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Soyons républicains, avec la liberté pour tous / par un homme d'État à la retraite

13 pages
Girard (Lyon). 1871. France (1870-1940, 3e République). In-12. Pièce.
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SOYONS RÉPUBLICAINS
AVEC
LA LIBERTÉ POUR TOUS
PAR UN HOMME D'ETAT A LA RETRAITE
Novissima verba !
LYON
FÉLIX GIRARD, LIBRAIRE-EDITEUR
Rue Saint-Dominique, 6
1871
SOYONS RÉPUBLICAINS
AVEC
LA LIBERTE POUR TOUS
Par un homme d'Etat à la retraite
Novissima verba!
I
Je suis un vieillard ; car mes fils et mes petits-fils sont
mêlés à l'action publique, dont je me contente d'être le té-
moin, témoin bien anxieux et bien attristé.
Tout devait contribuer à me faire peu chérir la républi-
que; car mon berceau fut, comme celui de mon siècle, placé
au milieu de sanglantes ruines, et ma première éducation se
fit en écoutant à la veillée les récits effrayants de la Terreur.
J'ai vu tout ce que mon honorable ami, M. Thiers, a écrit :
le Consulat et l'Empire, la Restauration et les Cent Jours, la
seconde Restauration et révolution de Juillet, que le peuple
n'avait nullement faite pour celui qui en a profité.
J'ai vu la république de 1848. Cette fois elle me saisit
au moment où je soutenais ma part du gouvernement de la
nation, en qualité de député de mon pays que je représen-
tais depuis vingt ans. J'étais de la Chambre du 24 février,
et j'entendis le fameux Il est trop tard, prononcé par un de
mes collègues.
J'étais devant les barricades aux journées de Juin, et si
je ne fus pas déporté au 2 décembre, c'est que je m'étais
résigné déjà à une retraite qui depuis vingt ans m'a laissé
réfléchir sur les événements et sur les hommes, sur les
causes de nos malheurs et peut-être aussi sur les moyens de
nous sauver.
J'ai vu la république du 4 septembre 1870, ou plutôt je
voudrais la voir; car jusqu'ici la seule révolution est apparue
à la France et à l'Europe, à nos envahisseurs surtout, et la
révolution n'est pas la république.
Je n'ai ni le goût ni la liberté de me rejeter, comme quel-
ques uns de mes anciens collègues, au sein de la mêlée tour-
billonnante ; mais en les regardant du fond de ma modeste
- 2 -
terre, où je n'ose plus espérer que les Prussiens n'arriveront
pas, je veux dire, je veux en quelque sorte crier avec ma
voix d'octogénaire : Soyons républicains, mais soyons-le
avec la liberté pour tous.
Je ne sais pas si je suis clairvoyant ; je suis au moins
sincère comme on l'est au bord de la tombe.
A tous ceux qui voudront m'écouter j'envoie d'avance
un merci reconnaissant.
Des rives de la Loire, février 1871.
II
Soyons républicains: qu'est-ce que cela veut dire?
Soyons républicains : pourquoi et comment le devons-
nous être?
Si je prononçais un discours au lieu d'écrire une bro-
chure, je dirais, avec la phrase usitée aux orateurs du grand
siècle : Ces deux questions renferment tout le partage de
mon discours. Les modernes diraient : toute l'économie;
car il y a aujourd'hui beaucoup d'économie dans les dis-
cours. Hélas ! il n'y en a guère que là.
Les anciens avaient coutume de placer en tête de toutes
leurs thèses ce qu'ils appelaient la définition. Et ils avaient
bien raison, car la plupart des erreurs viennent de ce que
l'on ne s'entend pas sur les mots, de ce que l'on ignore ce
dont il s'agit.
La vraie science des mots est le partage d'un très-petit
nombre. La foule n'en possède en général que des sens dé-
tournés, exagérés, extrêmes, faux par conséquent. Orateurs
et écrivains populaires' abusent étrangement de l'influence
que certains mots ont sur les masses; ils les exploitent au
profit de leurs passions privées et pour le malheur public.
Dans leurs dictionnaires; religion signifie fanatisme, au-
torité veut dire despotisme, liberté se traduit par licence et
république par anarchie.
République, c'est un épouvantail pour quelques uns ; ce
mot ne leur apparaît qu'avec toute l'escorte indispensable
des pillages et des échafauds, de l'incendie autorisé et du
meurtre impuni. 93 seul est resté dans la pensée effrayée
des ignorants et des pusillanimes ; et ils ne savent pas que
89 a existé, et que de cette époque date une émission de
principes qui doit faire le tour du monde et rendre heureuses
toutes les sociétés, quand les sociétés seront devenues dignes
de ce bonheur et de ces principes.
Les peureux n'ont pas toujours tort; car république, cela
veut dire pour beaucoup heure impatiemment attendue de
— 3 —
la vengeance et des représailles, renversement de l'ordre so-
cial, déchaînement des passions les plus anti-sociales, libre
production de tous les égoïsmes et de toutes les cupidités
jusqu'alors forcément contenus.
Parce qu'ils ont été pauvres, ils se persuadent que leur
tour est venu de se faire riches ; parce qu'ils ont souffert,
ils s'imaginent qu'ils n'ont plus qu'à jouir; parce qu'ils
ont été persécutés ou déportés, ils croient que leur rôle doit
être celui des persécuteurs.
La république n'admet rien de tout cela, la république
n'est nullement cela.
III
Dans son sens le plus primitif, la république se définit
par son objet, et elle veut dire la chose publique : res pu-
blica. On appelait ainsi à Rome, où la première république
a été fondée, tout ce qui était la propriété de tous les ci-
toyens : le code des lois et le dépôt des moeurs, les monu-
ments publics et l'honneur national, la prospérité qui était le
fruit de la paix et les conquêtes de la guerre, les calamités
et les vertus, les violations et les gloires; tout cela était la
chose publique, la république.
Le principe se dégage du mot lui-même; il indique sur-
tout l'idée de co-propriété, de communauté. Et c'est pour-
quoi on fait à la république un triple diadème avec la liberté,
l'égalité et la fraternité.
Encore trois grands mots indiquant trois choses sublimes,
niais incomprises du plus grand nombre, et non goûtées, si
ce n'est par les excès.
Le gouvernement tire son origine et obtient son étendue
de l'objet même et du principe ; et c'est pourquoi la répu-
blique est le gouvernement de tous par tous.
Je me promenais un jour, il y a longtemps ans de cela,
dans une riante ville de la Suisse, cette patrie de Guillaume
Tell et de la liberté. — C'était à Lucerne, si mes souvenirs
sont fidèles. — Je visitai là une charmante promenade pu-
blique, à l'entrée de laquelle je lus cette inscription : " Ce
lieu ayant été créé pour l'utilité et l'agrément de tous, le
soin et la garde en sont confiés à chacun. " J ajoute que le
petit parc était dans la tenue la plus parfaite : aucun gamin
n'aurait touché une feuille, aucune promeneuse n'aurait
cueilli une fleur.
Ce jour-là, je l'avoue, j'eus une idée exacte de la répu-
blique. Je me souvins de nos nécessaires sergents de ville
et de nos indispensables officiers de paix, et je me dis : Si
le trésor publie de ces braves républicains est tenu comme