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Supplément aux Réflexions pour Me Linguet, avocat de la comtesse de Béthune

De
58 pages
impr. de P.-D. Pierres (Paris). 1775. In-12, 59 p..
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SUPPLEMENT
AUX
RÉFLEXIONS
POUR
M LINGUET,
AVOCAT DE LA COMTESSE
DE BÉTHUNE. ,
A PARIS,
de l'imprimerie de PHILIPPE- DENY.
PIERRES, rue. St. Jacques.
M. DCC. LXXV.
SUPPLEMENT
A U X
REFLEXIONS
POUR Me. LINGUET, avocat de la
comteffe de BÉIKUNE.
SUIS-JE donc le seul homme au
monde pour qui les succès ne soient
que des sources de dangers, le seul
citoyen condamné à des guerres éter-
nelles , & à passer fa vie dans des
angoisses , des convulsions non inter-
rompues , à arracher journellement par
l'évidence des absolutions toujours élu-
dées par la calomnie, le seul individu
en faveur de qui les loix, la justice-,
le voeu public, les arrêts ne puissent
rien? Quoi I le n janvier la cour des
■pairs:, le plus auguste des tribunaux
du royaume, fur une discussion réflé-
chie , sur les conclusions du ministère
public., après des audiences aussi íb-
A*.
( 4 )
lemnelles que majestueuses , ine rend,
m'affure mon état, & le 26 il m'eft
•enlevé .par les représentants d'une com-
pagnie dont Thonneur est,, dit-on, le
seul lien, consacrée à faire valoir les
loix, à les réclamer en faveur de l'in-
nocence , & dont le caractère distinctif
avoit paru , jusqu'ici, être la foumiffion
aux arrêts du parlement, le -respect-
pour cette cour sacrée. 11 m'eft enlevé
fans griefs ( r ), .après trois refus con-
sécutifs de m'entendre, après un examen
d'un instant, & destiné uniquement'à
m'ôter la ressource de pouvoir dire que'
je n'ai pas été entendu. Ainsi, la jus-
tice même de ces prétendus juges étoit'
une iniquité, & leur respect apparent
pour les formes ne cachoit qu'un piège.
Et dans quelle circonstance conforn-
ment-ils çe complot ? C'est le lender-
main du jour où le parlement vient
de publier un rôle qui donne à la
comtesse de Béthune , fur un placer
coté de mon nom , audience dix jours
( 1 ) Je ne dis pas fans motifs ; il y en a
un très-pressant, que l'on verra aux pages 46
& fuivanres
( 5 )
après ; au moment où il lui est impoff-
-ble d'instruire, & même de choisir un
-autre avocat ; après les visites qu'elle a
'pris la peiné de faire elle-même aux
principaux -d'entre- eux , pour leur déL
,elarër son attachement inébranlable â
son premier choix, & en même temps
ïes prier d'avoir égard à fa position*
à celle de ses enfants, que les délais'
compromettent & que les retards rui-
nent. Ainsi ce n'eft pas moi qu'ò'ri
frappe, c'est son défenseur. Ce n'est
pas ma qualité qu'on trie contefte
c'est la faculté de la servir ; c'est'moins
encore mon état que fa fortune que l'on
sacrifie.
Et fur quoi sont donc fondés les
droits de ce comité despotique, quin fe
joue avec tarit de' sang-froid" de ceux de
íous les ordres' des. citoyens , qui
égorge ses membrés avec Une cruauté
fi réfléchie, qui calcule avec tant d'art
les moments où il pourra nuire à une
famille distinguée , à une veuve de
qualité poursuivie' par des hommes'
puissants , à des orphelins que Toit
veut écraser, sans que personne puisse.'
(entendre leurs cris?
Ne craint-il pas qu'on les examines
( 6 )
qu'on lés apprécie ? Croit-il que les-
tribunaux verront tranquillement me*-
connoître "ainsi, leurs décisions ? Seflatte-
t- il que la justice voudra bien leur
prêter fon glaive pour commettre des
crimes , & qu'à leur moindre signe,,
le, frein qui assure le repos de la so-
ciété , deviendra l'instrument d'un assas-
sinat ?
Le temps viendra-où, je demanderai-
vengeance contre ces; diffamateurs im-
pitoyables y où je prendrai contre eux
personnellement des conclusions pro-
prés à assurer leur châtiment & les
• indemnités qui me font dues. Main-
■ tenant je ne demande que justice. IL
faut instruire mes juges- St les leurs de
leurs manoeuvres , de leurs griefs, de
leurs motifs & de leurs espérances.
