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Souvenirs de mes vingt ans, essais poétiques. L'Expiation, chronique franc-comtoise du XVe siècle...

De
59 pages
impr. de Dupré-Prudont (Dole). 1866. In-8° , 67 p..
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L'EXPIATION
CHRO.NIQOK FRANC COMTOISE
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PrK au rniiroui» di' poésie do l'Académie de Besançon, le'24 ■autU ISt;V
DOLE
IMPRIMERIE DUPRÉ-PRKDOiNÏ
186<>
SOUVENIRS DE MES VÏNGT ANS
L'EXPIATION
ALFRED FAGANDET
SOUVENIRS DE MES VINGT ANS
..ESSAIS POÉTIQUES
I7EXPIATION
CHRONIQUE FRANC-COMTOISE
DU XVe SIÈCLE
Prix au concours do poésie de l'Académie de Besançon, le24 août 18G*
DOLE
IMPRIMERIE DUPRE-PRUDONT
1866
Muse de ma jeunesse, ô blonde évaporée,
Heureuse jusqu'alors de ton humble destin,
Tu vivais pour moi seul, solitaire, ignorée,
Préférant l'humble toît aux splendeurs de Catin.
Le soleil luit pour tous, dis-tu ; jadis Vesprée
Suffisait aux accords de ton luth argentin,
Enfin, je ne vois plusma céleste adorée
Au sein de ces atours bruissant de satin.
Tu veux courir le monde ; auparavant écoute :
Enfant, tu vas trouver au début de ta route
Les pierres des passants, les ronces des sentiers.
Vas, Phalène, attiré par l'éclat des lumières,
Et quand tu reviendras à tes amours premières
Tu sauras à quel prix s'achètent les lauriers.
L'EXPIATION
Chronique franc-comtoise dn XVe siècle
On venait au salon de servir à l'instant
L'odorante liqueur que Voltaire aimant tant.
La neige, fleur d'hiver, à la pâle étamine,
Tombait, vêtant le sol d'une robe d'hermine ;
Hôtes, voisins, amis d'un antique castel,
Nous regardions flamber la bûche de Noël ;
Au dehors gémissait du nord la froide haleine.
— « Vous êtes mes captifs, nous dit la châtelaine,
Ce soir, Messieurs, céans, je vous retiens ; — ainsi :
One ne doit espérer ni grâce ni merci ; »
Et de sa main mignonne en nous montrant un siège
— « J'ai, dit-elle, en riant, pour complice la neige. »
L'adorable comtesse alors se laissa cheoir
En son fauteuil gothique et permit de s'asseoir.
Décrivant autour d'elle un cercle concentrique,
On causa quelque peu modes et politique,
Bourse, théâtre, tous sujets fort importants.
— Or ça, mes prisonniers, de par le mauvais temps,
Interrompit encor la comtesse folâtre,
Êtes-vous comme moi ? Quand l'hiver devant l'âtre
— 8 —
Nous assemble frileux et quand nos froids climats
Ont couvert les chemins de givre et de frimats,
J'aime fort écouter une vieille légende ;
Notre belle comté vaut l'Ecosse ou l'Irlande ;
Pour ses traditions, ses gnomes, ses follets,
Ou ses péris dansant de fantasques ballets ;
Et parler de sabbat, de démons, de grimoire,
C'est évoquer le nom cher, à notre mémoire
D'un ravissant conteur, de notre bon Nodier,
C'est voir venir à nous Vey, Monnier et Marmier.
Sur ce, nous suzeraine à nos pieds donnons place
A tout conteur joyeux et le tenons en grâce.
On la pria je crois de choisir parmi nous ;
Ce fut moi qu'elle élut ; je vins à ses genoux
Et commençai marri de mon peu d'éloquence.
— Quand je courais les monts aux beaux jours de
(vacance,
Madame, il me souvient qu'un pâtre me narra
Cette vieille chronique en patois du Jura.
^ — Si parfois le hasard vous amène en touriste
A Salins, la cité qu'un incendie attriste,
Un bâton à la main, gravissez les sentiers :
Voici d'abord Salgret, la ferme aux cent noyers ;
Marchez toujours, marchez, votre route est jolie,
La blanche pâquerette ou la frêle ancolie
Offrent leurs doux parfums aux rares visiteurs
Et rendent d'un long bois les sentiers enchanteurs.
