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Traité des papiers publics, dans lequel on montre que la Charte réprouve le régime des journaux, qu'une réforme dans ce régime est nécessaire au maintien de l'ordre public comme au progrès des lumières, et où l'on expose le plan d'un papier public, par J.-A. Gay. - Traité des papiers publics, dans lequel on montre que la Charte n'autorise pas les journaux, que la publicité inhérente au gouvernement représentatif ne doit s'entendre que de ses actes, que le système des journaux tue le commerce de la librairie,... qu'un seul papier public suffit au public... et que la suppression de tout journal autre qu'un journal officiel calmerait les passions... - Traité des papiers publics, dans lequel on montre que la liberté des journaux est incompatible avec l'ordre public, comme avec l'esprit et le texte de la Charte, que cette liberté attente à la propriété des auteurs,... tue... le commerce de librairie et que c'est précisément parce que la liberté des journaux existe que la liberté de la presse n'existe pas...

De
52 pages
Mme Jacob (Hubert) (Paris). 1822. In-8° , 158 p..
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TRAITÉ
DES
PAPIERS PUBLICS
Dans lequel on montre que la Charte n'autorise pas les
journaux ; que la publicité inhérente au Gouverne-
ment représentatif ne doit s'entendre que de ses actes;
que le système des journaux tue le commerce de la
librairie et que c'est précisément parce que la liberté
des journaux existe que la liberté de la presse n'existe
pas ; qu'un seul Papier public suffit au public et que
les journaux fournissant un aliment continuel aux pas-
sions la suppression au moins temporaire de tout jour-
nal autre qu'un journal officiel calmeroit les passions.
PAR J. A. GAY
Membre de l'ancienne Faculté de Médecine et de l'ancienne Société
d'Agriculture et des Arts de Montpellier; ci-devant Médecin d'un
hôpital de la même ville.
PARIS.
Chez PONTHIEU Libraire Palais-Royal Galerie de Bois
N°. 252.
Et chez PÉLICIER Libraire place du Palais-Royal.
9 JUILLET 1821.
N. B. Les virgules m'ayant paru plus propres â en-
traver la marche du discours qu'à l'éclaircir je les ai
supprimées hormis dans le cas où la virgule unie au
point sert à suspendre le sens de la phrase.
De l'Imprimerie de P.-N. ROUGERON rue de l'Hirondelle N.° 22.
TRAITÉ
DES
PAPIERS PUBLICS.
SECONDE PARTIE.
TOUT ce qui précède à été publié en janvier
1819 ; ce qui suit ne paroît que d'aujourd'hui.
En janvier 1819 la loi sur les journaux n'étoit
pas rendue et la première partie de cet écrit avoit
pour objet d'empêcher qu'on ne fît d'un journal
une propriété privée. Mes voeux n'ont point été
exaucés. A présent que la loi a consacré cette
propriété l'objet de cette seconde partie est d'en
montrer les inconvénients.
En général le publié vous sait peu de gré dès
services qu'on lui rend. D'un autre cote dit le Jour-
nal des Débats du 1e., septembre 1817 ce c'est une
grande entreprise que de declarer la guerre à un
ordre tout entier. La colère d'un souverain n'est
pas aussi à craindre que celle d'une corporation ».
Dans cette position où il faut s'attendre à tout
excepté à la reconnoissance; où l'association puis-
sante à laquelle je résiste m'avertit elle-même du
E
( 66 )
danger qu'il y a à lui résister ; que faut-il faire ?
son devoir.
Partout dans Paris les feuilles publiques. On a
fait du plus magnifique jardin du monde une bou-
tique de journaux ou plutôt un club où le lan-
gage des passions bien qu'infiltré seulement par
les yeux n'en va pas moins à son adresse. Que di-
roient les journalistes si la religion mettoit dans
son apostolat un zèle aussi dévorant que le leur?
Oh ! qui donc me pourra délivrer des journaux?
Dois-je,aller pour les fuir dans la nuit infernale ?
Robespierre aux damnés lit la feuille fatale.
Pour que les habitants de ce repaire affreux
D'une haine sans fin se déchirent entr'eux.
