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Simple aperçu historique sur la vie de Sainte Germaine Cousin,...

35 pages
Bernasconi frères (Lyon). 1868. Cousin, Germaine. In-18. Pièce.
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SIMPLE APERÇU HISTORIQUE
SUR LA VIE DE
SIIITE GERUlnE COESII
.., de piauac
Près Toulouse (Haute-Garonne )
- i 'r i MORTE EN 1601.
Béatifiéé"~4«—è—85 4 cl canonisée le 29 juin 1867
et sur les
DIVERS MIUA CLES
Dus à fintercession de cette Bienheureuse.
3Erw
CHEZ L'ÉDITEUR, COURS DE BROSSES, 12,
1868.
1868
rA LYON,
ENTENTE, CHEZ BERNASCONI (FRÈRES),
éditeurs l'Estampes et fabricants de cadres,
Cours de Brosses, 12, Guillolière (fibôD) :
LES
GRAVURES et PHOTOGRAPHIES
DE
N. D. de Fourvière, à Lyon (Fhdne).
N. D. de rOzier, près de Vioay (Isère).
N. D. de l'Aumône,àRumilly (Haute-Savoie).
N. D. de Lumière, près d'Avignon Vaucluse).
N. D. de Valfleury (Loire).
N. D. de La Salette, près de Corps (Isère).
N. D. de Myans, patronne de la Savoie.
S.-J.-F. Régis, à La Louvesc (Ardèche).
Sainte Germaine Ceusin, de Pibrac, diocéae
de Toulouse (Haute-Garonne).
Sainte Philomène, vierge et martyre.
Véritables portraits du curé d'Ars (Ain), et de
Marie-Marguerite Alacoque, à Paray-le-
ilonial (Sadne-et-Loire).
'.,on. imprimerie 1..B. PORTf (Guillotière).
| SIMPLE APERÇU HISTORIQUE
SUR LA VIE DE
AllRtTm miMM mmm
De Pibrac, près Toulouse (Haute-Garonne)
NÉE EN 1579, MORTE EN 1601,
Béatifiée le 7 mai 1854, et coinoniée le 29 juin 1867
ET SUR LES DIVERS MIRACLES
Dos à l'intercession de cette bienheureuse.
SOMMAIRE. - Détails sur l'enfance de Germaine. - Ses infirmités. -
Sa mère meurt et son père se remarie. — Sa belle-mère la maltraite
et lui fait subir toutes sortes de privations.— Germaine est bergère;
elle se plaît dans la solitude. — Sa piété égale sa patience et sa
résignation.
Le village de Pibrac, distant de douze kilomètres
înviron de Toulouse, cette belle et populeuse cité qui
fut jadis la capitale du Languedoc, est assis sur la dé-
îlivité d'un rinit côteau. Au pied de ce côteau, dans:
la direction du n rd. ouest, coule un ruisseau appelé
le Courbet, lequel prend sa source à l'extrémité de
la vaste forêt de Bouconne.
Après que l'on a traversé le Courbet, on rencontre
une longue chaîne de collines qui, à leur sommet, for-
ment une plaine d'assez vaste étendue. Sur cette plaine
se trouvent plusieurs fermes et un hameau nommé le
..L.4-
Gainé. A peu de distance de là, on voit une habita-tionn
de mesquine apparence, à laquelle une tradition locale
a COIISI rvé le nom de .) mitre Laurent Ce fut dans cette
maison que naquit, eu 1579, GERMAINE COUSIN, fille
de I.AURKNT COlSIiN et de MAniE LAROCHE. Ceux dont
elle recul la naissance, étaient d'honnêtes cultiva
possédant quelque-; fond.» de terre, mais jouissant, à c~
qu'il parait, d'une certaine considération, puisqu'ils
avaient leur caveau sépulcral de famille dans l'église de -
Pibrac; et l'on «ait q n'a u seizième siècle, une semblable J
prérogative n'était accordée qu'à des gens un peu au-
dessus de la catégorie des cultivateurs ordinaires.
