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Traditions républicaines de la France / L.-P. Massip

De
47 pages
A. Le Chevalier (Paris). 1872. 47 p. ; in-18.
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TRADITIONS
RÉPUBLICAINES
DE
LA FRANCE
'Droits de propriété § de traduction réservés.
MARSEILLE
Typ. et Lith. CAYER & Ce, rue Saint-Ferréo], 5y.
L.-P. MASSIP
J^ADITIONS
RÉPUBLICAINES
DE
LA FRANCE
fiai Libertas !
Il importe de répéter à tous les partisans
des droits, qui reposent sur le passé, que
c'est la Liberté qui est ancienne et le
despotisme qui est moderne.
Mm« de STIEL.
Les archives des peuples ne sont point
anéanties, non sans doute ! mais c'est dans
la raison et non ailleurs qu'en est le véri-
table dépOt, le seul qui puisse être invio-
lable.... nos droits sont en nous-mêmes et
ils y sont tous, ils y sont imprescriptibles.
L'abbé SIBÏBS.
PARIS
ARMAND LE CHEVALIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
61, rue de Richelieu, 61
1872
AU LECTEUR,
Les quelques pages qui composent le présent
écrit doivent servir d'introduction à un ouvrage
dont ci-contre le plan et les divisions sommaires,
et qui paraîtra probablement en janvier 1872 sous
ce même titre.
« Si donc ce que je publie actuellement en ces
« quelques pages vous paraît trop court, je serai
« bien aise que ce que j'ai écrit vous fasse souhaiter
« que j'eusse été plus long; et si cela, au contraire,
« vous paraît trop long, vous devre^ vous en prendre
« à la matière même de l'ouvrage. »
De Marseille, décembre 1871.
PLAN
ET
DIVISIONS SOMMAIRES
NOS PRINCIPES & NOS LOIS
I" PARTIE
Esprit, caractère et tendances de la période démo-
cratique du présent.
II- PARTIE
Esprit, caractère et tendances de la période théo-
cratique du passé.
LIVRE I". — L'Eglise
LIVRE II. — La Monarchie.
IIP PARTIE
Esprit, caractère et tendances de la République.
LIVRE I". — Principes fondamentaux et Lois
essentielles.
LIVRE II. — Organes et fonctions administra-
tives.
IV PARTIE
La République et le Suffrage universel.
V PARTIE
La Guerre suivant la conception révolutionnaire.
APPENDICE
Théorie de l'Individualisme républicain.
BUT & OBJET DE L'OUVRAGE
Il faut, que du (ait de l'Individualité
humaine, comme du gland d'où sort le
chêne et toutes ses branches, sorte,sous
la forme républicaine, la société et tout
son organisme.
NOS PRINCIPES & NOS LOIS
Il y a dans le mouvement général de la
civilisation, dans la marche universelle de
l'humanité, une tendance générique et nor-
male, une sorte d'irradiation naturelle et
immanente, qu'on ne peut en quelque sorte
que concevoir, mais qui n'en existe pas
moins effectivement, et qui représente,
pour ainsi dire, sur le plan écliptique de
l'esprit humain, la projection perpendicu-
laire et normale de ce que serait la direction
naturelle et effective de la civilisation et de
l'humanité, si l'esprit humain, le moteur et
— 8 —
le régulateur suprême de cette tendance,
n'était incidemment faussé dans son cours
naturel ou incidemment détourné de sa
perpendicularité par les aberrations de
l'ignorance ouïes entraves de la force.
De cette projection normale qui a sa
source dans la conscience individuelle, dé-
coulent plusieurs appendices de même na-
ture qu'elle et qui correspondent chacun
respectivement à des ordres de faits parti-
culiers par lesquels se manifeste à son tour
aussi la puissance normale et multiple de
la vie mentale ou physique de l'individu et
de la société.
Dans l'ordre mental ou intellectuel, cette
puissance normale est l&vérité; dans l'ordre
physique et économique, c'est Injustice.
Tels sont, pour ainsi dire, les deux pôles
entre lesquels, surl'aoee de la liberté, oscil-
lent de toute éternité l'homme et l'huma-
nité, l'individu et l'espèce.
Le progrès peut donc, dans cet orbite
ainsi déterminé, se mesurer exactement à
chaque âge et au seinde chaque peuple, soit
— 9 —
par la déyiation ou les divergences plus ou
moins grandes, soit par les rapproche-
ments ou les convergences plus ou moins
intimes, que chaque peuple aura, par rap-
port à sa projection normale et perpendi-
culaire, éprouvés ou effectués à chaque âge
par le fait de la prépondérance en son sein
de telle institution ou de tel gouvernement
à qui sera échu le règlement et la direction
de la vie sociale pendant cette période.
