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Théodoros et Juarez

28 pages
Dentu (Paris). 1868. France (1852-1870, Second Empire). In-8°. Pièce.
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PARIS
IMPRIMERIE BALITOUT, QUESTROY ET C
7, RUE BAILLIF, ET RUE DE VALOIS 18
THÉODOROS
ET
JUAREZ
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 17 ET 19, GALERIE D'ORLEANS.
1868
Tous droits réservé»
THEODOROS ET JUAREZ
I
L'Angleterre vient de terminer; à sa gloire et
en peu de temps, une expédition entreprise contre
le gouvernement abyssinien, pour venger ses na- -
tionaux, pour délivrer ceux d'entr'eux que le né-
gus Théodoros tenait en esclavage. Cette expédi-
tion, si heureusement et si fortuitement terminée,
a laissé, pendant tout son cours, l'opinion indécise
en Europe. Personne ne se dissimulait l'impor-
tance ni l'étendue des difficultés que l'armée an-
glaise aurait à surmonter. Chacun se demandait
comment elle en sortirait. Mais cette question'"
était encore sur toutes les lèvres, que les nouvelles
— 6 —
d'Abyssinie sont venues y répondre. La fortune a
daigné sourire au drapeau britannique. L'ennemi
est en déroute; le chef intrépide qui faisait tout
trembler autour de lui, est mort. En quelques
mois, l'expédition a atteint son but.
II
Ce résultat inattendu est, dans sa rapidité, de
nature à inspirer les pensées les plus graves à
tous ceux qui, aimant la France, célèbrent ses
succès, déplorent ses revers et cherchent, avant
tout, à tirer des uns un parti avantageux, à éviter
le retour des autres. L'opinion publique s'est émue,
dans notre pays, obéissant, non à un sentiment de
jalousie, mais plutôt à un sentiment de surprise,
auquel se mêlait quelque envie. L'accord una-
nime, l'élan, la ténacité de la nation anglaise, le
triomphe de son armée, ont naturellement con-
duit les esprits politiques à comparer l'expédition
d'Abyssinie à l'expédition du Mexique, à se de-
mander pourquoi, la première ayant réussi, la se-
conde avait échoué ?Dans toute la presse euro-
péenne, la même question s'est posée. Elle a donné
—7—
lieu à des commentaires de toutes sortes. Et..
comme, après en avoir médité le texte et l'esprit,
nous n'avons pas trouvé que la vérité toute entière
eût été dite, nous apportons, à notre tour», quel-
ques pages où nous avons essayé de mettre autant
de concision que de bonne foi, et qui seront de
nature, nous semble-t-il, à jeter, sur le sujet qui
nous occupe, un jour plus net. Nous abordons
l'exécution de ce court travail, sans colère ni parti
pris, dans le seul but de prouver que ce qui a,
fait le succès de l'Angleterre, n'est autre chose
qu'un patriotisme éclairé, pratique, un soin bien -
entendu de ses intérêts politiques et commer-
ciaux, et que ce qui a produit l'échec partiel de la
France, n'est autre chose que l'absence parmi
nous des précieuses qualités de nos voisins,
III
Avant tout, il faut rendre justice aux Anglais
Le jour où leur gouvernement a déclaré qu'en
dépit des griefs du peuple anglais contré le Né-
gus, ce dernier refusait de rendre justice aux ré-
— 8 —
clamants : qu'au mépris de toutes les règles du
droit et de la civilisation, il retenait dans les fers
des nationaux britanniques, ce jour-là gouvernants
et gouvernés ont été d'accord pour faire prévaloir
en Abyssinie, même au prix des plus cruels sacri-
fices, le noble et salutaire principe qui a fait la
force de la Grande-Bretagne dans le monde, et
qui peut se résumer ainsi : « Il faut que tout sujet
anglais, en quelque lieu de la terre qu'il se trouve,
soit aussi respecté, aussi sûrement abrité contre
les méfaits, que s'il vivait au sein de la mère-pa-
trie. » Il n'y a eu, ni dans le Parlement, ni dans la
nation, aucun calcul parcimonieux. Les trésors et
les existences n'étaient plus rien, alors qu'il s'agis-
sait d'assurer le prestige du drapeau.
IV
/C'est dans ces conditions, soutenue ainsi par le
peuple tout entier, que l'armée britannique a passé
les mers. Elle a mis le pied sur le sol africain, a
marché droit à son ennemi, comptant pour rien le
sang versé, l'argent dépensé, les périls affrontés.
