La lecture en ligne est gratuite
Télécharger

Publications similaires

Anna héritière de lumière

de editions-dreamcatcher

Neuf histoires de sexe

de numeriklivres

Comptoir des soupirs

de milady-litterature

Vous aimerez aussi

OPERATION BAUCENT

de cc.rider

Les Thanatophores

de cc.rider

Queen Latifa

de cc.rider

suivant
CHAPITRE III
«Le bonheur ressemble à un diamant et le plaisir à une goutte d’eau» a dit je ne sais plus qui. Il avait bien raison celui-là. Arrivé au top de l’univers médiatique, riche à millions, j’en ai accumulé des gouttes d’eau, de quoi remplir une piscine. Je multipliais les plaisirs jusqu’à plus soif. Toujours accompagné de jeunes et jolies femmes, je fréquentais assidument tous les lieux branchés de Mégapolis. Célèbre et plein aux as, je plaisais. J'étais joyeux, souriant, toujours prêt à faire la fête. Les sniffs de blanche, l’absorption de poppers, uppers et downers n’y étaient pas étrangers. A une époque, je pouvais me vanter de mettre dans mon lit une beauté différente chaque nuit. Jusqu’au jour où un dégoût incommensurable s’empara de moi. Une lassitude étrange m’englua dans une espèce de léthargie malsaine. Tout cela n’avait aucun sens. A quoi bon continuer cette quête effrénée du plaisir ? Du jour au lendemain, je désertais cette vie nocturne frelatée. L’ennui c’est que je n’eus plus de goût à rien et que mon travail s’en ressentit. Je me mis à bosser mécaniquement, par habitude, presque comme un robot. Sans enthousiasme et sans inspiration. Clara, Cécilia et Carla, mes trois assistantes, furent les premières à s’en apercevoir. Il faut que je vous parle un peu d’elles. Elles se considéraient comme mes maîtresses habituelles, mes régulières. Après s’être longtemps chicanées pour un hypothétique titre de favorite et n’y être jamais parvenues, elles avaient basculé assez vite dans des rapports de complicité amicale. Elles avaient un grand souci de mon bien-être et ne savaient quoi faire pour me faciliter la vie sur le
plateau et en dehors. Devenues grandes amies, elles pratiquaient le squash et le jogging, fréquentaient la meilleure salle de fitness de la ville et couraient les magasins à trois. Cela ne les empêchait nullement d’avoir des vies sentimentales personnelles bien remplies et de disposer chacune d’un amant de cœur. Il faut dire c’étaient trois canons. Clara, la blonde, une franco-britannique, avait un charme celte fait de douceur et de compréhension. Nul ne pouvait rencontrer ses yeux verts sans être troublé. Actrice, elle n’avait obtenu que de petits rôles dans des séries Z et un grand dans un porno qui ne fit pas date : « L’insatiable »avec un Mathias Daemon vieillissant dans le rôle d'un infâme homme politique atteint de priapisme aigu. Cécilia, la beauté ibérique, était dotée d’une magnifique chevelure noire de jais, d’yeux couleur noisette, d’une bouche pulpeuse et d’une poitrine généreuse. Elle venait du milieu de la mode, avait rencontré quelque succès comme top model avant d’entrer dans l’équipe. Les gens la surnommaient «La bomba »tant la sensualité qu’elle dégageait pouvait mettre le feu sur son passage. Non moins excitante était Carla, l’italienne. Yeux bleus, cheveux châtain, visage angélique, poitrine menue et silhouette fine, c’était la plus artiste de la bande. Elle écrivait des poèmes et des chansons, mais son filet de voix pas toujours très juste lui ôtait tout espoir de réussite comme auteur-compositeur-interprète… Pour être parfaitement honnête, je dois avouer que toutes trois me plaisaient à un titre ou à un autre. Je les avais choisies lors de castings énormes, parmi des centaines de candidates toutes plus charmantes, intéressantes et pétillantes les unes que les autres. Mais ces trois-là m'avaient semblé les meilleures, les plus belles et les plus sexy. Elles représentaient mon idéal féminin. Une sorte de perfection physique. Et je ne pus jamais me décider pour l’une d’elles. Pléthore de charmes me rendait pusillanime. Après avoir papillonné de l’une à l’autre, avoir essayé toutes les formules, à deux, à trois ou à quatre, je les
