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Testament d'un émigré , publié par H** C**

De
110 pages
[s.n.] (Hambourg). 1800. 113 p. ; in-12.
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T E S T A M E N T
D'UN ÉMIGRÉ.
TESTAMENT
D'UN
ÉMIGRÉ,
PUBLIÉ PAR H'f'f C'f.
Plus je vis d'étrangers , plus j'aimai mon pays.
4^44
A HAMBOURG.
1800.
5
AVERTISSEMENT
DE L'ÉDITEUR.
1 L importe peu au lecteur de
savoir comment ce manuscrit
est tombé entre mes mains ,
et pourquoi le jeune homme
qui le possédait m'a permis de
le publier; mais peut-être dois-
je compte des motifs qui m'ont
déterminé à le livrer à l'im-
pression.
Depuis si long - temps je
voyais flotter sur l'océan politi-
que, une foule d'écrits, qui,
dictés par tous les genres de
fanatisme, seriiblaient s'efforcer
à l'envie d'insulter à la justice,
(6)
à la raison , et au sens com-
mun; depuis si long-temps fê-
tais étourdi du croassement de
ces oiseaux faméliques, que
l'intérêt ou la sotise a charïiaré
- exclusivement des couleurs ré-
publicaines , royalistes ou mo-
narchiennes, que j'ai été en-::L
chanté de leur offrir à mon
tour un ouvrage, dont l'auteur,
qui ne croyait écrire que pour
son fils, a frondé tous les par-
tis, en voulant leur rendre jus-
tice à tous. Je me rappelle que
peu de jours avant sa mort, il
me dit à-peu-près les mots sui-
vants : cr J'étais un jour au bord
» de la - mer ; le temps était -
E calme ; de jeunes étourdis
( 7 )
4
» s'élancent dans une nacelle
» et gagnent le large. Bientôt
» les vents se déchaînent, le
» ciel se couvre, les vagues
» s'amoncèlent, les navigateurs
» inexpérimentés ne peuvent
» gouverner l'esquif, et il cha-
» vire avant d'avoir atteint la
» côte. Un camarade de ces
» jeunes foux, resté sur le ri-
» vage, s'élance dans les flots ;
» nage avec force, et parvient
» jusqu'à eux. Ils flottaient tous
» sans connaissance autour de
» leur barque renversée, et je
» crus que le nageur allait se
» servir de cette ressource pour
33 les ramener à terre ; mais quel
1) fut mon étonnement de le
(8)
» voir repousser la nacelle avec
» un air de fureur. En vain lui
» criai-je qu'il ne pourrait sans
» elle sauver ses compagnons ;
» moi, que je me serve de l'ins-
» trument de leur nauffrage !
» me répondit-il avec indigna-
» » tion ; plutôt les laisser périr
» mille fois , et moi - même
v avec eux ! Ses vœux furent
» exaucés : car au bout de quel-
) ques minutes, ses forces l'a-
» bandonnèrent, et je vis dis-
» paraître à-la-fois les jeunes
» foux et leur sage compa-
» triote ».
Je n'expliquerai pas cette
parabole à ceux qui ne la com-
prennent point : ils ne l'enten-
(9)
5
draient pas mieux après mon
explication. Au reste , si les
jacobins de tous les partis trou-
vent , chacuns dans leur sens,
que cet ouvrage soit trop mo-
déré, et s'ils m'accordent, pour
l'avoir publié, quelques.- unes
de leurs épithètes favorites,
je les prie de me pardonner
en faveur de la promesse que
je vais leur faire. Oui, si ja-
mais je perds la raison , si le
jugement, la pudeur, le sens
commun enfin s'éteignent en
moi, je jure de composer pour
chacune de leurs sectes, un
ouvrage. oh ! un ouvrage
excellent, car il sera selon leurs
principes. Dans l'un je prouve-
( 10 ;
rai mathémathiquement - que
tout gouvernement stàble est -
.une tyrannie ; que toute for-
tune est un vol; que le rapt et
l'assassinat constituent la véri-
table liberté, et -enfin que l'Eu-
rope ne sera heureuse que lors-
qu'on aura égorgé les sept hui-
tièmes de ses habitans., Dans
l'autre je démontrerai de la
manière la plus évidente , que
rien n'est beau que le despo-
tisme, que le despotisme seul
est aimable ; que l'autorité
royale est de droit divin ; que
les rois sont aussi infaibles que
les Papes ; que les peuples ont
été faits tout exprès pour les sou-
verains ; que la France entière
)
C » )
est coupable des crimes de la
révolution , sans en excepter
même ceux qui en ont été les
victimes ; et qu'en un mot le
bonheur, ainsi que l'innocence,
ne peut renaître sur cette terre
anathématisée , que lorsqu'on
en aura fait disparaître la moi-
tié de ses habitans actuels.
Mens humana ruic pervetitum nefas.
Ccelum ipsum petimus slultitiâ.
