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Souvenirs d'un prisonnier de guerre. Coup d'oeil sur les opérations de l'armée de Metz, suivi de considérations militaires , par un officier d'infanterie

43 pages
Impr. de A. N. Lebègue (Bruxelles). 1871. In-8°. Pièce.
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SOUVENIRS
D* UN
PRISONNIER DE GUERRE
coup D'OLIL
SUR LES OPÉRATIONS DE L'ARMÉE DE METZ
S l 1VI
UC CONSIDÉr.ATl.NS M 1 LlTA IHI'.S
Bruxelles. Imprimerie île A. N. Lcbeguc et O, (!, rue Terrarcken
SOUVENIRS
D'UN
PHIER DE GUERRE
iCOLJP D'OEIL
SOTTIES OPÉRATIONS DE L'ARMÉE DE METZ
SUIVI
DE COXSIOÉllATIONS IIILITlIRB
PAR UN OFFICIER D'INFANTERIE
Impavidum ferient ruinæ.
-----*--
BRUXELLES
OFFICE DE PUBLICITÉ
IMPRIMERIE DE A.-N. LEBÈGUE ET COMPAGNIE
RUE TERRARCKEN, 6
1871
PREMIÈRE PARTIE.
L'ARMÉE DE METZ.
I
LE DÉPART.
i i-t -, e ZD
NI. filbriie du Corps législatif, le duc de Gra-
mont, avec un cœur léger, venait de faire retentir
le cri de guerre. La France ne fut pas surprise.
Elle savait qu'il viendrait un moment où il fau-
drait opposer une digue à l'ambition démesurée
de la Prusse. Le moment pouvait lui paraître bien
choisi. Le ministre de la guerre n'avait- il pas
affirmé avec une criminelle assurance que tout
était prêt ?
L'armée partageait les illusions de la nation.
Elle n'ignorait pas que la guerre qui allait com-
mencer serait difficile et meurtrière. Mais elle
8
comptait sur la bravoure et l'entrain des soldats,
sur les mitrailleuses dont on disait merveille, sur
ses chassepots. Elle avait confiance dans l'avenir.
A Paris, la population se montrait générale-
ment grave et recueillie, comme il convient dans
un moment aussi solennel. Le soir, pourtant, des
bandes nombreuses parcouraient les boulevards
en criant : Il La paix ! la paix ! Il Ces manifesta-
tions donnaient froid au cœur.
Cependant, la guerre était déclarée, et déjà
nos soldats partaient pour la frontière.
Le Corps législatif eut une séance de nuit pour
voter des lois d'urgence. En sortant de cette séance
tumultueuse, nous entendîmes un Arcadien fort
connu dire à un autre député : Il Quel gâchis !
grand Dieu, quel gâchis !
Malheureusement, ce mot allait pouvoir s'ap-
pliquer aux choses de la guerre mieux encore
qu'à la politique.
Le ministère de la guerre déploya une activité
fiévreuse. Mais, avec notre vieille organisation mi-
litaire, il lui eût fallu un long mois pour faire
bien ce qu'il tenta d'accomplir en peu de jours.
Aussi, le désordre fut général. Des régiments par-
tirent sans campement, sans voitures. Les pre-
mières concentrations eurent lieu sans services
9
administratifs, sans vivres, sans services médi-
caux. Les généraux couraient après leurs troupes
et ne les trouvaient pas toujours.
On espérait ainsi gagner de vitesse sur les
Prussiens et les surprendre en voie de prépara-
tion. On n'aurait cependant pas dù ignorer, en
haut lieu, que le système prussien se prête admi-
rablement à la mobilisation rapide de l'armée et
que, depuis plusieurs jours, l'ennemi avait rap-
pelé ses réserves.
Quoi qu'il en soit, nous quittions Paris le
21 juillet au matin. Le régiment (3e grenadiers)
devait s'embarquer à la gare de La Villette. Le
faubourg Saint-Martin était rempli de populaire.
