monsieur, que vous
vous êtes trompé vous-même dès le début de
cette nouvelle opinion, que vous avez professée
sur M. Mounier et sur moi ? Non, vous n'aviez
pas prévu dès le commencement, qu'une confiance
aveugle dans les systèmes rendrait Jusqu'à nos
tonnes intentions nuisibles à notre patrie (i). Non
quand vous avez commencé à nous juger, ce
n'est pas àinsi que vo\is nous avez vus, ce n'est
pas ainsi que vous nous avez peints.
Si dans votre premier tableau il était des
traits sur hsquels, quant à moi, je confesse
votre indulgence, il en était aussi sur lesquels
vous n'étiez que juste, et c'est à ceux-là que
je tiens ce sont ceux-là que je réclame.
L'honnêteté, la probité un tfle actif pour ia
réforme de rital, voilà sous 'quel aspect vous
avez commencé h nous voir Quelques mur-
mures intéressés auront frappé votre oreille;
lé député quelconque de l'assemblée nationale
avec kquel vous correspondiez, se sera plair t
de la faveur que vous répandiez sur nous et
(i) Seconde lettre de M. Burfce, page 77 delà
truduction.
(s) Première letre de M. Burke, pjgt 93. d
sur nos opinions il vous aura rempli des pré-
tendus dangers qu'il feignait d'y voir vqjus
vous êtes fait l'illusion de Croire que vous les
aviez prévus dis le commencement, et ces hommes
honnêtes, {élés, actifs pour la rdforme de Vitat,
auxquels vous vouliez bien croire quelques
lumières et quelques talens (i), n'ont plus été que
des malades c'est votre expression, Monsieur,
des malades atteints di l'épidémie universelle,
s'abandonnant à des systèmes enivrés d'un
pouvoir absolu s'arrêtant seulement lorsque
leurs erreurs- alloiént se changer en crimes, ex-
cusables, tout au plus par la pureté de leurs
intentions et honoris par leur ,seul repentir (i).
Pwnéttez-moi, t Monsieur, de vous demander
quelle action ou quel écrit de moi ont pit
vous faire juger dis le commencement, qué
j'étais si confiant dans les systèmes et d'abord,
qu'entendéz-vous par ce mot système, dànsJ'a.c-
ception défavorable ou vous l'employez ici ?
Il y a eu- un temps ou le parlement d'An-
gleterre n'était composé que par «les seuls
évêques et barons appelez-vous système Vin-
(a) Secôridc, lettre page et
( ,o )
troduction des communes sous couard Iff
I y a eu un temps où' les évêques, les barons
les communes délibéraient ensemble; un autre
ou tantôt ils' se séparaient dans deux et trois
chambre, tantôt ils se réunissaient dans une
seule appelez-vous système la formation des
communes en une chambre toujours distincte
sous Edouard III ? Il y a cil un temps ou les
petits barons les chevaliers dés comtés. sié-
geaient dans la chambre haute donnerez-
vôus le nom de système à ce esprit public qui
<éeur fit sentir ,qu'avant tout l'état avait
besoin de bonnes communes, qu'ils- devaient
dès lors se ranger avec elles et se mettre à
en laissant les grands barons fornier
la chambre haute? Il a été des règnes bu
les parlemcns étaient peu ou ho:nt convoqués:
était-ce un système que !a loi fondamentale
restauration, le clergé d'Angleterre s'imposait
lui-même faisait des tlons gratuits est-ce
l'esprit de systeme qui a fait rentrer les co i-
tributions ecclésiastiques dans la classe géné-
rale de toutes les autres contribuions Long-*
'temps il se perçut des taxes illicites sous le
long-temps la chambre étoilée ct la courte
.(̃« )
haute commission firent payer des impositions
que le conseil général de la .nation n9avait pas
consenties; long-temps, au gre d'une jurispru-
dence servile envers la couronne et tyratinique
envers les' sujets elles prononcèrent 'des jvi-
gemens arbitraires sur la fortune, la liberté, la
vie, /l'honneur des citoyens long-temps la
mutilation l'exil, les fers punirent des opinions
politiques et l'inquisit'iot/ alluma ses flammes
pour punir des opinions religieuses sont-S
1 ) Je ne parle pas seulement de l'inquisi-
tien romaine. je parle de l'inquisition anglicane.