** c ****.
TES TAMENT
D'UN ÉMIGRÉ.'
M o JÎ fils, toi qui causes encore les
battemens de ce cœur prêt à s'éteindre,
écoute la voix d'uri ami véritable ; car
si jamais l'homme peut se flatter d'en
trouver un sur la terre, c'est sans doute
dans la personne d'un père tendre et -
éolairé. Le dernier soupir qui s'échap-
pera de mon sein sera un vœu pour
ton bonheur; mais c'est dans la vi-
gueur de l'âge et de la santé que j'ai
rassemblé pour toi ces réflexions,
parce que cette époque e>i la seule où
l'ojiait déjà beaucoup acquis sans avoir
rien perdu. Le regard de la jeunesse, -
encore peu exercé, n'embrasse que le
présent ; mais celui de l'homme lait ,
accoutumé à se reporter en arriére,
sait plpnger dans l'a venir, .tandis que
( i4 )
l'œil usé du vieillard saisit mal ce qui
l'environne, et fasciné sans cesse par
l'image du passé, n'apperçoit jamais
que lui à travers le voile qui lui dé-
robe les événemens futurs. Cependant
prêt à rendre à la terre cette dépouille
mortelle, qui ne doit servir que d'en-
veloppe à notre amé, et qui trop sou-
vent, hélas! devient son tyran, j'ai
voulu parcourir encore cet écrit, et
ma main presque glacée en a fait dis-
paraître bien des erreurs , qui eussent
paru des vérités aux yeux du monde,
mais qui n'en sont plus à ceux d'un
mourant. Le moment de la mort n'est
pas celui des illusions! En personni-
fiant cette triste divinité , le poëte ou-
blia de lui donner un flambeau. Je la
vois maintenant qui s'avance : dans sa
main est une torche sombre, mais ar-
dente : elle la promène lentement de-
vant ces tableaux, dont un faux jour,
ou le rellet des passions, m'avait dé^
( '5)
robé l'aspect véritable, et me fait dé-
couvrir mille faces nouvelles à des ob.'
jets que j'avais déjà considérés cent
fois.
Je t'offre donc, ô mon fils , ces ré-
flexions que conçut un père tendre ,
que médita un homme faillible, mais
amant de la vérité , et que je viens
dépurer de nouveau au creuset de la
mort.
Fortune, honneurs, patrie, j'ai tout
perduJ et un jour, un instant, a vu
s' évanouir _ces avantages qui ont tant
de prix pour le commun des hommes.
A peine mon cœur eut - il senti leur
perte, mais j'avais un fils, et cet autre
moi, que j'aimais plus que moi-même,
m'a fait souvent jeter un regard d'en-
vie sur les biens que le sort m'enle-
vait. Ne pouvant lui transmettre cet
héritage, que donne et ôte tour à-tour
la société, j'ai voulu au moins lui faire
un cadeau digne encore d'un père
( 16 )
tendre. L'homme que la naissance et
les richesses élèvent au - dessus de ses
concitoyens , est soutenu, pour ainsi
dire , par des échasses , dont la hau-
teur lui en impose ordinairement à lui-
même autant qu'à ceux qui l'environ-
nent ; mais si une secousse imprévue
vient à briser cette grandeur factice,
il tombe au niveau de la foule, sa
propre illusion se dissipe en même-
tems que celle du vulgaire , et souvent
alors il se croit au-dessous même de
sa taille véritable. C'est l'enfant à la
lisière qui marche en assurance tant
qu'on le soutient, mais qui roule dès
qu'on l'abandonne, et qui n'ose plus
tenter un pas de peur de tomber en-
core. La vanité ou l'abattement , voila
le partage de l'impuissance. Pour moi,
quand le prestige favorable s'est dis-
sippé, je suis rentré dans mon cœur ;
j'y ai trouvé le courage, et fixant avec
calme les autres hommes, j'ai vu qu'en
( 17 )
cessant d'être- nains, ils n'étaient pas-
revenus géanis.
Mes soins alors se sont tournés vers
le seul objet que je pusse rendre utile
à mon fils; et instruit moi - même à
réGole amère de l'adversité , je vais
tâcher de lui - faire cueillir déjà les
fruits de l'expérience, cet arbrisseau
débile , qui ne croît ordinairement
pour nous qu'arrosé des larmes ou des
aueurs de l'infortune.
