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Six heures à l'exposition de Caen / par A.-R. de Liesville

De
34 pages
impr. de F. Le Blanc-Hardel (Caen). 1873. 1 vol. (35 p.) ; in-8.
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A.-R. DE LIESVILLE
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TYP. DE F. LE BLÀNC-HARDEL, LIBRAIRE
RUE FEOIDE, 2 ET 4
1873
SIX HEURES
A
L'EXPOSITION DE CAEN
(AOUT 1873)
PAR
A.-R. DE LIESVILLE
MEMBRE TITULAIRE SOCIÉTAIRE ,DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE
DE NUMISMATIQUE ET D'ARCHÉOLOGIE, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ
DES ANTIQUAIRES DE NORMANDIE, ETC., ETC.
CAEN
TYP. DE F. LE BLANC-HARDEL, LIBRAIRE
RUE FROIDE, 2 ET 4
1873
CL mon bon eb excellent. <XHW>
PHILIPPE DE SAINT-ALBIN
ANCIEN BIBLIOTHÉCAIRE DE S. M. L'IMPÉRATRICE
SOUVENIR D'AMITIÉ
Paris, le 24 août 1873,
DE LIESVILLE.
I.
La Société des Beaux-Arts de Caen a
ouvert, pour les cinq départements de la
Normandie, une exposition d'oeuvres d'art
et une exposition rétrospective d'objets
d'art et antiquités, auxquelles ne pouvaient
prendre part que des artistes et des ar-
chéologues nés dans cette province.
On ne saurait trop approuver et encou-
rager ces expositions régionales, qui té-
moignent d'un vif effort de décentralisation,
et qui activent, en les groupant, les tra-
vaux et les recherches des enfants d'un
même terroir.
La Normandie est, depuis longtemps,
— 6 —
non-seulement une des régions les plus
riches de la France, mais aussi une de
celles où le mouvement intellectuel a pris
un grand essor. Les savants, les artistes,
les érudits , les écrivains y sont nombreux.
Ils ont créé d'importantes oeuvres locales,
normandes.
C'est à un de nos concitoyens, M. de
Caumont, l'éminent rénovateur des études
archéologiques , que revient l'honneur
d'avoir le premier recommandé toutes les
expositions régionales, dont il a été tou-
jours l'avocat et dont il a pris l'initiative
aux réunions de l'Association normande et
à celles des Congrès scientifiques sur
divers points de la France.
Continuées avec persévérance, ces ex-
positions auront d'heureux résultats. Elles
développeront, parmi les habitants de
chaque province, une fertile émulation,
le goût du savoir et de l'art, l'amour de
l'histoire, de la prospérité et des souvenirs
locaux.
Elles peuvent et doivent, dans un temps
donné, ramener l'art à ses sources natu-
relles , en l'enlevant en partie à l'influence
parisienne, qui le livre à deux tendances
trop uniformes et trop éloignées de l'ori-
ginalité , la tendance classique, un peu
routinière, entretenue par les écoles offi-
cielles , et la tendance corrompue, visant à
l'esprit maniéré, au faux goût, au clinquant.
La naïveté et la simplicité, ces qualités
si précieuses, se relèveront peu à peu par
l'action de la province, ce je ne sais quoi
de naturel, de vif, de sévère, qui a fait
la gloire de l'esprit français, mais que sont
venues traverser et dénaturer, à diverses
époques, les modes parisiennes : l'affec-
tation des Ronsardistes au XVIe siècle, des
Voiture et des Benserade au XVIIe, des
Dorât au XVIII 0.