Un journaliste ne harcèle pas toujours les gens;
au besoin il sait assouplir sa plume. Mais lorsqu'il
flatte les puissants il me semble qu'il les honore
peu; car ainsi que je l'ai dit plus haut la louange
est un acte de supériorité de la part de celui qui la
décerne et d'humiliation de la part de celui qui
l'accepte vu qu'en l'acceptant, il reconnoit lui-
même son infériorité et qu'il s'expose sans être
autorisé à s'en plaindre à se voir demain traîné
dans la boue par le journaliste qui aujourd'hui l'éè-
lève aux, nues. D'après cela je;voudrois bien savoirr
quels sont les François qu'un individu à le droit
de louer dans une feuille publique. Ce ne sont pas
du moins des personnages éminents puisqu'on
( 67 )
voit que l'arrière-pensée que recèle tout éloge est
une offense.
Par exemple le Courrier François a loué dans
sa feuille du 21 mai dernier Mgr. le Chancelier
mais le jugement de ce journaliste n'étoit pas
forcé. De la même main dont il a vesé l'éloge il
pouvoit verser le ridicule. — Sans doute répondra-
t-il. — Eh bien ! si tel est à cet égard le véritable
état des choses il en résulte que moyennant son
cautionnement de 10,000 francs de rente un jour-
naliste a le pouvoir de livrer périodiquement au
ridicule public les premiers fonctionnaires de l'état.
0r dites-moi je vous prie comment au milieu d'un
peuple si délicat sur tout ce qui tient à l'honneur
l'ordre public pourroit se maintenir lorsque les
premiers magistrats seroient publiquement bafoués.
Direz-vous, que Mgr. le Chancelier peut présenter
sa justification à votre journal et qu'elle y sera ad-
mise? Je craindrois de blesser sa grandeur en supr
poant qu'il pût avoir un moment la pensée de
comparoître devant un tribunal composé de gens
masqués et d'attendre avec anxiété d'eux un ju-
gement qui lui apprenne s'il est toujours ou s'il a
cessé d'être digne de la confiance de son souverain.
Et comme Mgr. le Chancelier bien qu'il soit le pre-
mier personnage du Royaume n'a pas cependant
sous ce rapppot-ci plus de privilége que île' plus
obscur des citoyens il s'ensuit que non seule-
( 68 )
ment vous n'avez le droit de censurer qui que ce
soit dans un Papier Public mais même d'y louer
qui que ce soit.
Bien que les journalistes soient peu sobres de
remarques sur leur conduite respective nul d'en-
tr'eux n'a trouvé inconvenante l'approbation que
le Courrier François a donnée à la conduite de
Mgr. le Chancelier de France et dont le sens est
ceci : Jusqu'â ce jour je suis content de vous.
C'est que ce journaliste n'a fait qu'user en cela
du droit qu'ils s'arrogent: tous. Le secret de leur
puissance est dans la distribution dé la louange
acceptée' par le coeur peu méfiant des François qui
ne leur a pas permis d'y voir un piége.
Pour qui est aujourd'hui la liberté? elle est
exclusivement pour les journalistes qui ont la li-
berté de s'enrichir et de tout dire. Le reste des
François a la liberté de se taire et dé mourir de
faim. Il fau nécessairement que tous les états
Souffrent quand celui des journalistes prospère.
Ils sont les distributeurs exclusifs de la réputation
et il suffit pour l'obtenir d'être favorisé par eux.
Il est donc inutile de la mériter. De là l'extinction
de toute émulation. Et comme l'émulation est
l'ame des sciences dès lettrés et des arts il est né-
cessaire que ces rameaux de l'arbre social se des-
sèchent là où les journalistes fleurissent. Les jour-
nalistes frappent de langueur le corps social en
( 69 )
attirant à eux seuls les sucs destinés à le vivifier.