Le 22- décembre 1774 , dans un
temps où je ne me préfentois pas.au
barreau, au moment où l'audience du
4 janvier m etoit accordée pour moi-*
même , on tient précipitamment une
assemblée, où toute affaire cessants
car on avoit hâte , on arrête une. défense-
provifoire de communiquer avec moi.
Gn la:signifie solemnellement à messieurs
les préfidents des chambres du parle-
(11 )
menr Le 28 au soir, j'écris au bâton-
mër- la lettre, que voici.
M ON s I E U R ,
« J'ai appris, avec autant de surprise
» que de douleur, ce qui s'est passé
55 jeudi dernier, à l'affemblée de ce
>i jour, à mon occasion. Je-rie devois \
» m'y attendre en aucune façon dans
» l'état où font les choses; Cependant
» j'ose vous supplier de vouloir bien
» m'instruire- des motifs qui ont déter-
» miné. Yen a-t-il d'autre que l'arrêt
» du 11 février dernier ? II m'est im-
» portant d'en être instruit, pour me?
» tranquilliser s'il n'y a" rien autre'
» chose, ou me justifier si la calomnie
» s'est permis de me compromettre^
» fans que j'aie pu me défendre.
» Je vous supplie de m'honorer d'une-
» réponse. Je vous demande aussi en'
» grâce de vouloir bien indiquer une
» assemblée pour mercredi 4, à l'iffue
» de l'audience, à laquelle je vous prie
» de vous trouver, ainsi que MM. les
» députés. Elle est indiquée à la fin
» de l'audience de septheures. Je crois
« Monsieur, qu'il, est de l'honneur de
A 4
( 8 )
» l'ordre de terminer, définitivement
» & fans délai, les tracasseries qui-,
» depuis dix - huit mois, me ren-
» dent si malheureux. íl n'y' aura
» point de moment plus favorable.
» pour cela , que celui qui íuccé-
» dera à l'audience du 4. Si le juge-
M'ment du 11 février est confirmé,
» tout fera dit : si, au contraire , il est
» rétracté , comme je m'en flatte , &
» qu'il n'y ait rien d'ailleurs que l'on
»'puisse m'objecter , ou que si l'on
» m'objecte quelque chose , je puiffe
» me justifier sur tout, je ne puis pas
» croire qu'une association d'hommes;
» vertueux pût vouloir continuer à:
» me persécuter.
» Je suis, avec un profond respects
» & »
Signé , LINGUET
Me. Lambon, bâtonnier, né s'étan-fe
pas trouvé chéz lui , ma- lettre n'a été
remise que le 29 matin , & il m'a ré-
pondu ce jour-là la lettre qui fuit.
« L'assemblée du jeudi 22 , Mon-
» sieur, ne s'est nullement déterminée
» par l'arrêt da 11 février dernier, a»
( 9 )
» refus provisionnel de communiquer
«-avec vous. Elle a déclaré qu'elle ne
» connoiffoit pas un arríi qui n'avoi t pas
» été rendu fur le voeu de Vordre lequel
» ne s'affembloit pas alors r G étoit
» mime dispersé.. Le motif de notre dé-
» libération, qui a été si unanime que'
» je n'ai pas même été obligé d'opiner,.
». a été différents écrits où-vous vous êtes.'.
». donné la licence de blâmer la conduits
» de l'ordre, notammen.t vôtre mémoire
» imprimé contre monsieur F....., au
». mois de. juillet ou août 1771 , dans
» le temps que personne ne; faisoit
»- encore acte de la. profession , où vous -,
n avez déclaré que vous repreniez le pre-
» mier des- fonctions' que vous- accufiez
». les autres d'avoir quittées trop légère--
» ment ( I ). Depuis, vous avez encore"
». fait différents- mémoires où- vous avez
» maltraita l'ordre ; votre ton- n'eft pas:-
» celui du barreau' ,& l'on craint que;
» VOUS ne nous attiriez des affaires
( I ) II.n'est'pas' inutile d'obferver qu'il n' y a
pas un mot, un seul mot qui puisse ptésearer ce:
fens , ni rien qui ait rapport dans tout ce mé-
moire,
( 10 )
» comme vous vous en êtes déjà fait plu--
» sieurs : le journal que vous-avez entre-
» pris, ne s'accorde guere avec l'étude né-"
» ceffaire à un avocat; vous y avez en-
» core tourné notre ordre en dérision,
» vous y avez désavoue un éloge que.