avais un peu délaissées au profit de conquêtes sans lendemain. Quand elles découvrirent mon état d’apathie, mes trois régulières crurent leur heure enfin revenue. – François-Régischéri, me fit Clara, tu n’as pas l’air en grande forme ces temps-ci. Qu’est-ce qu’on raconte? Tu ne sors plus, toi le héros des nuits mégapoliennes ? – Exact. J’ai arrêté cette vie de crétin. Cécilia intervint à son tour: «Oh la la, ça ne va pas du tout… Toi qui papillonnais de femme en femme… » – Bof, toutes des salopes justes bonnes à écarterles cuisses sur commande… – Evidemmentsi tu ne fréquentais que des poufs… ajouta Carla. – Sansles sentiments, le plaisir devient vite lassant. J’en ai ma claque de coucher pour coucher… – Commeon te comprend, reprit Clara. Ce qu’il te faudrait c’est l’amour en plus du plaisir… – C’est cela. – Une femme que tu aimes et qui t’aimes, dit Cécilia. – Exact. – Mais tu nous as, idiot, ajouta Carla. Et on t’aime toutes les trois… – Oui,vous avez toujours été mes préférées. Je vous apprécie énormément… mais… Je ne sais pas vraiment comment elles prirent les choses en main. J’étais tellement bas que j’avais l’impression de ne plus avoir aucune volonté. J’ai dû m’en remettre totalement à elles. Les bougresses s’installèrent chez moi, dans mon immense loft qui ressemblait à une usine abandonnée et se mirent à organiser ma vie. Elles se transformèrent en cuisinières, en soubrettes, en décoratrices, en femmes de ménage, en masseuses, en dames de compagnie, en infirmières et même en psy au gré des circonstances. J’avais l’impression qu’elles se relayaient pour me maintenir la tête hors de l’eau. Mais tout leur dévouement
ne servit à rien. Le dégoût, l'acédie, l'apathie avaient envahi mon âme. En un mot, je ne ressentais plus le moindre désir. Elles pouvaient se frotter à moi, faire la danse des sept voiles ou mettre les pieds aux murs, rien n’y faisait. – Pauvre FRDA, c’est la grosse déprime… disait l’une. – Il n’a plus envie de rien… ajoutait l’autre. – Son zizi est si flasque qu'il n’arrive plus du tout à relever la tête… continuait la troisième. – Cela devient grave… – Tu parles ! Il refuse même de prendre la moindre ligne de poudre, le plus petit verre d’alcool… – Ca aussi, c’est un signe. – D’ici qu’il nous fasse une grosse bêtise… Cela devait chuchoter dur derrière mon dos. Il devait s’en échafauder des stratégies pour me sortir de cet état. Elles en étaient touchantes, mes trois régulières. Leur sollicitude alla jusqu’à faire réapparaître ce petit vicelard de Winnie, en rupture de milliardaire. Je le vis débarquer un soir, la mine enfarinée. Je compris immédiatement qu’elles me jouaient la carte de l’inverti, sorte d’ultime joker. Ce type m’avait toujours dégoûté, mais j’étais sans force, sans volonté. L’aquoibonisme me tenait dans ses griffes et me laissait sans réaction. A l’issue d’un dîner succulent qui me vit picorer sans le moindre appétit, la troupe m’emmena me coucher. Les filles s’éclipsèrent discrètement et Winnie se glissa dans mon lit. Il fit ce qu’il crut bon de faire. Au matin, me réveiller aux côtés de ce corps nu d’éphèbe imberbe, sentir son odeur de stupre et de sueur et entendre ses ronflements m’enfonça un peu plus dans la déprime. Je me levai, rejoignis mes trois femmes qui attendaient dans l’office, impatientes de découvrir le résultat de leur tentative d’électrochoc salvateur. Dès que j’apparus, elles devinèrent le fiasco. J’attrapais mollement un bloc-notes et un crayon et leur écrivit : « Débarrassez-moi immédiatement de cette répugnante
tarlouze. Et arrêtez de prendre ce genre d’initiative à la noix ! » Sans un mot, j’allais me réfugier dans le fauteuil le plus confortable du salon. Une minute plus tard, Winnie était jeté du lit et balancé dehors à poil, habits et chaussures à la main. Je restais là, à fixer le mur, incapable de parler. – Pauvre François-Régis ! Son cas s’aggrave… Il est devenu muet maintenant… – C’est à cause de cet imbécile de Winnie… – Et qui donc a eu la riche idée de le faire venir ? – Pas moi. – Pas moi. Mes bonnes fées culpabilisaient. Elles se sentaient dépassées par les évènements. Je ne mangeais presque plus. Je maigrissais à vue d’œil. Je ne trouvais que difficilement le sommeil. Je ne me rasais plus et commençais à me négliger à un tel point qu’elles en étaient arrivées à me donner le bain comme à un nourrisson. Je restais prostré des journées entières. Heureusement, nous étions en période de repos. Plusieurs semaines d’émissions étaient enregistrées. Chaque jour, je pouvais m’admirer sur mon mur-écran en train d’animer, dynamique et dominateur, une émission qui cartonnait alors que je n’étais plus qu’une larve sans force… – Il faut faire quelque chose… – On ne peut pas le laisser comme cela… – Ca va mal finir… Et c’est à ce moment là qu’elles pensèrent au Docteur Meyer, le plus célèbre psy de Mégapolis. On disait de lui qu’il accomplissait des miracles, qu’il arrivait à remettre en ordre les mécaniques des cervelles les plus détraquées et qu’il était capable de faire reprendre goût à la vie aux pires des suicidaires. – C’est exactement l’homme qu’il nous faut… – Oui, il va le tirer d’affaire… – Lui remettre des piles neuves…