Les journalistes déplorent souvent cet état de
langueur sans dire et peut-être sans savoir qu'elle
est leur ouvrage ayant sans doute quelque peine
à se persuader qu'une profession si lucrative pour
eux puisse être si pernicieuse pour le reste de la
France. Qu'ils jettent un coup-d'oeil sur l'Angle-
terre où l'expérience sur les journaux a été faite
en grand ; car il n'y a aucun pays autant livré aux
gazetiers que celui-là. Eh bien ! ce leurs lois civiles
même dit M. Lanjuinais sont encore dans le chaos.
Ils ont d'ailleurs l'oligarchie les bourgs pour-
ris une dette publique effroyable une taxe des
pauvres de trois cent millions plus de six millions
d'îlotes ou d'hexérédés politiquement par intolé-
rance ; enfin la secte redoutable des radicaux et les
exécutions militaires et le régime par lois d'excep-
tion ». (Erxamen du Système de M. Flaugergues
p. 22.)
Laissons labourer la France par les journaux et
voilà les prospérités qui nous attendent. Pour
prouver que ce présage est dénué de fondement
il foudroit montrer que les journalistes qui diri-
gent l'opinion en Angleterre c'est-à-dire qui au
fond la gouvernent n'ont cependant aucune in-
fluence sur ses destinées. Et il me semble qu'autant
vaudroit prétendre que l'air d'un pays n'influe en
rien sur la santé de ses habitants.
( 70 )
On craint généralement aujourd'hui l'influence
des doctrines libérales. Les journalistes royalistes
espèrent de les neutraliser; mais je crois qu'ils s'a-
busent. La preuve en est qu'ils ont opposé au mal
le remède le plus énergique qu'il fut en leur pou-
voir d'y opposer et que cependant de leur propre
aveu le mal s'est accru à tel point que la société
entière a été en péril. Il est donc démontré que
ce prétendu rémedè est impuissant.
Le triomphe de là civilisatian sur la barbarie
est un des fruits de la sainte alliance. Il date de la
victoire que les Autrichiens ont remportée sur les
séditieux de Naples. Sans quoi les phrases libérales
égarant de nouveau le peuple auroient groupé sa
force autour d'elles et elles auroient battu les phra-
ses monarchiques. Honneur donc honneur éternel
aux magnanimes vainqueurs de la rébellion qui ont
si bien prouvé la vérité de ce mot de La Fontaine :
La puissance fait tout. Ce n'est pas que je veuille
méconnaître le pouvoir de l'opinion publique que
je célèbre moi-même dans-cet écrit. Mais l'opinion
n'exerce un véritable et légitime empire que lors-
qu'elle est indépendante et elle n'est indépen-
dante que lorsqu'elle rie trouve sur son chemin ni
journaux ni censure; c'est-à-dire qu'à ces heureuses
époques d'ordre public où il n'y a que la liberté
de la pressé et une loi sévère pour en punir les
écarts.
( 71 )
Il y a une raison manifeste ce me semble de la
faveur que les phrases libérales des journaux ob-
tiennent auprès du peuple: c'est que tout journal''
est un plaidoyer devant le peuple. Or vous roya-
lités vous niez la souveraineté du peuple tandis
que les libéraux la reconnoissent vous espérez
donc vainement qu'un juge que vos adversaires
ont corrompu; d'avance en le flattant vous sera
favorable. Si vous voulez le triomphe de la belle
cause que vous défendez il faut demander la sup-
pression des journaux et établir le théâtre de la
discussion exclusivement dans les livres. Les li-
vres étant moins lus par les prolétaires que par
les propriétaires l'opinion s'épurera puisque désor-
mais elle sera faite exclusivement par ceux qui s'ont
véritablement appelés à la former.
Que si l'on maintient les journaux vous devez
du moins aecuieillir la censure qui dans ce cas me
paroit là seules digue propre à arrêter le torrent
qui menace de tout engloutir. Mais quioi! tout en
reconnoissant le danger des mauvaises» doctrines'
que répandent les journaux vous repoussez égale
ment et leur suppression et la censure Vous ne
voulez pas que le Gouvernement exerce la censure
sur vous tandis que vous voulez exercera cen-
sure sur le Gouvernement et sur le publie ! Car
qu'est ce qu'un journal si ce n'est le privilège
( 72 )
moyennant finance de censurer et le public et le
Gouvernement? Au fond vous voulez donc le mo-
nopole de la censure.
