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Simples voeux économiques et politiques. [Signé : L.-A. Petit.]

De
13 pages
impr. de F. et A. Lecointe (Rouen). 1869. In-8° , 14 p..
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SIMPLES VOEUX
ECONOMIQUES ET POLITIQUES.
SIMPLES VOEUX.
I.
Nous joignons nos voeux aux voeux de toutes les personnes qui demandent
la dénonciation des traités de commerce.
Quel homme vraiment éclairé ne serait l'adversaire de ce malheureux
libre-échange, qui menace de faire à notre agriculture des plaies si profondes,
et de frapper de mort nos grandes industries nationales ?
Que l'agriculture soit très-gênée, c'est ce qu'ont établi d'une manière
suffisante les plaintes unanimes qui ont donné lieu à l'enquête de 1866. Le
prix trop élevé des blés en 1867, qui a fait faire le silence autour de celte
question, n'a pas guéri le mal. La Société entière a intérêt à la prospérité de
l'agriculture. C'est celte prospérité seule qui peut amener l'abondance au
sein du pays, par les produits du pays; et, avec l'abondance, les prix modérés.
Quant à l'industrie, on n'ignore pas combien grandes sont ses souffrances.
La concurrence étrangère l'écrase de tout son poids.
Chacun se rappelle encore la brillante période qui s'est écoulée de 1852
à 1860. Le régime de la protection était alors en vigueur. A partir de celle
dernière date le régime de la liberté commerciale est appliqué. Tout d'abord,
la prospérité se maintient ; presque partout on s'applaudit du succès. Mais
il ne fallait pas trop s'émerveiller de ce premier résultat ; il était tout naturel
qu'il se produisît. En effet, la machine commerciale et industrielle, lancée
dans de bonnes conditions, était en train de bien fonctionner. D'ailleurs, les
étrangers n'étaient pas préparés à la réforme, et ils ne connaissaient, ni nos
goûts ni nos besoins. Malheureusement, ce moment de prospérité fut bien
éphémère. Dès 1863, la situation devint mauvaise, et, depuis lors, une crise
effroyable, persistante, dont rien ne peut faire prévoir le terme, pèse cruelle-
ment sur les affaires et fait chaque jour des ruines nouvelles.
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Nous disons que la crise présente a pour caractère distinctif la continuité.
Mais il ne faut pas s'étonner de celte permanence. Tel est, maintenant, le
sort réservé à l'industrie et au commerce. A l'ancien trop-plein, qui résul-
tait de la production du pays, vient s'ajouter à tout moment une portion
quelconque des produits étrangers, qui, autrefois, n'entraient pas en France,
ou n'y entraient qu'en très-petite quantité, à cause des droits protecteurs.
II y a mieux : Pour soutenir la concurrence étrangère, la grande production
nationale, obéissant en cela aux conseils que lui ont donnés les promoteurs
du libre-échange, s'est considérablement élargie. Par suite de ces circons-
tances, le trop-plein s'est encore accru. Si l'industrie française, dans le but
de faciliter l'écoulement de ce trop-plein, veut modérer un instant sa marche,
comme elle le faisait antérieurement, à l'apparition de chaque crise, ce
ralentissement ne détermine plus l'effet qu'il amenait infailliblement alors.
Il ne fait pas disparaître l'encombrement ; il ouvre une place plus grande à
la production étrangère, qui est toujours prête, et qui a toujours des mar-
chandises à nous envoyer. Pour défendre leur terrain, et pour conserver
les positions acquises, nos industriels soutiennent indéfiniment une lutte
impossible. Ils sentent bien qu'ils ne peuvent s'arrêter, car s'arrêter, c'est
abdiquer et perdre le marché national. Mais cet arrêt, qu'ils relardent dans
l'espérance de temps meilleurs, dans l'espérance qu'on reviendra sur les
traités de commerce, il est inévitable. La lutte aura un terme, et ce terme
sera prochain, si un remède prompt et efficace ne vient à temps conjurer un
désastre imminent.
