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Traité des prairies artificielles, ou Recherches sur les espèces de plantes qu'on peut cultiver avec le plus d'avantage en prairies artificielles dans la généralité de Paris, & sur la culture que leur convient le mieux ([Reprod.]) / par M. Gilbert,...

De
304 pages
de l'impr. de la veuve d'Houry & Debure (Paris). 1789. Gestion des pâturages -- France -- Ouvrages avant 1800. 4 microfiches ; 105*148 mm.
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEÀRÈH GOLLEGTION
LES ARCHIVES DE LA'
MAXWELL
.Headington Hill Hall; Oxford 0X3 OBW, LK
T R A 1 T
DÉS PRAIRIES ARTIFICIELLES,
ou
R.E CHERCHES
SUR les Efpèces de plantes qu'on peut
cultiver avec le plus d'avantage en Frai- ̃
ries artificielles dans la Généralité de,
Paris à fur la-culture qui leur convient
le mieux..
Quiarvis fimos fimis pecora, pecoribus pafcua adamuflîm
̃̃ novit accommodare, is Agjficvlturs. fafligîum attigit.
PA R M. Correspondant Société
Royale d'Agriculture de Paris Membre
raire de Belles-Lettres
& Vétérinaire.
De l'Imprimerie de la Veuve D'HOIR Y & D E B U R E.,
Imprimeurs-Libraires de Mgj. le Duc d'Orléans,
rue Hautefeuille, près celle des Deux-Portes 17 Sa.
M. D. CC. LXXXIX.
EXT RAIT
Du Programme des prix dijlribués
de iySy.
.Lja Société avait. propofé dans fa
Séance publique^du 30 Mars i786,:pour
fujet d'un Prix de i©oo liv. & d'un Jeton
d'or de la valeur de 100 livres, la queftion
fui vante
Quelles font t/sefahçs.de P rairies
artificielles qu'on peut cultiver avec le plus
d'avantage dans a Généralité de Paris
& quelle en eji la meilleure culture ?
L'A Société a adjugé le Prix à la
pièce n°. 3 z ayant pour épigraphe
Qui arvis fimos fimis pecora pccoribus
pafcua dilamujjim novit accommodare
is Agriculture fafligium attigit dont
l'Auteur eft M. G I l b e r T, Profeffeur à
l'École Royale Vétérinaire.
La C©m*A-snie a arrêté qu'il ferait
fait une mention honorable des Pièces
fuivantes, n°. ayant pour épigraphe,
cette épigraphe Nunc veneranda pales »
.magné nunc ore fonandum n°. 10 ayant'
pour épigraphe Foruinatus & Me àeos qui
novit agrefies; n°. défigné par cetfr
épigraphe Beat us Me t qui procula nego-
tiis3 ut prifia gens mortalium, pauma rura
bobus exercet fuis 3 foîutus ah omni fendre ,•
& le .-n°. i avec l'épigraphe fui vante
Servit agro pecus 3 & peçori dat molle vi-
cisîm granzen ager neque rura vigen
arment aque 3 denfi Jîye greges. campis
gregibus feu pafcua défini.
LA Société a trouvé dans ces diffcrens
Mémoires des pratiques utiles, des pro-
cédés peu connus, & elle a témoigné,
dans fon Programme de 1787, le defir
qu'elle avait de connaitre les Auteurs
pour qu'elle fût à portée de rendre public
leur travail fans y faire aucun changement.
A
tziTK A I T É
DES PRAIRIES ARTIFICIELLES,
OU
RECHERCHES
SUR .les Èfpèces de .plantes qu'on peut
cultiver avec le plus d'avantage en
ries artificielles ans la. Généralité de
Paris .). à fur la culture qui leur convient
le mieux..
Qui arvis fimos, fimispecora pccoribus pafma adamuffim
ftovit accommodas Ú Agriculture fifligium atti^it.