Les journaux royalistes ont fait beaucoup de
bien dit-on; je le veux. Le lait et l'huile font beau-
coup de bien aussi à ceux qui ont pris de l'arsenic;
mais il seroit encore mieux de ne pas prendre de l'ar-
senic. Quand on s'abstient du poison les contre-poi-
sons deviennent inutiles. Malheureusement ceux qui
ont une manufacture de contre-poisons gagnent
beaucoup d'argent à les débiter. Le remède appli-
qué à nos maux est devenu peut-être un accrois-
sement de maux.
Depuis trente années les journalistes embrouillent
tellementnos affaires que plus ils les discutent moins
on les entend; résultat utile pour eux s'il ne l'est pas
pour nous; car la fin de ce long procès s'il étoit pos-
sible qu'il en prît une tariroit une source considéra-
ble de leurs revenus. Nul doute donc qu'ils ne le
plaident pendant trente années encore si encore pen-
dant trente années on juge à propos d'acheter leurs
factums. Mettez sur le tapis les affaires du Petit
Poucet et s'il y a beaucoup d'argent à gagner en
plaidant pour et contre lui on nous assourdira les
oreilles des affaires du Petit Poucet jusqu'à ce
qu'on finisse par se battre pour et contre le Petit
Poucet. Il n'y a de profit dans tout cela ce me
( 75 )
semble que pour les pontifes de la politique.
O che buona favola che favola di lîbertà! (1)
Les journalistes prétendent que les journaux
sont inhérents au Gouvernement représentatif ;
mais je crois qu'ils se trompent. Nous l'avons pris
des Anglois; mais les Anglois l'avoient primitive-
ment reçu de nous. Faut-il croire que les journaux
sont le perfectionnement de ce système? il me
paroît plus vrai de dire qu'ils en sont la dégéné-
ration; car il est notoire que les journalistes repré-
sentent bien plus leur intérêt personnel que l'in-
térêt public Que si par impossible l'imprimerie
étoit tout à coup abolie pense-t-on que le droit de
faire discuter leurs intérêts par des députés réunis
en assemblée générale fût ravi aux peuples? Les
journalistes ont intérêt à accréditer ce prétendu
axiome vu que quel que soit le mode de Gouver-
nement établi dès qu'il y a des journaux ce sont
au fond les journalistes qui gouvernent.
Quand il paroît un livre libéral nous le com-
battons diront les journalistes royalistes. — Votre
intention est bonne ; mais vous vous rendez ainsi
les auxiliaires d'une doctrine que sans vous un
grand nombre de personnes n'auroit jamais con-
(1) J'ai jugé a propos d'écrire ma petite sentence en
italien mais ne la cherchez pas parmi les proverbes ita-
liens. Elle est de l'auteur de ces pages.
( 74 )
nue. Il y a plus : le journal est quelquefois même
plus dangereux que le livre qu'il combat vu que
pour les combattre le journaliste reproduit les
passages les plus dangereux qui ainsi rapprochés
dans un court espace y produisent plus d'effet que
disséminés dans le corps du livre où d'ailleurs ils
sont souvent affôiblis par beaucoup de choses qui
précèdent ou qui suivent.
Cela sauté aux yeux ce me semble. Pourquoi les
journalistes ne le voient-ils-pas? Pourquoi? C'est
que l'intérêt personnel les aveugle. Leurs feuilles
leur produisent beaucoup d'argent- et la théorie
que j'expose ici ne produiroit que le repos public.
Il n'y a pas long-temps qu'il a paru un écrit
dans lequel on prétend que la France est divisée
en deux peuples l'un conquérant et l'autre conquis.