Germaine fut, dès sa naissance, vouée aux souffrances
etauxdouleurs. Percluse de la main droite, elle était
en outre afflgéede scrofules. Tant qu'elle vécut, elle
demeura illlinue. soit que les remèdes eussent été im-
puissants, so.t qu'ils n'eussent pas été appliqués avec
assez de persévérance et de continuité pour amener •
des résultats sat faisants. Dès sa plus tendre enfa
elle se montra résignée à i-es souffrances, comme si, dés
lors, elle eût voulu prouver par son angélique patience,
sa soumission à la volonté de Dieu. Elle apprit a nsn
de bonne heure, à sippmler les maux et les tribula-
tions qui sont ici bas ie triste lot de l'humanité. Ce
fut en souITranl, sans jamais proférer, une plamt
qu'elle appr.t à endmer les pnvations qui devaient
lui ètr- jiifligée bientôt: ce fut en se voyant infirme j
et maladive, qu'elle 1 laça toutes ses consoJatiOlls dan
la prière et dans la pratique des devoirs pieux. Il es
présumable aussi que sa mère, en femme chrétienne J
lui avait inculqué des principes de vertus qui furent 1
semence féconde répandue dans un fertile terrain j
toute jeune encore, Germaine, quoiqu'elle ne f: � N
— 5 —
^quenlât pas les écoles, éla t plus instruite sur les pré-
ceptes écrits dans la loi d.vine, que ne lesont bien sou-
ventdes personnes qui ont atteint l'âge mûr.
, Marie Laroche, më"e de Germa ne, desenditau
tombeau, alors que sa fille émit à peine sortie de la
T première enfance. Laurent Go is n se remaria peu de
temps après, et la belle-mère qu'il donna à sa tille,
loin de prendre en commisération t'enfjnt qui, à
-raison de son état maladif et de ses cruelles infirmités,
avait tant de droits à de lions traitements, témoigna
tout d'abord à la pauvre Germa nf' une aversion qui ne
trouva que trop souvent l'occasion de se manifester.
Majs ce fut bien pis encore lorsque des enfants fu-
rent nés de cette nouvelle union. A p.n tir du moment
où elle eut des frères et des sœurs, la situation de
Germaine dans la maison paternelle devint intolérable.
La haine de la marâtre contre sa belle-fille se montra
inexorable et acharnée. Non contente de traiter avec la
plus grande dureté la malheureuse enfant, d'être à son
égard injuste et tyrannique, elle ne négligea rien pour
* priver Germaine de l'affection de son père; elle n'y
réussit que trop 1 Laurent Cousin, retenu presque tou-
jours hors du logis par les travaux agncoles, ne pouvait
juger les choses que par les ra, ports qui lui étaient faits
par sa femme. Soit faiblesse de caractère, soit confiance
aveugle dans sa seconde épouse, cet homme laissa la
marâtre disposer à son gré du sort de Germaine. Aussi,
dès que cette dernière fut en état de conduire un trou-
4 peau, on l'envoya toute la journée dans les champs.
Sous le prétexte que la mala 1e scrofuleuse dont elle
était atteinte ét-ût susceptible de se communiquer, et
qdil fallait se précautionner contre le danger que cette
maladie se communiquât aux frères et sœurs de Ger-
— 6 —
maine, on lui interdit de les approcher et même de
leur adresser la parole. Jamais elle ne pénétrai dans
l'appartement où le soir se réunissait la fam lie. Lors-
qu'elle rentrait des champs, après une journée de fa-
tigue, après avoir été, pendant quinze on seize heures
à l'ardeur du soleil, à la pluie, ou au froid. la pauvre
enfant allait prendre son repos dans l'êtable ou bien
sous un escalier; pour tout lit elle n'avait qu'un faisceau
de sarments.
Dès le matin elle partait, emportant, pour sa nour-
riture de tout le jour, un méchant morceau de pain
noir que sa bell -mère mesurait avec parcimonie et ne
lui donnait qu'à regret. Il arriva plus d'une fois que,
pressée par la faim, Germaine fut obligée de manger
des racines de plantes qu'elle arrachait dans les
champs; l'été, elle trouvait des fruits sauvage; mais
on comprend que l'insuffisance de ces aLmeuts devait
contribuer encore à miner son tempérament frêle et
souffreteux. Puis, le soir, elle était presque toujours
accueillie par des invectives, que bien souvent accom-
pagnaient les coups. Mais quels que fussent les mau-
vais tiaitements qui lui étaient si injustement infligés,
jamais on n'entendit sortir de sa bouche la moindre
plainte, ni le plus léger murmure. Déshéritée de ces
joies du foyer domestique, de ces témoignages d'affec-
tion qui entourent les enfants même dans Is familles
les moins favorisées de la fortune; condamnée par sa
profession à vivre dans l'isolement, Germaine trouva
dans cette solitude même des charmes ineffables, parce
qu'elle y puisait l'habitude de la méditation, et qu'elle
pouvait librement élever son cœur et sa pensée vers le
souverain dispensateur des grâces et des consolations!