Il y a donc ainsi incontestablement des
institutions et des gouvernements qui, sui-
vant qu'ils auront fait subir telle ou telle
déviation ou telle convergence, tel ou tel
mouvement dans un sens ou dans l'autre,
pourront sûrement être taxés comme favo-
rables ou défavorables au progrès et dès
lors infailliblement classés comme organes
propulseurs ou comme organes rétroacteurs
de la civilisation, surtout si l'effet desdites
institutions ou desdits gouvernements se
retrouve toujours le même soit pendant
de longues et nombreuses périodes, soit
chez un grand nombre de peuples, en.
— 10 —
un mot, sur une échelle de proportion aussi
grande que variée, soit dans le temps, soit
dans l'espace observés.
Ces institutions et ces gouvernements
agissant ainsi comme causes inéluctables,
soit par leur principe, soit par leurs appli-
cations, il doit y avoir aussi une série d'ef-
fets et de phénomènes, qui nous révèle, au
sein de la civilisation et du progrès, l'ac-
tion en bien ou en mal, favorable ou défa-
vorable, qu'ils ont sur la marche de l'esprit
humain et sur le développement de l'indi-
vidu et de la société.
Ces effets et ces phénomènes qui sont
comme les conditions nécessaires et fatales
et les principes essentiels et génériques
sans lesquels l'individu ni la société ne
peuvent vivre, sont :
La liberté et la sécurité, l'intelligence et
la force, la puissance et la fortune, l'ordre
et la vérité, la justice et laliberté, la famille
et la propriété.
Soit à l'état rudimentaire, soit à l'état
organique, on les trouve soustoutesles lati-
— 11 —
tudes et chez tous les peuples : ce sont les
éléments constitutifs et génériques et les
conditions nécessaires et universelles, les
principes et les lois générales de l'état indi-
viduel comme de l'étatsocial, de tout ordre
politique, comme de tout ordre économi-
que.
Donc, tout ce qui, dans une somme de
temps et d'espace donnés, augmente la li-
berté et la sécurité, la puissance et la for-
tune, l'intelligence et la force de la person-
nalité humaine individuelle et sociale ;
Et plus particulièrement pour la société,
tout ce qui, dès lors, assure à chacun et à
tous une somme de plus en plus grande et
de plus en plus intense (et coûte d'autant
moins enimpôts) d'ordre et de vérité, de jus-
tice et de liberté dans la famille et la pro-
priété, favorisele progrès, active la marche
de la civilisation et tend infailliblement au
développement de l'humanité et au perfec-
tionnement de l'esprit humain; comme,
d'ailleurs, tout ce qui agit en sens contraire
des tendances que nous venons d'indiquer-
— 12 —
entrave le progrès, ralentit la marche de
la civilisation et fausse le développement
de l'humanité autant que le perfectionne-
ment de l'esprit humain.
Voilà le critère général et synthétique
dans ses proportions les plus grandes et
les plus larges; voilà la loi universelle et
scientifique du PROGRÈS dans toute son
étendue.
Eh bien ! si cette loi est vraie, si elle est
juste, si elle est souveraine pour le bien
comme pour le mal, il faut que, même ré-
duite à sa plus simple expression et rame-
née à son terme extrême, elle nous four-
nisse la même certitude expérimentale, la
même précision mathématique et, en quel-
que sorte même, un degré d'évidence d'au-
tant plus lumineux etplus intense, que, ra-
menée au fait particulier par le fait général,
elle se trouve ainsi par celui-là même,
éclairée de toutes les lumières de celui-ci.
En d'autres termes, si l'humanité ou la
société sont en progrès ou en retard, sui-
vant que les conditions vitales ci-dessus
— 13 -
mentionnées se trouvent augmentées ou
diminuées, favorisées ou contrariées dans
la collectivité et l'ensemble des.êtres qui
la composent, il faut que chaque individu
se trouve aussi lui-même dans un état de
progrès ou de recul proportionnel à celui
de la collectivité dont il fait partie. Car il
en est des lumières de l'esprit humain
comme des lumières du soleil: leur irradia-
tion est à la fois irrésistible et universelle
et elles agissent également sur un et sur
des millions d'êtres.
Donc, chaque individu pourra expéri-
menter lui-même et par sa propre raison,
se tâter, en quelque sorte, s'ausculter dans
chacune de ses facultés mentales ou physi-
ques, pour savoir si telle ou telle institu-
tion, si tel ou tel gouvernement est ou non
favorable aux conditions nécessaires aux
principes essentiels de la vie individuelle
ou sociale, et dès lors, s'il doit personnelle-
ment le soutenir ou le combattre, lui prêter
son appui ou son concours, et en un mot,
puisque c'est par le suffrage universel que
— 14 —
s'exprime la volonté individuelle ou géné-
rale, lui accorder ou lui refuser son vote.
