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Serlon ; par Victor-Évremont Pillet

De
20 pages
impr. de C. Groult (Bayeux). 1839. Serlon. In-8° , 19 p..
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PAR
CHEZ CLÉMENT GROULT, IMPRIMERIE-LIBRAIRE,
— 1839. —
Par VICTOR-EVREMONT PILLET.
À la fin du onzième siècle et au commencement du douzième,
Vivait Serlon, chanoine de Bayeux. Ce poète latin, dont on a dé-
couvert trois manuscrits, resta long-temps inconnu. Mais l'éveil
fut donné, et plusieurs pièces devers de Serlon prirent place, soit
dans l'Histoire littéraire de la France, soit dans la collection des
historiens'de France. On ignore la date et le lieu de la naissance
de notre auteur. A coup sûr, il etait chanoine de Bayeux; ce fait
résulte de toute la contexture du poème dans lequel il décrit le
siège de cette ville par Henri premier, roi d'Angleterre. A la tête
d'une autre de ses poésies, il est surnommé Parisiacensis. Que
faut-il entendre par ce surnom ? Etait - ce son nom de famille,
comme celui de Mathieu Paris ? Ou bien était-il né à Paris ou dans
le Parisis? Ce dernier sentiment paraît assez probable. On sait
d'ailleurs qu'Odon, évêque de Bayeux, frère utérin de Guillaume-
le Conquérant, prélat fort remuant, aimant le faste et l'ostenta-
tion, et tout ce qui pouvait favoriser son ambition, avait attiré
dans son diocèse des gens de lettres de tous les pays. Et Serlon
adresse une de ses pièces de vers à Odon, pour le féliciter de sa
sortie de prison. Le nouveau roi d'Angleterre avait comblé de biens
et d'honneurs l'évéque de Bayeux ; il lui avait donné le comté de
Kant et confié une grande portion de son autorité dans le royaume;
mais mécontent de son frère, Guillaume-le-Conquérant le fit em-
prisonner, et ne consentit à le relâcher que quatre ans après, au
moment où il allait expirer. Le clerc-poète célèbre cet événement,
et fait du prélat un éloge pompeux; il le compare au patriarche
Joseph qui, sorti de prison, fut mis à la tête des affaires de l'E-
gypte. Cependant la conduite d'Odon est assez généralement dé-
criée chez les auteurs contemporains. Serlon fut sans doute en-
veloppé dans la disgrâce qu'encourut son patron. Obligé de s'ex-
patrier, il se réfugia dans les états du duc de Savoie. C'est ce que
révèle une pièce de vers qu'il adresse à un ami. Il est probable
que notre poète mourut en exil, car il.écrit à ce même ami qu'il
ne veut pas retourner sous la domination du roi d'Angleterre;
mais l'époque de sa mort n'est pas connue ; tous les auteurs con-
temporains qui pourraient décider la question gardent le silence.
Voilà tout ce que l'on sait de la vie de Serlon ; parlons maintenant
de ses compositions poétiques. Mais pour en porter un jugement
impartial, il faut avoir une idée nette et précise de l'état de la
poésie latine à l'époque où il écrivait.
La domination Franque arrêta dans la Gaule l'usurpation jusque-
là progressive de la langue latine. Les écoles et les théâtres tom-
bèrent pour ainsi dire en désuétude; plus d'éducation , plus de so-
ciété romaine ; et les affaires publiques ne se faisant plus au
compte du gouvernement impérial, l'usage public du latin fut
bientôt circonscrit aux établissements religieux, taudis que le,
parler vulgaire, rustique, devint seul indispensable.
