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Souvenir de 1871 ! Voyage et campagne des mobilisés du Gard,... Par un mobilisé . (Signé : "Un enfant du Gard".)

13 pages
L. Giraud (Nîmes). 1871. In-8°. Pièce.
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SOUVENIR DE 1871 ! ,
VOYAGE ET CAMPAGNE
DES
MOBILISES DU GARD
CHATEAUROUX — VILDIEU — BBZANÇAIS — CLION — VILLIERS — MEZIERES
— DOILAY — LE BLANC — MONTMORION — DARNAC — SAINT-BERNARD —
AT — MAGNAC-LAVAL — COULEROLLES — VILLARD —
FROMENTAL — FOLLES — BESSINES.
par un Mobilisé.
Honneur au courage malheureux !
Se vend 50 centimes au bénéfice des pauvres.
NIMES
LOUIS GIRAUD, LIBRAIRE
BOULEVARD SAINT-ANTOINE
1871
C'était le 11 janvier 1871, par une journée brumeuse et le sol couvert de
neige, que le 2e bataillon de la 1re légion du Gard allait quitter Nimes,
à quatre heures du soir, pour se rendre à Châteauroux. Dès une heure
de l'après-midi, les mobilisés parcouraient la ville dans tous les sens, armés,
et équipés, se dirigeant vers l'avenue Feuchères , lieu du rendez-vous , ou,
était échelonnée la garde nationale , musique en tête , venue pour saluer
le départ de ses jeunes camarades qui allaient défendre la patrie ! C'était
un spectacle beau et triste à la fois, que de voir ces physionomies
rayonnant de l'espoir de la victoire.
La plupart de ceux qui formaient la haie avaient les yeux remplis de
larmes ! Les indifférents mêmes étaient émus. A deux heures et demie , le:,
bataillon au complet sur deux rangs, bordait les deux côtés de l'Avenue.
L'aumônier était lh, près du chirurgien : c'est dire que rien n'y manquait.
A trois heures, par un prompt commandement de par file à droite , les
compagnies prirent leurs places respectives , le bataillon, compagnie par
compagnie , s'avança au pas, vers le grand escalier de la gare où une
partie de la population était groupée. @ Depuis le boulevard du Viaduc jus-
qu'au Casino d'été , c'était un coup-d'œil imposant. A l'entrée des grands
escaliers de la gare la masse des baïonnettes étincellantes éblouissait la.
vue ! Les mobilisés marchant au pas , entonnaient des chants nationaux,
accompagnés par la foule.
Le tram qui devait nous emporter était composé de vagons à mar-
chandises dans lesquels on avait installé des bancs, et de quelques voi-
tures pour l'état-major. Ayant reçu le gros pain de munition et les
adieux les plus touchants des assistants , le train s'ébranla aux
acclamations répétées de la foule ; et ces acclamations ne cessèrent de se
répéter à toutes les grandes et petites stations où nous étions honorés
des plus cordiales, ovations ! Le froid le plus intense nous obligeait à
nous serrer et à battre, des mains et des pieds pour ne pas geler. Nous dûmes
pelaii cette première nuiticruelle !
4e lendemain, vers mj,d,i nous étions à la. gare d'Agen où nous eûmes
urçç heure d'arrêt. Là, les uns mangeaient leurs provisions sans descendre,
des vagons, les; autres allaient se restaurer en ville, Au moment de.
repartir, quelques uns de nos compagnons .déclarèrent! ne pouvoir continuer
la route dans les vagons où le froid les avait littéralement saisis !'A la prière-
de notre digne, et boa commandant, M. de Valfons., le chef de gare voulut?
bien, ajouter pou les plus éprouvas par le voyage, deux, voitures de seconde.
traiç, repstçtit d^j rççuv^a^ ltI:.terq"fe.' heures a^rès-,nous• étioDs; à 1
— 4 —
Châteauroux où le sol couvert de neige et un vent léger du Nord nous glaçait.
Au lieu de nous envoyer reposer, on nous fit aligner sur deux rangs, devant
la gare, en attendant les ordres du général pour notre cantonnement. La
ville était encombrée de soldats de toutes armes ; après une longue
attente on nous fit quitter ce site glacial. Nous traversâmes la ville pour
arriver dans une cour de caserne et là , en ligne de bataille, il fallut attendre
un nouvel ordre. Un bon bourgeois voyant l'embarras où l'on était pour
nous faire passer la nuit, offrit gracieusement sa grange à tous ceux qui
ne pourraient trouver à se loger en ville. Là-dessus , liberté entière. Les uns
allèrent coucher à la grange, les autres en ville. Le lendemain matin nous
allâmes répondre à l'appel et nous attendîmes plusieurs jours pour avoir
un cantonnement ! Angoissé de notre fâcheuse situation, notre commnndant
obtint de son ami et ancien condisciple, M. Balzan, maire de la ville de Château-
roux , de nous faire loger dans ses granges ; nous lui avons aussi l'obliga-
tion de nous avoir fourni suivant nos besoins le nécessaire pendant notre
séjour à Châteauroux. Dans ces granges nous grelottions de froid , mais à
défaut nous aurions peut-être gelé en plein air et sous la tente ! Les plus
heureux étaient ceux qui avaient pu se procurer des peaux de mouton pour
s'envelopper. Pendant la nuit une drôle de symphonie se faisait entendre ;
c'était la ronflade de toute la chambrée, occasionnée par la fatigue et
l'agglomération de tant d'hommes sous le même toit : ce bruit suffisait pour
nous préserver des attaques des loups.
