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A
SUR LES ELECTIONS
KMENT DE LA LOIRE, AN 6.
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Pa& quelle fatalité la République française, si redoutée,
si puissante au-dehors, voit elle toujours son fein déchiré
par les factions ? La grande Nation ne peut-elle donc être
la Nation heureuse ? Jusqu'à quand ferons - nous froissés
par les réactions successves du royalisme & de l'anarchie?
Si l'un avoit déployé tous les ressorts de sa politique pour
diriger dans son sens les élections de l'an 5, l'autre n'a.
pas craint de joindre la force ouverte aux-intrigues pour
dominer celles de l'an 6. En vain les foins & les procla-
mations du Directoire ont affoibli ou fait déguiser les ré-
fultars de cette vaste conspiration • en vain des scissions fa-
luraires ont forcé les dominateurs des assemblées à aban-.
donner des candidats dont le nom foulevoic tous les amis de
l'ordre & de la patrie, ou à leur associer des noms chers
aux républicains : quel homme un peu attentif peut se dis-
simuler l'exifience du projet, la correspondance des chefs
& la marche uniforme des subalternes dans toute la Répu-
blique , l'emploi des manœuvres les plus odieuses pour com-
primer , dénaturer le vœu du peuple dans ses assemblées,
leur succès dans plusieurs départemens & l'attitude inquié-
tante d'un parti qui menace le gouvernement & la cons-
titution de l'an 3 ? 7
Le département de la Loire vit se consommer sans obf..;
tacle l'exécution de ce plan liberticide sur toute son éten-
due. Là , le Directoire trompé avoit fait recueillir aux anar-
clustes tous les fruits de la journée du 18 fruélidor: elle
devint leur patrimoine. Leurs agens, leurs créatures assié-,
gèrent le gouvernement de dénonciations contre les répu-
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blicains les plus prononcés , & se firent distribuer toutes
les places. Adminiftracion centrale (1), administrations in-
(i) On peut juger l'adminittration centrale par deux de ses membres.
Ckanat, cordonnier à Saint - Chaumont, fut nommé par Javogues
vice-prefidem de son [anf-:,Ulnalre département. L'extrait d'un de ses
arrêtés donne un échantillon de son zèle à feconder le proconlul &
à renchérir sur les lois de Robespierre.
ce Dans la léance du 15 frimaire an 2 , où étoient les citoyens
* et Chanat , président en l'absence, &c. Le Conseil , confidéronr.
» qu'en révolution l'applicatioll des lois doit être révolutionnatre.
93 ; qu'il f-iut rappeler rigoureusement les lois à cette
8J bafe éternelle de la société, qu'elles ne doivent kurs bienfaits
m qu'aux amis ardens de leur patrie , & qu'elles ne doivent à tous
» ceux qui n'ont rien fait pour elle que la vengeance nationale ; que
> si l'adminiflration se contentoit des formes exigées par les lois
M pour les ceraficats, il arriveroit que des hommes qui ne firent ja-
» mais rien pour la chose publique , qui, par leur coupable apa-
f thie , préparèrent les maux profonds de leur patrie, que des êtres
80 même dangereux & suspects obtiendroient des certificats ( de ré-
» fidence) , &c. , arrête,
M 10. Sans rien déroger aux conditions & formes prescrites par
8) les lois sur les certificats de résidence, nul citoyen ne fera admis
w* à certifier la résidence d'un individu , s'il ne produit un certificat
9> de civisme postérieur à la desrtruthon du fédéralisme. »
On fait à quels gens on donnoit alors des certificats de civisme.
Il existe des arrêtés encore plus violens de cette administration : nous
n'en avons pas les expéditions.
Après le 9 thermidor , Chanat fut , pour prix de fies fureurs &
pillages , conduit à Paris par ordre des comités de la Convention.
Il dut sa liberté à la loi de l'amnifiie, Se se lia bien vîte avec Jes
Babouvistes. Dès le 27 brumaire an 3 , Buonarotri lui rrandoit les
premiers succès du club du Panthéon , le chaigeoit de raviver l'es-
prit public dans le département de la Loire , & lui prefcrivoit une
correspondance suivie. Cette lettre est entre les mains de la dépura-
tion de 1a Loire. Aufli trouve-t-on , à la page 7o du premier volume
des pièces imprimées de Babœuf, Chzanat de Saint Chaumont, sur
la lifte des patriotes purs que Babœuf appeloit à sa convention ,
pour siéger sur les cadavres des représentans du peuple.
Renommé administrateux par le Directoire en l'an 4, il ne changea
pas de principes ; il commit avec ses collègues toutes fortes de
concullions & d'infidélités dans la vente des biens nationaux ; des
plaintes multipliées en furent portées au gouvernement. Renommb
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férieures (2), dimdion du jury, tout fut mis entre leurs
mains, & la plupart des cantohs furent étonnés de voir
leurs intérêts les plus chers confiés à céux qui les avoient
désolés fous Robespierre.