Les feuilles monarchiques ont combattu cette pro-
position et n'ont pas eu de peine à en montrer la
fausseté ; mais ils n'ont rien appris de nouveau
aux royalistes. Quant aux mécontents ils ont laissé
là les preuves et n'ont retenu que l'assertion dont
ils ont dû voir avec plaisir que tous les journaux
facilitoient la circulation-: On n'a ainsi converti
que ceux qui étaient déjà convertis et l'on n'a
point converti ceux qui avoient besoin de l'être;
et cependant le livre qui développe cette idée désor-
ganisatriee est en ce moment à la troisième édi-
tion. Que si au contraire on avoit laissé cette pro-
( 75 )
position dormir dans l'écrit de l'auteur il est pro-
bable qu'elle y seroit morte de sa belle mort
comme elle avoit péri dans ceux de la Beaumelle
d'où M. Guizot l'a exhumée et où elle est consi-
gnée dans les termes qui suivent.
« Ce qui a altéré la constitution de la France
c'est moins l'ambition des Philippes que le vice
primitif de la constitution même qui réduisoit le
peuple conquis à obéir aveuglément au peuple
conquérant moins nombreux.» Mes pensées 1761
p. 199.
Cet exemple pris sur cent autres semblables
qu'on pourroit également produire prouve ce me
semble que les journaux royalistes nuisent à leur
cause par les soins mêmes qu'ils prennent de la
défendre. Et il me semble indubitable que si au lieu
de tirailler ainsi l'opinion tantôt en un sens tantôt
dans un autre on la laissoit libre en son cours sans
autre impulsion que celle qui émanèroit des livres
elle ne tarderoit pas à devenir uniforme et à expri-
mer le voeu général des François qui ne veulent
que leurs princes légitimes.
Quand M. Guizot jugera encore à propos de
faire un commentaire sur la pensée d'un auteur
il trouvera un texte plus digne de ses méditations
dans le beau passage suivant extrait du même écrit
de la Beaumellep. 19. « On ne parle dit-il que de
l'indépendance des peuples dans un temps où il
( 76 )
est démontré qu'elle ne les rendroit pas plus heu-
reux et l'on ne dit mot de l'indépendance des rois
dans un temps où il est démontré que cette in-
dépendance rendroit les peuples plus libres. »
Si vous croyez MM. les journalistes qu'on tue
plus sûrement un livre en le réfutapt dans une
feuille publique qu'en le passant sous silence vous
pouvez le prouver en ce moment. Il ne tient qu'à
vous de consigner dans vos feuilles les passages les
plus forts de cet écrit d'en confier la réfutation
aux meilleures plumes de votre association et de
faire ainsi circuler en France et dans l'Europe mes
objections et vos réponses afin que le public puisse
juger avec connaissance de cause entre vous et
moi. Le ferez-vous ? Non messieurs vous ne le
ferez pas s'il faut juger de l'avenir par le passé ; car
mon Traité des Papiers publics n'a pas obtenu
cette loyale contradiction ; c'est par le silence sur-
tout qu'on l'a tué. Persévérez messieurs dans cette
méthode. Sans avoir la prétention de vous l'appren-
dre car vous le savez mieux que moi j'ai l'honneur
de vous déclarer qu'elle est parfaite. Cet écrit ne
s'est pas vendu. Cependant quand même il auroit été
encore plus défectueux qu'il n'est vous qui depuis
plus de trente ans faites et défaites à votre gré toutes
les réputations de France vous auriez bien trouve
le moyen de faire la réputation de cet écrit-là si
vous l'aviez jugé à propos. Ai-je dû me découra-
( 77 )
ger pour cela ? Je ne le pense pas. Comme il y a
plus d'une personne qui gagne bien des écus à nuire
au Public il n'est pas mal que de temps à autre il
se présente quelqu'un qui sache les sacrifier pour
le servir. Heureux encore si l'on en étoit quitte
pour la perte de quelques sous! mais on a vu plus
haut les menacés que lés journalistes adressent à
ceux qui leur résistent. Il faut se courber sous leur
tyrannie ou tout redouter de leur colère. Qu'on
me ramène aux carrières.
En annonçant que je verrois sans peine un ju-
gement sur ces pages dans les journaux j'ajouterai
que je désirerois qu'il fût rendu avec équité espé-
rant que cette condition mise à mon voeu n'en fen-
dra pas l'exécution impossible.