Par M. Gilbert, Correfpondant de la Société
Royale d'Agriculture de Paris, & Proiefleur de
l'École Royale Vétérinaire.
o
QUE la terre par une longue fuite
de produ&ionicle la même nature qu'elle s'épuife
Mémoiic
couroDiicca
( »̃)
même au point de ne pouvoir plus fôtKnir les tues
nécéflahes à la végétation; que .le iftoyen de pré-
venir ou de réparer ces percer, connue; i°. à la
difpofer par la divifion mécanique de fes mole*
cules recevoir les influences" fécondantes ~dl
i'atmofphère & à permettre un paiïage facile aux
radicules des plantes qu'on fe propofe de lui con-
fier i°. à varier, à alterner continuellement ces
dernières; 30. à dépôfer dans fon fein les engrais
qurcoTnieTrnent en -abondance l'altment-des^végé
taux, que la fource la plus riche de ces engrais,
¡élide dans les animaiix} que la multiplication,
que l'utilité de ceux-ci -foient Subordonnées à la
quantité, à4a qualité des nourritures qu'on confacre
à leurfubfiftance, ce font-la des vérités fi évidentes,
liées fi étroitement entr'elles, confirmées par l'expé-
rience de tant de tildes, qiVil eft étonnant qu'elles
aient trouvé dans le nôtre des contradicteurs, qu'il
le ferait bien davantage quelles en trouva!Tent en-
core aujourd'hui.
Ces conditions auxquelles tient fi intimement la
fécondité des terres je les trouve toutes réunies
dans la culture des Prairies artificielles il n'en eft
aucune qui fournifle aux animaux une nourriture
plus abondante; &, je ne crains point de l'apurer,
qui convienne mieux à leur conftitutidn (a); au-
(aj On a longtemps mis en fi (î l'herbe des Prairies
artificielles foi niait une nourriture falutnirc pour les' bef-
(J)
A ij
cune par conféquant qui donne autant d'engrais,
& :des engrais auffi puiffans. Pendant que les
racines des plantes dont elles font formées
brifent, atténuent, tamifent en quelque forte les
^particules terrêufës des couches inférieures^ dans
iefqueHès elles vont chercher la nourriture qui leur
convient les feuilles & les tiges foutirent de
l'atmofphère & dépofent à la furfacc du fol l'en-
le difpofe à la
exception qui ferait moins rare qui peut-être
même céderait d'en être une, fi les lumières de la
phyGque éclairaient plus généralement l'Agricul-
ture)' c'eft ainfi que la production même devient la
Source de la production.
mens, dont l'origine fe perd dans la nuit des temps
les plus reculés (a), qui ont mérité les éloges les
plus pompeux de la part de tous les Auteurs an-
tiaux; il me fcmble que l'expérience ne permet plu&de doute
à cet égard je prouverai bientôt que les reproches qu'on
lui a Çjitt tiennent à l'excellence même de Ces qualités; les
meilleures choies font toujours celles dont l'abus cft le plus
dangereux, & malheureufement le plus commun.1
( a ) Pabulorum gcnera complura funt medica vicia4,
farfflgo quoque hordtacea & avena f&num gr&cum nec
'minas ervum & cicer;: nam cetera ncque enumerare ac
minus ferere dignamur, tjcc'efto tamtn cy:ifo. Columells,
Lib. II, Cap. !i. A
ciehs qui ont écrit fur l'Agriculture, on ne peut
ailez s'étonner qu'ils ne fe foient'pas plus générale-
ment répandus.. »i -'•
des terres de la Géné-
ralité de Paris, pour jouir d'une fertilité toujours
confiante que des enbrais ;,de nombreux troupeaux
peuvent feuls les fournir, & feules les Prairies arti-
ficielles peuvent prefque par-tout nourrit de nom-
breux troupeaux.
Oeil cette vérité irien
l'illuftre Compagnie qui travaille avec tant de zèle
au bonheur des hommes, en perfectionnant l'Agri-
culture, à propofer la double queiion dont la fo-
Ir.tion intérefîè fi eflentiellement tous les citoyens.
Si je ne puis me livrer à l'espoir d'y parvenir je
croirai du moins avoir rempli un devoir, en expo-
fant les faits qui me paraîtront propres à y conciuire.