L'enthousiasme fut au comble lorsque la musique
joua la Marseillaise. Il était, en effet, assez pi-
quant de voir un régiment de la garde jouer notre
chant national bêtement proscrit depuis vingt ans.
II
L'ENTRÉE EN CAMPAGNE.
Le 22 juillet, nous arrivions à Nancy. Au lieu
des ovations qui, depuis Paris, nous avaient ac-
cueillis sur notre passage, cette ville se montra
froide et réservée. Nous repartions le 26 seule-
ment pour Metz, où nous entrions le 27 au soir.
L'Empereur y arriva le 28. On le vit peu. Il donna
cependant une satisfaction tardive à M. Glais-
Bizoin, député au Corps Législatif, en dé barras-
sant les grenadiers de leurs bonnets à poils. -
Le corps de la garde, qui était prêt, n'en resta
pas moins dans l'inaction la plus complète jusqu'au
4 août. A cette date, il partit pour Boulay, où on
il
le fit camper dans un espace étroit, les différentes
armes les unes sur les autres, le dos appuyé à la
Need, petit ruisseau infranchissable. Nous étions
à deux pas de la frontière, mais on ne prit aucune
mesure pour se garder. Une simple fusillade de
nuit rendait une panique inévitable. Une attaque
sérieuse, au contraire, et nous avions le sort de
la division Douai à Wissembourg. Le hasard en
décida autrement.
A ce moment, les corps d'armée étaient arrivés
à la frontière. Il est vrai qu'ils s'étendaient de ̃
Boulay à Belfort, qu'ils ne se reliaient pas entre
eux et qu'en cas d'attaque, ils étaient dans la
presque impossibilité de se prêter un mutuel appui.
Le vice de ce plan de campagne sautait aux yeux
des moins clairvoyants. Dans l'armée, on disait
que l'Empereur avait donné des commandements
de corps d'armée à ses aides de camp et les avait
ainsi isolés pour leur permettre de gagner leur
bàton de maréchal.
Quant à la garde, les officiers pouvaient savoir
que Bourbaki avait été appelé à l'honneur de la
commander, mais les soldats ne s'en doutaient
guère. On se plaignait, à bon droit, de n'avoir pas
encore vu l'illustre général. Dans son entourage,
on alléguait qu'il craignait de froisser les suscep-
- 12
tibilités de ses divisionnaires dont un était même
plus ancien que lui singulière raison !
Personne ne pourrait dire au juste ce que la
garde était allée faire à Boulay. Le lendemain, elle
décampait au plus vite, revenait sur ses pas et se
dirigeait sur Saint-Avold. Là du moins elle pouvait
se rendre compte de son rôle de troupe de réserve.
En effet, elle apercevait devant elle les corps
Bazaine et Ladmirault.
Nous commencions à regretter nos critiques et
nos impatiences, à croire sérieusement à une con-
centration générale de l'armée. Nous allions donc
enfin marcher en avant !
III
LA RETRAITE.
Au camp de Courcelles, nous apprenions que la
division Douai avait été surprise à Wissembourg.
Tout en déplorant ce malheur, nous espérions
qu'il servirait de leçon à nos chefs, et qu'à l'avenir
ils s'éclaireraient et surtout se garderaient mieux.
En arrivant à Saint-Avold, des nouvelles autre-
ment graves vinrent nous jeter dans la consterna-
tion. Mac-Mahon avait été battu. Victime d'un
plan de campagne stupide, assailli avec une tren-
taine de mille hommes par des forces énormes, le
maréchal fuyait avec les débris de son armée.
A Forbach, le corps Frossard avait été attaqué
-14 -
par des forces supérieures. Il combattit toute une
journée sans être secouru par le corps Bazaine qui
se trouvait à proximité. Le général Frossard ne
voulut pas croire à une affaire sérieuse et ne se
décida à paraître sur le champ de bataille que
pour assister à la débâcle de son armée.
L'éparpillement insensé de nos forces avait
porté ses fruits. Sur notre droite, deux corps
d'armée étaient battus. Le 3e, corps de Failly, se
trouvait complètement en Pair et gravement com-
promis. Nous avions été surpris en flagrant délit
de formation. Les corps Bazaine, Ladmirault e
la garde étaient forcés de battre en retraite sur
Metz.