Le problème c’est que je ne voulais pas bouger de mon loft et qu’il n’était pas question que j’aille consulter qui que ce soit. Feuille après feuille, nous griffonnions des arguments. Elles m’imploraient, me suppliaient. Moi, je refusais, rechignais et rejetais tout en bloc. Hors de ma présence, elles consultèrent l’immense spécialiste des brinquezingues, lui racontèrent tout ce qu’elles savaient de ma vie et réussirent, sans doute en lui bourrant les poches de dolros, à le décider à venir jusqu’à moi. C’était un petit homme bedonnant, au crâne luisant, aux lunettes rondes cerclées de métal et au gros nez vaguement bulbeux au-dessus d’une barbiche ridicule. Il portait un veston de sport tout froissé par-dessus un gilet chamarré, sentait le renfermé et, à défaut d’être identifié comme freudien ou lacanien, avait tout du reptilien libidineux. En poussant un gros soupir, il s’assit juste en face de moi, mit ses mains glaciales sur les miennes, tout en me fixant longuement de ses petits yeux porcins. – Je vois, je vois, dit-il au bout d’un moment. Vous refusez de parler depuis trois jours. Vous vous murez dans un silence obstiné. Vous empêchez votre voix de résonner dans l'éther. Cette réclusion volontaire à l’intérieur de vous-même est tout à fait révélatrice… Il s’arrêta et tourna la tête en direction de mes trois grâces qui buvaient littéralement ses paroles et attendaient avec inquiétude le verdict de la sommité psychiatrique. – N’est-ce pas Mesdemoiselles ? – Certainement Docteur, certainement. – Sice Monsieur se tait, reprit doctement l’homme de science, c’est qu’il a trop parlé. Il a besoin de faire une pause, une sorte de retraite spirituelle qui ne peut que lui être bénéfique. Soupirs de soulagement au harem. – Mais, Docteur ce dégoût des femmes ? risqua Cécilia. – Celarelève du même registre. Ce Monsieur a dépassé le
stade de la satiété. Il est comme l’enfant qui s’est gavé de gâteaux à la crème et qui a la nausée. Il s’est trop répandu. Il se sent vidé. Il a besoin d’un break sur ce plan là également. La machine humaine a ses limites. Laissez-le reprendre des forces, de l’appétit, de l'allant. Arrêtez de le titiller, de le solliciter… – Voussavez, on se contente de veiller à ce qu’il ne fasse pas de bêtises… – C’estbien. Mais trois femmes c’est peut-être beaucoup pour un seul homme. Une seule suffirait amplement… – Vous croyez ? demanda Clara. – J’ensuis certain. Tiens, je suis à la recherche d’une secrétaire particulière. Cela ne vous intéresserait pas, Mademoiselle. Moi, je vous verrais bien dans ce rôle. Je paie bien et je ne suis pas très… sollicitant. Clara le regarda d’un air dégoûté. Ce petit bonhomme ne l’inspirait manifestement pas. Elle déclina la proposition. Sans se décourager, Meyer tenta sa chance avec Carla puis avec Cécilia sans le moindre succès… – Jevois combien vous êtes toutes trois attachées à monsieur d’Autun. – Qu’allez-vous lui donner, Docteur ? s’inquiéta Carla. – Rien. A lui, je prescris du repos et à vous, de la patience. Si, dans une quinzaine, la situation n’a pas évolué, rappelez-moi… Pour aujourd’hui, ce sera 300 dolros. * Au bout d’une semaine, après avoir rempli une dizaine de petits carnets, je me remis petit à petit à parler, d’abord par grognements et onomatopées, puis par monosyllabes. Les filles se réjouirent bruyamment et sabrèrent le champagne pour fêter l’heureux évènement… – Il n’est plus mutique ! – C’est merveilleux !