Le Directoire étoit si indignement abusé qu'on lui fît
nommer à la place importante daccufateur public le trop
fameux Dubeflày (3). A cette nouvelle, la confternarion
sur générale. Le fanaLlaire de Thémis alloit devenir l'antre
de Thifyphone. Heureusement la nomination ne devança les
élections que de deux mois, DnbelTay ne jugea pas à propos
de quitter Paris pour revenir sur cette tefre encore fumante
du fang de ses viftimes.
La tactique du parti, maître d«^ places, tendit alors à
adocier le gouvernement à ses fureurs. Rapports , dénon-
ciations , procès-verbaux calomnieux ou exagérés, tout fut
par le directoire après le 18 fructidor, il a remis encore le pillage
a la terreur à l'ordre du jour. 011 voit que ce disciple de Javogues
- e de Babceuf étoit bien digne d'être, comme il l'a été par ses pairs,
proclamé en germinal dernier, père du peuple, & porté au Corps
légiflarif par l'assemblée étetlorale de l'Oratoire de Montbrison.
Monate, ancien commissaire de Javogues, fut accusé de plufîeora
dilapidations. Il a été depuis l'auteur & le complice des scènes de fang
& de pillage commises à Lavala , à Saint-Chaumont. Encouragé par
l'impunité, il a été, en l'an 6 , le digne collègue de Chanat à
l'adrninifiration centrale.
(2) Nous ne citerons qu'un exemple de l'effronterie avec laquelle
on rrompoit le Directoire, pour lui arracher des destitutions. On
lui a fait defiituer la municipalité delà Pâcaudière, comme ayant fa-
vorisé les égorgeurs ; Se ce canton, toujours tranquille, loin d'être le
théâtre J'aucune scène sanglante, n'avoit pas même vu une feule dis-
sention politique.
(3) Dubefïay, nommé par Javogues juge de la commission révo-
lutiennaire de Feurs, se montra un de ses plus sanguinaires satellites.
Il poursuivit avec acharnement, il condamna à mort une foule de
- citoyens. Redevenu à Paris le camarade de Javogues, il fut saisi parmi
les conspirateurs de Grenelle , & condamné à la déportation. L'irré-
gularité du jugemeat l'a fauve de cette juste punition de ses crimes.
Voilà l'homme sur qui on dirigeoit le choix du gouvernement pour
«bu faire taccu £ a«us du crime & le protecteur de l'innocence.
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employé pour peindre comme rebelle, comme livré aux
fanatiques & aux royalistes un département plus pénétré
peut-être que tout autre du besoin de la paix & de l'union
au gouvernement. On fut jusqu'à fuppçfer dans un ariêtg
envoyé au Direaoire que les partis écoient en présence ,
Be venoient jusqu'aux portes de Montbrison.
Un mensonge aufii impudent, déjà employé en l'an 4 (4) ,
tendoit a justifier la mise en réquisition des colonnes mo-
biles du département, organisées -dans leur lens, & dirigées
par Phalipon, Renard, %int-Didier, Rachat, &c. [5)
(4) Chanat & compagnie avoient employé , étant adminiflrateur
en l'an 4 » la même tactique des faux rapports. Voici ce que le gé-
néral de division écrivit à un représentant du peuple :
« Le département de la Loire est agité par des malveillans qui
» cherchent à alarmer le gouvernement par de faux rapports. Un chef
m de bataillon y a été envoyé en poste pour vérifier ce que c'était
» qu'un rassemblement de dix mille hommes commandés par Précy;
» & , d'après un mûr examen de cet officier, il résute qu'il n'a dé-
» couvert d'autre rassemblement que dans l'imagination d'un t..s de
3> scélérats qui * ayant commis des crimes (ans nombre , craignent
» d'en recevoir le châtiment, & cherchent à fixer l'anention publique
» sur des objets plus intéressans qu'eux. »
(5) Phalipoq j dont le nom ne s'entend pas dans le département
sans qu'on y accolle l'idée du fang & du vol, enrichi p; r le pillage,
pourfuic encore avec acharnement les veuves & les enfans de ceux
qu'il dénonça. vola & fit périr fous Javognes" dont il sur un zélé
agénr, & qui l'avcût nommé juge de la commission de Feius 3 où il
se vantoit de n'avoir jamais opiné qu'à la mort II porta une oreille
d'hemme à son chapeau en guise de cocarde.
Renard , dans le temps die la terreur , avoit été le Phalipon de
Saint-Etienne.
Rochat, oncle d'émigré, commissaire du Direeoire, en dtf.ir de la
loi du 3 brumaire, dtvaste depuis deux ans le canton de Sainc-Jean
Soleymieux. En l'an 4 il fondit sur Gumières avec une force armée
de sept cents hommes, & y commit tous les excès # les vols. lee; brigaa.
jdages possibles, excepté celui d'incendier les maisons. Il est inconce-
vable que les pièces très-probantes de ces horjçrçis soient restées enseve-
lies .dans les bureaux dn Direâoire , dont on 4^sndoit l'autorisation
pour poursuivre ce Rochat [po commissaire.