Je ne parle pas seulement de la reine Marie,
faisant brûler Cranmer; je parle de cette grande
de cette sage Elizabetii qm.s'imitulaiit d(fensettr>
de la foi et chef de Féglisi sous le Christ, assemblait
une fommiision de connaisseurs ci inquisiteurs \ecgiii-\
tores inquisitores faisait procéder contre deuxj
tornrn Haut de la secte ditestdble des Anabatistes et
mondait aux yicomtes de Londres qu'ils eussent
à faire jeter au feu devant le peuple, Jean Petcrs
.et Henri Tunotrt, (t à la faire brûler réellement.
(Nos ut iclator jvstiiiœ, e.t ft«(i catholica-. d'fensor,
etc. vol is pracipimus quod dictes Johannem Petm
et Henrkum furwirt, coram populo igni < commit ti,
ce on eodem igné realitcr, comburi facialis.) Mais il
s'en fallait bien que le gouvernement anglais
ce des idées systêmatiquts que celles qui ont
.fait disparaître tous ces suppôts du despotisme,
qui n'ont plus souffert de taxes que ceUes ac-
cordées par les représentans du peuple,, qui
ont renfermé tous lesSjugemens prononcés en
Angleterre dans le cercle étroit d'un fait précis
et d'une Joi positive, qui ont rendu libre la
pensée et la' conscience ? Long-temps la tour
de Londres a recélé de malheureux captifs,
enchaînés par le pouvoir arbitraire iétait-ct
un système que ce nouvel ordre de choses,
qui a fait tomber par la loi seule les empri-
sonnemens illégaux, a fait de '1a prison un
arsenal un chartrier, d'un objet d'horreur un
fût entièrement formé à cette époque. Êlizibeth
disoit encore dans ses patentes '.Notre pouvoir
absolu, cur royal and absolute fower. (Voyei les
actes,de Rymcr). Que dis je ? Ce malheureux
Châties I«» n'a- t il pas expié le despotisme tl'Eli-
zabeth ? cette cour de haute commission qui
a été si funeste à Charles qui a tenu ure si
grande place parmi les griefs accumulés contre
lui, par qui avait elle été créée ? Par EKzabjeih.
C'est ainsi qu'aujourd'hui l'on fait expier au lcjyal
au clément au chaste au rnodeste Louis Xjvi;
l'improbité dé. Philippc le Bel, les cruauté de
Louis XI, lei dissolutions de Henli III, ci 'or-
gueil de Louis XIV. •
( >3)
• objet d'intérêt public, et sur-tout a préservé
les citoyens du malheur bien plus'insuppor-
table-de porter dans .leur propre maison les
chaînes qu'ils n'avaient plus à craindre de porter
dans la tour ?
Si un homme dénué de toute ambition
n'ayant d'autre intérêt que l'intérêt public,
après avoir, fouillé dans l'histoire du parlement
anglais et de l'ancien parlement français après
les avoir comparés' attentivement prouvait
que dans le fait tous les deux quoiqu'à diffé-
rentes époques, ont eu la même origine la,
même compositicn, le même développement j ,i
que le parlement français, plus tardif seulement
dans sa marche, n'avait plus qu'une seule opé-
ration à fairepour atteindre le parlement anglais,
la séparation des grands et des petits barons, la
réunion des premiers avec les prélats, et des
seconds àvcc les communes si cet homme,
cherchant à lier ce qui a été, ce qui est, et ce
qui doit' 'être\ .voulait conduire la France par.
ses propres principes à ce perfectionnement dé
constitution qui a placé l'Angleterre dans un
état de grandeur et de prospérité inconnu
avant elle, l'appelleriez vous un honnît à
( Il)
Si ce sont là des systèmes Monsieur je m'a-
voue systimfltiqùt'y car j'étais plein de toutes
ces idées lorsque je me suis présenté à l'en-
trée de ma carrière publique. Voyons la mar-
che qu'elles m'ont fuit tenir dès le premier pas.
