//img.uscri.be/pth/6d7791c3529676c9d5d9e7f0dc3496e1db0b2c5a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Tableau politique de la France sous Louis XVIII, par Dominique Barralier,... Première édition

De
50 pages
Roche (Marseille). 1815. In-8° , 52 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

TABLEAU POLITIQUE
DE LA FRANCE,
SOUS LOUIS XVIII,
Par DOMINIQUE BARRALIER, ancien Avocat,
émigré de Toulon, domicilié à Marseille.
PREMIERE ÉDITION.
MARSEILLE,
Chez ROCHE, Imprimeur, place du Petit-
Mazeau , n°. 1.
M. DCCC. XV.
Avec le permis d'imprimer.
ÉPITRE DÉDICATOIRE
A Son Excellence Mgr. DAMBRAY,
Chancelier de France.
ILLUSTRE Chancelier, dont les rares vertus,
Font revivre les jours d'Auguste et de Titus ,
Permets que sur ma lyre, après vingt ans d'orage ,
Je, chante le Héros, le Monarque, le Sage,
Qui des bords d'Albion, conduit dans ses États,
S'est montré le plus grand de tous les Potentats ;
Il paraît, tout renaît; son auguste clémence,
Est le type vivant de cette providence :
Sage dans ses décrets, immense en ses bontés ,
Pardonnant, répandant le bien de tous côtés.
Que le marbre à jamais signale d'âge en âge ,
Ses vertus, ses bienfaits et son noble courage,
Et qu'un jour nos neveux, étonnés, attendris,
Bénissent à l'envi, le regne de Louis.
Apelle eût mieux que moi dépeint avec adresse,
Le tableau d'un sujet si cher à la tendresse ;
Mais si sous mes pinceaux les traits sont mal saisis,
J'aurai du-moins l'honneur de l'avoir entrepris.
D. BARRALLIER, Avocat.
(5)
TABLEAU POLITIQUE
DE LA FRANCE,
SOUS LOUIS XVIII.
LES tems sont changés ; ... un nouvel ordre
règne dans l'univers;.... au siècle de fer a
succédé l'âge d'or, ... plus de guerre, plus de
maux !.... Tout renaît, tout prend une forme
nouvelle ; ... le sang ne coule plus; .... la Paix,
la douce Paix vient cicatriser nos blessures,
réunir tous les coeurs, combler nos espé-
rances; .... les tempêtes sont appaisées; l'horison
s'éclaircit ; les nuages se dissipent ; les mers
se calment, et le soleil, sur son char radieux,
reparaît avec plus d'éclat et de feu.
A ce bienfait inattendu, rendons graces à
celui qui tient en mains les destinées du monde ,
qui veut et ordonne, qui pense et agit, qui
délibère et exécute !
Si l'oubli des vertus engendra nos malheurs ,
que le retour au bien soit le gage de là félicité
future.... Nous fûmes égarés, emportés par le
( 6)
tourbillon des passions ; nous méconnûmes notre
bienfaiteur et notre père ; nous louvoyions
sans gouvernail et sans pilote ; le vaisseau de
l'état flottait au gré des vents ,.... nous allions
d'écueil en écueil, de précipice en précipice,
et c'est au moment que nous allions périr, que
le Dieu des Français nous a signalé notre
libérateur et notre Roi; .... nous nous sommes
précipités dans ses bras; nous l'avons pressé
sur nos coeurs, et nous avons béni celui qui,
seul, pouvait faire notre bonheur et notre
consolation.
Un Père a revu ses enfants ; un Roi a
retrouvé des sujets fidèles ; un descendant de
St. Louis, nous a présenté le rameau d'olivier,
et l'étendard sacré.... Quel spectacle pour le
sage et le chrétien !.... quel triomphe pour les
moeurs ! .... quel monument pour l'histoire ! ...
Nous ne connaissons pas encore l'excès de
notre bonheur ; nous sortons à peine de ce
labyrinthe affreux où l'erreur nous avait
entraîné ; ... nos sens sont encore agités ; nous
jetons autour de nous des regards égarés ; ...
le trouble , la crainte et l'espérance se succè-
dent et s'entrechoquent ;.... l'idée de notre
salut nous paraît un phantôme; nous cher-
chons à nous reconnaître, et de tout ce qui
s'est fait, nous n'en sentons pas encore les
douceurs et le prix.