Nous allons arriver... un peu de patience :
La forêt est franchie ; un horizon immense
Se déroule à vos yeux ; là dans son vert manteau
— 9 —
Vaugrenans, puis Vadans, au féodal château ,
Plus loin Poupet, géant, muette sentinelle
Posée aux premier temps par la main éternelle ;
Derrière vous, voyez, dans ces lierres rampants,
Dans ces ruines, nid habité des serpents,
Reste seule debout une ogive gothique ;
Ce sont là les débris d'une abbaye antique,
C'est là Château-Salins, fondé par Saint Bernon,
Que Notre-Dame prit sous sa protection.
— De ce long préambule à mon noble auditoire
Je demande pardon et reviens à l'histoire.
Pendant l'automne avant l'an mil quatre cent vingt
En ce couvent fameux, voici ce qu'il advint :
A la porte une nuit on heurte; — c'est sans doute
Un voyageur errant, égaré dans sa route,
Ou quelque malheureux demandant charité
« — Frère, que voulez-vous? — Votre hospitalité,
Répondit l'inconnu d'une voix altérée,
Et la porte s'ouvrit pour lui livrer entrée ;
Puis on le conduisit au révérend prieur ;
Découvrant son visage où perlait la sueur :
« Mon père, lui dit-il, sur le bord de l'abîme
» Je viens à vous, j'allais succomber sous mon crime.»
Le saint homme effrayé, le regarde à ces mots ;
Lui ne put achever, il fondit en sanglots.
Ce visiteur étrange était, je vous l'assure,
Un fort beau cavalier, ayant bonne figure ;
Chaperon sur l'oreille et l'épée au côté,
Des cheveux noirs, le front empreint de majesté;
Il avait à peu près vingt-six printemps ; en somme
— 10 —
On devinait sans peine un brillant gentilhomme.
Après quelques instants passés silencieux :
« Mon fils, dit le prieur, en lui montrant les cieux,
« C'est aux plus, grands pécheurs que Dieu le plus
[accorde ;
» Pourquoi désespérer de sa miséricorde?
« Pour ses bourreaux lui-même est-il pas mort mar-
tyr?
«i On peut tout espérer par un saint repentir. »
Et l'étranger reprit : « Ma vengeance assouvie,
« J'allais par ce poignard m'arracher à la vie,
« Quand sur moi Notre-Dame abaissa son regard ;
« J'eus peur, j'ai fui, je suis Raoul de Montrichard ;
« Je viens vous demander un coin de votre terre.
« Pour y traîner mes jours dans une vie austère ; »
« — Comte, dit le prieur, j'exaucerai vos voeux. »
Raoul en sanglotant poursuivit ses aveux :
« — Quatre ans sont écoulés depuis qu'en la chapelle
« J'épousai de Poupet la noble demoiselle.
« Je portais ses couleurs au précédent tournoi,
« Quand, vainqueur, je revins, elle tremblait d'émoi ;
« Je là vis, je l'aimai, comme on aime la femme
« Qui d'un premier amour emplit votre jeune âme,
« Et l'anneau nuptial bientôt orna sa main ;
« Festins, danses, tournois, fêtèrent notre hymen,
« Marie était alors aussi bonne que belle,
« Deux ans je fus heureux, deux ans passés près
[d'elle;
« Ce bonheur que je crus éternel... insensé !
« Dieu me l'avait compté, je l'avais dépensé.
— 11 —
« Le duc Jean m'appela pour suivre sa bannière ;
<( Il allait guerroyer contre Jean de Bavière ;
« Sans cesse à ses côtés, à Gorich, à Senlis,
« Je fus encore témoin du siège de Paris.
« Je vis des Armagnacs l'horrible boucherie,
« Et tout en combattant, je songeais à Marie ;
« Au sein de la mêlée où moissonnait la mort
« J'évoquais son image et me sentais plus fort.
« Quand je vis Jean-sans-Peur sous le fer d'un par-
[jure
« Tomber assassiné, je quittai mon armure
« Et repris le chemin de mon pays natal ;
« J'avais vu deux hivers depuis le jour fatal
« Qui reçut mes adieux à ma dame éplorée ;
« J'allais revoir enfin cette épouse adorée...
« Pour arriver plus vite au conjugal foyer,
« Je pris pour tout cortège un fidèle écuyer,
« Et ma noire jument, ma compagne guerrière,
« Secondant mes désirs dévorait sa carrière.
« Témoin de mon bonheur, Montrichard à mes yeux
« Vient d'apparaître enfin... Tout est silencieux.
« Minuit tintait alors ; j'étais heureux d'avance
« De surprendre Marie après ma longue absence ;
« Déjà je la voyais me pressant dans ses bras,
« Rougissant d'un plaisir qu'elle n'attendait pas.