J'ai passe bien rapidement sur ce début dans
l'exposé que j'ai donné de ma conduite. J'étais
impatient de m'oublier: mais alors on ne m'ac-
cusait pas..
C'est le 1 7 mars 1789 que j'ai commencé
à être homme public. Une grande opération
était consommée alors, le doublement des dé-
putés du Tiers. A
Elle a eu, je ne dirai pas des effets mais des
suites si funestes, que le moment est encore
bien éloigné oii Poil pourra la discuter avec
franchise et la juger avec impartialité.
La première question alors ne sera pas d'exa-
miner si ce doublement était utile ou dange-
reux', juste ou injuste j mais s'il était nécessaire
si la proposition faite aux premiers notables
d'établir des assemblées ou tous les ordres de-
vaient être confondus, et la présidence accôr-
déc-à Tâge; si l'insurrection d'une partie du
clergé cbassant le ministre du roi si Tins.ir-
Or)
rection à'une partie de la noblesse troublant
les provinces si l'insurrection de tous les par-
lemens lançant à l'envi des arrêtés incendiai-
res si le gouvernement désappointé dans tous
ses plans vaincu dans tous les combats qu'il
avait livrés pour sa cour plên'àre et ses ba\U\agts\
si la discipline militaire, déjà relâchée par l'or-
dre donné aux troupes de se laisser insulter et
par le refus que fanaient les officiers de les con-
duire si Grenoble, Rennes, Quimper, Mar-
seille, dans un état de guerre si fous les corps-
'de-garde de Paris impunément saccages dans
une nuit; si toutes les têtes exaltées par la licence
d'écrire si la double représentation déjà éta-
blie dans les nouvelles assemblées provinciales
si les adresses de toutes les communes du
royaume via demandant hautement pour les
prochains ctats généraux; si lancé
de toute part contre la majorité des notables
.qui s'y -refusaient; si le parlement de Paris,
traîné dans la boue le lendemain du jour oit il
avait été pottèentriompne, parce qu'il récla-
les formel de 1614. se rétractant formel-
lement dans son arrêté du mois de décembre,
et invoquant lui-mcme l'accomplissement du
nombre riiptctifdïs UpùtU'% si
toutes ces circonstances' réunies et niîlle au-
(.i6 >
tres laissaient la liberté du choix et siledott^
blement du tiers n'a pas été forcé par ceux là
rtëme qui s'en indignent le plus aujourd'hui.
Sous le rapport du danger ou de l\jtilité jô
citerai, non pas à vous, Monsieur Dieu me
garde d'un tel blasphème mais à ceux qui vous
ont informé ':une 'sentence de Ttte-Uve, qui
m'a frappé toute ma vie: Siulcorum magistér est
tvemui. Parce qu'une opération a eu telle suite,
il ne m'est rien moins que prouvé qu'elle devait
avoir celle-là et qu'elle ne po.uvait pas en
avoir d'autres. On a 'dit que le 'maréchal de
Noailles avait gagné la bataille de Dettingen,
quoique M. de Grammont l'eût perdure. Ce
seroit une manière de raisonner trop étrange,
que de prendre, dans une longue suit* de
faits, un au commencement, un à la fin, et
de. dire: celui-ci a>eu pour cause. celui 14 en
retranchant de la série tous les intermédiajires.,
Toutes ces prophéties dont on,se targue au-
jottrd'hui ne signifient rien si ce n'est que
ceux qui les faisaient -avec tant de certitude
en savaient apparemment plus que nous, parce
qu'ils avaient le secret de leur conduite fujiue.