0 mon fils! tu as été victime d'une
révolution ; je veux t'apprendre à la
juger sans partialité; tu as des goûts,
des passions ; je veux t'enseigner l'art
de les rendre utiles à ton bonheur :
enfin tu te trouves sans patrie , sans
état; je veux te montrer la carrière
où tu pourras, sans crime , reconqué-
rir un état et une patrie. C'est le cœur
.d'un pére qui va. s'otivrir aux yeux
■ d'un fils; préjugés, amour-propre , es-
prit de parti, tout doit se taire vparce
( 18 )
que je veux t'instruire et non te trom-
per. Il est des vérités qu'il vaudrait
mieux sans doute que le monde igno.
rât; mais comme on les rend plus dan-
gereuses encore par la manière de les
présenter , il est de mon devoir de te
les montrer moi-même sous leur jour
véritable. Qu'on me dise , au reste ,
quel est l'objet dont l'homme n'a pas
abusé ! Le fer qui lui fut donné pour
fertiliser la terre , il le tourna contre
son sein ; l'attrait du plaisir, fait pour
propager l'espèce ; en tarrit ou cor-
rompt souvent la source : en doit-on
conclure qu'il faille lui arracher le
fer et l'amour ? Je respecte l'intention
de ceux qui s'écrient : il est dange-
reux que le peuple raisonne l'obéis-
sance ! mais , parvenus à une époque
où on raisonne tout, comment veulent-
ils vouer au silence un objet d'un in-
térêt aussi grand 9 aussi général. Cette
entreprise est au-dessus des forces hu-
( '9 )
maines ; et j aimerais autant qu'on dé-
fendît de voir à un homme qui a des
yeux perçants — Détruisez la lumière,
repondrait-il, ou souffrez que je voye,
jusqu'à ce que vous m'ayiez arraché la
vue.
Quoique la route que j'ai prise au
milieu des troubles de mon pays m'ait
cond uit au malheur, je suis loin de
me repentir de mon choix , parce qu'il
fut le résultat de principes certains.
Honneur , culte , monarque , noms
respectables s sans doute , puisqu'ils
rappellent des objets sacrés, je vous
abandonne pourtant à ces hommes faits
pour adorer l'idole, sans s'élever jus-
qu'au dieu qu'elle figure; et non content
de l'effigie, je prétends atteindre à la
réalité. Comme le bonheur particulier
est le but de la morale, le bonheur
public doit être la fin de la politique ;
et comme l'ordre seul peut procurer
le bonheur, il n'est pas, pour ainsi
dire, de gouvernement qui ne soit
( !JO )
préférable à une révolution , c'est-à-
dire à une longue anarchie. L'homme
de bien doit donc s'opposer de toutes
ses forces au renversement du régime
sous lequel le sort l'a placé , afin d'é-
viter à sa patrie des désastres toujours
incalculables. Sujet d'une république,
d'un sénat, ou d'un roi, j'eusse égale-
ment combattu les novateurs, non pour
l'intérêt du souverain , mais pour
l'intérêt commun. Je suis loin d'avoir
pour un monarque l'idolâtrie que je
vois des adorateurs imbécilles ou frip-
pons lui prodiguer chaque jour; et ce-
pendant mon respect est plus constant,
plus certain que le leur, car lorsque
mon front s'abaisse devant lui, ce n'est
point à l'individu que s'adressent mes
hommages, mais au grand tout qu'il
représente ; et je sais que si l'assassin
qui ose lever le bras sur lui commet un
crime d'état, ce n'est point pour avoir
versé un peu de sang, mais pour avoir
compromis le repoa, la sûreté publii
( 21 )
que. Ce langage, sans doute, paraîtrait
impie aux aveugles partisans du trône ;
mais, certes, celui qui connaît le cœur
humain se fierait moins à leur enthou-
siasme factice ou irréfléchi, qu'à la foi
du sage qui jure une obéissance raison-
née, et fondée sur de tels principes.
Ce sont ces principes qui m'ont dirigé
dans la révolution, et ce sont eux qui
m'empêchent aujourd hui de regretter
les sacrifices que j'ai faits. L'intérêt d'un
homme, quel qu'il fût, ne m'eût jamais
engagé à risquer, en m'expatriant, l'exis-
tence de ma famille ; mais tout sacrifice
est une dette envers la patrie : et qu'on
juge, d'après ce cri échappé de mon
cœur, de l'effet qu'ont dûproduiresur
moi les crimes des tyrans intérieurs,
les intrigues, tantôt lâches, tantôt per-
fides, des étrangers, les viles manœuvres
des intriguants soi-disant royalistes , et
les gaucheries des véritables gens de
bien
Que ces hommes subtils, qui ne peu-
( 22 )
vent jamais voir un objet sous son point
de vue naturel , qui , semblables à ces
gouvernans hébétés , cherchent à tout
des causes magiques, s'amusent à tor-
turer les principes et la conduite des
sectes différentes , pour y découvrir les
causes de la révolution; pour moi, qui
éclairé du simple flambeau du bon
sens , ne cherche rien d'extraordinaire;
je les apperçois dans la marche cons-
tante de la nature, qui veut que tout
ait un commencement, un milieu et
une fin, et dans quelques circonstances
accessoires qui ont hâté un peu ce der-
nier période.
