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LE SCEAU DU LOTUS

De
309 pages
Thorvald, jeune et puissant guerrier du Grand Nord, part une nouvelle fois en guerre contre les Ventayars, les ennemis héréditaires de son peuple de barbares. Laissant derrière lui sa cité enneigée, il ignore alors qu’un danger tout aussi grand progresse doucement par la mer, et atteindra bientôt les côtes sans défense de sa cité. Mais qui aurait pu croire que des démons du Continent viendraient un jour sur ces terres lointaines et désolées, dérober ce qu’aucun Ventayars n’avait encore réussi à toucher…
Atteint en plein cœur, Thorvald n’aura d’autre choix que de prendre la mer à son tour, et de partir loin au Sud, sur les plaines herbeuses et humide du Continent, tenter de retrouver ce qui a été si cupidement volé.
Quittant le Grand Nord pour la première fois de sa vie, il découvrira alors un monde qu’il n’avait encore jamais imaginé, fait de thé et de forêts de bambous, de poésie et de traditions séculaires. Un monde où des arbres millénaires côtoient des hommes raffinés aux techniques plus tranchantes que l’épée. C’est dans cet univers si différent du sien qu’il devra trouver ce qu’il est venu chercher, et tracer par la même occasion le chemin de ce que certains appellent ici la « Voie du sabre ».
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Ludovic Davoine Le Sceau du Lotus Roman ©Copyright, 2015 ème 2 édition : ©Copyright, 2017
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ISBN :9781521323199 Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptationréservés pour tous pays.
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ACTE PREMIER Thorvald
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 Un vent glacial parcourait la vaste étendue de neige recouverte de corps inertes, de casques fendus, de lames brisées, et de taches de sang vermeil figées par le froid. Après de longues heures de combat, les clameurs de la bataille s'étaient enfin tues, emmenant avec elles les cris de guerre et le fracas des armes. Le soleil morne et pâle du Grand Nord teintait à présent la plaine de reflets morbides, et un silence pesant survolait les armures immobiles des milliers de morts étalés sur la glace. Seul le vent se faisait encore entendre, lançant par moment des bourrasques givrantes qui venaient faire remuer les morts tels des pantins désarticulés.  Allongé au fond d'une crevasse, les mains encore maculées du sang de ses ennemis, Thorvald revenait doucement à lui. Ses longs cheveux noirs étaient étendus sur la neige, et ses yeux hiératiques regardaient le ciel. Il
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tenait toujours fermement son épée, et sentait son sang parcourir chaque parcelle de son corps meurtri. Il avait survécu. Son esprit avait encore du mal à se faire à cette idée, mais les picotements qu'il ressentait au bout des doigts étaient là pour lui rappeler qu'il n'était finalement pas parti rejoindre ses aïeux. Il fallait néanmoins qu'il ne tarde pas à se relever, sinon le destin risquait de basculer de nouveau dans de malheureuses facéties qui pourraient cette fois lui être fatales.  Serrant les dents et poussant sur ses bras, Thorvald parvint non sans mal à s'extirper de son trou boueux, et à rejoindre l'immense plaine Linevagën où avaient eu lieu les combats. De nouveau sur pied, il contempla alors avec amertume le résultat de la bataille: un épouvantable charnier à perte de vue, une neige rougie par le sang qui s'étendait jusqu'au lointain Pic d'Isnar, et des casques encornés éparpillés à tout va, laissés en pâture à un vent frigorifiant qui les remuait au rythme de ses grains. Le raid mené par les Ventayars contre sa cité avait échoué, mais Thorvald savait déjà que son peuple avait dû payer un lourd tribut pour enrayer cet assaut impromptu.
