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Seconde pétition adressée à MM. les Députés des départemens sur l'abolition de l'esclavage et des règlemens inconstitutionnels qui privent les hommes de couleur de leurs droits politiques dans les colonies françaises, par Civique de Gastine

De
29 pages
1822. 30 p. ; in-8.
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SECONDE
PETITION
ADRESSEE
A MM. LES DÉPUTÉS DES DÉPARTEMENS.
NOTA. Cette Pétition a été déposée au secrétariat
de la Chambre des députés , le 24 décembre mil
huit cent vingt-un, où elle a été enregistrée sous
le N°. 244 transmise le même jour à la commis ¬
sion des pétitions.
SECONDE
PÉTITION
ADRESSÉE
A MM. LES DÉPUTÉS DES DÉPARTEMENS ,
SUR L'ABOLITION DE
L'ESCLAVAGE
ET DES
RÉGLEMENS INCONSTITUTIONNELS
QUI PRIVENT LES
HOMMES DE COULEUR
DE LEURS DROITS POLITIQUES , DANS LES COLONIES
FRANÇAISES ;
PAR CIVIQUE DE GASTINE ,
AUTEUR DE PLUSIEURS ÉCRITS EN FAVEUR DE L'HUMANITÉ.
La Liberté , l'Agriculture et le
Commerce , font le boulienr
et la richesse des nations.
A PARIS,
Chez les marchands de nouveautés et dans toutes les
librairies constitutionnelles de l'Europe,.
1822.
la session dernière de la Chambre, j'ai eu
l'honneur de présenter une pétition dont l'objet
est L'abolition de l'esclavage dans les Colonies
françaises.
Mon projet d'émancipation était tellement
combiné , qu'il devait avoir pour résultat, sans
attaquer la plus immorale, la plus injuste des
propriétés , non seulement la liberté des hommes
de toutes les couleurs dans nos possessions
d'outremer , mais encore celle des intéressantes
victimes de la cupidité des Colons de tous les
pays (*).
(*) Pour justifier l'esclavage, les Coloris de tous
lies pays ont toujours soutenu que le noir ne fait
*
(6)
À défaut de bonnes raisons , pour réfuter ce
projet philantropique, quel moyen a-t-on em-
ployé ?
point partie de l'humanité ; qu'il est une nuance
entre l'homme et l'espèce inférieure s et cela parce
qu'il n'est pas blanc !!!
En tirant parti de ce principe de la différence de'
couleur , les noirs ne seraient-ils pas en droit de
dire aux blancs : Si l'on doit classer parmi les
monstres, tout ce qui s'écarte de la règle générale ,
il est certain que l'avantage ne serait pas de votre
côté ; mais bien de celui des hommes de couleur. En
effet , il suffit de se rappeler que tous les habitans de
l'Afrique sont noirs ; que ceux dé l'Amérique sont
de couleur plus ou moins cuivrée ; que ceux de l'A -
sie sont noirs dans une partie et très-jaunes dans
l'autre ; il ne reste donc plus que le nord et la
région moyenne de l'Europe, peuplée d'hommes
entièrement blancs ; car ceux qui habitent le midi
de cette partie de monde, comme l'Italie, l'Espas-
gne , le Portugal et même la Provence, ont un teint
tellement basané , que dans les colonies on les
prendrait pour des hommes de couleur , si l'on ne
connaissait leur origine.
Ainsi pourraient dire les noirs aux colons, en ad ¬
mettant que vous soyez d' une autre espèce que nous ,
c'est vous qu'il faut* retrancher de l'humanité ; car
le plus grand nombre forme toujours l'espère .....
(7)
...... Le silence !.... L'on n'a allégué aucun
motif de cette conduite inconstitutionnelle et
scandaleuse En aurait-on manqué ?.... Ce-
pendant l'on sait de reste que jamais la faction
Coloniale n'a été difficile sur lé choix des
moyens pour repousser ce qui est sage et rai ¬
sonnable.
Si les principes d'humanité contenus dans ma
pétition étaient contraires aux sentimens et aux
projets des membres de la commission! chargée
de l'examiner , ils pouvaient , en le motivant ,
proposer l'ordre du jour ; mais la charte leur
ordonnait du moins d'en rendre compte à la
chambre ; car c'était à la représentation nationale
et non à la commission que ma demandé était
adressée.
En se permettant ainsi démettre ma pétition au
néant, les membres de la commission ont violé
tout à la fois et mes droits de citoyen français,
garantis par là charte , et le serment qu'ils ont
fait d'être fidèles à la constitution et à leurs man -
dataires !!!...
J'étais en droit d'appeler la vengeance des
lois sur ces députés qui se disent les protecteurs
des opprimes ; et qui étouffent la voix de qui ¬
conque invoque la jouissance des droits sacrés
de l'humanité , en faveur des victimes de la
cupidité et de la tyrannie.
(8)
Que deviendrait. la société si les citoyens
Suivaient ce dangereux exemple , méconnais ¬
saient les pouvoirs des corps législatifs, et re ¬
fusaient d'obéir aux lois?.... Peut-on se flatter
d'obtenir la confiance , le respect , lorsqu'on ne
se montre que les désorganisateurs de la société,
sous prétexte d'en resserrer les liens ?
Lorsque ceux auprès desquels on invoque la
réforme des abus , sont les premiers qui en
profitent , il est évident que le corps social est
sous le double poids de l'arbitraire et de l'op ¬
pression. Je ne crains pas de proclamer ici
comme une grande vérité que , tant que la fac ¬
tion coloniale influera sur le gouvernement fran ¬
çais, quelles que soient les améliorations sup ¬
posées dont le régime de nos colonies puisse
en apparence devenir l'objet, le sort de nos
frères , les noirs , et celui des hommes de cou ¬
leur , n'en sera pas moins en réalité, plus que
précaire.