A l'artiste, une certaine dose d'innocence
et de croyance est nécessaire. Il la conser-
vera plus sûrement dans le calme des
champs ou dans la tranquillité de nos villes
de province. La saveur propre au tempé-
rament du normand, du bourguignon, du
flamand tend à s'effacer sous le vernis
brillant de Paris. Il faut tâcher de la con-
server , sans se priver des ressources
puissantes de la vie parisienne. Créer en
— 8 —
province un mouvement qui concoure avec
celui de Paris et se concilie avec lui, voilà
le désir, le but qui préoccupent maintenant
beaucoup d'intelligences. Les esprits ont
besoin d'un choc avec d'autres esprits, sous
peine de s'engourdir. La fonction de Paris
est de réveiller, raviver les esprits, de
leur fournir une expérience consommée,
de les aiguiser, de les rendre pénétrants,
de leur montrer la vie sous toutes ses faces,
dans toute sa profondeur, les idées dans
toute leur variété et leur activité. Par con-
séquent , ce n'est pas la guerre à Paris,
mais l'union avec Paris que doivent apporter
nos expositions régionales. La vie intellec-
tuelle circulera non-seulement dans la tête,
la capitale, mais aussi dans le tronc, le
coeur et les membres. Chaque province
reconquerra une souveraineté artistique,
littéraire et scientifique, et en encourageant
et récompensant de son côté ceux de ses
enfants qui se vouent aux oeuvres intellec-
tuelles , elles doublera leurs légions. De
cette féconde rivalité sortira, pour la
France, une plus riche floraison de talents
et de souvenirs.
IT.
L'exposition ouverte à Caen a eu le
mérite de bien affirmer- le principe ré-
gional, et ce qu'elle nous a montré donne
beaucoup d'espoir pour l'avenir.
Les salles spécialement consacrées à la
partie artistique comprenaient des tableaux,
dessins, sculptures, peintures céramiques,
médailles, gravures , photographies, etc.,
à peu près tous exécutés par des artistes
originaires de Normandie.
Nous en rendrons rapidement compte.
Disons d'abord qu'il avait paru juste
d'écarter du concours, à Caen, ceux des
exposants qui avaient obtenu des récom-
penses au salon de 1873. Mais il en est
résulté qu'entraîné par le désir d'accorder
des dédommagements, le jury de Caen,
— 10 —
composé de M. Charles Blanc, directeur
des Beaux-Arts, et de MM. Chaplin, Lan-
delle et Sebron, peintres, n'a pas été
rigoureux et a prodigué les médailles. Sous
prétexte d'encourager son monde , on ne
doit cependant pas imiter ces distributions
de prix où, pour plaire aux familles, chaque
enfant est renvoyé avec une couronne. Si
le prix n'est pas quelque peu difficile à
remporter, les efforts des concurrents ne
seront pas très-grands et nos expositions
courront le risque de ne pas dépasser un
médiocre niveau.
Les salles de la Société des Beaux-Arts
contenaient d'ailleurs un certain nombre
de bonnes choses.
Il serait superflu de louer M. Chaplin,
un des meilleurs peintres de notre temps ;
le talent classique de M. Sebron est con-
sacré ; l'élégance et la singularité anglaise
de M. Edmond Morin l'ont fait rechercher
depuis longtemps à Paris comme aquarel-
liste et comme illustrateur ; la vivacité de
coloris des fleurs que peint Mme Darru est
bien connue. Il en est de même des
talents de M. Lemore, de M. Foulongne,
— 11 —
de Mme Parmentier, l'habile miniaturiste ;
de M. Chaplain, peintre et sculpteur, sur
lequel nous reviendrons plus loin.
Nous nous attacherons aux jeunes répu-
tations , aux débuts, aux artistes qui pro-
mettent pour l'avenir.
Ainsi, M. Daliphard soutient , par son
envoi de Caen, le légitime succès qu'il a
eu au Salon cette année. Il y a dans les
toiles de ce peintre une recherche conscien-
cieuse , un effort sincère en face de la
nature , une carrure simple et robuste
d'exécution, qui nous font regretter que le
musée de la ville n'ait pas acheté, entre
autres, le Souvenir du Grand-Cours,
oeuvre particulièrement intéressante pour
Caen.