De temps en temps les journaux nous apprennent
que plusieurs journalistes sont des hommes très-
distingués. Je conviens de cela avec plaisir ; mais à
mon: tour j'ose avancer qu'un homme distingue
déroge du moment qu'il se fait journaliste. De quoi
déroge-t-il? de la principale noblesse de l'homme-
là justice. Dans le Tribunal dont le journaliste se
constitue le magistrat il la foule aux pieds puisqu'il
est à la fois jugé et partie. Juge et partie ! savez-
vous bien tout ce qu'ils y a de puissance dans ces
mots? Si au lieu de cette foule de journalistes que
nous avons il n'y en avoit qu'un seul celui-là seroit
le maître de la Société entière en vertu de l'im-
( 78 )
mense privilège qu'il a de citer tout le monde à son
tribunal et de ne rendre compte de ses jugements
à personne.
Un homme est inepte j'en fais un homme de gé-
nie. A-t-il du génie? je le peins comme un sot. Je
suis payé pour exalter l'un pour abaisser l'autre ;
tout ce qu'il vous plaira. Hors de chez moi plaignez
vous si cela vous soulage ou vous amuse; mais nul
ne» me contredira dans ma feuille car j'en suis pro-
priétaire.
Voilà la puissance d'un journaliste. Armé d'une
pareille puissance il s'embarrasse fort peu que le
roi appelle tel outel citoyen aux places; un journa-
liste sait qu'elles ne resteront qu'à ceux à qui il, les
conservera- Il avilit un homme et cet homme n'est
plus. D'où il suit que le roi présente aux places et
que les journalistes y nomment. C'est notre Bas-
Empire avec la différence que le sabre régissoit le
Bas-Empire romain et que la plume régit le notre.
La dernière loi sur les journaux a légué, le pouvoir
aux journalistes en leur léguant l'opinion. Deve-
nus par cette loi souverains de l'opinion laquelle
est-elle, même souveraine de France ils sont les vrais
souverains de France. De la elurs voeux pour la fixité
des lois. Nous sommes bien ici; faisons-y trois ten-
tes, Laisser intacte la loi sur les journaux celle-là
leur suffit parce qu'il savent bien que lorsqu'on
a l'opinion on a tout. La stabilisé qu'invoquent
( 79 )
les journalistes n'est autre que la stabilité du dé-
sordre.
A force de parler seuls et de répéter que la li-
berté de la presse consiste essentiellement dans là
liberté des journaux les journalistes l'on fait croire
à bien des personnes entr'autres à M. de Lally
Tolleridal qui a dit : point de liberté de la presse
sans la liberté des journaux. La vérité est pour-
tant que c'est précisément parce que la liberté des
journaux existe que la liberté de la presse n'existe
pas. En effet qu'est-ce que la liberté de la presse?
C'est sans doute la faculté non seulement de pu-
blier un livre mais encore de le faire lire. Car à
quoi me sert le droit défaire un livre si d'autres
ont le droit d'empêcher qu'on ne lise ce livre? Or
c'est ce ; qu'on voit aujourd'hui. Vainement un
auteur multipliera les productions; on ne les lira
jamais si les journalistes ne veulent pas qu'on les
lise. Cela est notoire et ils l'ont déclaré eux-mêmes.
" Aucun livre dit de Constitutionnel du 20 mars
1820 ne peut se répandre sans le secours des jour-
naux. » Et comme d'autre part les journalistes
publient chaque jour un livre et qu'il n'est pas au
pouvoir des auteurs d'empêcher que ce livre ne se
répande il en résulte évidemment que la liberté
de la presse dont le public croit jouir par les jour-
naux n'existe réellement que pour les journalistes:
Voilà l'aristocratie de notre temps. Les Françoisne
( 80 )
peuvent plus penser qu'avec la permission des jour-
nalistes. Or tuer la pensée c'est tuer le com-
merce de la librairie c'est-à-dire une des sources
les plus fécondes des prospérités de la France
attendu l'immense quantité de monde qui vit de
ce commerce.
