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Simples observations d'un propriétaire à M. Dupanloup,... / par M. Léopold Graffin

De
31 pages
Noirot (Paris). 1867. In-8°, 31 p..
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SIMPLES OBSERVATIONS
D'UN PROPRIÉTAIRE
A
M. DUPANLOUP
EVEQUE D'ORLÉANS
M. LÉOPOLD GRAFFIN
PARIS
LIBRAIRIE DES SCIENCES SOCIALES
NOIROT ET Ce ÉDITEURS
13, RUE DES SAINTS-PÈRES, 13
1867
IMPRIMERIE L. TOINON ET Ce, A SAINT-GERMAIN
SIMPLES OBSERVATIONS
D'UN PROPRIÉTAIRE
A
M. DUPANLOUP
ÉVÊQUE D'ORLÉANS
'Pendant que les princes de l'Eglise continuent de tonner,
sous forme de mandement, contre le scepticisme et l'incré-
dulité, et de demander aux fidèles des prières et un peu
d'argent pour le Saint-Père, un des leurs, M. Dupanloup,
vient de publier une nouvelle brochure qui rappelle assez
le Spectre rouge de M. Romieu. Il nous annonce que les
plus grands fléaux nous menacent, que les barbares sont à
nos portes, qu'on en veut à la fidélité de nos femmes, et à
la pudeur de nos filles.
Cet écrit, sous le titre : L'Athéisme et le Péril social, ne
ressemble en rien aux homélies ordinaires de ces Messieurs.
— 4 —
Au lieu du ton onctueux et de la parole mielleuse du prêtre,
on y trouve un parfum des Odeurs de M. Veuillot, dont le
vénérable prêtre fera bien de se purifier.
Avec l'assurance d'un dépositaire de la vérité absolue, et
d'un familier de Dieu lui-même, il traite ses adversaires
de la plus rude façon, et semble bien plus mépriser leurs
offenses que disposé à les leur pardonner. Ils lui font,
dit-il, tous horreur : la presse le dégoûte; M. Taine
professe un matérialisme abject ; M. Renan est un imper-
tinent en délire ; la Convention était composée de scé-
lérats ; enfin, tous ceux qui combattent ses idées, sont des
hommes sans talent et sans connaissances, sans science et
sans philosophie, de simples manipulateurs et expérimen-
tateurs, à peine des pygmées en comparaison de lui et
des siens.
Malgré cela, le pieux prélat est plein d'inquiétude, il
pousse des cris et des gémissements qui rappellent les gri-
maces du Père Bridaine, disant à ses ouailles :
« L'éternité approche! Et savez-vous ce que c'est
» que l'éternité? C'est une pendule dont le balancier
» dit et redit sans cesse : toujours, jamais, toujours,
» jamais.
» Pendant ses effroyables évolutions, un réprouvé de-
» mande quelle heure est-il? Et la voix sombre d'un autre
» misérable lui répond... l'Éternité! »
Cette image, accompagnée du balancement cadencé de la
tête et des bras du vieux Père, produisait autrefois un effet
d'enfer.
Mais aujourd'hui tout est bien changé, Satan a fini sou
temps, et pris son congé.
Aussi M. Dupanloup, en homme habitué à sonder les
consciences, et à lire dans les replis les plus cachés de la
crédulité humaine, dédaigne-t-il de tels effets oratoires.
Il sait que, pour agir puissamment sur le coeur des
hommes de ce temps, il faut les menacer dans leurs jouis-
sances, et mettre la religion sous la protection des intérêts.
C'est évidemment le but qu'il s'est proposé ; l'a-t-il
atteint? Nous allons pouvoir en juger.
Voici à peu près en quels termes le fougueux prélat entre
en matière :
« Pères de famille, déjà, dans ma sollicitude pour vous,
j'avais cru, il y a quelques années, devoir vous prévenir
que Dieu était en péril. Mais, que j'étais loin de croire les
coups si près de suivre les menaces !
» Depuis quelque temps, ses ennemis ont fusionné; nou-
veaux Titans, ils attaquent le ciel avec un ensemble et une
audace qui fait trembler pour lui, et frémir pour la religion..