Ce parler vulgaire ou rustique fut adopté non-seulement par
les anciens habitants des Gaule, mais encore par leurs vain-
queurs. Il devait pourtant sa naissance à la langue romaine ; mais
S'il est facile d'apprendre de nouveaux mots, peu de gens sont
capables d'apprendre le secret d'un nouveau système grammati-
cal : voilà pourquoi le roman ou romain vulgaire offrit la réu-
nion de la syntaxe barbare et de la phraséologie latine. Ainsi le
latin devint d'un usage particulier et le roman d'un usage géné-
ral, le premier, celui des gens de lettres ; le second, celui de tout
le monde. Du reste, dans l'opinion publique, ils ne formaient pas
deux langages, et le latin ne semblait que l'art de parler correc-
tement le roman. Cette observation est bien importante ; car elle
explique parfaitement l'absence de tout monument littéraire en
dialectes vulgaires, depuis le 5e. siècle, époque probable de leur
formation , jusqu'au 12e. On conserva long-temps du latin l'opi-
aiion la plus respectueuse; long-temps on le regarda comme la
seule langue accessible aux règles qui sont la condition indispen-
sable de toutes les langues. Avec ces préjugés contre la langue vul-
gaire , on conçoit qu'on n'écrivît rien en roman. Ainsi, tandis que
le roman fut exclusivement parlé, le latin fut jusqu'au 12e. siècle
exclusivement écrit. Dans cette langue si décriée, cependant, on
composait des vers, des chansons, et des épopées; mais sans doute
les premiers poètes vulgaires, plus grands peut-être que leurs suc-
cesseurs, ne savaient ni lire ni écrire, et cela ne les empêchait
pas de connaître parfaitement tous les sublimes mystère» de la
composition littéraire. Et bientôt la poésie latine, qui n'a pu se
maintenir pure du contact de la barbarie, va se voir détrônée par
la jeune muse du moyen-âge. Car nous sommes au XI». siècle,
époque de tiraillement et de travail, d'efforts inouïs de l'esprit
pour se dégager des liens qui l'entravent, pour dépouiller sa lai-
deur et sa lèpre ; âge de déchirements, de malheurs et de crimes,
niais âge de première renaissance d'un monde qui soulève la.
tête, commence à secouer les fers de la barbarie, et va renouer
la chaîne brisée après Charlemagne, pour en continuer les magni-
fiques anneaux jusqu'aux temps modernes. L'Occident était dans
l'attente ; il ne tremblait plus, car l'an mil était passé; il n'avait
plus à l'oreille le premier bruit de la trompette de l'archange
criant aux morts de sortir du tombeau. Bientôt vont surgir ces
luttes de géants, engagées par la foi religieuse et soutenues par
l'honneur chevaleresque. L'ébranlement va être donné au génie
européen. Les lettres et les arts, expression mobile des idées et
des moeurs de chaque époque , n'échapperont pas à l'influence de
ces profondes commotions, et le génie national, entraîné en
Orient à la suite des preux, fera retour sur lui-même, et entrera
dans la voie de son développement naturel. Le corollaire rigou-
reux d'une révolution politique, c'est une révolution littéraire. Ne
dirait-on pas qu'il y a quelque chose de fatal dans ce perpétuel
parallélisme de la littérature et de la société? Les moeurs et les
lois s'ébranlent d'abord, l'art suit.
Quelques années se sont écoulées, et maintenant dégagée de la
ténébreuse atmosphère où l'ignorance des derniers siècles l'avait
placée, l'humanité prend son essor vers de pures et lumineuses
régions; elle se sent pleine de sève, d'ardeur et d'enthousiasme
nous touchons au XIIe. siècle; et la littérature française, dédai-
gnant le latin corrompu du Bas-Empire, et se débarrassant de l'é-
treinte des habitudes opiniâtres qui la paralysent, s'appuyant sur
(3)
sa vieille langue romane, n'est peut-être pas loin de faire soupçon-
ner quelle deviendra un jour l'interprète des Corneille et des
Bossue t.
Au milieu de ce mouvement intellectuel, de cette rénovation
sociale, que devenait la poésie latine? elle s'était réfugiée dans
les cloîtres; l'église lui avait offert un asile; mais malheureuse-
ment la direction donnée aux éludes qui se réveillaient ne fut pas
favorable à ses progrès. Les savants avaient pris une fausse voie;
au lieu de s'appliquer aux recherches érudites, aux discussions
sérieuses, ils étaient tombés dans toutes les controverses étroites,
dans toutes les subtilités d'une scholastique puérile. Et je le de-
mande, ces argumentations abstraites et sophistiques, dont une
équivoque, un mot détourné de son sens véritable, une proposi-
tion spécieuse, fournissaient presque toujours le vague sujet,
étaient-elles bien propres à développer la pensée et l'imagination
et à enhardir le vol de la poésie vers des régions élevées? Aussi
la poésie latine voyait s'appauvrir sa sève ; elle courait rapidement
vers les sables tumulaires. Né à cette époque, Serlon n'a pu
échapper aux défauts des poètes latins de sou siècle.