S'il m'était permis, en effet, d'interpréter les
intentions de la Société, je penferais qu'elle s'eft
moins promis de trouver cette fclution dans un
feul Mémoire, que dans l'enfemble de ceux qui
lui feront adrefTés. Où eft le Cultivateur qui pour-
rait fe flatter de pofféder les connaifTances que cette
folution me paraît exiger ? Que pourraient y faire
quelques expériences fuivies même avec foin &
intelligence dans un canton & même dans plu-
fieurs ? Pour déterminer les efpeces de Prairies
artificielles qui conviennent le mieux à la Généra-
lité de Paris, n'ett-il pas nccellaire d'en connaître
A i
toutes les parties? car, fous un climat différent,
les mêmes plantes offrent fouvent des différences'
très confidérables j elles ne fe cultivent ni de la
même manière ni-aux marnes époques; la con-
miflance des diverfes natures de fol de-leur expo-
de leur culture, n'eft pas
moins efTentielle ,& eljenefuffit pas; la terre n'eft,"
en quelque forte, que la matrice des végétaux elle
doit la plus -grande, partie de-fa fécondité à aine
mulritude~d'âgens qui luirfont étrangers; il eft né-
ceffaire de connaître ces agens; tels font les engrais
fi variés dans les différens cantons & dont la pré-
férence eft prefque toujours établie, fur. des obfer-
vations locales, la température de l'atmofphere &
les météores qui ont une influence fi directe fur la
végétation la quantité d'eau pluviale plus bu
moins grande dans certains cantons, dans certains
temps que dans d'autres puifque cette connaif-
fance n'influe pas moins fur le choix des plantes
qu'on veut cultiver que fur celui de la méthode de
culture qui leur convient le mieux (a) les facultés
(a) Paris cft une des villes du monde ou il tombe le
moins d'eau; il téCulte du relevé des Obfervations publiées
par l'Académie des Sciences, que, dans cette ville, les mois
de Mai, Juin, Juillet & Août, Cont les plus pluvicux; ceux
qui le font le plus à Turin font Avril Mai & Juin d'aprih
les obfervations de M. Daquin, Traducteur de l'excellent
Ouvrage de $A. Toaldo.
̃ («).
des Cultivateurs, le titre auquel ils tiennent leurs
terres, la durée plus ou moins longue de leurs
baux;' car un Cultivateur pauvre, un Métayer,
un Fermier a bail'de trois ou fix années, peuvent
toutes ch'ofes égales d'ailleurs n'avoir pas le/même
intérêt à 'cultiver la même espèce de plantes Se
ces plantes elles-mêmes "combien n'exigent elles
pas de confidérations ? celles dont la racine s'en-.
fonce^– demandent un autre terrain T, fuie autre
culture que celles donc ,lA racines tracent; les
exotiques requièrent. desîôins dont peuvent fe
pafTer les indigènes les unes fe plaifqht dans les
terrains bas & humides; les autres n'aiment que
l'es exportions élevées & les terrains fecs toutes
enfin ont des allures particulières une manière de
refpirer, de s'abreuver 'qui leur eft propre « qui
doit déterininer & le choix qu'on en- doit faire &
la culture qui. leur convient.
Toutes ces connailïànces deviennent, en quelque
forte, inutiles elles font du moins infufhfantes
fans celle des effets des .plantes -fur l'Économie
animale fans celle de l'efpèce de beftiaux qu'on
trouve le plus communément dans les divers cantons
de la Généralité de Paris car telle plante qui au-
rait de l'aptitude à croître dans un pays doit le
céder à une autre qui en a moins mais qui con-
vient mieux à la nature des animaux qu'on y élève;
la Luzerne, par exemple, qui convient mieux au
cheval, que le Trefle dont les & les vaches
(7)
Aiv
s'accommodent très-bien, doit, pour cette râifon, être
préférée dans les cantons où l'on nourrit beaucoup
de chevaux; en un mot, la consommation, les
débouchés, la proximité des villes, la valeur in-
trinsèque ourelative des terres, le prix des denrées,
ï les ufages locaux & bien d'autres particularités
encore, motivant prefque par-tout la préférence
donnée à une.efpèce de plante fur toutes les autres,
'qu'en les réuni (Tant ces particularités, qu'en les
foumettant à m calcul exact, qu'en_ comparant la
fomme des préférences accordées à une cfpèce avec
la fomtne des préférences accordées à une autre,
qu'on peut, ace qu'il me Semble, ailigrier chacune
d'elles le rang qu'elles doivent tenir à raifon de leur
utilité.