« Aux portes du donjon, je me fais reconnaître,
« Et la herse aussitôt se lève pour le maître.
« Ni page, ni courrier n'annonçait mon retour.
« J'étais seul; promptement je traversai la cour,
« La grand'salle d'honneur, la longue galerie ;
— 12 —
« Je volais pour plutôt arriver à Marie.
« Près de franchir le seuil de son appartement,
« Je tremblais, j'éprouvais comme un pressentiment,
« J'arrive doucement, retenant mon haleine ;
« Je voulais qu'un baiser, récompensant ma peine,
« Vînt l'arracher soudain au rêve commencé.
« J'écoute; mais d'horreur tout mon sang s'est
[glacé ;
« Une froide sueur sur tout mon corps ruisselle,
» J'écoute et doute encore ; égaré, je chancelle ;
« Comme en proie aux tourments d'un affreux cau-
[chemar ;
« Ma main à quelque appui se cramponne au ha-
sard.
«C'était elle; ô mon Dieu! le croirez-vous, mon
[père?
«> Arrivant jusqu'à moi de sa couche adultère
« J'entendais murmurer des paroles d'amour,
« Des baisers, des soupirs... etj'étais de retour!...
« Le damné souffre-t-il davantage ? La femme
« Que pure je laissai, je la trouvais infâme;
« Ma raison s'égara : transporté de fureur,
« Mon poignard en main , j'ouvre et recule d'hor-
[reur.
« Je ne pouvais douter... Marie, à cette vue,
« Jette un cri de terreur, se lève demi-nue ;
« Je la vois, se voilant de ses longs cheveux blonds,
« Sur sa gorge croiser ses deux bras pudibonds,
« Je la vois, suppliante et belle en son désordre,
« Se traîner éperdue, à mes genoux se tordre.
— 13 —
« Mon père, ce poignard, qui lui perça le sein,
« A puni l'adultère et m'a fait assassin.
« Je n'avais pas rendu ma vengeance complète :
« L'infâme séducteur à combattre s'apprête ;
« Il était devant moi, son épée à la main ;
« La mienne de sa gorge a trouvé le chemin ;
« D'un bâtard de Vaudrey j'avais puni le crime,
« Car ce félon portait la barre illégitime.
« Justice est faite : à moi le cloître et le remord ;
« Mon père, ici vivant, mais pour le monde mort,
« Puisqu'il n'est plus pour moi de bonheur sur la
[terre,
« Je viens m'ensevelir en ce saint monastère. »
« — Vivez pour expier, mon fils, dit le prieur,
« Car Dieu n'a pas voulu le trépas du pécheur. »
Les moines, se rendant au matin à l'office,
Virent au milieu d'eux, jeune encor, un novice :
C'était frère Jehan, comte de Montrichard,
Qui de Château-Salins devint prieur plus,tard.
Dans les austérités, le jeûne et la prière
Il vécut de longs jours; 1 et quand l'heure dernière
Vint l'endormir en paix dans les bras du seigneur,
En ôtant son cilice on trouva sur son coeur,
Avec des cheveux blonds, une dague rouillée.
Ma curiosité par le pâtre éveillée
Aussitôt me guida vers l'antique couvent
Et, rêvant à Raoul, depuis j'y vins souvent :
Froids témoins du passé, j'aimais ces vieilles pierres
Qui gardent des secret dans leurs flancs séculaires ;
— 14 — ' -.,,'.-
Sur l'une m'asseyant un beau jour au hasard,
Je découvris : « Ci-gît Raoul de Montrichard. »
Ma tâche était remplie, et la belle comtesse
Daigna sourire, un peu je crois, par politesse.
SOUVENIRS
DE MES VINGT ANS
L'ARTISTE ET LA FÉE
Quand la nuit vient et glace ma demeure,
Quand, grelottant, je regagne mon lit,
A mon chevet, une fée à cette heure
Vient s'établir et sa main m'assoupit;
Alors sa lèvre à ma lèvre s'attache,
Puis sur le front elle me baise encor ;
Mais le matin qu'au sommeil je m'arrache,
Hélas! aux cieux elle a pris son essor.
Connaissez-vous ce bienfaisant génie?
Moi, je l'appelle ange consolateur,
Car ici bas seul à ma triste vie
Il a souri me montrant le bonheur.
— 16 —
0 doux instant! quand, plongé dans le rêve,
Je vois venir du pays enchanté
Des songes d'or où l'avenir se lève
Resplendissant comme un beau jour d'été.