D'autres prophètes se vantent aussi devoir
( si)
B
ÎÀ.tceiirs, ils les révoltaient, ils perdraient
tou €t chacun s'écrie aujourd'hui de son côté:
je V avais bkn dit. Moi, je crois fermement que
l'avantage ou le désavantage de la double repré*
senta tion > accordée au fiers dépendait entière-
ment de 1a conduite ultérieure, Edouard Phi-
lippe le JJej ont su se Servir des communes eh les
appelant.: Charles V a su côntenir l'orgueil de
ses nobles sans avilir Jevir existence, ettout à la
fois réprimer, anoblir et se concilier les bour-
geois de Paris. Les barons anglais en dressant
la grande charte, ont su intéresser le peuple
à leur existence. Nous mêmes n'avons-nous
pas vu; il y a.peu d'années, Gustave il(
maîtriser ses paysans et ses bourgeois, en les
caressant, et lès arrêter au point jù^te où il
avait déterminé de les élever pour rétablir
l'équilibre entre l'aristocratie et la démocratie
de Suède? N'avons-nous pas vu tout à l'heure
les gentilshommes polonais faire monter les
autres pour ne pas descendre eux-nllmes ? |
L'opération étàit-élle juste ou injuste? J'ai
vu ses détracteur lui opposer. un argument,
• j'ai vu ses partisans rétorquer,cet argument,
et je n'ai pas vu qu'on ait répliqué ,aux ders
»iers. Les uns ont dit « Ou l'on ne -devait
(
» pas délibérer en commun, et alors la dou-
» ble représentation était inutile au tiers ou
H l'on devait délibérer en commun et alors
>> elle était injuste pour nous, dont elle din>i-
nuait l'influence »>. Les autres ont rc-
pondu «Ou l'on ne devait pas délibérer en
j> commun, et alors la double représentation,
utile au tiers dont elle multipliait les lu-
» micres, vous était indifférente ou l'on de-
vait délibérer en commun, et alors il eut
» été injuste que les nôn-privilégiés ne fusleht
» pas en égalité avec les
cura! va'-t-^on dire ? et l'on aura1 raison, teur
admission à été une grande faute'} on a eu
tort de juger par capitale,
c'est-à-dire, par un
tables qui existent en Europe, des curés de
plusieurs provinces, et sur-tout des campagnes.
Une plus grande faute encore à été de ne pas
exiger pour tout gentilhomme la possession
d'un fief, et une propriété foncière pour tout
membre des communes. Ces deux fautes, com-
mises également par les notabîé-s et par le
conseil ont concouru sans doute à tout ce
eu! est arrivé) rtiais il s'en fallait! bien encore
quelles le nécessitassent..
C*5>)
B
'Ce n'est" pas sérieusement qu'on articule
que le roi- n'avait pas: le droit de changer
la proportion des ordres pour en conclure
appa reittment que le roi rétabli sur son tronc,
ne pourrait faire autre chose que, ce qui s'est
fait en Qu'on me montre la loi qui
l'emp&chaitde changer cette proportion Qu'on
me montre deux tenues d'états de suite cette
proportion ait. été la même? Qu'on nie mon-
tre, pour la convocation et la forme de ces
assemblées nationales tant diversifiées un
autre régulateur que la' volonté que les
lettres du fol, sôttvent encore enfreintes. Ils
vous disent fous Ci aui dure depuis ans
Et lorsqu'un homme de bonne foi leur dit
Prouve^ et je, me rends t, on est tout étonné de j
voir qu'à l'examen, et d'après leur propre
calcul, cette durée non interrompue de formes
constances depuis ans se réduit à trois
̃ans ép'ars dans le cours de 114 (1).
̃" (1) llj commencent par retrancher depuis
Pharambndjusqu'àCbarletnagne, attendu disent-
ils que jusques là nous n'avons point de détails
bien sur laforhu des assetribléti de la na-
tion (<i)î reste à loSa ans. Us invoquent 'ensuite
(4) Propret expressions d'uo écrit intitulé; à M. U (ttntt
de LaUj-foleriiat.
(10)
dont la France ne peut pas se passer c'est une
pour le règne de _Charlemagne la fameuse lettre
de l'archevêque Ilincmar. Cette lettre a servi à
l'abbé de Nfably pour prouver qu'alors le roi
n'était pas absolu etque la nation faisait ses lois
ellc a servi à M. Moreau pour démontrer qu'alcrs
le roi était absolu et dictait des lois la nation.