(7)
français ! ce n'est point une illusion , un
prestige ;.... Louis vous est rendu; ... cessez vos
larmes!.... le Ciel a exaucé vos prières , l'idole
est renversée, le bonheur est réel ; vous n'avez
plus que des devoirs à remplir.
L'irréligion a été la cause de nos malheurs;..»
des novateurs politiques avaient renversé les
autels et le trône, et creusé le tombeau de la
France Si jamais nous n'avions dévié des
lois qui nous furent données ; si toujours nous
avions pratiqué la morale évangélique, nous
n'aurions pas à gémir sur les maux dont nous
fûmes les victimes ; nous n'aurions pas des
pleurs à répandre sur le tombeau de nos pères.
Que l'incrédule ouvre les yeux ; qu'il s'arrête
un instant sur le tableau que je vais lui pré-
senter!..,. L'Europe était, pour ainsi dire , con-
quise; nos armées s'étaient emparées de l'ancienne
capitale de la Russie; tous les peuples étaient
aux pieds de l'idole; mais par un de ces pro-
diges inconuus dans les annales du monde, la
scène change; nos soldats périssent, non par
le fer de l'ennemi, mais par cette main invi-
sible qui dispose des couronnes;.... dans, huit
jours , ces légions invincibles, ces phalanges
redoutables disparaissent de la surface du
monde , et nos conquêtes s'évanouissent comme
le brouillard au lever du soleil.
(8)
L'ennemi s'avance Le territoire de St.
Louis est entouré d'une armée innombrable ;....
le danger s'accroit et augmente; mais ces
momens d'alarmes sont le précurseur de notre
résurrection politique ; ces armées que nous re-
doutons, ne viennent point pour nous enchaîner
et nous détruire ; elles ne sont-là que pour nous
protéger et nous défendre.... Notre liberté, nos
droits, tout va nous être rendu.... Encore un
instant, et les chaînes qui serrent, qui pres-
sent le berceau de nos enfants , seront brisées
et rompues ; le voile tombe, la France est
sauvée !
Quels sentimens un pareil bienfait ne doit-
il pas nous inspirer!.... Sommes-nous capables
de le sentir et de l'apprécier ?.... Quel est le
héros, le mortel qui a opéré ce prodige,
qui a dissipé l'enchantement? Louis dix-huit,
le Frère de ce Roi martyr, qui veille du haut
du Ciel sur cette France chérie, l'objet de
son amour et de ses complaisances; c'est un
Bourbon que des ingrats avaient outragé, et
que le Ciel nous a conservé pour nous sauver
et nous réunir.... Graces te soient rendues,
Providence éternelle, de tant de faveurs!
Sous le règne de Louis, nous serons heureux,
nous goûterons la paix et le bonheur ; nous
oublierons nos malheurs, et nous serons grands
( 9 )
par nous-mêmes ; une fatale expérience doit
nous avoir dessillé les yeux et ramené à des
sentimens plus doux.... Qu'étions nous devenus?
des esclaves rampans et timides, des serfs
prosternés aux pieds des idoles que nous en-
censions.... Que sommes-nous aujourd'hui ?...
Nous renaissons à la vie ; nous reprenons les
nobles qualités que nous avions perdues , nous
sommes encore des hommes.... Nos pensées , nos
sentimens sont notre patrimoine ;... nous pou-
vons épancher notre âme dans le sein d'un ami,
d'un consolateur, d'un père ;.... notre conscience
n'est plus enchaînée.... L'effusion du coeur coule
et serpenté ; la douce amitié se propage, et
il n'est aucun Français qui n'exprime amour,
reconnaissance.
La révolution nous enleva nos propriétés,
notre commerce, notre liberté ; une secte de
philosophes législateurs proclama une égalité
chimérique qui aliéna la raison et l'esprit ; les
sources de la morale furent empoisonnées, et
la France jadis si heureuse , fut couverte d'osse-
mens humain.... Ah ! fuyons ces sectateurs ;
leur doctrine ne peut s'allier avec les moeurs
et les vertus.... Enfants de l'erreur, ils voyagent
dans le pays des chimères ; ce sont des chi-
mistes qui décomposent ; ils cherchent les
ténébres et l'obscurité ; ils craignent de ren-
( 10 )
contrer l'ombre qu'ils projètent.... Leur situation
est à plaindre,.... les remords les déchirent;
l'ordre social est leur plus grand supplice.