Le royaume de France, fondé par les
crimes heureux de Clovis, et déchiré
long-temps par ses successeurs, après
avoir sous Charlemagne dominé l'Eu-
rope , puis été successivement ravagé
par les Danois, épuisé par les croisa-
des , dévasté par le parti Anglais, gou-
verné d'une manière cruelle par Louis
( 23 )
XI, illustré par les vertus de Louis XII
et le courage chevaleresque de Fran-
çois Ier., avait, pendant ces troubles af-
freux qui remplirent les règnes des trois
frères et de cet Henri quelquefois trop
vanté , conçu dans son sein et couvé,
pour ainsi dire, cette énergie , cette
masse de force et de moyens, qui,
préparés parles mains fermes de l'habile
Richelieu, ont sous celles de Louis XIV,
produit de si grandes choses et étonné
l'univers. Mais le soleil qui mûrit amène
aussi la corruption. Cette ame sublime
dont le soufle sut créer des héros , des
écrivains immortels,des génies dans tous
les genres,par ses vastes entreprises épui-
sa son trésor , et prépara de nouvelles
charges à son successeur ( i). La ré-
(1) Si les détracteurs de la gloire de Louis
XIV avaient voulu examiner le nombre pro-
digieux de routes, d'hôpitaux, de maisons d'é-
ducation , de monumens publiques , de vais-
seaux , d'établissemens. utiles de tout genre,
( 24 )
gpnce acheva de corrompre les mœjurs,
et renversa une fuIe de fortunes par-
ticulières , sans relever celle de l'état.
Louis XV , né avec toutes les qualités
aimables , fit -d'abord la guerre avec
honneur ; mais oubliant bientôt ses ver-
tus dans le sein des plaisir et des déi
bauches , il laissa ses finances plus obé-
rées qu'il ne les avait reçues de son
ayeul. Ce fut à cette époque de pénu-
rie , nuis de gloire extérieure, que
Louis XVI parvint à la couronne. Ce
prince, vertueux par nature autant que
par principe, et digne de gouverner, si
la bonté du cœur pouvait, sur le trône,
suppléer aux talens et sur-tout au ca-
dont ce prince, qui eut toute sa vie lesvar-
mes à la main , enrichit la France, ils eus-
sent rougi de leur imbécille acharnement con-
tre sa mémoire. Sans doute il laissa une dette j
mais certes quelle mine inépuisable de moyens
n'ouvrit-il pas à ses successeurs pour l'amor-
tir !
ractère ,
( 25 )
B
ractére, n'était pes en mesure avec son.
siècle. Une vérité absolue, quoique mal-
heureuse , c'est que pour régner il faut
moins des hommes sages que des hom-
mesfortsi et que celui qui tient les rênes
d'un gouvernement doit savoir emprun-
ter des factieux, pour les combattre,
les armes même dont ils se servent
pour bouleverser l'état. Louis ne leur
opposa jamais qu'une douceur souvent
pussillanime ; et personne, en un mot,
ne fit en France autant que lui pour
le renversement de la monarchie. D'a-
près la marche constante de la nature
le ferment des siècles avait produit le
germe d'une révolution : il ne fallait
qu'an tel homme pour le faire éclore,
et comme s'il eut craint d'échapper au
coup qui le menaçait, il eut soin , par
une guerre impolitique , de transplan-
ter sur son sol le poison subtil qui de-
vait hâter sa perte.
Le régne de Louis XIV avait offert
( 26 )
en quelque sorte des prodiges en litté-
rature ; sous le régent les gens de let-
tres , désespérant d'atteindre ces mo-
dèles , et entraînés à-la-fois par les cir-
constances et par la nature des choses,
s'élancèrent dans une autre carrière. Dès
lors on vit naître ces deux branches pa-
rasites qui tarirent bientôt la sève de
l'arbre qui les portait; je veux dire les
économistes et les philosophes. La plu-
part d'entr'eux , sans la moindre notion
des intérêts de la France , sans la plus
légère connaissance du cœur humain
et du caractère du peuple, ce torrent
si difficile à diriger, voulut, riayant
pu gouverner son ménage" dicter, du
haut de son grenier, des leçons de fi-
nances et de politique. Entraînés par
l'envie de briller , et non, comme l'ont
prétendu nos tardifs prophètes, par le
dessein ou l'espoir de faire une révo-
lution , ils n'en préparèrent pas moins
les matériaux ; et de levain déposé
( 2 7 )
2
dans toutes les têtes , ne tarda pas à y
fermenter, par les soins d'un homme
qui a offert le contraste le plus étonnant
de génie et de faiblesse , d'élévation
d'esprit et de bassesse d'ame. Né avec
des talens supérieurs, il fut toujours
rongé par cette sotte envie , par cette
jalousie flétrissante , faites pour être l'a-
panage de la médiocrité. Il crut que le
moyen le plus sur pour se faire un nom,
était d'entreprendre un rôle singulier :
de-là cette ostentation d'impiété qu'il
soutint si mal quelquefois , cette haine
contre les autorités qu'il adula souvent
avec tant de bassesse , cet attachement
pour la secte philantropique qu'il mé-
prisait , mais qu'il défendit parce que
le titre de chef flattait son amour-pro-
pre*. Ce protecteur puissant donna de
la consistance et un certain lustre à
cette tourbe sophistique , où l'on distin-
guait quelques gens nés avec des moyens;
mais presqu'aucun avec des vertus; et
( 28 )
dès-lors tout homme doué d'un esprit
juste, aurait dû pressentir un boulever-
sement , parce que chez toutes les na-
ttons Je siècle des ornières a amené
celui des rhéteurs , et que par-tout les
rhéteurs ont conduit le peuple , par
la route de la licence, sous le joug des
tyrans. Nous n'avions qu'à jetter les
yeux sur le passé, sur l'esprit public
et sur le monarque qui nous gouvernait :
ces trois objets de comparaison nous
eussent don,né un résultat certain; mais
çe qui est plus certain encore, c'est
que l'expérience ressemble à ces ins-
trumens qui ne peuvent servir qu'à ce-
lui qui les.a faits : d'ailleurs nous étions
jious mêmes en sçène, et jamais l'ac-
teur ne peut bien juger de l'effet théâ-
tral. Mais si on n'a pas généralement
prévu la révolution, on gi prévu géné-
ralwen^ ses suites nécessaires, si une
îbis elle avait lieu : et certes, ils sont
~en, criminels QubiÇft inertes çeux qui
( Qg ) 1
3
l'ont opérée, ceux qui ont voulu què
le peuple opprimât et égorgeât, pour
être à son tour égorgé et oppritné!