Ainsi, il en est de la raison de l'homme,
qui mesure les espaces infinis de l'univers
aussi exactement que les espaces limités
qu'il foule sous ses pieds, comme dumètre
dont chacun de nous se sert pour mesurer
à la fois les plus grandes et les plus petites
distances.
La raison individuelle a donc tous les
caractères de la certitude scientifique et
pratique qu'exige tout instrument d'inves-
tigation; et comme le champ de l'investi-
gation sociale ne renferme que des phéno-
mènes dont l'homme seul est à la fois le
sujet et l'objet, il s'ensuit encore que la
raison est là absolument et pleinement com-
pétente; car, cette certitude, expérimentée
dans l'infiniment grand, est aussi vérifiée
par lui dans l'infiniment petit et récipro-
quement.
Il nous sera donc facile, à notre tour, en
suivant la marche de la civilisation dans
les limites et l'étendue de notre grande et
— 15 —
glorieuse patrie, de déterminer quelles
sont les institutions civiles ou religieuses,
dynastiques ou électives, qui en ont accé-
léré ou retardé le mouvement, et dès lors,
de connaître celles que nous devons enfin,
condamner ou absoudre pour délivrer à
jamais la France de leurs entraves et de
leurs obstacles, en nous maintenant in-
variablement et inexpugnablement nous-
mêmes dans la voie et les traditions de la
justice et de la vérité par la République,
que la France a acclamée une troisième fois
et que nous défendrons par la science et
par les faits.
Resserrer en un cadre assez étroit notre
sujet, pour qu'il pût d'un seul coup d'oeil
être tout entier embrassé par l'esprit même
le moins habitué aux généralisations et aux
synthèses de la science , et rendre ce cadre
lui-même assez lumineux pourvue tous
les détails saisis en même temps se prêtent
ainsi un mutuel appui et s'éclairent respec-
tivement les uns les autres, sans se mêler
— 16 -
ni se confondre entre eux : telles sont les
fins que nous nous sommes proposé dans
les quelques pages qui vont suivre, avant
même d'aborder encore le fond du sujet.
Tel aussi était le but à atteindre pour
dresser avec avantage et profit un tableau
où le régime des castes religieuses et civi-
les et les gouvernements dynastiques de
droit divin, sous l'oppression desquels la
France a gémi pendant douze à quinze
cents ans, pussent utilement et fructueuse-
ment être comparés, surtout par ceux à
qui le temps manque pour s'instruire, au
tableau des institutions républicaines et
du régime électif, d'où la France a toujours
été violemment détournée et systémati-
quement éloignée par l'égoïsme et l'ambi-
tion des castes et des dynasties, autant que
par la complicité et la sainte alliance du
trône et de l'autel, sous le régime théocra-
tique.
Il fallait trouver le centre de gravitation
politique : [La République), autour duquel
la France a tour-à-tour oscillé pendant des
— 17 —
siècles et montrer, surtout en les notant et
les jugeant, les diverses déviations (féoda-
lité, commune, monarchie, militarisme, théo-
cratie, démocratie, etc., etc.) qu'a ainsi subies
le développement individuel et social delà
nationalité [personnalité) française. Et si la
démocratie, déraillant depuis bien des an-
nées sous des mains inhabiles ou perfides,
a perdu ses bagages et ses titres, il nous
faut enfin la remettre sur son axe et lui re-
faire son lest en lui assignant dans les an-
nales de la France à la fois ses origines et
ses sources, son principe et ses lois.
. Il était nécessaire alors de faire revivre
le passé dans ses parties essentielles et
constitutives, dans ses grandes lignes,
dans les événements où se résument à la
fois tout l'esprit d'une institution ou le
caractère d'une période de cet âgethéocra-
tique; et du sein de ce passé providentiel,
s'affaissant quand même tour-à-tour mal-
gré ses prétendus triomphes, sous l'évolu-
tion successive et fatale, sous la pression
naturelle et hur»aMê~^\la civilisation et
2
. — 18 —
de la science tour-à-tour victorieuses et
prépondérantes dans chacune des branches
de l'activité et de l'intelligence humaines,
individuelles ou sociales.
Il était nécessaire, disons-nous, de déga-
ger de leurs gangues féodales et théocrati-
ques les principes essentiels et génériques
de la vie civile et économique et formuler
les lois générales du progrès social, concou-
rant elles-mêmes àla formation et à la cons-
titution, à l'indépendance et à la consécra-
tion, d'un côté, de la personnalité humaine
dans et par la Justice, et de l'autre, delana-
tionalité française, dans et par la République.
Telsjétaient les points essentiels à mettre
en relief pour prouver invinciblement et
contradictoirement la supériorité virtuelle
et générique de la civilisation démocratique
sur la civilisation théocratique, de l'ordre
social sur l'ordre dynastique, de l'humanité
sur la religion, de l'oeuvre des hommes sur
l'oeuvre des dieux.
C'était, en quelque sorte, à tracer le pa-