» lls ont juré de détruire non-seulement le christianisme,
mais Dieu lui-même. Ils veulent le tuer dans les âmes,
le chasser du monde entier, de la raison, de la science, de
la conscience, de la société. Je ne connaîtrais rien de plus
dangereux que l'ignorance, l'aveuglement ou l'apathie des
honnêtes gens, quels qu'ils soient, devant une telle situa-
tion.
« Les trois grands foyers d'athéisme : le positivisme, le
matérialisme et le panthéisme, suivis des hommes d'Enfantin
— 6 —
et de Jean Reynaud, et de ceux de la morale indépendante,
s'avancent en rangs serrés pour nous combattre. Soyons sur
nos gardes. Tous ne s'avouent pas athées; mais ne vous y
trompez pas, tous le sont bien réellement ; car ils ne croient
pas dans notre Dieu, le seul personnel, le seul vrai, le seul
vivant Et savez-vous quels sont les propagateurs de ces
doctrines?
« Pour des motifs politiques que je ne veux ni ne dois
» discuter ici, depuis dix ans de nombreux journaux qui
» défendaient la religion ont été supprimés en France, dans
» nos diverses provinces. Et tous ceux, très-nombreux,
» qui ont été autorisés depuis ce temps, tous, à part quel-
ques rares exceptions, sont hautement des journaux
» anti-chrétiens. De telle sorte qu'en fait, aujourd'hui,
» dans l'état actuel de la presse, la religion et l'impiété se
» trouvent en présence et en lutte dans les positions que
» voici : quelques défenseurs isolés restent çà et là sur la
» brèche, sans qu'on leur permette de recruter aucun
» auxiliaire nouveau ; tandis que la grande masse des
» journaux et des revues attaque, avec un concert et une
» audace qui vont toujours croissant, non-seulement le
» Pape, mais Jésus-Christ, l'Évangile, l'Église tout en-
» tière, son clergé, ses ordres religieux, tout son enseigne-
» ment; avec les calomnies les plus odieuses; et cela par-
» tout, chaque jour, tous les matins, dans tous les ateliers,
» les restaurants, les cafés, les cabarets, les gares de che-
» mins de fer. »
Et quels sont ces grands privilégiés de l'impiété et de
l'athéisme? Il les nomme : « Ce sont les revues et les jour-
» naux les plus répandus, le Siècle, les Débats, la Revue
» des Deux-Mondes, l'Opinion nationale, l'Avenir national, le
» Temps, l' Indépendance belge, qui prêtent tour à tour leurs
» tribunes retentissantes aux doctrines de l'athéisme, du
» matérialisme, du panthéisme et de l'anti-christianisme. »
Que les familles chrétiennes ferment surtout leur porté à
la Revue des Deux-Mondes, tant qu'elle persistera dans ses
attaques, voilées ou violentes, mais toujours profondes et
perfides contre la religion.
Il est vraiment curieux de vous entendre crier à la per-
sécution, et vous plaindre d'être abandonné en pâture à vos
ennemis.
Pauvres agneaux, tout le monde en veut à leur laine, et
ils n'ont pour se défendre qu'une vingtaine de journaux tant
à Paris qu'en province, sans beaucoup d'abonnés, il est
vrai, mais à qui la faute? leurs idées ne sont-elles pas,
comme leurs habits, d'un autre temps? En revanche, ils pos-
sèdent cinquante et quelques mille chaires de vérité, du,
haut desquelles la voix des pasteurs retentit; cent mille
confessionnaux, où la brebis timide prend le mot d'ordre, et
reçoit la direction de conscience; l'instruction des femmes
leur est complétement livrée, et celle des hommes en grande
partie.
Leurs petits livres inondent le monde, et font la fortune
des plus grandes imprimeries. Leurs ordres religieux cou-
vrent la terre. Ils ont une liste civile au budget qui leur per-
met de donner tout leur temps au soin de leur troupeau.
Si, avec tout cela, vous ne pouvez ni rayonner ni vivre,
alors, frère ! il faut mourir.