Le maréchal Bazaine fut alors investi du com-
mandement suprême. A chaque instant, on s'at-
tendait à être attaqué. La retraite s'opéra lente-
ment, par un temps affreux et en prenant des
positions de combat.
Le 11 août, nous arrivions à Metz. On était si
peu prêt à faire la guerre que les forts de cette
importante place n'étaient pas achevés et n'avaient
encore ni leur armement ni leur approvisionne-
ment de siège.
DEUXIÈME PARTIE.
LE MARÉCHAL BAZAINE.
--*--
1
L'INCAPACITÉ.
Frossard avait pu rallier Metz. Canrobert venait
d'arriver avec son corps d'armée. Bazaine pouvait
donc disposer de cinq corps formant un effectif
d'au moins 140,000 hommes. Le corps Frossard
seul avait été engagé. La garde constituait un
corps de réserve splendide. Jamais un maréchal
de France n'avait été appelé à l'honneur de com-
mander une aussi belle armée.
L ennemi était dezï^e^ ikîs. talons. Si 1 011
voulait rallier les lion vers Châ-
i
Ions, il n'y avait j/aaT pr^;e®Bs\ erdre. Cepen-
dant on ne songea' à^iKfc^^Fy^e le 14 août.
"--–- j
"'- .ffPR\)
-18
Les Prussiens manœuvraient déjà pour nous
couper la route de Paris, dans le but de retarder
notre départ, ils nous attaquèrent vers cinq heures
du soir en avant de Borny. Ce fut surtout un
combat d'artillerie. Sur notre gauche, le corps
Ladmirault combattit vaillamment; au centre,
nos positions furent conservées; à droite, les ré-
sultats furent moins brillants. La nuit seule mit
fin à la lutte.
Les derniers coups de canon étaient à peine
tirés que le mouvement projeté dans la journée
continuait à recevoir son exécution. Les différents
corps se dirigèrent vers la route de Verdun. Mais
il y avait un tel encombrement sur les routes et
dans Metz que nous n'arrivions à Longeville que
le 15 vers midi. Nous avions mis 13 heures pour
faire quatre ou cinq kilomètres!
La fatigue était grande. Nous prîmes quelques
heures de repos dans une prairie, entre Longe-
ville et Moulin. Une reconnaissance fut poussée
sur la route d'Ars. On n'y eût certainement pas
songé sans un fait extraordinaire qui venait de se
passer. L'ennemi, avec une audace inouïe, avait
amené quelques pièces dans la direction de Mon-
tigny, presque sous le canon de Metz, et avait en-
voyé des obus au milieu du camp que nous occu-
-19
pions. Une panique s'était emparée des régi-
ments qui nous avaient précédés. Un colonel et un
capitaine avaient été blessés mortellement.
Le 15 au soir, 15 août! nous repartions
pour Gravelotte. Les colonnes n'étaient pas éclai-
rées ou l'étaient d'une manière absurde. Cette
marche ressembla à toutes les autres. On faisait
quelques pas en avant pour s'arrêter des heures
entières. Rien n'est plus énervant, plus éreintant
pour les troupes. Vers dix heures du soir, nous
campions près du village de Gravelotte où se trou-
vait l'Empereur. Un instant après, il y eut une
vive alerte causée par une compagnie de hulans
qui, avec leur audace habituelle, traversèrent
notre camp.
Le 16, de grand matin, l'Empereur, escorté par
les lanciers et les dragons de la garde, se retirait
dans la direction d'Étain. Vers 9 heures, une
canonnade assez vive se faisait entendre. Presque
aussitôt, on voyait accourir sur la droite de Ré-
sonville une masse de chevaux démontés. Malgré
les avis reçus des avant-postes, une de nos divi-
sions venait d'être surprise par trois batteries
d'artillerie et par deux régiments de cavalerie
débouchant de Vionville.
C'était le prélude de l'attaque générale de l'en-