Qu'ils ne viennent pas nous dire au-
jourd'hui, ces hommes aussi lâches que
coupables , qui ont déserté le timon de
la révolution , qu'il était impossible de f
deviner cette marche , cet enchaîne-
ment de circonstances. Comment vous
qui prétendîtes restaurer un grand état,
vous ignoriez que le peuple sans Frein
est un fou , qui, après avoir rompu sea
chaînes., déchire ses gardiens , se dé-
chire lui-même , et devient ensuite la
proie de la première bête fètoce qu'il
rencontre. Que n'interrogiez-vous vos -
enfansils vous l'eussent appris , car
les annales des peuples anciens, dont
vous surchargiez leur mémôire , sont
remplies de traits pareils. Au moins
ceux qui profitent maintenant de la dé-
mence des Français , avouent qu'ils ont
prévu, préparé même cet état d'avilis-
(5o)
sement ; en travaillant avec vous ils ne
partageaient pas votre ignorance , ou
plutôt est-ce vous qui ne partagez pas
aujourd'hui leur bonne-foi. Après avoir
poussé le malheureux dans l'abîme,
vous n'avez pu partager ses dépouilles,
et alors vous vous êtes écrié : « Je n'a-
vais pas vu le précipice ! je n'avais pas dé-
couvert sous leurs formes véritables ces
monstres qui en peuplent les cavités. Ils
prêchaient l'humanité, la tolérance;
pouvais - je les croire intolérans et
cruels ?» Mais qui croira à ces cris trop
tardifs? Tout annonçait le but où on
marchait, et ce n'était pas vous qui pou-
viez l'ignorer. Depuis long-temps il était
prouvé que celui qui cherche à ren-
verser un gouvernement ne peut-être
un citoyen vertueux , et que l'intérêt
public est loin de son cœur.
Que ceux qui doutent encore que
l'expérience ait pu suffire pour calculer
les suites nécessaires d'une révolution ,
C 3i )
4
lisent le morceau suivant : il était écrit,
imprimé avant le règne de Louis X VI,
et je ne saurais résister à l'envie de le
citer en entier.
« S'il était libre à un savant de ré-
pandre tous les systèmes qui se seraient
formés dans son cerveau, tant sur la
religion que sur les gouvernemens.
dix , trente, des milliers de gens de la
même espèce seront fondés à en faire
autant : il faudra à chacun d'eux une
religion et un gouvernement analogues
à leur tour d'imagination. Qui étes-
vous pour prétendre réformer les pré-
tendus abus? vous avez les avantages,
du savoir, delà réflexion du raison-
nement , etc. soit : l'avantage de l'au-
torité seule vous manque : supposons
que vous rayiez, cette autorité. Soyez
à la tête des affaires : de cette hauteur
ouvrez les yeux et regardez en bas
que voyez - vous maintenant qui vous
étonne? n'est-il pas vrai que tout prend
( 32 )
une autre face ? Avouez que le point de
vue influe infiniment sur les objets.
Qu'est devenu cetour d'imagination qui
vous avait été donné, disiez-vous , par
la nature ? Etes-vous encore le même?
Quelle sagesse , quel ordre , quelle né-
cessité même ne voyez-vous pas dans
ces choses que vous trouviez f-i absur-
des , si injustes, si déraisonnables ? Et
ces philosophes, si sages , vos con-
frères, ne vous paraissent plus que des
hommes pervers, inquiets, dangereux.