Ils s'efforcent d'enchaîner nos idées , de dé-
truire nos principes, nos sentimens ; ils sont
les ennemis du genre humain , les détracteurs
de la morale, les fléaux de la société;.... serpents
dangereux, ils dardent le vénin dont ils veulent
nous abreuver; ils pompent, ils succent, ils
empoisonnent l'air que nous respirons.
Quel est le Français qui voudrait encore
d'une république , d'un gouvernement oppres-
seur ?.... Les mânes sanglans sortiraient des
tombeaux et se présenteraient à ceux qui
oseraient en concevoir l'idée.... Que faites-vous
téméraires ?.... où vous emporte un délire
insensé? avez-vous oublié les malheurs dont vous
fûtes les témoins ?.... Les ossemens de vos pères
sont encore humiliés dans la poussière des
tombeaux ; les chaumières de vos aïeux
n'offrent plus à vos yeux que des décombres ;....
les membres palpitans de vos enfans sont
encore présens à votre mémoire.... Loin de
vous une idée que repoussent les vertus ou-
tragées et l'humanité en pleurs!
Nous souffrons encore, j'en conviens,...
mais nous sortons à peine d'une maladie épidé-
mique ; la convalescence commence; elle
( 11 )
commande nécessairement des privations et
des sacrifices ; elle nous annonce une consti-
tution forte et robuste, surtout lorsque les
restaurans sont administrés par une main sage
et prudente.
Les Français sont par caractère inconstant
et légers; mais ils sont braves, humains,
généreux, hospitaliers ; il a fallu briser le
ressort de leurs tempérammens pour les méta-
morphoser; il en est peu qui soient féroces
par instinct et qui nourissent dans leurs âmes
des maximes atroces;.... l'erreur, la nouveauté,
l'idée d'un changement, l'appas chimérique
d'un avenir heureux, voilà ce qui a pu aliéner
leurs esprits , trompé leurs espérances ; mais
le scéau des remords est gravé dans leurs âmes,
et pour tout l'or du monde , ils ne voudraient
pas que l'histoire rappelât à la postérité leurs
égarémens et leurs erreurs.
Que de larmes n'ai-je pas vu répandre à ces
mêmes hommes qui s'étaint montrés les défen-
seurs du peuple !.... Que de regrets n'ont-ils pas
manifesté! Par quelle étrange fatalité, s'é-
criaient-ils, sommes-nous devenus coupables
sans le savoir!.... Nous croyions faire le bonheur
de la France, et nous l'avons perdue!.... Nous
sommes plutôt dignes de pitié que de châti-
mens;... que ceux qui ont armé nos bras et
( 12 )
aliéné nos coeurs, reconnaissent enfin que
nous étions en démence, lorsque nous avons
bu la coupe de l'enchantement.
L'ambition fut toujours la mère des crimes;
la soif des grandeurs ne s'éteint que dans le
sang et le carnage Voyez ces mandataires
du peuple qui poussèrent la folie jusques à
vouloir usurper la souveraineté et à se pro-
clamer rois ;.... d'erreurs en erreurs, de fai-
blesse en faiblesse, de crimes en crimes, ils
devinrent furieux, et dans l'excès de leur rage,
ils déchirerent tous ceux qui s'opposaient à
leur funeste projet.
Nos neveux traiteront un jour de fable,
d'extravagance les récits historiques de notre
révolution : comment leur persuader que dans
un seul jour , au milieu de la nuit, dans l'ombre
des ténébres, les députés des communes aient
détruit les autels et le trône ; qu'ils aient
anéanti les titres , les honneurs , la hiérarchie
des pouvoirs?....Comment leur persuader que
ces monumens antiques de la sagesse humaine
ayent été détruits par la seule volonté de
quelques hommes? Ce n'était point-là leur
mandat.