Ils y remarquent les deux mots calera multitude
les uns entendent par-là la multitude du peuple
et en concluent Vadmission du tiers-état aux assem-
blies de Charlemagne (a) les autrcs entendent la
multitude des leudes des fidèles des noble»,
séparés des grands et des seigneurs attendu
qu'Hincrnar ajoute incontinent, que les pnsonv.ts
inférieures étaient' exclues de cette multitude (b) ;'et ils
concluent que ton ne comptait point de tiers-état dans
ces assemblées (c). Les premiers y ont vu que cette
multitude avait droit de délibération séparée (d) sur la
loi; et les seconds, qu'elle n'avait Point de part aux
délibérations et ne faisait que promettre son obé's,?
sànct (t). Parmi ceux même qui s'accordent à voir
jdans ces assemblées un tiers-état et trois ordres
ceux-là prétendent démontrer par la lettre d'Ilinc-
(«) IWd. pag. ai. Mafcly.
[t) .BoutainvHHcrs seconde lettre sur les patkratis.
(<) UU.
[d) A M. le C. de 1,. T. psg.
(c) Bouhinvillicri iiii.

B 3
Jnonarchie tàntbt asservie tantôt absolue j
jamais réglée par les lois comme je l'ai dit,
mar, la délibération séparée (a) des trois chambres
sur tous les points et ceux-ci prétendent. copier
Hincmar, en disant (b) Quelquefois les trois cham-
1res séparées du clergli'de la noblesse et du peuple se
réunissaient sciipourse communiquer les réglemens que
chaque ordre avait faits par rapport sa police ou à ses
intérît's particuliers soit pour discuter les affaires
trustes qui, par lcur naturc, étaient relatives à deux où
ci tous lis ordres de l'Etat. Enfin les premiers recon-
naissent distinctement dans les champs de mai
Vanàlogii des assemblées dalors avec les états généraux
postérieurs ^et là formt constatât 'kis délibiratitni dt
nos, états généraux depuis Philippe le Bel ( c ) les, se-'
conds donnent pour cause de la décadence prochain»
des' champs de tnai que ces assemblées n'étaient as-
treinles à aucune forme jixt et constante dans la ma-
nière de délibérer (d,). On conviendra qu'au milieu
de tant d'obscurité» et de contradictions n est
guère possible d'allouer le règrie de
aux fermes constantes de 16/4": èncoréuârègnè
à ôter des ans,"
tissent ce 'période que ci -sé'raft iihe graftà'e
(a) A M. le à.it h. T. pag. s<.
MabI/ iùr I'hist. de Fr.-liy. S. Evïq.iî BIoïs',
cahier de Madon p. sg.
(c) A M. le C. de L. T. pag. «J tt Sr.
(i) MafclyN, Uld,
( il )
maïs tempérée par les moeurs, surjette des lors
à l'instabilité de ces moeurs; douce et désirtté-
trreur ou une irisigne mauvaise foi de chercher les tU-
mens, de la constitution française dans le chaos du ré-
gime féodal (fi) ils veulent qu'on se détourne de ce
mafpis infect et conviennent que des nuages épais
ont obscurci un long espace d'années (b). Nous voilà
tout à coup transportés à Philippe le Bel 489 ans
à retrancher, les 1400 sont réduits à 5 18. Ils citent
ici les ordonnances de 135.5 et de i56o (c) mais ils ne
citent pas antérieurement les années i302 i3i6
i3îo,^ ils ne citent pas dans l'intervalle les
années V14H, 1467 1483 i.5o6 où la for:ne
de convocation la proportion, le mode de dé-
libération ont perpétuellement varie, sans qu'au-
cune ait resscmblé à a56o. Arrivées à cette der-
nière époque et à 'partir d'elle jusqu'à nos j(|)urs
nous n'avons plus que «Go et m^rne la rigueur
ans, au lieu de. 1400. Mais en i56i[ les
états de Saint -Qerihain ne ressemblent plus
à ceux d'Océans; on'iVs convoque par gcu-
est représentée par frente^neuf individus on
Restent donc les seuls étais de 1576,
(a) A M. leV de L. T.- p.ig. aï.