En contemplant sans cesse les œuvres de Dieu, elle
— 7 —
sentait augmenter sa piété native et redoubler sa fer-
veur. Tout lui parlait de la grandeur de rEternel, au
milieu de ce silence qui l'entourait; les arbres, les
fleurs des champs, la verdure, le murmure des ruis-
seaux toute cette poésie de la nature, elle a compre-
nait d'instinct. Pauvre jeune fille, tota'ement dépour-
vue d'instruction, elle était arrivée, sans expérience de
la vie, a se créer une retraite, dans la retla. te même,
comme le faisaient les Pères du désert, les an:h horètes
de la Thébaïde, qui connaissant le monde et ses dan.
gers, avaent voulu finir leurs jours dans la prière et
le recueillement absolu!
On comprendra qu'avecde pareilles dispositions d'es.
prit, avec son amour pour la solitude, Germa;ne s'affii-
geât moins des rebuffades et des paroles désobligeantes
dont sa marâtre se montrait si prodigue envers elle, et
qui l'attendaient, chaque soir, à son reloui, au logis pa-
ternel.
'J Recherchant peu la société des bergères de son âge>
mais leur parlant avec douceur et bienve.llance lorsque
le hasard les lui faisait rencontrer, elle ne manquait
jamais dans les occasions qui la mettaient en présence
de ces enfants, de leur adresser de pieuses exhorta-
tions, de leur parler de Dieu, de les engager à l'aimer
sincèrement et à observer ses saintes lois. Cependant,
plus d'une fois, la pauvre fille vit ses aud. leurs lui
tourner le dos en se moquant d'elle ; plus d'une fois,
en la voyait passer, les jeunes bergers la montraient
du doigt en l'appelant hypocrite, cagote, et en .lui
disant des injures plus grossières encore. Ajoutons que
les enfants n étaient pas seuls à la tourner eu nd,çule
et à la poursuivre de leurs railleries. Des gens (Tua
âge mûr agissaient de même, ce qui, de leur part,
— 8 —
était moins excusable que chez des enfants, qui ne
'Compr, naienl peut-être pas la faute dont ils se ren-
daient coupables et qui peut être, il faut bien le dire,
ne se compoi ta ent mal vis à vis de Germaine, que
parce qu'ils s'y croyaient autorisés par l'exemple que
leur donnaient des personnes qui avaient toute la ma-
turité de la raison.
Il est vrai que, parmi les habitants de Pibrac et des
alentours, il s'en trouvait un ceriain nombre qui ne
partageaient point les préventions dont Germaine était
l'objet, et qui en lui rendant justice, lui témoignaient
d'autant plus de sympathie, qu'ils savaient tout ce
qu'elle avait à soullrir de la haîne de sa belle-mère.
On admirait sa résignation, son angélique patience,
et aussi son empressement à être utile, lorsqu'elle
le pouvait, à ceux-là même qui la tournaient en
dérision. On savait que, 1; in de témoigner aucun res-
sentiment des injures et des propos grossiers que cer-
taines gens lui adressaient, elle ne laissait échapper
aucune occasion de rendre service à son prochain.
Enfin, si Germaine ava t d.s détracteurs, elle avait
également des défenseurs; plusieurs fois, des vil-
lageois entendant la marâtre faire à la pauvre enfant
des reproches sévères et la gronder de sa négligence,
tandis que rien ne justifiait cette accusation, prirent
parti pour Germa me d'une manière assez énergique et
Jirent sentir à la dame Cousin toute l'indignation dont
son injustice les remplissait.
II.
SOMMAIRE. - Dévotion de Germaine.—Sa confiance extrême en Marie.
— Son assiduité à la sainte Messe. — Preuves visibles de la protec-
tion que Dieu lui accordait. — Sa charité envers les pauvres. —
Miracle des fleurs. — Résultats de ce prodige. — Mut de Germaine,
à l'âge de 22 ans environ.