Il n'es que trop vrai , MM. les députés , que
pendant le temps que je réclamais en vain l'at -
tention de la Chambre en faveur de nos mal ¬
heureux frères , les hommes de couleur ; dans
les colonies françaises ; Thémis, la hache en
main, disputant le glaive aux bourreaux , parcou ¬
rait la Guadeloupe et la Martinique............... Elle
(9)
faisait tomber sous ses coups une foule d'in ¬
nocentes victimes.
Depuis trop longtemps , dans nos colonies ,
le sanctuaire des lois est teint du sang de l'in -
nocence. De longs gémissemens et des cris si ¬
nistrés s'élèvent chaque jour de son enceinte ,
et retentissent en vain sous les voûtes sacrées
qui couvrent l'autel du Dieu de la miséricorde !
Les Colons , aveuglés par la fausse sécurité
du crime, semblent méconnaître les signes
précurseurs des tempêtes. Les insensés ! ils
sourient à l'idée d'un avenir qui devraient les
effrayer,
Toutes les institutions dont le vice peut amener
un bouleversement général dans nos colonies ,
supprimées ou conservées , n'y sont pas moins
en vigueur.
La traite est abolie de droit, et se pratique de
fait , parceque l'esclavage est conservé. C'est
l'abolition de l'esclavage qui abolira la traite.
Or , si la servitude est par le fait un moyen
conservateur de la traite , la loi philantropique
qui abolit pour toujours ce commerce odieux,
abolit de droit l'esclavage ; car qui veut la fin ,
veut les moyens.
Si, au lieu de protéger le commerce impie
de la chair humaine , nos ministres avaient pria
contre ceux qui se livrent à cet abominable
trafic , tous les moyens de répression que la loi
met à leur disposition , ils auraient épargné au
gouvernement légitime , la défaveur d'être cité
par les deux chambres du parlement britannique
dans l'adresse qui l'a occupé les 25 et 26 juin
1821 : on trouve dans cette adresse mémorable
les passages suivans :
» Si nos regards se plaisent à contempler le
» zèle honorable manifesté par les États-Unis ,
» dans la sainte cause de l'humanité, c'est avec
» le sentiment de la plus profonde douleur que
» nous les détournons sur la France. Quelques -
» uns des sujets de cette puissance ont porté
» la traite à un degré d'étendue, auquel elle
» n'était point encore arrivée. Non- seulement
» les établissemens africains rendus.à la France
» par ce pays , mais encore toute l'étendue de
» la côte d'Afrique , ont été le théâtre de ces
» déplorables excès. Le pavillon fiançais ne se
» borne pas à protéger les sujets français ,
» dans leurs; criminelles. entreprises ; il sont
» encore de protection à ceux des sujets étran -
» gers qui sont engagés dans la traité , mais
» qui, grâce à la vigilance des croisières bri-
» tanniques , ne peuvent l'exercer sous le pa -
» villon de leurs nations respectives
» Ces réflexions deviendront plus doulou -
» reuses encore, si l'on considère qu'à l'époque
» où ces établissemens étaient au pouvoir de la
» Grande-Bretagne, les habitans des pays cir -
» convoisins étaient entièrement à l'abri de. la
» pernicieuse influence de la traite et des dé -
» prédations qu'elle occasionne. Déjà ils com -
» mençaient à respirer ; la sécurité avait rem -
» placé la terreur; déjà ils se livraient à l'exer -
» cice d'une industrie, paisible et d'un commerce
» légitime. Mais , le renouvellement de la traite ,
» qui a suivi immédiatement la cession de ce
» paya à la France , a détruit toutes les espé -
» ranges qu'on avait conçues, et amené , de nou -
» veau sur ces malheureux rivages , le brigan -
» dage l'anarchie, la stérilité et la désolation.
» En conséquence , nous supplions Sa Ma -
» jesté , de réprésenter à la cour de France ,
» combien ces actes coupables compromettent
» sa réputation et son honneur ; nous la sup -
» plions , également , de vouloir bien renouve -
» ler ses tentatives près de cette puissance , pour
» l'inviter à remplir les engagemens solennels
» qu'elle a contractés au sujet de la traitre ,
» comme aussi à réaliser la promesse qu'elle a
» faite récemment d'employer des mesures plus
(12)
» efficaces, et de promulguer de nouvelles dis-
» positions pénales, afin d'empêcher que des
» sujets français ne continuent, à l'avenir, ce
» commerce dévastateur. »
Ce n'est donc pas seulement l'humanité, c'est
encore la dignité dela nation, c'est la réputation
et l'honneur de la couronné de France, que les
ministres compromettent, en protégeant d'une
manière aussi scandaleuse cet abominable trafic.
Le ministère de la marine attesterait aux yeux
de l'Europe son incurie, s'il prétendait ignorer
le brigandage commis sous sa haute protection,
par ses agens du Sénégal. Les deux mondes con-
naissent les crimes restés impunis, quoique mis
au grand jour dans la première pétition de
M. Morénas. Si, au lieu de garder un coupable
silence sur la seconde pétition de ce courageux
citoyen, le gouvernement légitime eût fait jus-
tice de ceux qui outragent , avec une aussi cri-
niinelle audace la nature et la divinité, il se serait
épargné l'humiliation d'être noté comme on vient
de voir, dans l'adresse des deux chambres du
parlement britannique.
Il paraît certain que l'on n'a jamais été animé
du désir de réformer les abus dans nos colo-
nies ; en effet, depuis la restauration ,on an-
nonce les vues les plus philantropiques pour

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