̃ (f) Ibii. pag. 3o.
B4
ressée sous l'abbé Suger et le cardinal de F^uty
avare et sanguinaire sousje cardinal 'de'la
et le cardinal lib/e,
sacrée avec Charlemagne- M Henri IV i vile,
oppressive ,impi<î Xpiùs^XI et Charles |X.
Que si c'a été vouloir rendre cette
monarchie toujours pure,- toujours respecte,
toujours bienfaisante de vouloir forcer les rois
à é tre constamment justes et puissans ,les, peuples
à être constamment libres et soumis, tous à être
constamment unis et heureux, il a été beaij
de concevoir un tel systîmt; il a été beau de
le tenter et celui 'quia échoué en voulant
le réaliser, peut gémir de son mauvais destin,
mais .non pas rougir de son entreprise mapùi
(amen excidit atisls.
i588 et qui se sont suivis à peu près
avec les mêmes (ormes encore faudrait -il' cri. j
excepter précisément la' proportion des Ordres
puisqu'on 1 576 l'église avoit cent quatre députés,
la noblesse soixante-douze, te tiers c^nt cin-
quante en 1588 le clergé c^rvt trêtUC-^feJ,
la noblesse cent qua.re-vingt, le tiers
vingt-onze ;en 1614, cent
la noblesse cent trente; le tiers cent 'quatrcNy^ngt^
huit V ?Âr>si 1 ^«ï ce point les quatorze siielés se
réduisent à rien, et voilà à'quoi
ces grand?s hyperboles. • *;̃̃"•
Çe qui dure encore depuis i^oans, ce sont
des assemblées nationales ou prétendues natio-
nales, se montrant pendant uh règne disparais-
sant pendant un siècle changeant de nom et de
formes d'une époque à l'autre, offrant mille sys-
ternes différens, plus ou moins imparfaits, plus ou
moins insignifians plus ou moins funestes, mais
dont plusieurs ont été monstrueux, dont aucun
jusqu'à ce jour n'a été bon, et qui non seulement
permettaient, mais demandaient qu'on en cher-
chât un meilleur.
On n'a donc rien prouvé contre le double-
ment du tiers, quand on a dit que c'était une
nouveauté; car d'états en états, il y a eu des
choses nouvelles; et il faudrait renoncer à rien
perfeçtionner, si l'idée d'une nouveauté entraî-
nait l'idée d'un mal. Pour blâmer ce double-
ment, il faut prouver qu'il n'était pas ju^tc
qu'il ne pouvait être que dangereux, et qi^'on
était maître de s'y refuser. Or j'attends ces
trois démonstrations.
Au reste Monsieur dans tout ce que je
viens de dire, je n'ai fait que payer à la vérité
un tribut très-désintéressé; car n'ayant éfcj ni
l'un des ministres, ni l'un des notables
l'auteur d'aucun des écrits rois au jour pendant
( M )
que cette question se débattait, je ne puis
sous aucun rapport, être'responsable de la
décision.
Vous l'avez louée, me direz-vous ? Prenez-y
garde, Monsieur. J'ai loué une opération faite,
une décision émanée du souverain, irrévocable,
qui était devenue la base d'une convocation
destinée à sauver la France, qu'il eût fallu
rendre bonne, quand elle eût été mauvaise. Je
l'ai louée dans votre sens, dans celui qui devait
ramener la paix entre les ordres; en prouvant
aux communes que ce doublement était par
lui-même une source d'avantages immenses pour
elles; qu'il n'avait pas besoin pour acquérir
du prix à leurs yeux que l'opinion par têtes
vînt s'y joindre qu'il était-possible, mais qu'il
n'était pas nécessaire que cette forrn||de déli-
bération en fut le résultat; sur-tout que ce
serait une erreur funeste tint témérité condamnable
à une assemblée partielle, de prétendre enchaîner
ses députés sur le mode de délibération dans la
grande et universelle assemblée. Je l'ai Jouée,
en insistant pour. le maintien des grajanons qui
en traitant
A}insfinsé tout projet contraire en proposant
auxdifférens ordres qui m'écoutaient une espèce
( x6 )
de contrat synal/agmatique, dans lequel sous l,
mîmtt serment nobles, et communes nous jurerions
le maitien de nos droits respectifs '•" (i).'