Pieuse comme elle l'était, la jeune bergère ne se
bornait pas à adresser de ferventes prières à Dieu, et
à se recommander, soit à Jésus-Chr.st qu'elle imitait
par la pratique de toutes les vertus dont il a donné
l'exemple, notamment la soumission, l'humilité et la
charité; soit à la divine mère du Sauveur, en laquelle
sa confiance était sans bornes On a remarqué que
tous les affligés, tous les infortunés, ont toujours ma-
nifesté pour Marie une dévotion particulière ; que c'est
surtout à elle qu'ils s'adressent pour demander des
grâces spirituelles ou des secours tempoiels. Germaine,
dès son enfance, se sent t attirée vers la puissante
Reine du Ciel; chaque jour, lorsque le matin, à midi
et le soir, la cloche sonnait range/ils, elle ne man-
quait pas de réciter, à genoux, la salutation Angélique.
Lorsqu'elle eut fait sa première communion, elle se
montra pleine d'un pieux empressement à s'appro-
cher fréquemment de la sainte table. Recevoir son
Sauveur dans le sacrement de l'Eucharistie, était pour
la pieuse bergère un ineffable bonheur. A toutes les
fêtes solennelles, particulièrement à celles consacrées
à la sainte Vierge, on la voyait communir. Tous ceux
qui étaient témoins de la ferveur avec laquelle Ger-
maine accomplissait cet acte religieux, se sentaient
profondément émus. Le souvenir de son pieux recueil-
— 10-
lement, soit en recevant la sainte hostie, soit en fai-
sant son action de grâces, se conserva longtemps de
génération en génération parmi les habitants de Pibrac.
Plus qu'une autre jeune fille de son âge, Germaine,
maladive et infirme, éprouvait un besoin de consola-
tions spirituelles. Aussi venait-elle tous les jours cher-
cher au pied des saints autets, ce soutien, que le Sei-
neur ne refuse jamais à quiconque l'implore avec foi.
Par tous les temps, par toutes les saisons, la jeune -
bergère allait entendre la messe. Au premier son de la
cloche qui annonçait le saint sacrifice, elle se hâtait de
se diriger, soit vers l'église de Pibrac, soit vers tout -
autre temple des environs; quoique faible et souf.
fretpuse, elle ne reculait devant rien, lorsqu'il s'agissait
de remplir ce qu'elle regardait comme un devoir : ni
la pluie, ni la neige, ni les mauvais chemins par où il
,fallait souvent passer, ni le long trajet à parcourir, ne
pouvaient l'empêcher d'effectuer son pèlerinage quoti-
dien Comme elle emportait aux champs sa quenouille
pour s'occuper à filer, tout i n gardant son troupeau,
avant de se rendre à l'église, elle plantait en terre cette
quenouille, autour de laquelle les moutons se rassem-
blaient, sans que jamais une seule brebis s'éloignât du
troupeau, et sans que jamais aucun de ces animaux
commit des dégâts dans les champs du voisinage. A son i
retour, la bergère les trouvait tous paissant tranquil- ;
lement. Une circonstance digne de remarque, c'est que |
les pâturages où le plus souvent Germaine conduisait 1
ses brebis, se trouvaient peu éloignés de la vaste forêt de f
Bouconne, où des loups faisaient leur repaire habituel. ¡'
Ces féroces animaux désolaient les bergeries d'alen- J
tour, et fréquemment on entendait dire qu'ils avaient ■
causé de grands ravages dans un troupea u, ma lgré
— 11 —
toute la vigilance des pasteurs Or, chose surprenante,
et qui prouve que Dieu récompensait la foi de la jeune
bergère, en entourant de sa puissante égide le trou-
peau qu elle confiait à la garde du Maître souverain,
jamais une seule brebis ne disparut du troupeau de
Germaine; jamais une seule ne fut dévorée par les
loups Ainsi, de même que le Seigneur avait jadis
béni et fait prospérer les troupeaux du patr arche
Laban, lorsque Jacob en était le berger; de même,
il bénissait et protégeait le troupeau de la berg re de
Pibrac, car de tous ceux du village le sien était réputé
le plus beau.
Un autre fait non moins extraordinaire, fait qui a
eu cependant des témoins oculaires, (mpressés de le
constater, vient établir aussi combien la dévotion de
Germaine était agréable au Tout-Puissant, puisqu'il
préserva (a jeune fille d'un danger qu'elle avait affronté
dans l'ardeur de son zèle religieux.