Tandis qu'elle était aux prises avec des difficultés
-9-
de toutes sortes, la nation la suivait des yeux,
avec sollicitude et confiance. Dans le Parlement,
aucun orateur ne s'est levé pour interpeller les
membres du cabinet, pour les accuser de nourrir
des visées ambitieuses et cachées, pour leur re-
procher la précipitation de leur conduite. Dans le
camp de leurs ennemis, les soldats britanniques
n'ont pas eu la douleur de trouver des discours
venus de Londres, dans le but d'engager les Abys-
siniens à la résistance, en leur donnant à en-
tendre que le peuple anglais désavouait son gou-
vernement. Non. Jusqu'au bout, l'accord entre la
couronne et la nation a été complet. Et si diverses
critiques ont été poussées à se faire jour, elles
ont attendu, elles attendent encore; que les na-
vires aient ramené dans la mère-patrie jusqu'au
dernier soldat.
En a-t-il été de même, en France, pour l'expé-
dition du Mexique? A peine l'expédition était-elle
décidée; à peine l'avant-garde du corps d'armée,
auquel elle était confiée, avait pris la mer et
quitté le rivage français, que l'opposition, faisant
— 10 —
oeuvre de parti, commençait les hostilités contre
le gouvernement. Les organes de la presse? qui se
dit libérale et qui ne l'est pas, remplissaient leurs
colonnes de déclamations aussi injustes que mal
fondées. Toutes les armes lui étant bonnes pour
combattre le gouvernement, l'opposition ne dé-
daignait pas d'avoir recours à la calomnie. Les
rumeurs les plus odieuses étaient mises en circu-
lation A la tribune française, un député s'en fai—
sait l'écho. Suivant les expressions do M. Billault,...
on cherchait à noyer la popularité d'une punition
nécessaire dans l'impopularité de la fondation
gratuite d'un trône étranger. On substituait au
souvenir des violences dont nos compatriotes
avaient été l'objet, au souvenir des traités violés.
la préoccupation d'une entreprise où l'en aurait
effacé tout mobile d'intérêt national. On essayait
de faire croire à la France que son gouvernement
lui demandait son sang et ses trésors pour fonder
le trône d'un archiduc d'Autriche, pour assurer
un gain-illicite à des spéculateurs misérables. On.
mêlait à ces rumeurs les noms les plus illustres,
les plus honorables. On discréditait, à l'aide de
tous les moyens, une entreprise naissante et légi-
time. On feignait d'oublier que nous marchions
— 11 —
!
d'accord avec l'Angleterre et l'Espagne. On disait:
«Cette expédition, l'Empereur la veut, mais la
France ne la veut pas. »
VI
M. Billault, auquel échut par deux fois, l'hon-
neur de rétablir la vérité, et d'opposer à tant de
calomnies le démenti le plus énergique, s'expri-
mait en ces termes : « Cependant, ce peuple de
France, si merveilleux dans ses vivacités intel-
lectuelles, est ainsi fait, que la plus petite insi-
nuation de ce genre s'en va, grandit, fait son che-
min, et puis, lorsque la vérité arrive, elle trouve
les esprits ou prévenus ou indifférents, et ce
qu'ils ont accepté la veille, ils ne daigneront pas le
lendemain en écouter la réfutation, ou s'en sou-
venir quelques jours après: » Ces paroles expli-
quent, mieux que nous ne saurions le faire, pour-
quoi la vérité fut impuissante à détruire le mal
créé, dès le début, par les funestes accusations
que nous rappelons.
- 12 —
VII
Ainsi, les nationaux à venger contre un gou-
vernement qui, dix fois, avait violé ses promesses,
leur sort à assurer, tel était l'unique but de l'expé-
dition du Mexique. Tel a été aussi l'objet unique
de l'expédition des Anglais en Abyssinie. Mais
croit-on cependant que lorsqu'un grand pays s'en-
gage dans une entreprise de cette nature, il n'ait
en vue que les représailles que. ses soldats sont
chargés d'exercer? Évidemment, non On ne dé-
penserait pas des millions, on n'exposerait pas des
milliers d'hommes à la mort, pour aller tirer
quelques coups de fusil , si une manifestation
semblable n'était l'unique moyen donné aux na-
tions d'assurer leur influence dans le monde, de
protéger leur commerce. Un peuple a des torts
envers un autre; il refuse de les réparer. Celui-ci
porte la guerre chez son ennemi, afin d'obtenir
une réparation et d'inspirer une terreur salutaire
qui soit un* préservatif sûr contre le Retour des
causes qui ont dicte sa conduite. L'intérêt de la
France était considérablement engagé. Jusqu'à ce

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