Saint-Didier est un de ces intrigans vomis par la,révolution , q.
f) font attachés que par ambirioja, & cherchent à en prolonger les cri'lll
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-Dans les trois mois antérieurs aux assernblées primaires
ces colonnes mobiles, requises pour maintenir la paix qui
n'avoit pas été troublée , se font promenées dans tout le
département pour y répandre l'effroi. Il n'est forte de d6b
vasstations, d'extorsions, de brigandages qu'elles n'ayent com-
mis dans les cantons les plus paisibles.
A ce puisssaut moyen de terreur étoient joints tous ceux dont
on avoit pu s'aviser.La vieille conspiration Béfignan,des meurtres
commis en l'an 3 lors de la réaétion, l'assistance prétendue de
deux oinrois ans aux mésses des prêtres résratlaires, étoient
trois fiLers qu'on érendoit à fou gré sur toutes les têtes, trois
-cadres où l'on plaçoit tous ceux qu'on vouloit inquiéter.
Témoins subornés , procédures clandestines , mandats
d'arrêt annoncés avec éclat , & souvent sans existence ;
-dénonciations provoquées ; visites domiciliaires; annonce de
listes de proscriptions vraies ou fausses ; refus de passe-
ports dans pluheurs communes dénonciations virulentes
contre les représentans du département ; séquestres mis ar-
biuairttnenr; li(le du jury composée de tous les hommes
de 11y3 ; menaces contre tous ceux qui, hors de leur parti,
.oferoient paroîcre aux-assemblées primaires, on'n'omit rien
pour rropager la terreur & au premier germinal elle
jusqu'à ce qu'elle les ait portés "au plus haut degré. Prêtre, tant que le métier
lui parut ban, ensuite hussard, il devint [ecrétaire des représentans du
peuple en rniffiau, & fut toujours le protecteur des hommes & des mesures
ultra-tivoiutionnaires : devenu cotiimidàire- dudiredoire à Charlieux, il
n'a ctfTi de ittt-r le trouble & la difcotde, dans ce canton. Les ades les
plus arbitraires font devenus un jeu pour lui. Dominateur de l'admi-
niflration centrale, qu'il avoit fait nommer, il la trouvoit toujours
prête à consacrer ses injustices & ses violences : dénonciateur éternel,
il a afLilJi la police de faux rapports , de pièces, pour lesquelles il avoit
fiirpris des fign?.uires. A la tête d'une colonne mobile, avant- les
alltmblées primaires, il a fait -piller & contribuer Saint-Syarphoriea
& les cantons environnans, Source de tous les maux de ce dépar-
tement, c'efi Jui qui, par le canal de deux représentans dont il a
surpris la confiance , -a extorqué an Direttoire tcrûtes les déteilahlls
..ominati-ons dont le déyaicctntHt ell viainie.
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planoit sur tous les cantons. Dans presque tous , les me-
Cures se trouvoient prises pour écarter des alTemblées les
républicains un peu énergiques & les parti sans de la
constitution.
A Saine-Bonnet, les citoyens trouvent le lieu de leur
séance occupé par la colonne mobile , qui avoir fait retentir
les rues de cris de proscription , & dont le chef s'anon-
çoit comme porteur de plusîeurS mandats d'arrêt. Des
hommes ivres & furieux , le fabre à la main , fou tenus
par des agens des communes , chassent du bureau le fe-
créraire désigné par la loi , pour en installer un autre.
Des individus inadmiflibles "à vo'er groifilTent le désordre.
Des cris, des menaces , des coups de bourrade, des arres-
tations exercées malgré le président, qui ne peur, ni main-
tenir l'ordre, ni se retirer, épouvantent les citoyens. Le
commissaire du Directoire tente en vain deux fois de calmer
ff 1 ire tente en 1 1
les efprics : l'immense majorité des citoyens est obligée de
former fciflîonj le chef de la colonne mobile vient encore,
le fabre à la main, avec ses farelJites pour la dissoudre, &
élis a besoin de courage pour achever ses opérations, dont
elle a fait imprimer le procès-verbal.
A Charlieux , Saint-Didier faisoit fuir devant un pré-
tendu mandée d'arrêt le citoyen Duplex , dont il craignoit
la fermeté, & faisoit déclarer par la municipalité (i) une
vingtaine d'individus incapables de voter, fous prétexte de
royalisme ou de fanatisme. Aussi ses partisans seuls ont osé
aller à l'assemblée. Ce Saint-Didier avoit préparé les mêmes
résultats à Saint-Symphorien ; & , à la tête d'une colonne
mobile y il avoit fait infulrer, menacer , piller les préten-
dus ariftocrares, chez lesquels il avoir fait placer cette troupe
à difcrérion, en lui recommandant de ne pas ménager ses
hôtes. Tout ce brigandage est resté impuni. Les jacobins
du canton , pour étouffer les cris des vexés , annonçoien't
^u'on en verroir bien d'autres ; que fous trois mois les
(i) Il n'a pas été possible d'avoir une expédition de cette délibératioa.
Le registre de la municipalité n'cd ouvert qu'aux amis de Saint-Didier.
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