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Semaine de juillet 1830 à Arras . Édition revue, corrigée et augmentée

21 pages
impr. de G. Souquet (Arras). 1831. France -- 1830 (Révolution de Juillet) -- Arras (Pas-de-Calais). France -- 1824-1830 (Charles X). 22 p. ; in-8.
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Semaine
DE JUILLET 1830
& ARRAS.
EDITION REVUE , CORRIGEE ET AUGMENTEE
ARRAS,
G. SOUQUET, IMPRIMEUR DU PROPAGATEUR,
RUE St.-JEAN-EN-LESTRÉE , N° 17.
1831.
SEMAINE
DE
JUILLET 1830,
A. ARRAS.
LA royauté avait décidé le servage du peuple ; les or-
donnances du 25 juillet venaient d'être rendues.
Le télégraphe avait apporté à Lille le manifeste de la
contre-révolution. Le 27, dans la matinée, M. Blin de
Bourdon recevait une estafette à Arras qui lui annon-
çait le double coup d'état dans lequel le ministère ve-
nait de se jeter.
M. de la Rivière, secrétaire-général de la préfecture,
M. le baron de Hauteclocque, maire d'Arras, M. le co-
lonel de gendarmerie, sont convoqués auprès de M. le
préfet. Le Propagateur doit cesser de paraître ; le com-
missaire de police est mandé pour faire exécuter cet
arrêt.
Le 27, à 4 heures de l'après-midi, cette notification est
faite à M. Frédéric Degeorge ; il n'en tient aucun compte..
On veut bâillonner la presse : il résistera. Le même
soir, à 7 heures, le Propagateur est publié et, appelle le
peuple à la défense de ses droits.
Par ordre du préfet et du maire, les ordonnances li-
berticides sont publiées au son de trompe dans les rues,
d'Arras. M. Guillaume Lenglet, avocat, s'approche d'un
— 4 -
groupe de citoyens, entend la lecture du manifeste royal,
et, mû par une sainte colère, il dit à deux de ses amis
qui l'approchent: C'est l'abdication de Charles X qu'on
publie. Le peuple est pensif et silencieux; les deux amis
s'esquivent et laissent M. G. Lenglet accourir au bu-
reau du Propagateur exhaler sa vertueuse indignation.
Le 28, au matin, l'imprimerie du Propagateur est en-
vahie par la police; les presses du journal sont saisies et
mises sous le scellé. L'indignation est dans toutes les
âmes ; la stupeur sur tous les visages. Une nation de 32
millions d'hommes courbera-t-elle le genou devant six
ministres ! les fils aînés de la liberté descendront-ils au
rang des plus vils esclaves?
Paris s'est soulevé. Un premier bruit en arrive à Arras,
le 28 au soir. Un bulletin, imprimé dans les caves du
Propagateur , avec une mauvaise presse qu'on avait
soustraite aux recherches de la police, et quelques poi-
gnées de caractères que M. Auguste Leclercq a prêtés,
annonce cette nouvelle au peuple. L'ardeur de combattre
se fait aussitôt jour dans quelques ames énergiques : MM.
Martin (de Rochincourt), G.Lenglet, JeanDegeorge, Fré-
déric Degeorge, Wattringue, Mangin, Huret, St.-Remy-
Mareuse, D. Letierce,Girardin, Révelart, Catez, Traxler,
Dévillers, Salmon-Crochart sont les premiers volontaires
qui se font inscrire au, bureau du Propagateur pour
marcher au secours des Parisiens.Tout espoir de résister
Aux ordonnances, de vaincre la tyrannie n'est pas enlevé
aux plus chauds défenseurs de la liberté.
Le bulletin publié au Propagateur excite la colère du
pouvoir : il y a donc encore des citoyens dans la ville
où le préfet d'un roi absolu commande. M. Souquet est
appelé à la mairie. On veut l'intimider; il n'est pas
ébranlé. M. le baron de Hauteclocque le menace de
l'enlèvement de ses presses, il répond qu'il protestera;
Le 39 à quatre heures du matin, la gendarmerie et la
police envahissent de nouveau l'imprimerie du Propa-
gateur. Le marteau du forgeron frappe, démonte, brise
l'instrument sublime qui donne l'existence à la pensée.