Là, souriante, elle passe et repasse,
La blonde enfant qu'appelle mon amour ;
Je sens son front, frissonnant je l'embrasse
Ma belle, adieu! voici venir le jour.
Pour mes pinceaux laissant ma froide couche
Joyeux bientôt, je me lève sans pain ;
Mais brûle encor la trace de sa bouche,
Ivre d'amour, on méprise la faim.
LES TROIS PAPILLONS
Souvenir de trois papillons à Mesdames !.. Th. et D... de Nancy
Dans un jardin, un beau jour de printemps,
Trois papillons à l'aile diaprée,
Parmi les fleurs jouaient depuis longtemps ;
Quand une rose à corolle pourprée
Tint au premier cet amoureux babil :
— Insecte d'or, reste ; soi-moi fidèle,
Je t'aime. — Eh bien, ma rose, lui dit-il,
Je reste, prends et mon âme et mon aile.
La violette, humble et modeste fleur
Qui vit cachée au milieu de la mousse, •
Sut du second rendre captif le coeur ;
En la voyant et si bonne et si douce,
•Il lui jura... (sa foi de papillon)
De renoncer aux amours éphémères.
Flore sourit à leur tendre union
Qui pour témoins eut lys et primevères.
Cherchant en vain la belle qu'il rêvait,
iJélsjrapfilons voltigeait le troisième ;
^Etan^t 4^Jtous le plus jeune, il n'avait
j^ïjfajs oèi\e mot charmant Je t'aime.
— 18 —
Il entendit pour la première fois
En se posant près d'une marguerite,
Viens, lui dit-elle ; en amour, sous mes lois,
Le temps perdu se regagne bien vite.
VERS
ÉCRITS AU DOS D'UN PORTRAIT CARTE DE VISITE
A Mlle D.
Dans les chemins de Mars quand j'errais en bohème,
Portant, comme Bias, tous mes biens sur mon dos,
Quand je désespérais de tout, de l'amour même.
Par vous je me laissai convaincre en peu de mots.
Pour ce bonheur, merci ! bientôt l'heure cruelle
Va me rendre au sentier de ronces parsemé.
Que ce portrait pour vous soit la fleur qui rappelle
L'absent au souvenir de ceux qui l'ont aimé.
LES DEUX AMOURS
Bomance
Dans le village où j'ai reçu le jour
Une cousine, un ange d'innocence,
Court à l'aurore épier mon retour ;
Elle m'attend après dix ans d'absence.
Mais vous lui ressemblez; — ainsi qu'elle... ô tour-
[ment!
Vous avez les yeux noirs, la figure mutine ;
Cependant vous aimer, c'est trahir mon serment.
Ah ! si vous étiez ma cousine!
En lui passant au doigt l'anneau béni,
Je lui jurai de lui garder mon âme ;
Merci, mon Dieu, mon exil est fini!
Je partirais, sije n'étais infâme.
Vous m'avez enchaîné, je suis à vos genoux...
Vaincu comme l'oiseau que le serpent fascine ;
Vous souriez., eh quoi! vous êtes sans courroux?
Ah 1 si vous étiez ma cousine !
Jenny, ma blonde, avait quinze ans, je crois,
Quand en proscrit je quittai ma patrie ;
Plus je regarde, en vous plus je la vois,
Grenade en fleur qu'un beau ciel a mûrie ;
— 22 —
Mais pourquoi m'attacher à ce frivol espoir,
Madame, par pitié! votre amour m'assassine;
Mon pauvre coeur se brise... Irai-je la revoir ?
Ah! si vous étiez ma cousine!
Vous me raillez des maux que j'ai soufferts ;
Pourquoi cet air mystérieux, étrange?
Quelque démon échappé des enfers
Se cache-t-il sous ce visage d'ange ?
Insensé que je suis, j'ai trop longtemps douté,
Vous me serrez la main et votre front s'incline.
Ce trouble nous trahit : c'est vous en vérité ;
Embrassons-nous, belle cousine!
A LOUIS M...
EN LUI RECOMMANDANT MA FILLEULE ET NIÈCE ALICE
Que de fois ma pensée inquiète s'envole
Vers le chaume où grandit ma filleule au berceau!
De sa mère, Louis, tu le sais, c'est l'idole.
Et moi, j'ai sur son front fait couler la sainte eau.
Que de fois j'ai tremblé pour sa frêle existence !
