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Simples réflexions au sujet de l'attentat contre la vie du roi et des princes. 31 juillet 1835

24 pages
Delaunay (Paris). 1835. France (1830-1848, Louis-Philippe). In-8 °. Pièce.
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SIMPLES RÉFLEXIONS
AU SUJET
CONTRE LA VIE DU ROI
31 JUILLET 1835.
A PARIS.
DELAUNAY, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL.
1855.
Paris, Imprimerie de Poussielgue, rue du Croissant-Montmartre, 19.
SIMPLES- RÉFLEXIONS
AU SUJET
DE L'ATTESTAT
CONTRE LA VIE DU ROI ET DES PRINCES.
Une infernale tentative de régicide vient de
consterner la France et de soulever l'indigna-
tion des honnêtes gens de tous les partis. Trop
de sang et un sang trop pur a été répandu,
mais au moins le sacrifice n'est pas resté sté-
rile. Le roi et les princes ont été miraculeuse-
ment préservés ; Dieu n'a pas permis que la
monarchie fût comprise dans l'holocauste !
Que de réflexions assaillent aujourd'hui les
esprits revenus enfin de la stupeur dont ils
avaient été frappés ! Arrêtons-nous d'abord
sur les plus consolantes, et puisons-y la force
de passer ensuite aux plus pénibles.
Constatons avant tout l'unanime concert
— 4 —
d'exécration qui s'est élevé comme une seule
voix pour maudire l'assassin. Les organes les
plus virulents de l'opposition la plus exaltée
lui ont imprimé sur le front le stigmate brû-
lant de la réprobation et de l'infamie? signifi-
catif hommage rendu tardivement peut-être,
mais enfin hautement rendu à la moralité pu-
blique.
Disons ensuite que la population parisienne
a donné une nouvelle preuve de son admirable
intelligence politique en ressentant si vive-
ment le danger que la France a couru dans la
personne du roi, en comprenant si vite et si
spontanément les funestes conséquences que
devait entraîner l'extermination presque com-
plète de notre dynastie nationale, en oubliant
tout à coup les nuances d'opinion qui la divi-
sent pour ne songer qu'au salut de la monar-
chie constitutionnelle. — Et, à vrai dire, il
n'en pouvait être autrement; car, à part même
toutes les raisons d'intérêt public sur les-
quelles repose aujourd'hui l'alliance indisso-
luble du peuple et de la royauté, quel citoyen
n'aurait pas été entraîné par l'irrésistible as-
cendant qu'exerça sur tous les coeurs l'hé-
roïsme du roi. Certes les impressions prévues
et calculées du champ de bataille éprouvent
— 5 —
moins sûrement la force de l'ame que l'affreux,
spectacle qui vint à l'improviste frapper les
yeux de Louis-Philippe quand, au milieu de
ses enfans, la mort décima d'un seul coup les
amis qui l'entouraient. En maîtrisant sa dou-
leur pour épargner à la capitale l'horreur d'un
doute le roi a encore une fois bien mérité de
la patrie. Qui sait où se fût arrêtée la confu-
sion si Paris avait pu croire un instant à la
mort du roi. Honneur et grâces lui soient
donc rendus ! Et quant à ces jeunes princes,
conspirant, à la généreuse, instigation de leur
aîné, pour faire au roi un rempart du corps
de ses fils, quelle sympathie, quelle admira-
tion n'ont-ils pas éveillée dans toutes les âmes,
et quel plus bel éloge eût pu récompenser
leur noble courage que celui qui est parti de
tant de bouches à la fois : « Ils sont dignes de
leur père. »
Enfin un dernier sujet de consolation et
d'orgueil nous est encore offert par la mort su-
blime de dévouement de ceux que nous pleu-
rons. Ennemis du roi, voyez comment ses
amis savent mourir pour lui, et jugez-le
maintenant.
Mais laissons là l'irréparable passé. Faisons,
taire notre légitime indignation, et recueillons,
6
les principales réflexions qu'a le plus gêné-
ralement suggérées l'attentat.
Tout événement politique contient un en-
seignement politique. La leçon que nous ap-
porte celui-ci est effrayante : qu'au moins elle
ne soit pas perdue.— Nous savons aujourd'hui
ce que nous n'aurions pu croire hier; nous sa-
vons jusqu'à quel horrible degré de frénésie
peut s'exalter le fanatisme politique, dans
un pays et dans un temps qu'on dit policés
par excellence, et où s'agite la question d'a-
bolir la peine de mort, comme répugnant à la
douceur des moeurs publiques.
