Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Souvenirs de Rambouillet

12 pages
Duvalet Herment (Amiens). 1851. Rambouillet (Yvelines) -- Descriptions et voyages -- 19e siècle. 12 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

'JtâlIVESMS DE RIMBOUILLET.
Déjà devant mes yeux du fleuve de la vie
Trop rapide a passé la plus belle partie
L'illusion s'en va; ses brillantes couleurs
S'effacent à l'aspect des ans et des douleurs
L'âge a déjà blanchi les cheveux de ma tête,
La main de la vieillesse à me courber s'apprête.
Pour ressaisir encor la joie et les beauxjjwffs
Muse, aide-moi du fleuve à remonter le cours,
A retrouver les lieux où jadis, sur ses rives,
Le bonheur m'accordait ses faveurs fugitives
A lever du passé le voile transparent,
Et de mes souvenirs embellis le présent.
Ainsi quand le sommeil a clos notre paupière
Et repose nos yeux des feux de la lumière,
Un magique pouvoir nous ramène au berceau,
Exhume des amis couchés dans le tombeau,
Rappelle à nos esprits, agités par un songe,
Des instants qu'une erreur un autre instant prolonge,
Nous berce mollement dans les bras de l'amour
Et nous rend dans la nuit les plaisirs d'un beau jour.
13151
q
Accueille, Rambouillet, ce poétique hommage.
Sous ton paisible ciel s'est passé mon bel âge;
Depuis l'heure pénible où je t'ai déserté,
Ma mémoire est fidèle à ce tems regretté.
Si mes pas sur ton sot a'ont point laissé d'empreintes,
Mon cœur a de l'oubli repoussé les atteintes
Dans mes affections, constant comme en amours,
Une fois attaché, je le suis pour toujours
Des longs regrets le tems adoucit l'amertume*
Maintenant résigné je laisse aller ma plume.
Dans Versailles jadis deux hivers, deux printems
Ont amené pour moi des jours indifférents;
Et Versailles privé de mouvement, de vie,
Me semblait dans la tombe une belle endormie
Philippe n'avait point ranimé sa splendeur
L'ennui me poursuivait devant tant de grandeur.
Trianon me plaisait cette aimable retraite
A mon coeur attendri rappelait Antoinette
Et sous les verts bosquets, ému de ses malheurs,
Quelquefois j'ai senti mes yeux mouillés de pleurs.
Le jour où le devoir à Rambouillet m'appelle,
Un monde tout nouveau devant moi se révèle.
Ma curieuse ardeur cherchait de toutes parts
Ce qu'ont fait pour ces lieux la nature et les arts.
Séjour paré de fleurs d'ombrage, de silence,
Ici ne pèsent point la pompe, la puissance.
L'amitié me sourit et grâce à ses bienfaits,
Deux lustres, moins deux ans y coulèrent en paix.
Quand au fond d'une alcôve une douleur aiguë
Me retenait captif et me troublait la vue,
5
Elle veillait sur moi son zèle caressant
Entoura le berceau de mon premier enfant.
Là, sans demander mieux pour une vie entière
Aurait pu doucement s'achever ma carrière
Mais il n'eut pas fallu, dans mon cercle amical,
Voir la mort, en frappant', faire un vide fatal
Voir le destin laisser échapper de son urne,
Pour troubler mon repos, le deuil et l'infortune.
Vains souhaits, je le sais les choses d'ici-bas
Aux désirs des humains ne s'accommodent pas.
Le bonheur disparaî comme une ombre légère,
Et l'heureux d'aujourd'hui demain ne l'est plus guère.
Trois siècles ont passé depuis qu'au bord de l'eau
Fut assis ce manoir, ce féodal château,
Gothiquement orné de légères tourelles
Sur deux puissantes tours appuyant ses deux aîles.
Les d'Angerines longtemps, de ce fief possesseurs
Accueillirent la Cour et toutes ses grandeurs;
Dans une étroite chambre où finit son histoire,
Tombait un roi galant sous une mort sans gloire (1).
Là résida Julie, illustre dans son tems (2);
L'esprit et la beauté firent ses agrémens.
Une guirlande en main, aux pieds de cette belle,
Soupirait Montausier adorateur fidèle.
(1) François I.er mourut au château de Itambouillet le 31 mars 1547.
(2) Julie Lucine d'Angennes, marquise de Rambouillet,. Elle épousa, à
trente-six ans, le duc de Montausier, gouverneur du dauphin, et devint sur-
intendante de la maison de la reine. Le duc lui avait fait la cour pendant seize
ans. Fléchier prononça l'oraison funèbre des deux époux. (Voir la note finale
sur la guirlande de Julie.)
4
Demandez k Fléchier; dans son style pompeux,
L'orateur vous dira leurs titres glorieux.
Toulouse dans ces lieux, pour orner la nature ( t),
A Lenôtre donna le soin de leur parure,
Et son art merveilleux a fait sortir des eaux
Des îles, des jardins, entourés de canaux
Autrefois Rabelais aiguisait sous la roche (2)
Les satyriques traits que sa verve décoche.
Penthièvre, à l'indigent prodigue de secours,
Comptait par des bienfaits le nombre de ses jours,
Cultivait la vertu dans cette solitude;
Répandre le bonheur était sa seule étude.
Sous le toit qu'il dressa, le malade alité
Bénit encor son nom, son hospitalité.
Sur le lac, Florian, bercé dans sa nacelle, (3),
Dans ses fables peignait le lapin, la sarcelle,
La sarigue si tendre auprès de ses petits,
Douces allusions, ingénieux récits.
Telle on voit une fleur se faner sur sa tige,
Tel Rambouillet survit dépouillé, de prestige
(1) Le comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de M.m° de Mon-
tespau, acquit Rambouillet en 1706. Son fils prit le titre de duc de Penthièvre.
Ce dernier, sur les instances de Louis XVI, lui céda le domaine en 1783.
C'est lui qui fonda l'hospice.
(2) Rabelais médecin du cardinal du Bellay, allié des d'Àngènes, l'accom-
pagna souvent à Rambouillet. Il avait pris en affection une mche pratiquée
dans la roche qu'on voit aujoud'hui dans l'une des îles. Cette niche a con-
servé le nom de marmite de Rabelais.
(3) Florian d'abord page du duc de Penthièvre., habita Rambouillet et le
quitta avec le prince.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin