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Traces de la période glaciaire dans l'Afrique centrale (2e appendice à l'Essai sur l'hydrologie du Nil), par l'ingénieur Élie Lombardini,...

De
12 pages
1866. In-4° , 12 p..
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TRACES DE LA PÉRIODE GLACIAIRE
DANS V AFRIQUE CENTRALE
DEUXIÈME APPENDICE
à l'Essai sur l'Hydrologie du NiL -
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PAA^inoénieur ÉLIE LOMBARDINI 6J' J[(iUf'l~
lu à la séance mars 1866 de l'Institut des sciences de Milan.
lu à ïa séance .1 mars 1866 de l'Institut des sciences de Mi!an.
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Lorsque je publiais l'édition française de l'Essai sur V Hydrologie du Nil, il arri-
vait des nouvelles touchant les découvertes récentes de Samuel Baker aux sources
de ce fleuve; et n'ayant pu les faire connaître alors, j'y supplée par cet Appendice,
en profitant des renseignements que ce voyageur a offerts depuis dans sa relation à
la Société Géographique de Londres.
Précédemment à ces explorations Baker en avait fait de 1861 à 1862 dans l'Abys-
sinie septentrionale et dans la Nubie méridionale, où les fleuves Dender, Rahad et
Atbara, affluents du Nil, et le Mareb, le Barka et l'Anseba, qui se dispersent dans les
sables, en recouvrant le désert de leurs dépôts, y ont formé des plaines d'une
fertilité extrême (1). Baker observait que celles-ci, ainsi que les vallées des fleuves que
nous venons de nommer, dans la région montueuse successive, arrosées les unes et les
autres par les pluies tropicales, offrent l'aspect le plus florissant et attendent seule-
ment que la présence de l'homme vienne réaliser les bienfaits que la nature y a
prodigués.
Baker, ayant traversé l'Atbara en plusieurs endroits, fait remarquer que dans la
saison sèche le cours de ses eaux vers le confluent cesse tout-à-fait; dans la saison des
pluies, au contraire, d'après le peu d'indications qu'il donne sur la grandeur de la
section et la profondeur des eaux, la portée du fleuve au maximum de ses crues de-
vrait être bien au-dessus de celle que nous avons supposée. On doit cependant noter
que Heuglin, revenant de son expédition au Ghasal (2), arrivé à Berber dans le mois
de juillet 1864, tandis que le Nil se trouvait encore dans un état de crue ordinaire,
observa, que dans les premiers quatre jours d'août les eaux s'étaient sensiblement éle-
vées , et ensuite jusq'au 9 avaient baissé de 0m, 46, après quoi elles s'élevèrent de
nouveau; de sorte que du 15 au 16 l'exhaussement avait été de deux pieds (0m,61)
en 12 heures. Heuglin attribuait ces effets à une crue partielle de l'Atbara, et il
les déduisait du fait, que les eaux du Nil entraînaient des troncs flottants de palmes,
qui devaient provenir du bassin de cet affluent. On peut conclure de ces circonstan-
ces, qu'ayant supposé dans nos calculs la portée de l'Atbara de 18 m. c. en état de
(1) Journey to Abyssinia in 1862, Journal of the
Geograph. Society. Vol. XXXIII.
(2) Die Tinne' -selle Expedition in Westlichen Nil-
Quellgebiet. 1862-1864. Supplément N, 15 aux Mitthei-
lungen.
2
maigre, et de 1151 m. c. en état de crue, il_y aurait un excès dans la première et un
défaut dans la seconde, ainsi que dans la portée de la crue maximum du Nil en aval
de ce confluent. Mais comme les oscillations très-sensibles du Nil observées par Heu-
glin indiqueraient dans l'Atbara un caractère torrentiel, et par conséquent une durée
de crues moindre que celle que nous avons calculée, il s'ensuit que le défaut vien-
drait à diminuer pour la portée intégrale d'une année. Ces considérations démontre-
raient l'utilité de construire un nilomètre à Berber, afin d'en déduire, d'après quel-
ques mesures de portée, et une suite d'observations, des données positives pour la por-
tée du fleuve réuni.
Dans l'introduction de Y Essai nous avons noté que Baker, ayant rencontré à Gon-
dokoro ses deux compatriotes Speke et Grant, s'était proposé d'accomplir l'explora-
tion du Nil en aval de la cascade Karuma, où selon leurs informations ce fleuve devait se
jeter dans le lac plus petit Luta-Nzïge, et en sortir ensuite; et, qu'attendu les difficultés
survenues, il s'était dirigé vers l'est. Malgré cet incident, Baker ne renonça pas à son
projet, et de mars à décembre, durant la saison des pluies, s'étant arrêté d'abord dans la
province de Latooha, et après au sud dans celle de Obbo, il traversa l'Asua dans le
mois de janvier 1864, puis le Nil près de la cascade Karuma, d'où il se transporta en
février à JJfrooli, résidence de Kamrasi, roi de l'Unioro (3). De là il se dirigea au lac
Luta-Nzïge, qu'il atteignit à Vacovia le 16 mars, et l'ayant parcouru dans un canot
près de son bord oriental dans la direction de nord, il arriva après treize jours à la
bouche du Nil, qui s'y décharge à Magungo, à la latitude nord de 20 19'. Il put de
dessus une hauteur discerner, à la distance de vingtcinq milles environ, l'issue du Nil,
qui coule vers nord-est, au fond d'une vallée large de 4 à 5 milles, bordée à l'ou-
est d'une chaîne de collines. Son escorte se refusant à le suivre de ce côté à cause
des hostilités qu'il y avait parmi les tribus des indigènes, il dut se résoudre à aban-
donner la pensée d'y aller. Remontant, au lieu de cela, une partie du Nil, il revint
en mars 1865 à Gondokoro après deux années d'explorations, durant lesquelles, avec
son héroïque épouse, il dut sormonter des difficultés inouïes, subir des malheurs in-
concevables, et les privatione les plus cruelles.
Venant aux particularités des régions parcourues , qui ont rapport à l'hydrologie
du Nil, nous observerons d'abord qu'en janvier 1864, partant d'Obbo, Baker passa à
gué la rivière Atabbi, qu'il dit être un affluent très-important de l'Asua, avec un cou-
rant perenne dans toute l'année, sans rien ajouter sur la largeur de son lit, ni sur
la portée de ses eaux. Peu de jours après il traversa l'Asua encaissé dans un lit ro-
cheux de la largeur de 120 yards (108 m.), parfaitement à sec, où les crues devraient
s'élever à 4,m 60. Un an après il passa de nouveau l'Asua, près de son confluent dans
le Nil, là où l'avait passée aussi Speke en 1863, mais il n'ajoute rien sur la condition
de cette rivière.
Quant au Nil traversé près de la cascade Karuma, il se borne à dire que c'est un
noble fleuve de la largeur de 150 yards (135 m.) environ.
S'étant ensuite transporté au lac Luta-Nzïge, auquel il donne le nom d'Albert-Nianza,
il le reconnut d'une étendue immense entre 30 de latitude nord et 20 de latitude sud.
(3) La Relation que Baker lut à la séance du 13
novembre 1865 de la Société Géographique de- Lon-
dres est insérée dans le N. 1, vol. X des Procee-
dings de cette Société, que M. Galton, son secrétaire,
a eu la complaisance de m'envoyer.
3
A Vacovia, ce lac semblait avoir 60 milles de largeur; largeur qui se réduisait à 20
près de Magungo, bouche du Nil, et se conservait telle dans la direction du nord.
Vers le sud au contraire, la largeur de 60 milles, semblait s'accroître; mais, at-
tendu la distance, on ne pouvait pas distinguer son extrémité. Il résulte d'après les
informations des indigènes, que là le lac tourne vers l'ouest, et va baigner des
régions tout-à-fait inconnues. Ainsi il est vraisemblable que sa superficie approche de
celle du Nianza- Ukerewe.
Le rivage oriental du lac est formé par une côte escarpée de granit et de gneiss,
haute de 1200 à 1500 pieds; le rivage occidental paraît semblable au précédent; au de-là,
à la distance de 50 à 60 milles, on voit surgir une chaîne de montagnes, dirigée du
sud au nord, dont les cimes s'élèvent de 7000 pieds au-dessus du lac. A l'extrémité
nord de celui-ci, vis-à-vis l'émissaire, on aperçoit dans cette chaîne une ouverture ou
brèche, par où le lac pourrait se prolonger vers l'ouest; au de-lâ les montagnes
continuent dans la même direction.
La bouche du Nil près de Magungo est formée par un vaste bassin d'eau morte,
dont la plus grande partie est encombrée de roseaux; il en est de même du fond de
la vallée de l'émissaire, et de l'extrémité du lac; en sorte qu'il paraît finir par un delta.
Le lac se trouvait à son plus bas niveau, au-dessus duquel, selon les traces qu'on
en voyait, il ne s'élève dans ses crues les plus fortes, que de 4 pieds (lm, 22).
Baker ayant remonté dans un canot la bouche du Nil, qui allait graduellement en
se restreignant, il la trouva après dix milles de la largeur de 200 yards (180 m.) avec
un mouvement de descente des eaux presque imperceptible; et continuant à remonter
le fleuve, il arriva, après 15 milles, à un endroit, où le Nil forme une cascade de la
hauteur de 120 pieds (37,m).
Baker a opéré des mesures hypsométriques avec un des thermomètres de Casella,
que la Société géographique de Londres avait remis en 1861 à Petherick; et après que
ses indications furent confrontées d'abord à l'Observatoire de Greenwich, ensuite à
celui de Kew, et dûment rectifiées, elles donnèrent les altitudes suivantes.
Pour le Nil au confluent du Kafu, près de la résidence du roi Kamrasi, 4061 pieds
(1237 m.); au sud de la cascade Karuma 4054 p. (1235 m.); à la partie culminante
du plateau traversé pour se transporter au lac Albert-Nianza, 4562 p. (1290 m.); ni-
veau de celui-ci 2720 p. (829 m.); altitude de Gondokoro 1990 p. (609m,3).
A sa première expédition de 1858, Speke avait trouvé l'altitude du Nianza- Uke-
rewe de 3740 pieds, et à celle de 1862 , à l'émissaire, près de la cascade Ripon, il
la trouva de 3308 pieds; à Urondogani, où finissait le cours torrentiel du Nil pour se
répandre dans un lit très-large avec un pente insensible, elle était de 2865 pieds; et
ensuite, près de la résidence de Kamrasi, de 2856 pieds; mesures dont il ne garantis-
sait pas l'exactitude, et qu'on doit estimer au-dessous du vrai. Celles de Baker mé-
ritent un plus haut degré de confiance, après leurs rectifications, en sorte que l'alti-
tude du lac Nianza-Ukerewe devrait dépasser 4500 pieds (1372 m.).
L'altitude de Gondokoro avait été déterminée en 1861 par le D.r Peney à 620m, 75
pour le fleuve. Celle de Baker rectifiée serait de 609m,30, et leur moyenne corres-
pondrait parfaitement à celle de 615m, de laquelle nous sommes partis pour établir
les pentes du Nil au § 2 de l'Essai (4).
(4) Voir le § 2 de Y Essai et la note (2) y-annexée.
4
Lorsque Speke, en décembre 1862, parcourut le Nil du confluent du Kafu à la cascade
Karuma, il le trouva en état de crue, en sorte qu'on avait dû transporter la résidence de
Kamrasi dans une position plus élevée. Ayant ensuite rencontré de nouveau en janvier le
Nil provenant de l'ouest, d'abord en vue de Paira, et ensuite près de Apuddo, il reconnut
ques ses eaux étaient limpides, et d'une portée moindre que celle de l'émissaire du Nianza
en crue. Nous avons là-dessus observé que la limpidité des eaux était une preuve de
sa provenance d'un lac, et que la moindre portée en aval devait être attribuée à l'ac-
tion modératrice du deuxième lac, où, selon les renseignements qu'on put avoir, il se-
rait entré pour en sortir ensuite. Ainsi, partant de principes hydrologiques, nous vîn-
mes à admettre un fait, qu'on estimait douteux, et qu'on voit à présent confirmé par
les explorations de Baker.
Dans cette occasion Speke ayant traversé l'Asua près de son confluent dans un état
de décroissance, il douta qu'il dût provenir du lac Baringo, qui devait être en état
de crue, comme le lac Nianza-Ukerewe. Nous observâmes à propos de cela, que cette
circonstance pouvait dépendre de ce que le lac Baringo, au lieu d'être uni à l'autre
par un détroit, l'était par un canal doué d'une pente telle qu'elle excluait toute so-
lidarité entre le régime des deux lacs. Mais ayant ensuite examiné la question avec
plus de maturité, il nous a paru que cela pouvait dépendre de ce que la crue du Nil
ne provenait pas tant de celle du lac, que de celle des cours d'eau du vaste bassin
au nord de celui-ci, après les pluies d'octobre, qui attegnirent 218 millimètres.
Or, Baker ayant rencontré en janvier l'A sua presqu'a sec, il la fait provenir, sur sa
carte, d'affluents torrentiels du territoire environnant, au lieu de la dériver du lac Ba-
ringo. Mais comme il aurait reconnu son affluent Atabbi riche d'eaux perennes, il
ne serait pas dit que ce dernier ne pût provenir de ce lac.
Baker ayant lu à la Société Géographique de Londres son Rapport sur ses explo-
rations aux sources du Nil, M. Galton lui demanda des éclaircissements sur la por-
tée du lfeuve qui entrait dans le lac Albert-Nianza, et même sur celle de celui qui
en sortait. A quoi Baker répondit que des difficultés presque insurmontables s'oppo-
saient à l'éxécution de mesures de portée, soit à cause de la violence du courant, soit
à cause des encombrements du lit rocheux (5).
Il note cependant avoir observé d'une hauteur de 250 pieds, le fleuve émissaire, pour
la partie en amont, et que sur une longueur considérable il occupait le fond d'une
vallée de 4 à 5 milles de largeur, dont plus des trois quarts étaient encombrés de
roseaux. Arrivé en 1865 à Apuddo, il put, d'une éminence élevée de plus de 1000
pieds observer encore, sur une longueur de 40 milles au moins, la vallée du fleuve, qui
tout près conservait la largeur d'un mille et demi environ. Dans un point en aval de cette
localité il rencontra de nouveau, dans un lit rocheux, le Nil, dont la largeur était ré-
duite à 120 yards (108 m.) , avec une vitesse de dix milles par heure (4m,47 par 1"),
sans pouvoir en reconnaître la profondeur.
(5) Dans sa Relation à la Société Géographique de
Londres (Journal of the G. S., vol. 33, p. 28) Speke
déclara que toute mesure des fleuves serait inutile, à
moins qu'on ne l'étendît journellement à tous les "élé-
ments de leur régime durant une année, et cela aux
différentes localités de leur bassin. Nous avons démon-
tré au contraire comment de quelques indications seu-
lement, on pouvait déduire des données précieuses pour
déterminer le régime vraisemblable des fleuves dans
leurs différentes parties. Il faut donc espérer qu'en sui-
vant les règles que nous avons indiquées au § 18 -de
l'Essai, on aura pour l'avenir à attendre des explo-
rateurs des informations plus satisfaisantes, même en
ce qui regarde l'hydrologie.

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