Nous savons qu'à force d'établir des dis-
tinctions subtiles entre le crime commis dans
un but politique et celui commis dans un in-
térêt privé on peut pousser un fanatique,
qui se fût peut-être fait scrupule de dérober
un écu, à frapper cinquante têtes pour être
plus sûr d'en atteindre une.
Honte à vous, Jacques Clément, Ravail-
lac et Louvel ! vous n'êtes que des assassins
vulgaires; honte à vous qui rie savez tuer
qu'un homme à la fois ! voici venir votre maî-
tre à tous. Celui-là, de loin, et sans braver
les regards de ses victimes, va exterminer
toute une dynastie d'un seul coup ; au risque
d'envelopper dans le carnage un nombre
d'inconnus qu'il ne prend pas souci de cal-
culer. Qu'importe? tout ce cortège de cour-
tisans ne se compose-t-il pas de ces ennemis
politiques!
Un tel excès de perversité épouvante l'i-
magination la plus déréglée, et l'on a be-
soin de croire qu'un pareil monstre est une
anomalie dans l'humanité ! Hélas ! que ne
pouvons-nous partager cette consolante es-
pérance ; mais le temps des réticences est
passé. En présence de périls aussi imminens
c'est un devoir de tout dire, et mieux vaut
sans doute, quand il s'agit d'intérêts si chers,
se laisser pousser par des opinions alarmistes
à une surveillance exagérée que de s'endor-
mir dans une fatale confiance pour être ré-
veillé par un coup de tonnerre.
Publions donc ici tout haut ce que chacun
se dit tout bas :
L'opinion publique croit que l'assassin a des
complices. '
L'opinion publique, qu'il ait ou non dès com—
plices, est convaincue qu'il a des semblables. '
— 8 —
L'opinion publique craint qu'il n'ait des imi-
tateurs.
Certes, voilà de douloureuses vérités qu'on
ne peut proclamer que la rougeur au front ;
mais s'il est pénible de les révéler il serait dan-
gereux de les taire.
Que le gouvernement avise donc: La vie du
roi continue d'être menacée !
Ah! si la foi régnait encore dans les classes
qui se croient opprimées parcequ'elles sup-
portent avec impatience leur infériorité natu-
relle, l'odieuse tentative qui vient d'échouer si
miraculeusement nous garantirait la conser-
vation des jours du roi ; car au temps des
croyances religieuses les crimes qui soulèvent
d'horreur les coeurs des bons citoyens jetent
dans l'ame des méchants une salutaire épou-
vante qui les détourne d'imiter les grands
forfaits. — Si les lumières de l'instruction
étaient venues du moins occuper tant bien que
mal la place que la foi a laissée vide, nous
trouverions encore des motifs de sécurité dans
l'intelligerice des intérêts publics bien enten-
dus. Mais nous vivons dans une époque de
difficile transition, et les hommes que la misère
ou l'exaltation livrent à la merci des factions
n'ont plus de principes religieux et n'ont pas
- 9 —
encore de lumières ; nous vivons dans une
époque de relâchement moral où toute: hiérar-
chie sociale semble un joug humiliant à sup-
porter, où tout pouvoir est d'abord suspect et
bientôt odieux par cela seul qu'il est pouvoir ;
dans une époque où nul ne fait cas de sa pro-
pre vie, celui-ci par abattement, celui-là par
exaltation; dans une époque enfin où il n'y a
plus rien qui soit encore quelque chose !
Or, dans ces temps de malaise moral et de
dévergondage d'esprit, rien n'est plus propre
qu'un grand crime à inspirer des crimes nou-
veaux. La société voit aujourd'hui avec effroi
comment le suicide engendre et enseigne le
suicide. Puisse le dieu dont la main vient de
détourner les coups destinés au roi et à ses
fils ne pas permettre que la même monoma-
nie d'imitation s'empare du fanatisme poli-
tique ! (1)
(1) Après l'assassinat du duc de Berry par Louvel un
nommé Lucet écrivaitla lettre suivante :
« J'ai appris avec un bien vif plaisir l'assassinat de
1 « M. le duc de Berry, et j'ai pensé à ce sujet qu'il serait
« bien à souhaiter que le reste de la famille ait eu le même
« sort ; ce ne serait qu'une juste punition de tous les
« maux qu'ils ont attirés sur la France par leur obstina-
« tion à vouloir régner sur un peuple qui les avait reje-
« tés et même oubliés depuis Iong-temps. QuelIe gloire a

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