J'ai craint pour ce front pur le souffle du malheur,
Une heure, et cette lèvre, empreinte d'innocence,
Peut changer son vermeil en mortelle pâleur.
Le croup, ce mal affreux... tout mon être frissonne,
Ce monstre, dans les bras de vos mères en pleurs,
Tendres fleurs, leur espoir, trop souvent vous mois -
[sonne ;
Pour assouvir sa rage, il lui faut des primeurs.
Commençant à sourire, hélas! je l'ai quittée,
Cette enfant qu'une soeur commit à mon amour;
Ma nef, depuis ce temps sans cesse balottée,
Vogue loin du pays sans espoir de retour.
— 24 —
Qu'il fut beau, ce jour où mon Alice chérie
Du signe de chrétienne a reçu l'onction ;
Mai venait de parer les autels de Marie,
Elle... était le doux fruit d'une tendre union.
Ce jour longtemps sera gravé dans ma mémoire.
C'est ce doux souvenir qui, dans le bruit des camps,
Berce ma rêverie et d'un charme illusoire
De mes longs déplaisirs adoucit les instants.
Alice que fait-elle? Elle a grandi, sans doute,
Vers son père elle tend déjà ses petits bras
Et rit, quand elle voit, au détour de la route,
Sa mère le dimanche accourant à grands pas.
Voyant s'épanouir ses fleurs à peine écloses,
Ces petits chérubins essayant leur essor,
Que de pressentiments rident nos fronts moroses !
L'avenir... nom riant est plus terrible encor.
Écartons ces pensers, ô ma frêle colombe !
Pourquoi vouloir sonder cet abyme incertain?
Presque en naissant tu viens d'échapper à la tombe :
En tes mains, ô mon Dieu ! je remets son destin.
Camp de Sathonay, août 1860.
LE CAPITAINE MOREL
Veillée franc-comtoise
A. M. Louis MAURICE
Vous souvient-il encore de notre bon grand-père,
Vieux de la Grande-Armée, à la figure austère,
Au front cicatrisé, vrai type de grognard?
Ah! que de souvenirs il avait en réserve!
Rentré dans ses foyers, modeste campagnard,
Les longs soirs de veillée utilisaient sa verve :
Quand la neige tombait, les voisins, les amis,
Venaient teillant le chanvre écouter ses récits.
Le Petit-Caporal, c'était là son idole.
Enfants, nous disait-il, du Caire à Waterloo
Partout je l'ai suivi, j'ai vu le pont d'Arcole,
Austerlitz, Ièna, Wagram et Marengo.
Mais laissant de côté ses combats, ses victoires,
Il nous contait parfois quelques vieilles histoires
Du sire Lacuzon ou des preux Franc-Comtois.
Hommes ou jeunes gens, tous nous faisions silence
Quand il prenait sa prise en sa boîte de bois ;
Le geste équivalait à ces mots : Je eommence.
Un soir, à la veillée, assis sur ses genoux,
Du récit qu'il nous fit j'ai gardé souvenance ;
— 26 -
L'écrivant aujourd'hui, je le dédie à vous,
A vous, mon cher Louis, mon compagnon d'enfance.
Le temps qui tout emporte dans son éternel flux
Vous a fait oublier notre charmant cottage,
Où nous avons passé tous deux notre jeune âge ;
Je viens vous rappeler, hélas ! ce qui n'est plus :
Ces beaux jours écoulés et notre vieux grand-père
Qui sous les verts cyprès repose au cimetière.
Vous connaissez Arbois. Le maréchal Biron
Assiégeait cette ville au nom de Henri Quatre.
Ses braves habitants, quatre cents environ,
Ne voulurent jamais se rendre sans combattre.
Leur chef était Morel, enfant de la cité,
En voyant le danger que courait sa patrie,
Pour venir la défendre, il avait tout quitté.
Biron fit attaquer ; mais la mousqueterie
Des défenseurs d'Arbois décima ses soldats.
Furieux de l'échec, il employa les mines,
Fit commencer le feu des lourdes couleuvrines,
■Et son roi vers la ville avait pressé ses pas.
Trois fois les Arboisiens sont sommés de se rendre,
Et voici leur réponse à l'envoyé français :
« Nous préférons mourir et voir Arbois en cendre
Que trahir le serment qui nous lie à jamais. »
Cependant les boulets ébranlaient la muraille,
Et l'on vit sur la brèche, enfants, femmes, vieillards,
Affrontant sans pâlir la mort et la mitraille,
De leurs débiles mains réparer les remparts.
En vain tout Faramand est détruit par les flammes ;