Assurément, il n'est pas de poésie sans verve et sans chaleur!
Alorson devine ce que doivent être ces compositions languissantes
DU, un mécanisme vétilleux et un arrangement systématique, dont
tout l'art consiste à placer des mots d'une certaine manière, tien-
nent lieu d'imagination et de pensée. Serlon trouve fort ingénieux
de faire commencer tous les vers d'un de ses poèmes par la môme
initiale. On retrouve aussi chez lui beaucoup d'épîtres rimant à
la césure. En vérité, ces combinaisons de mots ont.l'air d'une per-
pétuelle gageure ; aussi n'ont-elles rien à démêler avec l'intelli-
gence. Lé chanoine-poète méconnaît la substance même de la
poésie ; il oublie de sentir et de penser. Et la poésie qui ne s'a-
dresse point au coeur, qui n'excite aucune sympathie, qui n'é-
veille aucune méditation, ne mérite pas le nom de poésie ; ce n'est
qu'un jeu d'enfants. Cependant à travers ce fatras de pièces latines,
dont l'exécution, rendue volontairement épineuse, fait le ridicule
mérite, se distinguent deux ou trois morceaux. On en jugera par
l'analyse que nous allons faire des ouvrages de Serlon.
Trois manuscrits contiennent un très-grand nombre de vers de
notre auteur. Le premier de ces manuscrits est conservé à Londres
parmi les manuscrits du chevalier Cotton ( Vitellius A. XII ) , fai-
sant partie du Musée britannique. Le deuxième appartient à la
bibliothèque royale de Paris, sous le n ° 3718. Le troisième se
trouve à Rome, au Vatican, parmi les manuscrits de la reine
Christine de Suède, sous le n° 344, Olim 1599.
MANUSCRIT DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE.
1°. Epître à Roger de Caen, moine du Bec , mort l'an 1090, cé-
lèbre versificateur de son temps, avec lequel Serlon désire lier con-
naissance. Cette pièce de viugt-deux vers, partie hexamètres,
partie élégiaques, n'est pas rimée. C'est une des meilleures du
recueil.
(4)
a». Pièce de vers à un roi qui n'est pas nommé, peut-être à Guil-
laume-le-Roux, ou à Henri premier, dans laquelle le poète se
plaint des chanceliers des églises cathédrales qui ne permettaient
d'ouvrir ou de tenir des écoles que moyennant finance ; conduite
qu'il taxe de Simonie, d'après les anciens canons.
3°. Epitre à un ami, écrite de la Savoie, où Serlon s'est réfugié.
4°. Pièce de vers où abondent les antithèses, les jeux de mots,
lès hyperboles outrées. Elle offre des vers hexamètres, rimes trois
fois au commencement, au milieu et à la fin, liés deux à deux
avec les mêmes rimes dans la forme suivante :
Voce brevi, sermone levi, tibi paucula s .......
evi.
Qui neque vi, nec jure brevi, sedamore qui....
5*. Poème de sept cent cinquante vers élégiaques non rimes,
ayant pour titre : De Patricidâ. On y trouve d'assez beaux vers.
Qant au manuscrit du Vatican, il renferme cinquante-six pièces;
mais beaucoup sont connues par les autres manuscrits, d'autres
ne sont pas de Serlon, quoiqu'on les trouve à la suite de ses vé-
ritables ouvrages.
MANUSCRIT DE LONDRES.
1°. Vers adressés à Muriel, religieuse. Cette dame était soeur
Utérine de Guillaume-le-Conquéraut.
2°. Pièce composée pour féliciter le duc Guillaume sur la con-
quête d'Angleterre. Elle n'est pas rimée et ne manque point d'é-
légance.
3°. Epitaphe de la reine Mathilde.
4°. Vers adressés à Odon , évêque de Bayeux. Le poète au nom
des habitants de Bayeux félicite le prélat sur sa sortie de la prison
où son frère l'avait détenu pendant quatre ou cinq ans. Ce sont
des distiques à rime léonine.