Quant à l'autorité royale et à la personne du
roi, comme je les ai aussi constamment qu'in-
fructueusement défendues contre tous les partis
non seulement contre leurs ennemis avéras
mais contre ceux qui s'en établissant les dé-
fenseurs, n'ont cesse et ne cessent encore de
leur poiter les coups les plus funestes, je ne
crois pas avoir besoin d'entrer dans aucune
justification à cet égard. Je me souviens seu-
lement, qu'à ce même bailliage on je'débutai,
dans la chambre séparée de la noblesse y per-
sonne n'insista plus fortemeht que moi sur la
nécessité de conserver comme le feu sacré
ce sentiment d'amour envers ses rois, qui,
jusqu'à ces derniers temps, avait caractérisé la
nation française. Je me souviens de ces paroles
que je proférai alors, et qui furent univer-
sellement accueilles « Laissons cette pli ilo-
sophie égoïste de nos docteurs mode nés
» dessécher: leS âmes par ses froides abst-ac-
» tions, laissons -les essayer de 'faire rougir
(1) Voyez les de rma se-
conde
[ il 3
les Français de ce qui les honore. Puisque
par-tout pu il y a des hommes rassembles,
» il faut une puissance publique et ime auto*
» rite gouvernante, puisque cette autorité doit
être d'autant plus forte et plus concentrée,
» qu'elle a plus d'espace à parcourir et, plus
d'individus à régir puisqu'elle ne petit être
». remise en France qu'aux W'ins d'un seul,
t, faisons sans doute qu'il ne gouverne que
» par la loi, mais jouissons de voir l'empire
» de la loi s'accroître par l'amour' du prince;
» mais honorons et félicitons les peuples qui
» ont ennobli l'obéissance, et qui ont fait un-
sentiment de leur cœur de ce qui n'est pour
d'autres que l'effet d'un froid calcul d'une
» habitude machinale ou d'une contrainte ser-
vile».
Tels étaient mes principes. Monsietir, tels
ils n'ont pas cessd, tels ils ne cesseront jamais
d'être. J'étais juste en même temps que popu-
laire, ou plutôt je n'étais populaire que parce
que j'étais juste, J'avais vu de près des tableaux
déchirans de la misère du peuple; j'avais vu
de grands talens inutiles est de grandes vertus
humiliées. Cette dégradation de l'humariifé, ce
forcé sur la faiblesse et de l'orgueil sur le
mérité, m'avaient indigné. Je croyais qu'il était
temps de les faire cesser; mais la propriété
de toutes les classes de citoyens me paraissait
sacrée mais je révérais cet antique hé-
tourne de la noblesse française, et les justes
distinctions'qui en étaient la récompense; mais
pour l'intérêt même du reste des citoyens,
pour l'émulation, le bonheur et le repos de tous,
j'étais persuadé que ces distinctions devaient être
conservées; mais je voulais un' roi, un roi
véritablement. roi, un roi juste, > bon, chéri,
et dont les titres à l'amour des Français
devaiènt être centuplés par les bienfaits de
Louis XVI.
Je passe, Monsieur, sur l'assemblée de plu-
sieurs Communes des campagnes au milieu
desquelles je professai les mêmes principe: Je
passe sur ma conduite lors de la convocation
intérieure de Paris. Les procès verbaux mon
compte rendu en ont dit assez, et j'y -cherche
vainement, sans pouvoir la trouver, une ssule
circonstance faite pour, me ravir l'honneu de
votre premier jugement, et pour- m'exposera
la rigueur du second.
Ce n'est pas sans doute lorsque j'obte lais