MM. Souquet et Degeorge protestent contre ces muti-
lations. Ils déclarent quils ne cèdent qu'à la force. Ils
demandent et obtiennent qu'on dresse un procès-verbal
— 5 —
contre toutes ces illégalités. Des amis courageux, MM,
J. Buissart, Luez, André-Jean, Huré , Goudemetz ,
Fournier-Labalette, Monvoisin , Amand Leclercq, etc.
arrivent pour rendre témoignage de ces attentats commis
à la propriété du citoyen.Les presses, les cases sont pla-
cées sur des charrettes par des mains ignorantes. On les
enlève, et une longue ligue formée de caractères d'impri-
merie tombés dans les rues, indique le chemin qu'a
parcouru la charrette depuis le bureau du Propagateur
jusqu'à la mairie. Les habitans sont consternés. L'ad-
ministration, est radieuse ; elle croit avoir porté le coup
de mort au journal contrôleur de ses excès.
Espérance trop hâtive ! Ce sont des corps de fer que
le pouvoir a à combattre. Si l'on n'a pu les briser du
premier coup, ils se relèveront; ils lutteront. Ils ont
des auxiliaires dans les troupes de la garnison; ils trou-
vent un appui dans les classes laborieuses; ils vont s'en-
tendre , se réunir; et demain, fonctionnaires de Charles
X, vous ne commanderez plus.
Le 29 juillet, le peuple de Paris combattait encore ;
mais la victoire déjà se prononçait pour lui. Il en était
autrement à Arras. Le 29 , les patriotes y étaient
sans nouvelles et la lutte entre eux et l'autorité allait
seulement commencer.
Privé de son matériel d'imprimerie, le Propagateur
avait cessé de paraître. Obtenir, par l'autorité du juge,
les presses que la police avait fait enlever eût été un pre-
mier coup porté aux ordonnances ; les rédacteurs et
l'imprimeur du Propagateur voulurent le tenter.
Dans la matinée du 29, une requête est présentée à
M. Thellier de Sars, président du tribunal. On lui de-
mande de faire citer devant lui MM. Blin de Bourdon
et de Hauteclocqne, afin de voir déclarer nulle la saisie
des presses de M. Souquet. Celui-ci, M. Frédéric De-
george et M. G. Lenglet, avocat, se rendent chez M.
Thellier, lui démontrent l'illégalité des ordonnances,
réclament la mise en jugement des autorités coupables
d'avoir attenté à la propriété du citoyen, et rappellent
au président, qui balbutie, ses devoirs de magistrat.
Mais le juge leur refuse justice, et tandis qu'à Paris, au
bruit du tocsin, du canon, des tambours, des cris du
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peuple, de la fusillade des soldats qui retentissaient jus-
que dans le sanctuaire de la justice, M. Ganneron, pré-
sident du tribunal de commerce de la Seine, proclamait,
dans la cause du Courrier Français, l'impuissance des
ordonnances royales voulant entraver l'exécution des
lois sur la liberté de la presse, M. Thellier de Sars,
président à Arras, soutient les ordonnances et refuse le
référé qui lui est demandé et que M. de Belleyme
avait accordé au Journal du Commerce, à Paris.
Tandis que cette scène se passait dans le salon de
M. Thellier de Sars; que M. Souquet se rendait à
Douai pour dénoncer a la cour le deni de justice du
président du tribunal d'Arras, la résistance à l'oppres-
sion s'orginaisait dans les bureaux du Propagateur.
MM. Corne de Brillemont, Cornille, J. Buissart, St.-
Remy , Billet, Crespel-Dellisse, Goudemetz, Huré,
F. Decardevac, Toursel-Trannoy , Lantoine-Harduin,
etc. , s'occupaient de l'organisation de la garde na-
tionale. M. Corne de Brillemont, appeléle matin à une
réunion d'officiers du 2° du génie, communique à M.
Frédéric Degeorge l'offre faite par ces braves d'enlever
leur régiment, et de s'unir aux volontaires d'Arras,
pour marcher au secours de Paris.