M. de Dramard, dont les progrès s'ac-
cusent d'année en année, montre, lui
aussi, dans des tableaux tels que le Marché
aux fleurs de Dives, une façon simple et
vraie (quoique un peu fruste), qui se rap-
proche de l'originalité de terroir, que nous
voudrions voir se développer chez les
artistes. Dans ses figures de femmes, il a
déployé une exécution plus nette, plus
— îa —
complète, et une curieuse hardiesse de
tonalité.
M. Renouf est un paysagiste qui n'a pas
encore été assez remarqué, mais qui le
sera certainement autant qu'il le mérite.
Il procède de Daubigny par la coloration ;
il en procède jusqu'à être un peu lâché
parfois, mais il sent bien les notes d'un
paysage et les enlève avec animation.
M 11" Dubos, le premier lauréat du con-
cours, est une élève délicate et pleine d'en-
train de M. Chaplin, dont l'influence est bien
visible dans la Rolande qu'elle a exposée.
Parmi les oeuvres remarquables, nous
devons noter les aquarelles très-réussies de
M. Hédin (1), architecte de grand talent.
M. Caillou, comme M. Renouf, par-
viendra à attirer l'attention plus qu'il ne
l'a encore fait. Il aime, lui aussi, le pay-
sage et sait y mettre une tendresse d'aspect
et une fraîcheur qui finiront par triompher
d'un rendu un peu lourd et hésitant.
M. Dubourg, après s'être longtemps
(1) M. Hédin, grâce à ses travaux et à son savoir, est
maintenant inspecteur des travaux de reconstruction de l'Hôtel-
de-Yille de Paris, monument brûlé par l'infâme Commune,
— 13 ~
inspiré du faire de M. Boudin, artiste de
Honfleur, comme lui et maintenant l'un
des paysagistes le plus en faveur, semble
devenir plus personnel et acquérir une
manière plus assurée.
La verte Normandie ne pouvait manquer
d'inspirer à ses enfants le goût du paysage,
par ses beaux sites et sa couleur. Ils sont
donc assez nombreux les paysagistes nor-
mands. Les toiles serrées de M. Herpin,
le vigoureux Port de Courseulles de
M. Déné, le Mont-St-Michel, un peu gris
mais d'un joli sentiment, envoyé par
M. Decan ; les Pommiers de M. Defaux,
chez qui le savoir n'égale pas encore la
compréhension de la nature, valaient la
peine d'être regardés. Même les Falaises
à Trouville de M. Bougourd, où il y a
plus de bonne volonté que d'heureux ré-
sultats, peuvent être jointes à tout le groupe
des vues de Normandie, dont la réunion
prend un vif intérêt pour nous hommes du
pays et répond bien à l'idée sur laquelle
est basée l'exposition. Le peintre local,
s'il ne manie pas toujours la brosse avec
la supériorité d'un maître, est bien im-
— 14 -
prégné de l'air et de la physionomie du
terrain nourricier, et il rend avec un sen-
timent tout intime.
Nous réunirons en un autre faisceau les
peintres de figure et de nature morte que
nous avons encore à examiner : M. Rivey
et sa Brenda, dont on s'est occupé au
salon ; M. Ribot, dont l'intérieur de cuisine
rappelle qu'il a gagné sa célébrité surtout
à peindre des marmitons.
M. Boucherville, qui exécute les petits
bonshommes bariolés et baroques presque
aussi bien que M. Lambron, d'excentrique
mémoire; M. David, dont le tableau de
fleurs est très-bon.
Les portraits de M. de Grandchamp, qui
aura bientôt, s'il continue, doublé la po-
pulation de Caen de toute une population
peinte, sont extrêmement ressemblants.
Les portraits de M. Krug avaient aussi de
l'intérêt.
L'on doit citer les envois de MM. Ben-
tabole, Battaille, Berthélemy, Bouet, Bour-
geois, Edouard, Hellouin, habitués des
salons. Nous noterons aussi les oeuvres de
MM, Capelle, Tesnière, Zacharie.