» Ils se plaignent toujours de la ri-
gueur des loix, ces savans, ces philo i
sophes, ainsi que tous les visionnaires,
les enthousiastes , les fanatiques , les
imposteurs , les prôneurs de la préten-
due liberté ; ils crient à chaque pas à
* l'intolérance ; mais s'ils devenaient les
maîtres !. alors que tout ce qui est
défendu soit toléré, permis } comman-
dé même : n'auraient - ils plus rien à
craindre ? Examinons leur gouverne-
(33)
5
ment, leur politique. Il s'agit de sè
maintenir ; la vieille erreur a des sec- -
tateurs cachés , elle en a de hardis,
d'entreprenans : comment les conte-
nir ? il faudra des édits , des loix. La
nécessité, vous diront-ils, l'utilité com-
mune le demandent ; les hommes ne.
sont pas assez sages , ils ne sentent pas
assez leurs véritables intérêts et ce
qu'il y aura de remarquable, c'est que
ces mêmes moyens qu'ils avaient atta-
qués comme injustes, seront précisé*
ment ceux qui leur paraîtront les plus
sages s les plus justes , les plus sûrs:
Mais enfin s'en tiendront-ils là ? souf-
friront-ils que les têtes à systèmes par-
lent, écrivent, fassent soulever le peu-
ple contre leurs sages ordonnances?,
Non sans doute ! les suites pourraient en
devenir funestes : il faudra des cachots,
des supplices. Les voilà , selon leurs
- anciens principes , tyrans , injustes et
cruels. Tyrans, en ce qu'ils usurpent
( 34 ;
sur leurs égaux, une autorité que la
nature ne leur avait pas donnée; injustes
en ce qu'ils veulent faire dépendre du
gouvernement le tour d'imagination
qu'ils savent si bien ne pas être en leur
pouvoir; cruels, en ce qu'ils égorgent
leurs semblables pour des syllogis-
mes ( Préjugés du publie ) ».
Quelle vérité dans ce tableau ! Ne
croit-on pas voir les portraits des chefs
de la-démocratie française ? et comment
l'auteur aurait - il pu tracer d'avance
leur image, si son pinceau n'eût suivi
trait pour trait la phisionomie géné-
rale de tous les chefs de révolution ?
Dans tous les siècles l'homme a été
le même à quelques modifications prés :
placez-le dans des circonstances sem-
blables , donnez-lui les mêmes passions,
les mêmes intérêts, et vous le verrez
tenir la même conduite. De tout temps
l'ignorance , le fanatisme, l'aveugle-
ment du peuple ont fait la force de ceux
(55)
6
que nojis avons décorés du nom de
grands. On dit _que nous possédons des
connaissances plus étendues qu'autre-
fois: .j'en conviens; mais cependant
qu'on reporte les yeux en arrière: quel
instrument appercevra-t-on entre les
mains de ceux qui ont régénéré des peu-
ples dans les déserts du Sinaï, aù mi-
lieu des Sables de la Meç-que" au sein
-de Rome, et enfin dans les murs de
Paris ? D'abord des phrases, et puis du
fer 1
{ Tout chez l'homme est relatif. 'L
Que conclure, mon fils, de ces ré-
flexions ? Que -ceux qui ont commencé
la.révolution ne pouvaient ignorer les
maux qu'ils allaient lancer sur leur pa-
trie ; mais'que du jour où la France aura
un gouvernement stable, quel qu'il soit,
Phorrime qui tentra de le renverser se
rendra aussi coupable que les, premiers
jacobins. La meilleure excuse que l'on
pût alléguer pour pallier les crimes de
( 36)
Cette secte, c'est que la marche de la
nature nécessitait une révolution pro-
chaine; parce que toutes les fois que
chez un peuple les connaissances sont
v devenues générales , elles finissent tou-
jours par se transformer en une épidé-
mie qui ne s'arrête qu'après avoir en-
levé une partie des habitans. Qu'on
cesse donc de déplorer l'espèce de fa-
talité qui frappa toutes les tentatives
faites pour empêcher la révolution : le
fruit était mûr, il devait tomber. Un
souverain ferme eût sans doute éloigné
l'orage , mais il n'eût pu le dissiper.
Au moins la foudre ne nous eût pas
frappé me crieront quelques victimes.
J'en conviens, mais qu'y eût gagné la
France ? L'édifice n'en fut pas moins
tombé, et vos enfans au lieu de vous,
eussent été écrasés sous ses ruines.
Voilà ce que ne veut pas voir cette
foule de gens , qui, hélas, comme tous
les malheureux, aiment à reporter leurs
( 37 )
regards en arrière pour mesurer la pro-
fondeur de l'abîme où ils sont tombés,
et compter les branches auxquelles ils
eussent pu s'accrocher pour éviter leur
chute. Pour toi, ô mon fils, n'oublie
pas que s'il est du devoir de l'homme
ferme de s'occuper de son malheur tant
que le remède est possible , c'est une
loi toute aussi sainte de se résigner à
son sort du moment où il est fixé; et
loin d'agraver encore ton infortune en
chargeant à plaisir le tableau de la ré-
volution , en noircissant encore les
pages de nos crimes, que ton propre
intérêt t'engage à les lire comme celles
que nous retracent les proscriptions des
décemvirs, ou les désastres de nos an-4
cetres.