MM.Cavaignac, capitaine, Lebleu et Odier, lieutenans,
étaient les principaux acteurs de cette vertueuse conspi-
ration qui unissait les soldats aux citoyens, rendait
les patriotes d'Arras maîtres de la citadelle , et enle-
vait tout moyen de répression aux autorités civiles et
militaires de la ville.
A compter de cette journée 29, la place de la co-
médie devint le rendez-vous de tous les citoyens cou-
rageux. MM. Ploche, Salmon-Crochart, Leclercq,
Monvoisin, Leroux, Delannoy, Gayant, Sampeur, de
nombreux officiers , les jeunes gens de la ville et une
foule d'ouvriers volontaires, soutiens de la révolu-
tion et pour lesquels la révolution n'a rien fait, mon-
traient courageusement leur sympathie pour la cause
nationale.On y attendait l'arrivée du courrier avec une
anxiété impossible à décrire. Le peuple de Paris était
il victorieux ou vaincu? qui de la liberté ou de la ty-
rannie avait remporté l'avantage?
7
A sept heures du soir, le courrier n'était pas arrivé ;
les bruits les plus sinistres couraient dans la ville. M.
Guillaume Demory , si brave avant les ordonnances,
qui ne parlait alors que du renversement des Bourbons,
de république, de conspiration, soutenait maintenant,
devant la porte du Propagateur, que l'insurrection de
l'héroïque peuple parisien était inopportune : il man-
quait de caractère au moment du danger.
Cet état d'anxiété ne pouvait durer. Les nouvelles n'ar-
rivaient pas ; il fallait aller au-devant d'elles. MM.
Jean Degeorge et D. Letierce sont envoyés en poste
à Paris, pour s'enquérir des progrès de l' insurrection.
MM. Odier, F. Degeorge et André Jean, puis le lende-
main M. G.Lenglet, partent pour Douai, afin d'obtenir
la réunion de l'artillerie à cheval aux mineurs et aux vo-
lontaires d'Arras qui se préparent à marcher sur Paris.
Tandis qu'Arras était dans l'ignorance de la marche
des grands événemens qui se passaient à Paris ; tandis
que deux ou trois habitans de notre ville prenaient la
poste pour aller enlever leurs fils au carnage de la capi-
tale; un étudiant en droit, M. Louis Hovine, arrivait
et nous apportait quelques détails sur la lutte qui s'é-
tait entamée entre les braves Parisiens et les soldats
du pouvoir.
Ces scènes d'intrépidité, d'héroïsme, de sang et de
mort, dont M. L. Hovine avait été un instant témoin,
portaient la rage et l'indignation dans les âmes citoyen-
nes. On venait d'apprendre que, dès le 28 juillet au
matin, Paris n'offrait plus de passage aux voitures ; que
la circulation y était partout interrompue ; et que de
nombreuses barricades s'élevaient dans chaque quar-
tier. La nuit, les rues étaient tristes et silencieuses, et le
jour, bruyantes et en feu. Dans sa fuite, M. L. Hovine
avait suivi les boulevards extérieurs de Paris, depuis la
barrière d'Enfer jusque près de St.-Denis pour éviter
les barricades ; il avait entendu la fusillade; il avait vu
les braves ouvriers courant au combat; il avait pu aper-
cevoir d'un coin de rue le feu qui se continuait à l'au-
tre bout. A son départ la lutte n'était pas terminée; la
victoire restait incertaine entre les combattans.
Le 30, au matin les autorités civiles et militaires d'Ar-
— 8 —
ras conservaient encore l'espérance de voir le triomphe
récompenser l'aveugle obéissance des troupes du Roi-
parjure. Les fonctionnaires civils se réunissaient à la
préfecture ; les militaires chez le général Matis. Chez ce
dernier, M. de Mons, lieutenant-colonel du 1er régiment
de carabiniers, fut le seul qui, lorsqu'on proposait de
contenir les constitutionnels d'Arras par la force année,
osa faire entendre une voix citoyenne et annoncer en
présence de M. le colonel du 2e du génie, qui répondait
de son régiment, que l'obéissance passive avait des-
bornes que les chefs et les soldats ne pouvaient dépas-
ser sans danger.