Que des êtres obscurs se fussent permis
d'attenter à l'autorité royale, aux canons de
l'église, nous nous contenterions de gémir sur
( 13 )
les erreurs inséparables de l'espèce humaine;
mais que des hommes instruits, que des savans
et des sages se soient livrés à de tels excès,
et qu'ils ayent osé proclamer l'irréligion et
la confusion, c'est ce qu'il est impossible de
concevoir et d'admettre.
Les arches de l'édifice rompues, il était facile
de prévoir que la France allait s'ensévelir sous
des décombres; comment arrêter ce torrent
révolutionnaire qui renversait tout ce qu'il
rencontrait dans sa marche? Une fois les écluses
rompues, une submersion générale devait
engloutir le plus florissant empire.
Lorsque les législateurs eurent usurpé la
souveraineté, le peuple voulut à son tour leur
enlever cette souveraineté , et l'on vit alors
des téméraires s'arroger la puissance et la
gloire..... Quel gouvernement plus digne de
pitié que celui d'un peuple souverain?.... On
n'entendait plus que ces mots, Liberté,
Égalité; chaque citoyen se crut un Romain,
un Spartiate ; déjà on parlait de partager les
terres, de niveler les fortunes. ... La folie
croissait de jour en jour ; des illuminés se firent
raser la tête et se décorèrent d'un bonnet
d'esclave ;.... le gouvernement populaire com-
mença.
L'opinion est baillonnée ; les villes se cou-
(14)
vrent d'un crêpe funèbre; le sang coule de
toutes parts. .... Des lois sanguinaires succèdent
à des lois bienfaisantes ; l'arbre de la croix
est remplacé par l'arbre de la liberté; le Dieu
de l'univers est insulté dans les temples ; on
ose lui ravir l'encens qu'on brûle sur ses autels ; ...
une déesse traînée sur un char de triomphe
est la divinité tutélaire qu'adore ce peuple
souverain.
Arrêtez, téméraires, vous n'êtes plus des
hommes, vous n'êtes rien ! .... Les sacrifices
honteux que vous faites aux idoles, annoncent
votre démence et votre impiété. .... Ingrats !...
Est-ce donc-là le prix du sang que votre Sauveur
est venu répandre pour vôtre salut ? .... Que
parlez-vous de Sparte et de Rome ? ... Etes-
vous dignes de prononcer ces noms?.... Ignorez-
vous que ces Romains, ces Spartiates auraient
béni le jour de naître , de vivre et de mourir
sous les lois de l'évangile?
Qu'exigez-vous de nous avec vos holocaustes
impurs?... Vous instituez des fêtes à l'impiété;
vous organisez des sacrificateurs et des bour-
reaux ; vous voulez assassiner vos frères, vos
amis..... Que dis-je ! ... Le sang coule, déjà
les sanglantes dépouillés des victimes s'offrent à
mes regards épouvantés ; je ne vois par tout
que le crime et l'effroi... Ah! fuyons, fuyons!...
Sortons de cette terre inhospitalière où l'on
s'empresse de donner des fers à l'innocence
et aux vertus.
Adieu France, adieu ma patrie, adieu ville
qui m'as vu naître, adieu !.... Le crime m'épou-
vante , mais du-moins je ne saurai t'oublier;
je suis français, helas ! et dans quelque lieu
que la Providence m'appelle, je ne cesserai
de te bénir et de te le prouver.
Mais déjà l'aquilon roule des vents orageux;...
la France se couvre de sombres nuages ;...
un bruit sourd et confus présage la tempête
et l'orage;.... le feu du ciel est prêt à tomber sur
cette terre impie et sacrilège ;.... les ombres
du ténare entourent la patrie; l'éruption de
l'Etna sera terrible.
Jete, Seigneur, un regard de pitié sur cet
empire ! .... Suspend la foudre vengeresse qui
doit frapper et punir! .... Tous les Français ne
sont pas coupables ; il est encore de ces âmes
bienfaisantes et sensibles qui t'implorent et te
supplient !.... Voeux superflus ! .... La Divinité
méconnue, outragée, peut-elle pardonner la
profanation et le sacrilège !
La vertu délaisse la France ; Dieu se retire
d'elle, et bientôt des gémissemens et des
pleurs annonceront la désolation et l'effroi.....