La plupart de ceux dont l'œil a suivi
nos premiers troubles, n'ont vu, si j'ose
m'exprimer ainsi, que les mouvemens
d'un homme charnu et habillé ; mais lef
temps; les résultats, ont ensuite dépouil-
1 ( 38 )
lé, disséqué cet homme; et quiconque ale
courage de fouiller aujourd'hui au milieu
des discours , des discussions, des lois,
etc., de la première assemblée, apper-
çoit les ressorts secrets dont on ne dé-
couvrait alors ni la cause , ni le but di-
rect. Chacun des acteurs , entraîné plus
ou moins par l'égoïsme, tâchait d'ame-
ner un changement, ou bien d'en profi-
ter ; et ceux-là mêmes , qui le regar-
daient comme un mal , s'enrôlaient
dans la tourbe désorganisante , pour
partager au moins les dépouilles d'un
gouvernement qu'ils ne croyaient plus
pouvoir soutenir. Qu'opposait-on à ces
attaques vives et répétées ? Des formes
et de l'apathie. J'ai vu des gens aussi
simples , aussi pusillanimes que ver-
tueux , croire arrêter, par d'inutiles
protestations , les vagues révolution-
naires. Ils ignoraient que cette digue
de sable, qui peut contenir une eau
stagnante, est impuissante contre un
( 39 )
torrent. Trompés par une expérience
raccourcie, ils calculaient tout sur le
tarif des derniers régnes , au lieu d'é-
tendre leurs regards sur des époques
semblables à celle qui allait s'ouvrir
devant eux. La force d'inertie, si puis-
sante chez un gouvernement intact, de-
vient nulle pour celui qui s'est laissé
entamer; et chaque nouvelle secousse
ne peut que lui arracher de nouveaux
lambeaux, au lieu de réparer ses pertes.
Dans tous les temps , mais dans un
temps de troubles plus que jamais,
l'assaillant a un avantage impossible à
calculer ; et c'est ce qu'on n'a pas voulu
sentir dans le principe de la révolution.'
Une des folies de ces gens métho-
diques , qui prétendent tout classer, est
de caser chaque révolutionnaire dans
une faction exclusive , tandis qu'il n'y
en a pas un seul qui n'en ait changé
dix fois. Au milieu d'une secousse uni-
verselle , où il n'y a pas de chef prûj
et N
( io )
nonce, où chaque acteur aspire au
premier rôle, les vues se croisent, les
partis se forment et se décomposent,
l'intérêt désunit le soir ce que l'intérêt
a uni le matin ; il y a une révolution ,
et point de factions constantes; il y a
mille conspirateurs et pas un complice:
ce sont des nuées qui, poussées par le
vent, semblent se joindre , et ne font
que se heurter , mais qui toutes con-
� courent à bouleverser Phorison. Enfin,
une foule 'd'hommes à talens paraissent
et s'éclipsent comme des comètes pas-
sagères , jusqu'à ce que l'épuisement
ramenant le calme , on voie surnager
quelques factieux , souvent bien infé-
rieurs à ceux que la tempête a d'abord
engloutis ! Porte tes regards sur les
chefs qui gouvernent aujourd'hui la
France. Sont-ce ces hommes instruits,
ces génies profonds , ces orateurs élé-
gans qui firent résonner le sénat de
leur nombreuse éloquence ? Non , sans
*
( 4i ;
doute ! Ces derniers ont fait place à
quelques conspirateurs subalternes, que
leur obscurité , ou leur caractère, a
sauvé de l'échafaud. Qu'on ne cite pas
comme une exception, ce philosophe-
rhéteur , qui , semblable au serpent y
a su glisser furtivement à travers toutes
les factions. Sa subtile dialectique; qui,
comme les oracles anciens, se plie à
toutes les interprétations, ne l'eût pas
préservé de la hache du tyran, s'il ne se
fut fait un rempart de sa nullité, et s'il
n'eût recommencé , pour ainsi dire , le
rôle de Montalte. Mirabeau, ce géant
de la révolution, qui en portait une
toute organisée dans sa tête, a en gé-
néral bien jugé les acteurs, et son œil
perçant découvrit de bonne heure ce que
chacun d'eux serait capable de faire
dans des circonstances difficiles. Tous
ces parleurs brillans n'excitaient que
son sourire; mais le sourcil baissé de
Robespierre, alors si insignifiant, mais
( 42 )
le front austère de Rewbell, provo-
quaient son indignation. Il les appelait
des factieux" et ce mot, dans sa bou-
che , n'était pas vide de sens.
Il savait que l'esprit n'est rien , que
le caractère est tout, dans les momens
d'orage.