5°. Invective contre Gilbert, abbé de Caen. C'est une satire vio-
lente contre la conduite de cet abbé. L'auteur, dans ses vers acé-
rés, le représente comme un vrai Sardanapale, adonné à tous les
plaisirs des sens, surtout à la bonne chère, tandis qu'il laissait
mourir de faim ses religieux.
6°. Vers sur la prise de Bayeux. C'est une pièce de trois cent
quarante vers léonins, hexamètres, dont la fin rime toujours avec
l'hémistiche. Dans ce poème, Serlon se plaint amèrement du peu
de résistance que la garnison avait opposée au vainqueur, et ac-
cuse aussi les habitants de lâcheté pour ne s'être pas défendus eux-
ïttêmes. Entrant dans un plus grand détail, il fait la description
des accidents déplorables qui accompagnent un siège, de l'incen-
die de la ville, et des pertes que lui-même avait éprouvées, ré-
duit à n'avoir plus ni gîte ni vêtements, manquant des choses les
plu» nécessaires à la vie : d'où il prend occasion de taxer d'insen-
(5)
sibilité les gens du pays, et de censurer avec esprit les moeurs pu-
bliques. Ce poème a été inséré dans le tome XI*. de la nouvelle
collection des historiens de France. Le manuscrit du chevalier
Colton a été un peu endommagé par le feu dans la partie supé-
rieure, lors de l'incendie de la bibliothèque Cottouienne en 1731.
Avant de lire la traduction que je vais faire du poème de Serlon,
sur la prise de Bayeux, on voudra peut-être savoir ce qu'Ordéric
Vital rapporte du siège de cette ville. Je traduis : « La même an-
née, le roi Henri débarqua au printemps en Normandie, et s'em-
pressa de réclamer l'héritage paternel que des parjures, des bri-
gands et des hommes sans aveu foulaient aux pieds. Il conduisit
avec lui Hélie, comte du Maine, avec ses troupes» et assiégea la
ville de Bayeux que gardait Gunhier d'Aulnay.. Mais Gunhier sortit
pour aller au-devant du roi, et, par égard pour ce monarque, lui
rendit Robert, fils d'Haimon ,.qu'autrefois il avait fait prisonnier;
mais il refusa avec dédain de remettre la place qu'Henri deman-
dait impérieusement. Aussitôt donc le roi attaque la ville, y lance
des feux, la brûle tout entière et prend le châtelain Gunhier, avec
ses gens et ses soldats. Ayant appris la destruction de cette impor-
tante cité, les autres garnisons, saisies d'effroi, craignirent de
résister insolemment à un prince si actif et si opiniâtre (1).» Tel
est le récit d'Ordéric Vital. C'est cette conduite des Bayeusains
que Serlon taxe de lâcheté; mais il ne parle pas de ce qui fai-
sait le sujet de la guerre entre les deux frères Henri, roi d'An-
gleterre, et Robert, duc de Normandie. Il est pourtant nécessaire
d'en dire quelque chose pour faciliter l'intelligence du poème.
Robert, à son retour de la Terre-Sainte, fut toujours en guerre?
avec son frère Henri qui, pendant son absence, s'était emparé à
son préjudice du trône d'Angleterre. Avant d'en venir aux mains,
il y eut entre eux plusieurs accommodements ; mais tel était le
caractère du duc que, dominé par des courtisans turbulents,
c'était toujours à recommencer les hostilités. Les déportements
de ses favoris qui, abusant de sa mollesse, exerçaient toute sorts
de déprédations, avaient indisposé contre lui le clergé et la no-
blesse. Henri profitant de la disposition des esprits, débarque en
Normandie , l'an 1106, et partout est reçu comme un libérateur.
Bayeux et Caen se rendent presque sans résistance. Enfin Robert
livre une dernière bataille à Tinchebray ; il est vaincu, fait pri-
sonnier et dépouillé de ses. états.