Que peuvent les hommes, lorsque l'esprit des
( 16 )
ténébres les conduit et les dirige ? .... .Dérou-
Ions, en tremblant, le tableau hideux des
calamités publiques.
Les proscriptions, les fers, l'exil, la mort,
tels sont les décrets qui sortent de cette
caverne d'antropophages qui ont osé proclamer
l'égalité des droits , la liberté civile..... Quelle
liberté , grand Dieu ! ...
La révolte est déifiée; elle devient le cathé-
cisme des Français; elle est le plus saint de tous
les devoirs Les prisons regorgent de victimes ;
le, père dénonce le fils..... Le fils dénonce le
père.... Plus de frères, plus de parents, plus
d'amis! .... Une guerre civile , intestine , com-
mence entre l'esprit et la chair , entre les
sens et la raison. .... Tous les élémens se dé-
chaînent ; le plus audacieux veut couronner
sa tête de myrthe et de laurier.
Des bataillons de régicides s'organisent ; la
tête des rois est mise à prix; l'assassinat à
des temples parmi les Français..... Qui pourrait
rappeler à la mémoire ces jours , ces jours
à jamais affreux où des frères immolèrent des
frères, où des amis égorgèrent des amis !....
Un geste, un regard, un soupir, il n'en fallait
pas moins pour s'attirer l'exécration des
vampires du peuple..... Chaque citoyen est
roi ; chaque citoyen dispose arbitrairement de
la
(17)
la vie de son semblable ; il est tout à la fois
l'oracle de la justice et le sacrificateur.
Le viol, l'inceste et l'adultère ne sont plus
des délits ; .... le larcin est divinisé; on peut
impunément dérober le bien d'autrui; ... des
lois consacreront ce principe; .... assassiner et
voler, voilà la charte du peuple souverain ; ...
un papier monnoie remplace le numéraire
effectif; l'or et l'argent sont proscrits; malheur
à quiconque oserait concevoir l'idée d'en
parler! .... Les denrées, les marchandises sont
taxées; un maximum régulateur est sanctionné ;
les subsides s'enflent et se propagent; des lois
succèdent à dès lois ; elles se multiplient avec
une telle rapidité, qu'il y a plus de peine à les
faire exécuter qu'à les rendre.
Plus de religion , plus de sacrement !.... Les
hommes sont assimilés aux bêtes féroces ; ils
n'ont plus rien d'humain ; ils sont même indignés
de porter sur leur front l'image de la Divinité;
ils s'efforcent de se défigurer;... Semblables aux
compagnons d'Ulysse , ils se métamorphosent
en renards et en tygres ; la France n'est plus
qu'une vaste fôret hérissée de montagnes, dont
les échos redoublés font retenir au loin les
rugissemens des monstres qu'elle recéle.
La virginité devient un crime ; la pudeur
(18)
n'est plus qu'une chimère ; les réquisitions sont
à l'ordre du jour; le divorce est institué!
Les temples de la raison se lèvent... Des
énerguménes en sont les pontifes et les oracles....
Bientôt parurent les théophilantrophes ; ils
s'annoncèrent comme des renumérateurs, mais
leur institution sauvage les rendit odieux et
méprisables.
Que dirai-je de ce monstre qui osa proclamer
l'existence de l'Etre Suprême, et l'immortalité
de l'âme ? Il périt, mais trop tard pour le
bonheur de l'humanité.
Au milieu de ce débordement, nos armées
seules conservaient encore cette mâle énergie,
ce noble courage qui distingue les guerriers
français ; l'honneur national n'était plus que
dans les mains de nos héros Il ne combattaient
plus pour la patrie, ni pour ses persécuteurs ;
ils n'aspiraient qu'à la gloire. L'idée seule de
recevoir les lois d'un vainqueur, avaient telle-
ment électrisé leurs âmes, que tous leurs coups
étaient sanglans..... L'europe pâlit et tremble....
Nos phalanges se précipitent sur les ennemis,
et telle est l'éruption du volcan révolutionnaire
qu'il engloutit sous ses laves fumantes tout ce
qui veut s'opposer et résister à son cours.
Un guerrier entreprénant et hardi sort de
l'écume des mers ; il paraît et tout change. ...