Nous avons dit que le village de Pibrac occupe le pen-
chant d'un côteau. au pied duquel coule le ruisseau ap-
pelé le Courbet. L'église du village est située au sommet
du coteau; de sorte que, pour se rendre à cette église,,
de l'endroit où, d'ordinaire, elle menait paître ses
moutons, Germaine était obligée de traverser le Cour-
bet. Ce passage n'offrait habituellement aucune diffi-
culté, parce que le ruisseau est guéable une grande
.partie de l'année. Mais parfois, après de grands orages
et des pluies abondantes, le Courbet, ordinairementsi
paisible, se change en un torrent furieux qu'il erait
difficile et imprudent de vouloir franchir. Un matin
la jeune bergère se rendait à l'église pour assistera la
sainte Messe ; elle arrive sur les bords du Courbet, dont
les eaux considérablement grossies par la pluie tombée
- 12 —
les jours précédents, mugissaient avec fureur,et,par leur
masse énorme, auraient fermé le passage aux hommes ,
les plus robustes et les plus audacieux. Des gens du
village, qui se trouvaient là, voyant Germaine se pré-
parer à passer le Courbet, s'étonnaient d'une telle har-
diesse, et se demandaient les uns aux autres, comment
une jeune fille si frêle osait risquer une pareille ten-
tative, et comment elle gagnerait le bord opposé. Sans
paraître effrayée de l'aspect du torrent et sans s'in-
quiéter des obstacles que les flots écumeux peuvent
apporter à son passage, Germaine s'apprête à traverser.
Alors, comme jadis les flots de la mer rouge s'ou- ,
vrirent, à la voix de Dieu, devant les Israélites mar- >
chant vers la terre promise, sous la conduite de Moïse;
<le même, par un éclatant prodige, les flots du Courbet
.s'ouvrirent pour laisser passer la jeune bergère, qui
traversa le ruisseau sans mouiller ses vêtements, soit
-à l'aller soit au retour!.
Fidèle au précepte de Jésus-Christ, qui nous re-
-commande la charité et nous prescrit de faire l'aumône,
>Germaine se montrait empressée à assister les indi-
r ;gents.On s'étonnera sans doute que, manquant presque 1
u nécessaire, ne recevant tous les jours pour sa nour-
riture qu'une petite quantité de pain noir, n'ayant
jamais un denier à sa disposition, et n'étant vêtue que j
de misérables haillons, la jeune fille trouvât moyen de J
satisfaire son penchant à la bienfaisance. Mais il est des
âmes d'élite, on ne l'ignore pas, qui portent la vertu
jusqu'à l'héroïsme, et chez qui l'abnégation va jusqu'à
l'oubli de soi même. Germaine était de ce nombre. Ce
-"morceau de pain, son seul aliment, elle le donnait en- 9
core au premier pauvre qui se rencontrait sur son
chemin, s'estimant heureuse d'alléger la souffrance en 1
ajoutant encore à ses privations 1 a
— 13 —
Dieu qui avait déjà prouvé ostensiblement qu'il voulait
glorifier Germaine dans sa foi et dans l'a piété, allai.
bientôt la glorifier dans son amour pour lespauvrest
Instruite que l'on avait vu Germaine donner du pain
à des mendiants sa belle-mère ne manqua pas de saisir
une aussi favorable occasion de sévir contre celle qu'elle
haissait; elle- l'accusa de voler du pain à la maison
pour le distribuer chaque jour; ce fut un prétexte de
plus pour redoubler ses rigueurs et ses brutalités.
Un jour, après que Germaine emportant dans son
tablier quelques morceaux de pain qui devaient bientôt
passer entre les mains des pauvres, fut partie, em-
menant son troupeau au pâturage, Ycomme elle le
faisait chaque matin, sa marâtre, qui probablement avait
fait le guet, sortit du logis immédiatement après, et,
armée d'un gros bâton qu'elle brandissait dans la main
avec fureur,courut après 13 pauvre enfant, bien décidée
à la battre sans pttié Cette fois, pensait-elle, je n'aurai
pas à craindre que l'on me b'âme, car je la surprendrai
en flagrant délit.
Mais le Tout-Puissant avait décidé que la vertu de la
- sainte tille recevrait ce jour-là sa récompense, que la
haine de la marâtre se verrait trompée dans son espoir
et que sa fureur tournerait à sa propre confusion.
Des habitants de Pibrac qui, en ce moment travail-
laient aux champs, virent passer la dame Cousin ; à la
précipitation de sa marche, à la colère dont elle parais-
sait transportée, ils jugèrent que cette femme allait
faire à sa belle-fille un.mauvais parti. Ils se hâtèrent
don(C de la suivre, pour intervenir en faveur de Ger- ,
Haine et lui porter secours au besoin. Lorsqu'ils eurent
rejoint la dame Cousin, ils l'interrogèrent sur le motif.