Il y a donc crise permanente, et la permanence vient d'un trop-plein
qui est alimenté, tant par une production nationale exagérée, que par la
production des autres peuples auxquels nous avons ouvert nos portes.
On dit que la liberté commerciale, c'est la vie à bon marché. On sait quel
est le bon marché des denrées alimentaires. Elles n'ont jamais été aussi
chères que depuis 1860. Les blés eux-mêmes ont atteint des prix excessifs.
Or, la principale dépense du travailleur est celle qui regarde sa nourriture
et celle de sa famille. Quant à ce qui concerne les autres objets de consom-
mation, qui étaient déjà à très-bon marché avant la réforme commerciale,
que signifie une diminution de prix à peine sensible, si le salaire diminue où
si le travail vient à manquer? Cette diminution ne procure d'ailleurs aucun
avantage au consommateur ; ce sont les intermédiaires qui en profitent seuls
et d'une manière presque exclusive.
La doctrine libre-échangiste n'est qu'une vieillerie que nos économistes
contemporains ont ramassée dans des livres écrits pour un autre âge, pour
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des temps déjà bien éloignés de nous, et qui ire reviendront plus. On pouvait
rêver libre-échange quand les hommes exécutaient le travail au moyen de
leurs bras ou avec de simples appareils. On le pouvait aussi, lorsque chaque
peuple se contentait de s'adonner à certaines industries spéciales. Mais
depuis que tous les peuples façonnent des produits semblables, autant en
vue de l'exportation qu'en vue de leur consommation, mais depuis qu'on
applique la vapeur et les machines à la production, depuis que machines et
vapeur y participent d'une manière si large, qui donc peut encore soutenir
que le libre-échange soit un bien? Il n'y a que les attardés qui peuvent sou-
tenir de pareilles doctrines. Les libre-échangistes veulent arriver à la divi-
sion du travail entre nations. Ils disent, en effet, que chaque peuple pro-
duira spécialement ce en quoi il excelle. On a vu cette division s'établir
naturellement, et comme par la force des choses, entre les hommes. Mais
pour les peuples, c'est le contraire qui a lieu. Il suffit d'observer ce qui se
passe dans le monde entier, pour acquérir la preuve que les nations tendent
de plus en plus à se livrer à des industries semblables pour se suffire à elles-
mêmes dans certaines limites, et que presque toutes y réussissent. Depuis
trois-quarts de siècle, on rencontre de nombreux exemples de ce phénomène
économique. À l'heure qu'il est, encore, un grand peuple, le peuple amé-
ricain, s'entoure de droits protecteurs pour favoriser plus efficacement ses
industries, qui sont déjà douées d'une vitalité si énergique. Vouloir atteindre
la division du travail entre nations, c'est prétendre trouver la quadrature
du cercle.
Les peuples s'occupent donc de la fabrication de produits similaires, et
pour cela ils font venir des matières premières de tous les points du globe.
Or, avec les produits similaires et avec le travail des machines dont
la puissance, secondée par les moteurs automatiques, ne connaît pas de
limites, un seul peuple pourra alimenter tous les autres peuples des pro-
duits de la grande industrie. Cela est de toute évidence.
Ce n'est pas que les machines doivent être considérées comme inutiles.
Non pas. On doit au contraire les regarder comme indispensables, et comme
de vraies bienfaitrices de l'humanité. Ce sont elles, en effet, qui ont procuré
tout cet accroissement de bien-être dont profitent jusqu'aux plus simples
travailleurs. Sans elles, les objets d'habillement, de ménage, d'ameublement,
seraient d'une grande rareté et à des prix inabordables. Non-seulement tous
ces objets seraient très-chers, niais encore il y aurait privation pour le plus
grand nombre. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas faire de règlements commer-
ciaux tels, qu'ils procurent à un seul peuple la possibilité de devenir le

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