Sous l'appas des conquêtes, il devient le bourreau
des peuples La république n'est plus!....
Un empire s'élève sur les débris des trônes
renversés; tout subit la loi du vainqueur ;
des rois succèdent au peuple souverain.
Un insulaire devient l'idole, le souverain ,
le maître des français; « j'ai quelque pressen-
» timent, disait Rousseau, que cette petite
» isle de Corse étonnera le monde. »
Ce sinistre augure a trop malheureusement
reçu son accomplissement ; la France n'a ja-
mais été plus avilie, plus déshonorée que lors-
qu'elle est devenue l'esclave d'un étranger, et
quel étranger , grand Dieu? Un Corse.
Vous parlez d'honneur , de probité;.... vous
faites trophée de vos exploits !.... Ah ! de grace,
sachez-vous taire, puisque vous ne voulez pas
vous connaître; .... est-ce bien lui qui vous ai.
illustré?.,.. Etait-il si difficile de vaincre, quand
on commande des Français ?.... Que m'importent
ses exploits, s'il a fallu les acheter par le sang
de six millions de soldats !.... Que m'importent
ses triomphes, si nos malheurs et notre perte
en ont été le prix et le salaire !
Plus on gagnait de bataille et plus on dé-
peuplait la France; .... plus on publiait de
victoire, et plus on augmentait les impositions ;...
les bulletins étaient le talisman , la lanterne
magique du peuple français.
(20)
L'Espagne, l'Espagne seule a servi de tom-
beau à plus d'un million de soldats, nous avons
perdu sous les murs de Smolensko au-delà de
cinq cent mille hommes, et vous osez parler
de victoires et de conquêtes !.... Ah! pleurez,
pleurez plutôt la perte de vos enfans, de vos
fières, de vos amis!
Les plaines de Leipsic sont couvertes d'osse-
mens français; .... par-tout où je porte mes
regards, je ne vois que des tombeaux et des
ruines ;.... et pour qui sont morts tant de braves?
pour un ilote.
Que nous ont produit ces victoires si vantées?
la haine des peuples, les larmes des familles,
l'envahissement de nos frontières, le désespoir
des pères.
Serait-il possible qu'il existât encore en
France un seul homme qui regretât le génie
du mal, le dévastateur des peuples, le bourreau
des soldats ? pour l'honneur français, nous
rougirions de dérouler ici le tableau de ses
crimes ; ce serait nous deshonorer, puisque
nous avons eu la faiblesse d'être les instrumens
actifs de son ambition et de sa haine; d'ailleurs,
il y aurait de la lâcheté à attaquer un homme
sans défense , sur-tout, lorsqu'il a cessé pour
ainsi dire d'exister..... Si jamais la Providence lui
laisse le tems de revenir à elle, de reconnaître
(21)
ses erreurs, et d'implorer sa miséricorde, je
ne crains pas de le dire, je joindrai mes prières
aux siennes; j'invoquerai le Seigneur tout-
puissant , je me jeterais à ses pieds et lui de-
manderai sa conversion et son salut ; il est
plus doux de pardonner que de haïr; celui-là
est l'ennemi de Dieu qui ne sait point oublier
une offense.
Je voudrais qu'on rayât de l'histoire les
pages sanglantes de son règne, et qu'on ensé-
velît dans un oubli éternel, tous les maux
que la révolution a fait à la France.
Ah ! que j'aime bien mieux rappeler à votre
mémoire ce jour heureux, où la capitale retentit
des cris de vive le Roi , où les Français dé-
ployèrent le drapeau blanc, et proclamèrent
leur Sonverain légitime en présence d'un ennemi
vainqueur!.... Momens délicieux ! .... Qui pour-
rait les dépeindre ? .... A l'aspect du panache
blanc , nos soldats se rallient, tous les coeurs
sont émus, des larmes d'attendrissement coulent
de tous les yeux; la patrie est sauvée.
L'ennemi s'arrête; il contemple avec admi-
ration l'élan sublime de ce peuple belliqueux ;
il voit que la résistance est inutile, et qu'il
faut obéir à la volonté de Dieu.... Les armes
sont suspendues. ... Plus d'ennemis ! plus d'é-
trangers , plus de guerre ! Les soldats se con-