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 Il était temps pour lui de rejoindre les remparts de sa cité. Il devait également apporter aux siens des nouvelles de la guerre. Car les Ventayars étaient peut-être vaincus, il n'était pas certain que d'autres tribus ne tenteraient pas de les attaquer, profitant de leurs lourdes pertes et des dégâts considérables qu'ils avaient causés dans les villages alentours. Rangeant son épée dans son fourreau, il ramassa alors à terre un bouclier bosselé qu'il attacha dans son dos, et partit en direction de l'ouest.  Au bout de plusieurs minutes à marcher autour des cadavres inertes, il fut soudain retenu à la cheville par une main glacée qui semblait vouloir lui briser les os : - Que la mort ait raison de toi, sale chien ! Ne pense pas t'en tirer ainsi. Tu périras comme nous !  L'homme allongé à terre qui le tenait fermement avait les yeux révulsés, et sur sa barbe rousse suintait encore l'écume séchée de sa salive blanche. Son corps à moitié enfoui dans la neige était ouvert sur tout un côté, et de sa longue blessure s'élevait une fine vapeur. Tandis que sa deuxième main portait vers Thorvald une dague acérée, ce dernier
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poussa un lourd rugissement et fracassa de son poing le crâne de son ennemi. Relâchant son emprise, il mourut alors sur le coup, et de sa main inerte tomba la dague ensanglantée qui avait voulu lui perforer le pied.  Le barbare reprit sa route sans se retourner. Balestor était à plus de trois heures de marche de la plaine Linevagën. Il n'avait donc pas de temps à perdre s'il souhaitait revoir sa cité avant le coucher du soleil. ***  Balestor était l'une des plus grandes cités des contrées désertiques du Grand Nord, et comptait près de trois mille âmes. Située en bordure de l'océan polaire, au milieu de récifs argentés aussi tranchants qu'une lame d'épée, elle était dirigée par Sigvard Lodbrok, l'un des neuf chefs qui se répartissaient le domaine arctique depuis près de trois siècles.  Du haut de son donjon de pierres, les mains flétries posées sur le parapet qui en protégeait le sommet, il guettait le retour de ses guerriers. Partis au petit matin afin de mettre
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un terme aux raids effrénés des Ventayars, ces derniers avaient laissé la cité aux mains des femmes, des enfants et des anciens, et il tardait au vieux chef fatigué qu'ils rentrent enfin victorieux de la bataille.  Tandis qu'il scrutait l'horizon, son regard fut bientôt attiré par un groupe d'hommes s'approchant des palissades couvertes de neige qui faisaient le tour de Balestor. Ils étaient apparus au travers du brouillard blanc qui recouvrait la plaine, et marchaient depuis en direction de la grande porte de la cité.  Délaissant son parapet et saisissant son bâton de bois, le vieux chef partit sans tarder à leur rencontre. Les escaliers du donjon étaient glissants et seulement éclairés par quelques torches accrochées le long du mur, mais Sigvard les descendit sans aucune halte, et rejoignit rapidement la terre glacée de sa cité.  Parvenu au dehors, il fut rejoint par un groupe de femmes alertées par la vigie que des guerriers arrivaient, et partit vers la grande porte d'entrée de Balestor. Arrivé sur son seuil, le vieux chef ordonna qu'on ouvre les deux imposants vantaux, et attendit dans
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le vent glacial que la lointaine cohorte arrive enfin.  A mesure que les guerriers approchaient, certaines femmes semblaient reconnaître un fils ou un mari. Mais ce qui marquait le plus leur visage, c'était la démarche hésitante des revenants, leurs têtes dépourvues de casque laissant leurs longues chevelures flotter dans le vent, leurs corps couverts d'un sang séché presque décoloré par le froid, et leurs boucliers brisés à peine retenus par leurs longues lanières de cuir.  Lorsqu'ils franchirent enfin la grande porte de Balestor, Sigvard ne put retenir un souffle d'effroi : - Si peu d'entre vous sont finalement revenus…Le guerrier à la robuste poitrine et à la longue crinière noire qui marchait à la tête du groupe fut le premier à répondre : - Que le Dieu des morts en soit témoin, aucun de nos ennemis n'a survécu. J'ai moi-même fracassé la tête du dernier d'entre eux ! Mais de nos frères, seuls ceux qui m'accompagnent ont malheureusement survécu.
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