» vous y convenez d! avoir adopté, dans:
» le temps que vous croyiez qu'il vous'
»' étoit utile qu'on vous en crut l'auteur*/
» Je ne finis ois pas , si je vous rappor-
» trois tous les faits qui ont été cités ;
» malgré tout cela, ce n'est que par
» provifion qu'on s'abstient de commua
» niquer avec vous ; notre arrêté à votre
» égard fera réglé définitivement lors-
»de. la confection du tableau ; vous-
». restez* cetrë année-dans l'almanach r-
» fur- la lifte dès avocats ; je désire,;
w Monsieur, que l'òrdre puisse cotiser-
» ver un homme aussi distingué par ses?
«talents- ; mais l'ufage que vous ea-
» faites, paroît à prefque tous contraíre-
» à-notre police; au-surplus,-la chofe
» fera encore plus mûrement exami-
née , lorsqu'il s'agira de prendre utt-
» parti définitif. J'ai l'honneur d'êtres.
Signé , LAMBON
Le même jour 29 à midi, je me
suis présenté pour répondre à ces griefs:
refus de m'entendre avec les circons-
tances atroces, honteuses, dont j'ai
rendu compte en plaidant.
Le n janvier, la cour a annullé
tout ce qui avoit été fait contre moi
le 11 février, ensemble ce qui a précédé
& suivi. Par là toutes les machinations
couvertes du voile de la justice , 8t les;
prétendues'délibérations des avocats
jusqu'au jour de l'arrêt, étoient incon-
teftablement annullées. Les députés
ont prétendu que celle du 22 déceim--
bre échappoit à l'arrêt du n janvier..
Je me fuis soumis a ce caprice sédi-
tieux : je me fuis présenté le 19 pour
obtenir justice d'eux- Second refus de;
m'entendre. Le 25 , troisième refus.
Enfin le 26 on m'a communiqué les;
griefs, on a consenti à m'entendre.
La veille j'avois déclaré que j'exigeois
qu'on me communiquât par ecrit les
griefs : à cette proposition il s'étoit élevé;
une clameur universelle. & furieuse
comme si j'avois fait un outrage à ras-
semblée. Le bâtonnier s'étoit levé, les
yeux étincelants , & m'avoit crié avec
glus: de. gentianes, que n'en promettoir
A 6
(12 )
son, âge ne m'envoyez pas de lettre, ce
soir, ou. du moins, n'en attendes pas de
téponsfe. Vous faites un trop bel ufage de:
celles qu'on vous écrit.. Cette incursion;
déceloit un coeur ulcéré* que des rap-
ports malins avoient encore aigri!
Le. 26 je me.-'fuis: rendu, à l'assém-
blée : j'ai, commencé par tirer moro
ècritoire & un papier fur lequel étoit
écrit le discours; que voici : j'ai voulu
le lire : refus net. J'ai insisté : le. bâton-
nier m'a coupé la parole : il ne m'a été
possible que. d'en glisser quelques'idéess
dans, mes' réponfes, Le voici en. entier
M E S S I E U R S ,
« Voici enfin le moment OÌL VOUS
» allez- prononcer là décision que j'at-
» tends- depuis si long;- temps. Je ne
» crois manquer ni à mes égards pour
». chacun de vous en particulier, ni à
» mon- respect pour votre assemblée ,,
» ni à mon inaltérable & profonde
» vénération pour Tordre que vous re-
» présentez, en vous soumettants avant:
» tout, quelques-réflexions préliminai-
» res que je crois importantes.
».. Ça a Fhabitu.de; d'interpréterfi mal
(13 )
fr & fi cruellement dans le public, tout
» ce qui m'échappe, dont il ne reste,
» pas de trace , que j'ai pris le parti
» de consigner ce que je vais avoir
» l'honneur de vous dire, dans un écrie
» fait double, dont je vous laisserai une:
» copie signée de moi. ( Jè n'ai pas
» la laisser ,, puisqu'on ria pas même:
». voulu l'entendre lire.):
» Je n'ai pas besoin, de vous représ-
» fenter ce que vous savez que tous
», Paris , & peut-être la France , ont
» en. oe moment les yeux fur vous»,
» Depuis dix, ans on me fait des repro-
»i ches dont je me fuis toujours justifié».