N. B. Le texte du poème de Serlon qu'on peut le plus facilement
se procurer, est celui qu'a publié M. Pluquet dans sou Essai
historique sur la. ville de Bayeux ; mais il est peu correct. Aussi
ai-je pensé qu'il ne serait pas inutile de placer les vers du manus-
crit de Londres en regard de ma traduction. Qu'on ne s'étonne
pas d'y trouver des fautes de quantité ; à l'époque où vivait Serlon ,
'les poètes ne se faisaient pas scrupule de violer les règles de la
prosodie. Si l'on rencontre quelques expressions, quelques phrases
triviales dans la prose du traducteur, on est prié de jeter les yeux
sur le texte qui a dû être respectée
(1) Ordé. Vital, liv. XI, page 818.
(6)
VERS DE SERLON SUR LA PRISE DE BAYEUX.
J'AI l'âme navrée de douleur de t'avoir vue si tôt prise, ô ville de
Bayeux ! Point de lance ensanglantée, point d'épée teinte de sang^
point de longue résistance, point d'ennemi tué , de citoyen blessé,'
n'ont livré tes murs à un peuple furieux. Prompte fut ta chute, et
le vent, roulant l'incendie, a hâté ce fatal événement, secondé qu'il
était du courage des Manceaux et de la fureur des Angevins. Si
du moins des nations nombreuses, les Anglais unis aux Normands
et aux Bretons, avaient, après un long siège, détruit violemment
tes murailles) si, malgré une lutte opiniâtre, ils t'avaient soumise
par le carnage, la fatigue, les longueurs des assauts, tu subirais
un moindre déshonneur. Mais la prise de tes.remparts, c'est une
chose inouïe, c'est une honte inexprimable.
Les poètes éloquents racontent que, depuis l'origine du monde,
des villes ont été renversées et réduites aux plus fâcheuses extré-
mités ; mars la ruine d'aucune ne fut aussi déplorable. Peuple
ignorant ! Déroule les pages de l'histoire, étudie les moeurs des
anciens, connais les pénibles efforts de Modène (1); apprends le
désastre de Sagonte (2) et de Pérouse(3), et la constance de
Marseille (4); tous pensèrent qu'il vaut mieux mourir que de se
déshonorer. La chute de Troie ne fut pas soudaine, l'histoire le
dit ; le peuple de Dardanus succomba., vaincu par un siège de dix
ans ; aussi prompte ne fut pas la prise de Pergame ; les Troyens
( que les valeureux Normands en rougissent ) résistèrent pendant
dix années.
La colère de Dieu vous terrassa en moins.d'un jour; car vous
le savez bien, lorsque l'ennemi escaladait les remparts, vous
n'avez pas marché contre lui ; mais vous avez tout-à-coup tourné
le dos ; et pour punir sévèrement la ville-, pour châtier dignement
les coupables. Dieu vient eu. aide aux peuples étrangers en susci-
tant le feu qu'un, vent furieux promène sur les toits élevés, et qui
dévore les demeures sacrées et. exerce au loin ses ravages. Alors
périssent les richesses accumulées par de nombreuses fatigues ;
alors périssent à bon droit les fruits de l'usure et les présens arra-
chés par la fraude et la fourberie. Cette fin était due aux vols et
aux rapines; l'argent injustement a massé méritait d'être ainsi
anéanti. La violence des flammes dévore les larmes des veuves et
les gémissements des orphelins. Vous avez acquis frauduleusement
la fortune des, malheureux, vous avez mérité d'être ainsi brûlés.
Enfin nous avons vu fumer le toît de l'église embrasée. Alors,
des milliers de citoyens qui y étaient enfermés se hâtent, craignant
la mort, de s'échapper par toutes les issues ; mais alors les arrê-
tent et la peur de l'ennemi, et les javelots étincelants des batail-
lons et les épées nombreuses, qui brillent au seuil du temple. La
foule barbare se tenait au dehors, pleine de fureur, cherchant le
(1) Modène , ville de la Gaule Cisalpine. Décius Brutus y soutint un
long siége contre Antoine, l'an 43 avant J.-C.-
(2) La prise de Sagonte, en Espagne, par Annibal, fit éclater la 2e.
guerre punique.
(3) A Pérouse, ville d'Etrurie, Lucius-Antoine, frère du triumvir,
sout nt un siège célèbre contre Octave (40 av. J.-.C. ) Enfin, pourtant,
il fat forcé de se rendre , et la ville fut réduite eu cendres.
(4) Marseille fut assiégée et prise par César, et jointe à la province des
Gaules.

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