– Enfin, il parle ! – Oui, fit Clara, c’est un premier pas. Et moi, je sais ce qui lui manque à notre chéri. C’est l’amour… – Mais,elle est en train de nous inventer l’eau chaude la blonde !se moqua Cécilia presque méchamment. On n’arrête pas de le répéter depuis le début ! – Tune me laisses pas expliquer. François-Régis cherche désespérément l’amour depuis des années. Et pourquoi ne le rencontre-t-il pas ? Parce qu’il se polarise sur une sorte d’idéal féminin sans doute inaccessible. Il court après la perfection et ne la trouve nulle part… – Puissant, approuva Clara. C’est vrai qu’il est toujours avec les plus belles… Et l’Italienne poursuivit son raisonnement: «Et si ça se trouve, sa moitié d’orange, son âme-sœur, est peut-être une brave petite nana bien quelconque, pas forcément une reine de beauté… Ce qui compte, ce sont les atomes crochus, l’attirance, la magie qui fait que l’on est magnétiquement attiré l’un vers l’autre… – Deplus en plus fort, approuva Cécilia toujours aussi ironique. Maintenant c’est le fil à couper le beurre que tu nous réinventes… Sans se soucier de l’intervention de l’Espagnole, Carla se tourna vers moi et me demanda: «N’est-ce pas que tu es d’accord avec moi, chéri ? » – Mmmgh, grognai-je. – Etoù va-t-on la trouver cette perle rare? s’interrogea Clara. – Certainementpas dans les boîtes de nuit ni dans les castings… fit Cécilia. – Ilfaudrait ne s’intéresser qu’aux affinités. Faire en sorte que leurs âmes résonnent sur une même fréquence et que, comme un Stradivarius bien accordé, tous deux puissent interpréter dans l'allégresse leur symphonie d’amour…
– Onatteint des sommets poétiques, commenta l’Ibère acerbe. – Tuveux bien qu’on te cherche quelqu’un qui te corresponde vraiment? me demanda Carla d’une douce voix qu’elle voulait persuasive. – Mmmgh, répondis-je. – Oh ! s’écria soudain Clara, il me vient une idée. Pourquoi ne passerions-nous pas par l’intermédiaire d’un CAA ? – Qu’est-ce que c’est que ce truc ? demanda Carla – Un« chercheurd’affinités affectives», répondit Clara. C’est très efficace. Ca donne de bons résultats et il y a des millions de gens dans les banques de données… – Pfft,fit Cécilia sur un ton dédaigneux. Ce n’est qu’une machine tout juste bonne à accoupler les rebuts droïdiques ou les parias hobbitiques de basse classe. Dans nos milieux, on ne s’abaisserait jamais à utiliser semblables moyens… – Tun’es rien qu’une snobinarde, répliqua Clara qui commençait à sentir la moutarde lui monter au nez. Moi, je suis sûre que notre François Régis, il s’en moque que les CAA soient utilisés par le petit peuple. N’est-ce pas chéri ? Aucune réponse de ma part. – Tuveux bien qu’on aille fouiller dans les plus puissants CAA de l’infosphère pour te trouver une personne qui te redonne enfin goût à la vie ? – Oui. Soupir de soulagement du harem. Cinq minutes plus tard, elles s’étaient connectées sur « Toaémoa »,un célèbre site de recherche, avaient réglé mon inscription pour la modique somme de 10 dolros et lancé toute l’affaire. Elles tapèrent mon nom : « Kader Moktari ». En effet, je ne voulais plus qu’on s’intéresse à FRDA, le flamboyant personnage médiatique quasi virtuel, mais à Kader, le misérable dépressif devenu incapable de sortir de chez lui. Le dernier «i »à peine tapé et validé, l’écran nous annonçait
fièrement : 49 887 775 possibilités d’affinités. – En voilà du choix, s’extasia Clara. – T’emballepas, répliqua Cécilia. Là, ils te balancent la totalité de leur base de données. Passe à la question suivante. – Femme, homme, homosexuelle, homosexuel, bi, trans… – Je coche « homme » Le compteur ne marquait plus que 19 234 786… – Ca dégage, commenta Carla. – Causasien, asiatique, africain, métis. – Jemarque métis, dit Clara. Il n’est pas purement caucasien. « 1 998 645 » afficha le compteur. – Ca chute vite, fit Cécilia, et nous n’en sommes qu’au tout début de la recherche. – Naturel,droïde, amélioré esthétiquement, handicapé mental/moteur ? demandait la machine. Elles répondirent: «Naturel »car elles savaient parfaitement que je n’avais subi aucune transformation physique. Le choix descendit à 498 788. Puis vint la question de l’âge: 30 ans et de celui envisagé pour la partenaire. Clara cocha d’autorité : 20 à 25 et le curseur s’effondra à 10 426. L’écran afficha ensuite une question sur mon métier. Elles répondirent honnêtement amenant les affinités possibles à 764 personnes. Puis l’on passa aux loisirs. Squash, sports nautiques et aériens. Plus que 46 candidates. Activités intellectuelles. Lisez-vous? (Non) Ecoutez-vous de la musique? (Oui) Combien visionnez-vous de filmspar semaine ? (12) Le curseur se stabilisa à 23. Mais quand il fallut avouer que Kader alias François Régis