» Depuis cinq, semaines on me. cherche:
» des crimes, que- je ne connois pas;
» encore, quoiqu'en les attendant, vous?
» ayiez cru pouvoir prononcer une con-
» damnation qui.les supposé. Les cir-
». constances ont donné à cette perqui-
» fition un, éclat qui: l'a rendu d'àbord
» bien amere , bien douloureuse pour:
» moi r mais en définitif j'en retirerai]
« un grand avantage. Si j'ai le bonheur
» de vous convaincre de mon inno—
» cence , comme personne ne croirai
» que vous ayiez eu envie de me faire:
» grace , & qu'il sera constant que ma
(14 )
» vie aura' été bien fcrupuleusement
» examinée, dans tous les sens, il en-
» résultera que je suis un des hommes-
» dé l'univers le moins répréhensible j-
» gloire qui peut bien s'acheter paf
»; quelques désagréments.
» Je. vous demande la permission
» d'écrire les griefs que vous m'allez
» communiquer ; il s'agit de mon hon-
» neu ; c'est à dire , de ma vie : je ne'
»'répondrai-à aucune question , qu'elle
» ne soit bien clairement posée ; il'
» auroit certainement mieux valu qu'on-
» me les communiquât toutes écrites,.
» & dans une forme authentique. Vous
» m'avez déclaré hier que cela ne feroit
» pas. Je vous supplie d'obferver que 9
» par ce refus, vous vous mettez dans':
» la nécessité de vous en rapporter à.
» ce que j'aurai écrit.
» J'ai eu l'honneur dé vous-prévenir
«hier qu'il y avoit trois espèces de
» griefs auxquels je ne croyois pas êtres.-
» obligé de répondre.
» I° Ceux qui se trouveroient de:
«nature à n'être ni prouvés, ni dé-
» truits : je ne veux pas combattre des;
» chimeres.
» Ceux où , pour me justifier, il
( 15 )
» faudroit compromettre des perfonne
» sur lesquelles vous n'avez pas de jurif-
» dictions.
» 3°. Ceux à Kappui desquels on- ne
w citera pasMes témoins graves St con—
» nus , que je púissé, en cas d'alléga-
» tion fauffe , prendre à partie, & fou*
» mettre aux mêmes peines-, auxquelles-:
» Ifeur prévarication m'auroit exposé.
» Cette déclaration , Messieurs, n'eft
» pas un échappatoire que jr me pré-
» pare : c'est-uné- précaution que rouft
»-ce que j'ai éprouvé ci devant rend
» nécessaire ; en, me faisans avocat, je?
» n'ai pas: entendu perdre lés privilèges?
» d'un., citoyen, d'un homme, à qui les
» loix font caution de son existence,,
» de.son honneur, de son état ceux
» que je réclame font dé ce nombre-,.,
» St les tribunaux- les plus despotiques
» rougiroient de les violer.
» Je ne puis vous cacher ma dou
» leur & ma surprise d'avoir apperçu
» hier des personnes que j'ai été forcé
» de récuser, & qui ont elles-mêmes
» accédé à ma récusation , affifes au
» nombre des juges ( I ) , & préfentes
( I ) Etitr autres Me. Gaillau, qui éttoit éga.
lement préfent & juge le. 26.
» en-cette qualité au rapport , à la fixa
» tion des griefs que l'on va nie com-
» muniquer Dès qu'il ne devoit être
» hier question'que,de-moi-, il me fem-
» b le qu'il auroit été plus décent qu'elles-
» s'absentassent. Je me flatte au moins
» que- leurs voix ne. seront pas comp-
» tées.
» II ne m'eft pas permis de ne vous,
»" point informer que' la caufe de la;
» comtesse de Béthune est au rôle ,
» qu'elle y est fur un: placet coté de,
» mon. nom, St que cette- femme hé-
» roïque est déterminée à soutenir son:
» choix, à moins qu'on ne lui démon-
» tre , par- des faits bien graves St bien
» prouvés-, que- je fuis indigne de. sa
» confiance., Vous vous rappellez le
» propos plus qu'indécent tenu ici ace
» sujet, il y a aujourd'hui, huit jours-
» On m'a accusé: devant, vous d'avoir
». dit que j'étois, le-seul au. palais capa-
» ble de.défendre cette cause. ; vous vous;
» souvenez comment: j'ai; répondu à
» cette imputation maligne autant que;
» calomnieuse , & je me flatte que
». l'auteur n'oubliera pas que je l'ai ré-
» cufé fur le champ..