C'est cette crainte qui les affole, et fait tendre à M. Du-
panloup des bras suppliants à tous les passants. Mais que
voulez-vous que produisent sur les propriétaires, auxquels
surtout vous vous adressez, les insinuations d'impiété,
d'immoralité, d'atteinte à la propriété et à la famille lancées
contre MM. Littré, Renan, Taine, Claude Bernard, Robin,
Berthelot? Vous vous trompez d'hommes et d'époque. Vous
employez contre des savants qui ne prétendent rien imposer,
mais simplement exposer et démontrer le résultat de leurs
observations et de leurs expériences, les épithètes brutales
et blessantes que la rue de Poitiers éditait dans son beau
temps contre des choses qui ne sont plus. Si vous éprouvez
le besoin d'évoquer les rossignols un peu déplumés de
cette mémorable réunion, faites leur au moins chanter des
airs dont les refrains soient revus et rajeunis.
Les communistes sont en Icarie. Les saint-simoniens
sont les dépositaires de nos fortunes; de plus, ils occupent
presque tous de grandes fonctions. Ils sont même aussi
déistes que vous ; à ce titre, ils mériteraient votre indul-
gence. Mais un prêtre fâché n'a pas d'amis. Renouvelez,
donc votre artillerie, si vous voulez atteindre votre but, et
rayez vos canons.
Vous traitez d'alliées des hommes que ce reproche n'in-
digne pas, mais qu'ils repoussent par cette raison, disent-
ils, que, ne pouvant rien savoir sur les causes premières et
sur les causes finales, ils laissent ces questions dans le
— 9 —
domaine de l'insondable. A ceci que répondez-vous? Avec
votre logique habituelle, vous dites : Si vous n'êtes pas
athée, vous devez l'être. Mais si le savant n'a pas besoin de
l'hypothèse de Dieu pour ses travaux et ses recherches,
c'était déjà l'opinion de Lalande, au commencement de
notre siècle ; s'il trouve que c'est embarrasser l'esprit de
l'étudiant que de lui dire : Deux et deux, par la grâce de
Dieu et pour sa plus grande gloire (ad majorent Dei gloriam),
ont été élevés à la dignité de quatre, parce que, dans sa
toute-puissance et dans sa justice éternelle, il a voulu qu'il
en fût ainsi, croyez-vous que cela serve à simplifier la dé-
monstration ? Les savants préfèrent ne pas faire intervenir
la Providence, respecter les consciences, et dire simplement
deux et deux font quatre. Il faut avoir le caractère bien
mal fait pour s'en fâcher. On sait que vous prétendez qu'en
faisant appel à la grâce, on comprend plus facilement ; mais
là-dessus les avis sont singulièrement partagés.
Vous croyez donc l'épithète d'athée une bien grosse
•injure, et d'un bien grand effet sur les vôtres, et surtout
bien redoutable pour vos adversaires? Non content d'en
avoir fait le titre de votre brochure, elle revient comme
un refrain sans cesse sous votre plume. Ignorez-vous donc
que nous n'avons commencé à être bien jugés que lorsque
la loi est devenue athée, et que les tribunaux ecclésiastiques
ont été supprimés? Tous les citoyens alors sont devenus
égaux devant la loi.
Vous regrettez peut-être l'inquisition.
Non, répond M. Dupanloup, je trouve même déjà notre
— 10 —
frayeur trop grande. « Je suis de ceux qui croient qu'en
» 1848 la peur a dépassé le mal, et qu'en tout cas, le mal
» a abouti à des remèdes qui ne l'ont pas bien guéri. Mais
» au moins c'était alors la peur du mal, aujourd'hui nous
» avons la peur du bien. Nous n'osons pas être hautement
» pour Dieu, pour l'Église et pour l'âme, contre les em-
» poisonnements de l'athéisme. »
Enfin, je le dis franchement : « Vous avez peur du
miracle. »
Et cependant il n'a rien d'effrayant ni d'incompréhen-
sible. C'est simple et facile comme une bénédiction.
On peut l'opérer sans crainte ni douleur, et à toute heure
de jour et de nuit.
Il suffit de vouloir pour pouvoir.