Mais à quoi bon; mon ami, te par-
ler d'évènemens que tes yeux, quoique
faibles, ont vu éclore , et se dévelop-
per ensuite avec la force et la rapidité
de la foudre ? Je ne prétends pas t'ap-
prendre la révolution, mais t'enseigner
à la juger sainement. Et certes le pre-
mier pas pour y parvenir , c'est de re-
jeter loin de soi tout esprit de parti,
cet esprit malheureux, ennemi acharné
du bon-sens et de la raison. Il n'est rien
au monde que ne corrompe le souffle
de sa bouche imbécille, et l'aveugle de
naissance lui même est moins aveugle
que l'homme de génie qui a laissé pla-
cer sur ses yeux son absurde bandeau.
r 43 ;
-
Eloignant donc cette passion, qui le.
croirait I cette passion des ames froides,
examine avec moi sur quelle portion
de la France doivent porter les crimes
delà révolution. Si j'avais à parler à
--ces jacobins de l'aristocratie, je leur
dirais :, Vous soutenez que le renver-
sement de la monarchie a été un mal-
heur pour la France, je le pense comme
vous i vous prétendez que cet événe-
ment a enfanté des forfaits , je suis en-
core de votre avis j mais vous avancez
que ces forfaits prévus, désirés par ceux
qui les ont commis, doivent infâmer
la génération présente , et je trouve
cette double inculpation aussi absurde
que barbare.
Non, fose le dire, il n'y a pas la
vingtième partie des oppresseurs même
de la France qui eût souhaité de sang-
froid la révolution, si on eût pu en dé-
rouler d'avance à leurs regards le ta-
bleau effrayant. Quelques hommes sans
( 44 )
doute ont dû prévoir les suites du mou-
vement qu'ils imprimaient à la multi-
tude ; mais prétendre rejeter leurs at-
tentats sur la masse des Français, sur
une partie même, voilà ce que j'appelle
un crime véritable. Vous royalistes exa-
gérés (heureusement ils sont en petit
nombre), vous qui voulez du sang,
placés dans une classe plus basse, vous
eussiez voulu du sang aussi, et les vic-
times seules eussent été différentes. Des-
cendez dans votre cœur, et votre cœur
n'osera me démentir. Nés au sein de la
grandeur, vous fûtes enthousiastes de
la monarchie ; nés plébéiens, vous eus-
siez été démagogues furieux; tandis què
le royaliste sensé, inébranlable, mais
juste dans sa propre cause, eut été hon-
nête homme dans tous les partis. Je
l'avoue , il m'est impossible d'entendre
de sang froid des écrivains délirans en-
velopper la France entière dans leurs ri.
dicules anathèmes. Je ne peux voir ces
( 45 )
gens qui croient ramener les esprits par
des injures, qui imaginent montrer du
courage en prodiguant de loin à leurs
ennemis des épithètes outrageantes j je
ne peux les voir avancer que les crimes
de la révolution sont inouïs, que jamais
secousse pareille n'a ébranlé la terre,
sans me rappeler la fable de cet escargot
qui crut l'univers perdu, parce qu'un
passant avait heurté sa coquille.
Répondez - moi, génies profonds
hommes sans reproches, vos regards
infaibles se sont-ils quelquefois abaissés
sur l'histoire du monde ? Avez-vous si-
gnalé les scélérats qui exécutèrent le4
massacres de France? Vous n'ignorez
rien, je le sais ! Ainsi vous vous rap-
pelez ce Moïse qui fit, en trois jours,
égorger 62,000 Israélites (1) ; vous avez
(i) 23;000 pour avoir adoré le veau d'or.
i5,ooo pour la révolte de Caré.
24,000 , parce qu'une juive avait couché
Avec u"e Madianite, et la femme de ce WÉUJÏP
Mots.9 çtait Madianite.
( 46 ;
encore présens à la mémoire ces trium-
virs , traçant sur leurs tables de pros-
cription ces caractères de mort, qui,
plus puissans que la foudre, frappaient
à-la-fois aux quatre extrémités du mon-
de , et qui n'épargnèrent pas même le
sang qui circulait dans la main qui les
signa. Mais pour revenir à des temps
plus modernes, pour ne pas rappeler ici
ce grand assassinat, ces guerres civiles
qui engraissèrent si long - temps les
plaines d'Italie, d'Allemagne, d'Angle..
terre et de France, et cet amas d'atro-
cités qui forme l'histoire entière du
monde, transportez-vous un instant au
Japon, et voyez ce peuple brave, géné-
reux , ce peuple que n'a point corrompu
la philosophie, exterminer en un seul
jour 37,000 de ses frères, après en avoir,
l'année d'avant, égorgé 21,000. Pour-
quoi appeler inoui ce que chaque page
de FHistoire offre à nos regards effrayés?
Pourquoi lancer le déshonneursur toute
une nation ?..,. Si vous avez signalé les

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