» La comteffe de Béthune est trés
( 17 )
» convaincue que le palais est rempli
» de jurisconsultes capables de la dé-
» fendre avec plus de talents St de
» lumières que je n'en ai : quand elle
» pourroit s'aveugler fur cette vérité,
» je ne le lui permettrois pas : ce qui
» la rend fi ferme dans son choix, c'est:
'» moins l'opinion. des services que je
» puis lui rendre , que la conviction où
» elle est que j'ai besoin d'elle.
» Le moment où elle à demandé
» mon secours , a été la principale
» époque des persécutions que l'on m'a
» suscitées St que j'essuie encore. Elle
» se croirait humiliée si elle- avoit à se
» reprocher d'avoir laissé sacrifier sous
» ses yeux un homme compromis 9
» parce qu'il pouvoit la servir. Si son
» courage n'avoit sa source que dans
» ('intérêt, il seroit aisé de l'affoiblir 5
» il naît chez elle de la générosité : elle
» ne changera pas. C'est par son ordre
» précis que je vous fais cette décla-
» ration :-elle Ta faite elle-même en
» personne à plusieurs .de- vous , qui
» peuvent le certifier.
» Ne prenez- pas ceci, Messieurs,
» pour une bravade', pour une me-
» le ciel que j'en fuis
( 18 )
« bien éloigné : mais sûr de mon coeur
» St de ma conduite , sûr de vos lumie-
» res St de votre impartialité , je ne'
» puis m'empêcher dé vous représen-
» ter combien il est important-ici de-.
» vous défier des cris de la cabale'
«acharnée, accréditée, qui me pour-
» fuit , combien il est essentiel à tous
» tant que nous sommes de ne pas
» nécessiter des discussions postérieu-
» res , dont l'éclat- ne feroit pas fans
» danger.
» Une derniere observation que je
» fuis obligé de vous faire, porte fur
» les propos qui fe tiennent-dans le'
» public. On prétend, que je ne parois-
» devant vous qu'avec un maintien in-
»'soient qui vous irrite. Ce ne font là
» fans doute que de ces allégations- ridi-
» cilles qui n'ont pas" d'auteurs, &
» que vous désavoueriez, s'il le falloitr :
» il est vrai que je ne prends pas ici la
» contenance d'un coupable ; ce feroit
» démentir''' ma conscience , St me dé'
» fier de votre intégrité. Nor , je suis-
» innocent , St je'n'affecterai point l'hu-
» miliation hypocrite ou ighominieusfe,
» du crime. Mon coeur ne me reproché:-
», rien. Je vais bientôt détruire les re-
» proches de là calomnie. Pourquoi
» donc jouerois-je l'aeeablement qui ne
» doit.être le partage que d'une ame
» troublée ? Le ciel, Messieurs;, m'en:
» a donnéune que le reraords feul pour
» roit abattre , St elle ne s'eft jamais
» rien permis- qui puisse lui en- occa-
» fioner »
Je fuis prêt à vous répondrei-
Signé , L I N G U E T .
De tous les objets-présentés dans'
ce discours , je ne ferai remarquer que-
le refus d'écrire , quand on va pronon-
cer fur la vie d'un homme.. Les'cours
de l'Afie-, l'inquifition elle-même n'ont
rien d'auffi effrayant, d auffi cruel, d'auffi
abominable en toutsens, que cette pro-
cédure;, Ce ne 1 peut être que celle de
là -lâcheté, dé la trahison", dé l'im-
posture; H en résulte que l'accufation
peut toujours- être censée prouvée , &
que te défense ne- peut jamais- être
conftatée ; il en résulte que l'accufé
est dans l'impoffibilité de se jamais laver:
aux yeux, des- juges supérieurs; St du
public, parce que lés premiers juges onf
toujours droit de, dire ; oh ! les objets;.
fur lesquels il s'eft justifié, ne sons pas
ceux qu'on lui- a. objectés : vraiment
nous en avons bien' d'autres., II en,ré-
fulre un moyen sûr'd'opprimer linne-
cence de'- maniéré qu'il ne. lui. refte au-
cune efpece de ressource pour repousser'
suppression.
