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Simples questions d'un ami du peuple alsacien / [signé : Ad. Stoeber]

De
13 pages
C. Detloff (Bâle). 1872. 14 p. ; in-8.
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SIMPLES QUESTIONS
D'UN AMI
DU PEUPLE ALSACIEN.
Bâle et Mulhouse.
Librairie de C. Detloff.
1872.
SIMPLES QUESTIONS
D'UN AMI
DU PEUPLE ALSACIEN.
Placé par le traité de paix de 1871 dans l'alterna-
tive de l'option pour la France ou de l'incorporation
à l'Allemagne. l'Alsacien est-il condamnable quand
il renonce à la nationalité française, parce qu'en se
décidant pour elle, il ne serait plus qu'un étranger
en Alsace, n'y pouvant plus exercer de fonctions pub-
liques, étant même tenu de quitter sa province chérie,
avant le 1er Octobre prochain ? Est-il condamnable,
quand il se rallie à l'Allemagne, afin de conserver
dans son pays natal son droit de bourgeoisie et le libre
exercice de ses fonctions? — Il faudrait condamner
bon nombre de nos compatriotes, et des plus hono-
rables, qui ont déjà pris cette détermination. Et
ceux qui s'apprêtent à quitter, sont-ils sûrs de ne
pas s'en repentir un jour amèrement?
Est-il blâmable, l'Alsacien qui, en se ralliant à
l'Allemagne, le fait en toute franchise et sans arrière-
pensée hostile, repoussant toute idée de machination
et de conspiration perfide, comme étant également
contraire à l'Evangile et à la franche loyauté alsa-
cienne ? Est-il blâmable quand il s'indigne, au nom
de cette loyauté, contre ceux qui voudraient faire de
l'Alsace une Vénétie, un foyer de carbonarisme ?
Et ceux qui partagent cette indignation sont plus
nombreux que ne le pense cette triste ligue, qui pré-
— 4 —
tend agir au nom de toute l'Alsace et dont les écri-
vains, en grande partie, ne sont pas même Alsaciens.
Peut-il être accusé de félonie, celui qui n'a pas
cessé, tant qu'il était citoyen français, de travailler
pour la France à la sueur de son front et de prier
pour elle en public et en particulier, sans jamais
commettre la moindre infidélité contre elle, jusqu'au
jour où elle abandonna elle-même l'Alsace à l'Alle-
magne, jour qui, d'ailleurs, ne mit pas fin à ses
prières ni à ses meilleurs voeux pour la France ;
peut-il être accusé de félonie, celui qui, après cette
époque, voue ses prières aux nouvelles autorités de
son pays, comme ses fonctions l'y obligent, ainsi
que les préceptes les plus formels de l'Evangile
(Rom. XIII. 1 Tim. II. 1, 2) ? Et en faisant cela,
ne peut-il pas maintenir, aujourd'hui comme jadis,
à côté du respect dû aux magistrats, toute l'indépen-
dance d'un homme intègre et incorruptible ?
Un ministre de Dieu doit-il se renfermer dans un
silence absolu sur les choses publiques, alors même
qu'il ne s'agit pas des petites questions du jour, mais
d'événements graves et gros d'avenir, de jugements
de Dieu qui changent la face du monde et qui doi-
vent régénérer les peuples ? Doit-il garder le silence,
alors même que son peuple lui semble, en grande
partie, méconnaître et déserter les voies de Dieu, se
livrant à l'aveuglement des liassions, et qu'au milieu
de la confusion générale pas une voix n'ose s'élever
dans le sens de l'apaisement et de la soumission au
Seigneur? Les prophètes, les apôtres, le Sauveur
lui-même n'ont pas manqué, dans des circonstances
analogues, de faire entendre leur voix solennelle,
afin de ramener au droit chemin les ouailles égarées.
En face de la haine toujours croissante contre
l'Allemagne, n'est-il pas du devoir de tout chrétien
— 5 —
sérieux de combattre vaillamment cette aveugle in-
justice qui confond dans une même condamnation un
peuple tout entier, peuple dont une partie, surexcitée
par la guerre à outrance, a pu commettre des excès
(bien plus rares qu'on ne dit chez nous), mais peuple
qui renferme un noyau très-respectable et générale-
ment respecté dans le monde entier ? La nation fran-
çaise ne compte-t-elle pas, elle aussi, à côté d'un
noble noyau, des enfants qui la déshonorent igno-
minieusement? Est-il donc blâmable, celui qui, au
nom de Christ, ne cesse de prêcher la réconciliation
entre ces deux grands peuples qui devraient, non
s'entredéchirer, mais s'entr'aimer et rivaliser en-
semble dans le progrès chrétien? Et pour atteindre
ce but si souverainement désirable, il faut avant tout
qu'on cesse de s'incriminer réciproquement, d'appeler
„assassins" des ennemis qui, dans leur légitime dé-
fense contre une attaque des plus injustes, ont dû,
hélas! faire des victimes, comme l'agresseur aussi
leur en a fait dans leurs propres rangs, victimes
dont le sang retombera sur les auteurs de la guerre
que Dieu seul peut juger avec autant de justice que
de miséricorde. Il faut, pour amener la réconcilia-
tion, que de part et d'autre on demande pardon à
Dieu pour soi-même et qu'ensuite on se pardonne
mutuellement.
N'est-il pas juste, pour juger un homme, de se
mettre à son point de vue? Qu'on se figure donc
un Alsacien de la vieille roche, comme il y en a
plus d'un, dont le coeur a été, depuis sa jeunesse,
partagé entre la France et l'Allemagne, attaché à la
France par le côté politique, à l'Allemagne par le
côté moral de son être. En sa qualité de citoyen
français, il participait de coeur aux aspirations de la
France vers la liberté, se réjouissant de ses progrès

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