« Quand Dieu intervient par miracle, dit M. Dupanloup,
» il ne détruit pas plus la nature, ses forces ou ses lois,
» que ne le fait ma libre volonté, quand j'use de ma
» main pour soulever une pierre en sens inverse de
» l'attraction. Est-ce que l'attraction, et sa loi, ne subsiste
« pas tout entière, quand ma force physiologique se super-
» pose à cette force physique? Eh bien! quand la force
» divine se superpose aux forces de toute nature, elle ne
» supprime pas la moindre partie de ces forces, ne viole
» aucun iota de leur loi. Et la science n'en subsiste pas
» moins tout entière. »
« Est-ce que Dieu, par hasard, ne peut pas, comme
il le veut, commander aux vents, diriger la foudre et les
nuées? » — Non, répondent les panthéistes, sous peine de
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produire le plus affreux gâchis. Des lois immuables, in va-
riables et universelles ne peuvent pas rester telles, si elles
sont dominées par une volonté capricieuse et toute puis-
sante, leur faisant de temps à autre le mauvais tour de
les arrêter ou de changer leur marche. S'il en était ainsi,
aucune science ne serait possible ni certaine.
Mais alors Dieu ne serait donc pas libre : ce serait un
esclave attaché à son oeuvre, et le monde serait gouverné
par un condamné aux travaux forcés à perpétuité. Les pan-
théistes, qui rejettent la notion d'un Dieu personnel, ne
seraient pas en peine de répondre à ce souci; mais les
matérialistes se contentent de penser qu'il y a autant de
lois dans la nature que d'aspects sous lesquels on peut
l'envisager. Chaque genre de phénomènes a ses lois. Les
plus généraux sont les premiers que la science dégage, et
leurs lois les premières qu'elle constate. La difficulté de
les découvrir tient à ce que la nature ne nous présente
jamais que des ensembles de phénomènes associés.
La pierre, pour prendre l'exemple de M. Dupanloup,
réunit en elle tous les phénomènes de la pesanteur, de
l'attraction, de la chaleur, de l'électricité, etc.; de plus,
toutes les combinaisons chimiques de ces phénomènes. La
science physiologique présente bien plus de difficulté à
connaître, parce que, dans les êtres vivants, le nombre des
phénomènes associés est bien plus grand que dans le
monde inorganique.
Quand vous venez nous dire qu'un miracle est opéré
lorsqu'une force inorganique se combinant avec une force
— 12 -
organique., une résultante est produite, vous faites hausser
les épaules à tous les hommes qui ont les notions scien-
tifiques les plus élémentaires. Sachez donc que, lorsque
votre libre volonté soulève une pierre en sens inverse de
l'attraction, vous ne faites pas plus de miracle qu'un
hercule, lorsqu'il soulève des poids à bras tendu.
Lorsque nous crachons en l'air, conformément à notre
libre volonté, et que cela nous retombe sur le nez, confor-
mément à la loi d'attraction, nous appelons cela un prodige
de simplicité. C'est l'opinion que tous les hommes de science
ne manqueront pas d'avoir de votre miracle. Quant à ma
comparaison, vous la trouverez sans doute, d'un réalisme
outré ; mais elle rend parfaitement ma pensée.
Maintenant les logiciens, que vous appelez sophistes, de
leur côté, disent :
Pourquoi vous donner tant de peine à expliquer des
choses dont toute la valeur est dans leur incompréhen-
sibilité? Avez-vous donc l'intention de faire des concessions
à l'esprit d'orgueil et à l'impertinente raison ? Prenez garde,
déjà, sur les questions de souffrance physique et de misère
humaine, vous vous êtes bien relâché de votre ancien rigo-
risme. Le salut n'est plus incompatible avec la possession
des richesses, le désir du confortable, et l'amour du bien-
être. Autrefois le ciel était à peu près fermé au riche un
peu ventru : l'entrée en était si étroite ; tandis qu'aujour-
d'hui on y arrive facilement en équipage.
Les voluptés qui n'ont point pour objet de déplaire à
Dieu, ou de nuire à la religion, mais simplement d'apaiser