Le 3e bataillon , occupant le rez-de-chaussée de la caserne de cavalerie
était mieux abrité. Le 1 er bataillon , logé par escouades dans de petites
granges dont on pouvait fermer les ouvertures, était moins exposé aux
intempéries.
La plupart des hommes de notre bataillon éprouvèrent un rhume tellement
opiniâtre , après vingt-huit jours de séjour, que si un marchand de pastilles
fût venu en cette occasion , à coup sûr il aurait débité sa marchandise avec
grand avantage.
Nous étions , la plupart, chaussés de sabots et c'est ainsi que nous
allions à l'exercice et que nous faisions souvent l'escrime à la baïonnette et
le déploiement en tirailleur. La manœuvre , en partie, soit dans les conver-
sions à droite ou à gauche et les files , était comprise par les moins intel-
ligents , et il y avait beaucoup d'ensemble dans l'école, du bataillon. Le
maniement d'armes devenait de jour en jour plus facile et l'on n'aurait pas
eu de peine à faire de nous de bons soldats, car. nous avions tous le
sentiment du devoir et l'amour de la patrie , et nous étions tous résolus à
verser notre sang pour elle sans calculer le danger !
En prenant possession des granges de M. Balzan, notre organisation ne
tarda pas à se faire sur le pied militaire Deux énormes marmites encas-
trées dans une construction en briques étaient destinées à faire la soupe
pour tout le bataillon. Le cuisinier-chef employait deux hommes à soulever
le couvercle de chacune des marmites. Les morceaux de viande qui dansaient
dedans étaient du poids de 2 à 3 kilos , et la viande cuite était retirée avec
une fourchette en fer battu qui ne ressemblait pas mal à une fourche à
fourrage ! Deux ou trois planches disjointes sur deux bancs servaient de
table. C'est là que l'on déposait la viande pour en faire les rations.
Les délicats qui avaient la bourse bien fournie, allaient en toute
liberté s'approvisionner dans les hôtels qui ont eu pendant notre séjour un
— 5 —
débit excédant leurs ressources. Les petits logements étaient envahis ,
et plusieurs maisons particulières étaient transformées en hôtels. Les pro-
priétaires qui avaient du vin faisaient concurrence aux aubergistes. Les
cafés étaient si pleins qu'il fallait consommer debout. Il est. à présumer que
les habitants de Châteauroux garderont longtemps le souvenir des mobilisés
du Gard qui , à leur tour, ne les oublieront pas.
Dans cette ville où la bonne grâce des habitants égale leur bienveillance
eut lieu un conseil de révision quelques jours avant notre départ. Il y eut
beaucoup d'appelés, mais peu d'élus !. Je m'abstiens de détails à ce sujet.
Une grande revue fut passée au Champs de-Mars par un capitaine de
vaisseau récemment nommé général ; à cette revue assistaient plusieurs régi-
ments de mobilisés de divers départements, groupés dans ce vaste champ
de manœuvres. La tenue des troupes était irréprochable au point que ,
quelques jours après , le général Chanzy nous réclamait pour faire partie de
son armée ; mais. des retardataires venus de Nimes , retardèrent notre
départ de Châteauroux. Nous étions avertis de nous tenir prêts au premier
signal, et que le départ serait prochain.
Un matin que la pluie tombait à torrents , Trouillat ( c'était le sobriquet
que nous avions donné à un Auvergnat de nos camarades ) qui était très-doux
et obéissant, venait d'être commandé pour aller en corvée ; il n'osait sortir
de la grange pendant cette forte pluie , et se promenait dans l'enceinte levant
parfois les yeux pour regarder le temps. Ses camarades de corvée étaient
déjà partis ; un mobilisé , ancien soliat , finit par lui dire :
— Tes camarades sont partis malgré la pluie, mais ils ont oublié de pren-
dre des parapluies ! Montre-leur que tu es au courant du service : va demanT
der au caporal Tropignard le parapluie de l'escouade ; il s'en est servi le ,
dernier.
Trouillat, sans prendre plus de renseignements, va demander le parapluie
en question , disant :
— Caporal Tropignard, donnez-moi je vous prie, le parapluie de l'escouade.
Et celui-ci de répondre :
— Je viens de le donner au sergent Briquet pour qu'il en ait le plus grand
soin. Va le lui demander : il est trop bon garçon pour le refuser.
Sans perdre du temps, notre jeune Auvergnat va au sergent qui, en ce
moment était allongé sur un banc fumant un brûlot.
— Charjan , je venais vous demander.
— Assez, assez , quatre jours de salle de police pour t'apprendre à être
poli envers ton supérieur. Va-t-en.
Le sergent ayant compris le signe que lui faisait un camarade, le rappela
et lui dit de s'expliquer.
— Je venais vous demander le parapluie de l'escouade pour aller en corvée.
— C'est le major qui en est le gardien spécial, mais il le donne a tous ceux
qui le demandent. Vas-y de ma part.
Le major qui savait ce qui se passait le reçut le sourire sur les lèvres et
l'envoya à 1 adjudant qui était dans sa chambre. Trouillat, sans se décourager
# va à la chambre de l'adjudant et entre brusquement sans frapper à la porte.
— Impoli que vous êtes, fait l'adjudant ; vous aurez cinq jours de salle de
police pour être entré chez moi sans frapper. Parlez maintenant.