Et ne croyez pas que c'est par suite d'un abus
que les choses se passent ainsi. Avant la loi du 9
juin 1819 c'étoit un abus; depuis la publication de
cette loi c'est un droit. Les journalistes étant léga-
lement reconnus propriétaires exclusifs de leurs
feuilles sont par là même constitués arbitres su-
prêmes dé ladestinée des livres. Si S.M. elle-même
jugeoit à; propos de publier un livre nul jour-
naliste n'annoncer oit ce livre s'il ne plaisoit à aucun
journaliste de l'annoncer. Le droit de la propriété
est au-dessus du pouvoir des rois qui ne sont es-
sentiellement institués que pour la maintenir.
En fournissant un cautionnement chacun il est
vrai peut obtenir le privilège de rédiger une feuille
publique ; mais le Cautionnement rend-il ce privi-
lége plus légitime? l'esclavage n'étoit-il pas attaché
à la glèbe? étoit-il pour cela plus humain et plus
juste que les habitants d'une contrée fussent main-
mortables de celui qui avoit acheté la terre sur
laquelle naissoient ces infortunés? Grâces aux jour-
nalistes il n'y a plus en France de vasselage pour
personne que pour la France; tout entière. Nous
sommes
( 81 )
sommes main-mortables des journalistes. Nulle
considération que pour ceux à qui ils la donnent
ou la laissent; c'est-à-dire que nous n'existons que
par eux ; car en France un homme déconsidéré est
un homme anéanti.
Les auteurs surtout sont main-mortablès des
journalistes. Les journalistes ont le privilège d'ex-
traire de tous les ouvrages qui paroissent ce qu'il
y a de mieux de le vendre publiquement à leur
profit et de donner encore par dessus le marché
des ridicules à l'auteur. Celui-ci publie pourra
défense une brochure que lisent une cinquantaine
de personnes et pas toujours ceux-mêmes à qui il la
donne. Les journalistes écrasent le pauvre écrivain
en quatre lignes qui ont cent mille lecteurs; c'est-
à-dire que la condamnation est en réalité et la jus-
tification en effigie. Les auteurs sont-ils main-mor-
tables des journalistes ; oui ou non ; que vous en
semble?
La société leur a été livrée; et aujourd'hui qu'ils
l'ont dévorée ils s'en prennent à ceux-mêmes qui la
régissent. On voit aujourd'hui les journalistes
lutter de puissance à puissance avec tous; les sou-
verains de l'Europe. Ceux-ci ont eu jusqu'à présent
a leur appui leur artillerie de bronze ; mais elle est
impuissante à les défendre depuis qu'ils ont livré
aux journalistes l'artillerie de l'opinion publique
qui est souveraine des peuples et des rois. Sans
( 82 )
doute on ne peut excuser là manière irrespec-
tueuse dont les journalistes en usent souvent avec
les souverains; mais il est peut-être vrai dé dire que
ceux-ci se sont montrés trop imprévoyants. En
effet un journaliste auroit-il jamais osé les attaquer
s'il lui avoit été sévèrement interdit d'attaquer
même un simple particulier ? En étendant la cir-
conférence de l'enceinte qui les auroit mis à cou-
vert ils seroient restés inaccessibles aux agréssions.
de la malveillance. La sûreté que le public auroit
tenue d'eux auroit fait leur propre sûreté. Au lieu
que le public ayant été mis à la merci des jour-
nalistes ils n'ont pas tardé à diriger ensuite leurs
traits sur les chefs mêmes de la société. Oh ! qu'il
réussit toujours bien de remplir ses devoirs!quelle
profonde politique il y à dans la justice !
Les journalistes étant propriétaires de l'opinion
publique leur pouvoir seroit à la fois sans bornes
et indestructible si cette propriété étoit légitime.
Mais la loi sur les journaux fut manifestement
drie surprise faite à la religion du corps législatif;
et heureusement le corps auguste qui à commis
cette erreur peut la réparer. Cette loi peut être
révoquée et il faut d'autant plus espérer qu'elle le
sera que le domaine qu'elle aliéna et qui n'avoit
pas encore été légalement aliéné depuis la nais-
sance du Monde est d'une nature inaliénable.
C'est à chacun à s'efforcer de mériter par ses