Et c'est au dix-huitieme siécle , c'est
en France , au milieu- de l'enclos du
Palais, fous- les yeux des magistrats9
dans,, une compagnie .vouée à l'étude
des loix , à l'honneur, à légalité , à las
justice, que cet usage' infernal fe main-
tient, se .pratique ! Ah!, que , les ha-
birants de cette .nouvelle Tauridé soient:
donc tenus dé l'afficher engrosses lettres
fur la porte dé la salle où ils trennent
leurs assises , afin- que les étrangers,?
tentés de chercher l'honneur fur ses'
bords barbares , n'aillent pas s'y, bri-
ser, St risquer de' trouver là mort ou
ils fe flattoient d'adorer la justice;
II m'a donc fallu, écouter, en écrivant;
comme j'ai' pu sur mes' genoux. Le bâ-
tonnier parloirbas , & f ibas , que j'ai été'-
forcé, vingt fois', dé le prier dé parler
plus haut ( I ). II parloit avec une va-
( 2 ) Ces detaifs paroîtront peut-être petits ;
Sí cependant il s'en faut bien qu'ils le foient
( 21 )
lubilité qui me permettoit à peine de-
le suivre. II parloit avec une diffusion
qui laissait à peine entrevoir lé vrai
grief noyé dans une multitude de pa-
C'est par les signes imperceptibles , contre Iss-
quels on n'est pas en garde, que les sentiments
fecrets se décèlent. Les-grands' mouvements-'
annoncent une fureur exaltée .: il ne peut échap-
per que de-petits détails à une passion froide qui
se compose.Au reste , sans doute , on ira men-
dier des certificats .contre-tout ceci, comme
Me. Gerbier en va quêter de porte eh porte , con-
tre ceux dont j'ai rendu compte dans mes observa-
rions fur son mémoire apologétique.
De tous les faits accáblants que j'ai allégués,
il n'y en a qu'un auquel il crois pouvoir ré-
pondre : .c'est à l'accoade qu'il m'a donnée le
23 , après avoir dit à ses complices : celui 'que
j'embr xfferai, c'efi.celui-là qu'il faut prendre
Il va demandant à tout le monde fi l'on se
souvient qu'il m'ait embrajfé : il tripmphe quand
son importunité -arrache -une attestation qu'on
ne s'en souvient pas. Ce dont on se .souvient
bien , & dont les certificats -mêmes qu'il extor-
que portent la mention , c'est qu'il m'a tenu
des propos pleins de politeffe , d'honnêteté,' de
cohfmtemite, au moment où il méditoit de
m'accufer , dès que je serois retiré , d'avoir tou-
jours attaqué la religion , le gouvernement &
íes moeurs. Je le préviens que j'en ai la preuve
fat écrit,
( 22 )
roles superflues. A force d'attention &
de sang-froid, je les ai enfin faifis,
ces griefs , je les ai écrits devant eux.
Encore une fois , en refusant de me
-les donner eux-mêmes , ils se font sou-
mis à -la nécessité de s'en rapporter
à ce que j'ai consigné fur mon papier.
D'ailleurs je les défie d'oser dite qu'ils
en aient allégué d'autres.
Quelle a -été ma surprise de voir
que dans cette absurde & odieuse no-
menclature,, produite pour le jugement
définitif , il ne se trouvoit pas un ,
pas un seul des prétendus griefs qui
avoient paru déterminer le .prétend»
provisoire du ,2.2 décembre ! On péut
s'en convaincre par le parallèle.
MOTIFS de f arrêté
du 2-2 décembre.^
suivant la lettre
du bâtonnier, en
date du 19 dé-
cembre 1774°
MOTIFS de Varrêtê
du 26 janvier
I°. Vous avez
Imprimé un mé-
moire en 1771°
10. Vous n'aimez
pas le droit Ro
main.
( 23 )
2° Vous avez
maltaité l'ordre en
différents mémoi-
res.
2°. Vous ne pa
roiffez pas assez
soumis aux loix de
France.
3°. Votre ton n'est
■pas celui du bar-
reau.
3°. Vos ouvrages
contiennent .des
opinions répréhen-
sibles.
4°. On craint que
-vous n'attiriez des
affaires à Tordre ,
comme vous vous
en êtes fait à vous-
mêmes.
4°. Vous déchirez
en plaidant , les
parties & leurs dé-
fenseurs.
5°. Le journal
que vous avez en-
trepris ne s'accorde
guere avec l'étude
nécessaireà un avo-
cat.
5°. Les mémoi-
res du C. de M. ont
été déclarés calom-
nieux.
6°. Dans ce jour-
nal vous avez tour-
né Tordre en ridi-
cule.
6°. Dans la re-
quête présentée au
,conseil par les V e-
rons, signée Drou,