C'est que M. de Mons savait'sans doute que dans son
régiment aussi la cause de l'insurrection parisienne
trouvait de nombreuses sympathies. Deux de ses lieu-
tenans étaient en communication directe avec le comité
du Propagateur; ils promettaient au 2e du génie des au-
xiliaires pour le mouvement qui devait avoir lieu.
. Le lieutenant Odier, MM. Frédéric Degeorge et An-
dré-Jean étaient revenus de Douai ; l'artillerie à cheval
avait promis de marcher sur Arras. Un coup de canon
tiré par elle le lendemain à minuit dans la porte Méau-
lens, était le signal qui devait réunir les militaires de la
citadelle aux volontaires de la ville pour, tous ensemble
avec l'artillerie à cheval, marcher sur Paris.
Ce plan de marche fut arrêté fort avant dans la ma-
tinée. La majeure partie de la garnison s'était déclarée
pour la cause des patriotes. L'autorité ne pouvait em-
pêcherle départ pour Paris. Mais il fallait après ce dé-
part maintenir la tranquillité de la ville. La réorgani-
sation de la garde nationale devenait donc un impé-
rieux besoin pour la cité.
Une convocation eut lieu chez M. Harlé fils ; elle
était nombreuse. On y discuta long-tems et chaudement;
il y eut même de vives apostrophes faites par MM.
Corne de Brillemont, Cornille, F. Degeorge, Crespel-
Dellisse, Lenglet, Huré, à des hommes qui, par peur,
faisaient naître des obstacles pour s'opposer à la réor-
ganisation réclamée. Quelques officiers de l'ancienne
garde nationale prétendant que personne ne répon-
drait à leur appel, M. Henri Watelet s'offrit d'amener
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une partie des habitans de son village. On manquait
d'un chef, M. Henri Watelet proposa M. Louis de
Grandval; c'était un protecteur donné à l'aristocratie en
cas d'un mouvement populaire. On accueillit cette der-
nière proposition et MM. Corne et Watelet se chargèrent
d'aller offrir à M. de Grandval notre commandement.
Les premières personnes qui parurent en uniforme de
garde national, sur la place de la Comédie, furent MM.
Toursel-Trannoy, et Godart-Vallée, en officiers; M.
Devaux, en sergent; M. Delannoy, en caporal de vol-
tigeurs; MM.Théry et D. Pérot, en habits de grenadiers;
et G. Souquet en habit de voltigeurs.
MM. Jean Degeorge et D. Letierce partis d'Arras
pour Paris, par Amiens, n'avaient pas encore donné de
leurs nouvelles. L'anxiété était extrême à Arras. Dans
la journée, deux élèves du collége, le jeune Langlois,
âgé de 14 ans et son ami Desplanques, s'étaient échap-
pés de chez leurs parens, et allaient porter l'appui de
leurs faibles bras au peuple que Charles X faisait mitrail-
ler à Paris. On courut après eux en chaise de poste, et
ce n'est qu'en employant la force qu'on les ramena.
Le 30, le courrier de Paris n'arriva pas encore à
Arras ; mais lorsque l'inquiétude était au comble, M. D.
Letierce descend de voiture, se rend au bureau du
Propagateur, annonce les premiers succès des Parisiens,
et porte une lettre de M. Jean Degeorge, qui appelle
les volontaires d'Arras au secours de Paris. « Je vais
m'incorporer, écrivait celui-ci, dans la légion d'Amiens,
je partirai ce soir pour Paris, formez vos bataillons,
venez nous joindre, il faut marcher sur la capitale pour
porter secours à nos braves concitoyens, ils en deman-
dent dans une proclamation. » — « Nous nous occu-
pons, écrivait à M. F. Degeorge, le rédacteur de la
Sentinelle Picarde, nous nous occupons d'organiser un
bataillon composé de jeunes gens renforcés de tous les
sous-officiers et soldats qui travaillent dans nos ateliers;
nous sommes déterminés à pousser sur Paris. Organi-
sez-vous et faites nous suivre. Nous allons semer l'an-
nonce de votre venue. Le Hâvre est en marche, Rouen
l'attend au passage pour y joindre deux bataillons.
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