Embraffèr l'ensemble des objets qu'il eft né-
ceflàire de connaître pour arriver la folution d'une
queftion, c'eft faire un pas dans la voie qui doit
"y conduire j'ai tâché d'y en joindre encore quelques
autres; &, pour que la Société à laquelle je fou-
mets mon travail, foit même d'en apprécier les
réfultats je la fupplie de me petnlettre de lui
rendre compte de la marche que j'ai fuivie dans
mes recherches.
Pour arriver à une connaiffince exacte de la
Généralité de Paris je me fuis mis à parcourir fes
Elections j'ai étudié leur pofition leur tempéra-
ture, la valeur cbsrerres, leurs productions) leurs
cultures, leurs avaritages naturels &̃ accidentels;
je me fuis furtout attaché à la profondeur des
couches végétales, à la qualité -des lits fur lequd§*
elles repofent, la manière dont fe nourriffent la
plupart des places-employées en Prairies artifî- '»
celle-de la nature des terres à l'infpe&ioiT eft très-
difficile peut-être même eft-elle impoflible leur
couleur- leur-eompacliciré leur friabilité, leur*
pefanteur, leur faveur ne font que des indices très-
fouvent fautifs,, prefque toujours équivoques (a);
c'eft fur la nature fur la vigueur de leurs produc-
tions naturelles que j'ai établi mon jugement
j'avais compté d'abord fur les refTburces de lanalyfe,
je me propofais même d'offrir 3- la Société un ta-
blcau d'expériences, dont le réfultat aurait déter-
miné la compétition des terres qui convenaient le
mieux à la végétation de chacune des plantes cul-
tivées en Prairies artificielles dans ce defl~ein, j'ai,
lavé, j'ai calciné un grand nombre d'échantillons,
pris fur les terres reconnues les plus propres leur
culture^mais j'ai obtenu des réfultars fidifférens,quel- »
quefois même fi oppofés felon que meséchantillons
avaient été pris fur une terre plus ou moins élevée,
(a) Color-.tcrru. non magtwperl defideruur, quoniam
bonitati.r incertus efl auQor. Pallad. Lib. I.
Argumenta ..namqud judicantium terrÀ fizpè fal-
tant.- Plin. Lib. XVH, C?J>. VU, YI.
cY)
plus bu moin£ sèche, plus ou moins inclinée,; dans
telle exposition, plutôt que dans telle autre, que
les principes généraux que j'en voudrais tirer ne
feraient 'pas môme en raifon des exceptions ils ne
préfenreraienrque des idées vagues, que des confé-
quences ifolées & locales, & je defire n'offrir à la
Société que des certitudes, que des conféquences
générales applicables à toutes les parties de la
Généralité. ~L-
Après avoir mis à contribution les coiîiiaiffaTices
des Cultivateurs les plus, j»ftruîts dans chaque
canton, avoir pefç^-cdciilé difcuté les motifs de
leurs procédé?, j'ai comparé ce que je venais de
voir ou d'apprendre dans la Généralité avec ce
que j'avais vu & appris déjà dans d'autres provinces
de France, ans quelques Royaumes venins où j'ai
fait des obfervations, dans les Auteurs enfin, an-
ciens & modernes, qui ont écrit fur le même fujetj
*i j'ai cru qu'il y avait quoiqu'en petit nombre des
.principes applicables à tous les pays,. & ces prin-
cipes, il ̃" m'a-femblé que perfonne ne les avait
mieux connus, plus favamment développes, que
les anciens ( a ) j ils cultivaient d'ailleurs plusieurs
des végétaux dont nous formons nos Prairies artifi-
cielles, ils connaiflaient leur pays originaire, l'époque
(a) C'eft une vérité crifte fans doute mais inconceftablc
que l'Agriculture n'a a fait depuis les Romains. que des
progrès extrêmement lents,
ùio.r
à laquelle ils en étaient fortis î &, par une fuite né-'
celTaire la culture qui leur était propre j'ai donc
pënfé qu'il ne paraîtrait point Cngulier de voir citer
l'Agriculture de la Grèce & de l'Italie, lorfqu'il
était queftion de celle de la Généralité 'de Paris,
fetout fi ces- autorités n'étaient appelées que pour
défendre des pratiques généralement établies parmi
nous, des imputations, des reproches que leur ont
fait des Auteurs modernes, comme on en verra
plufieuis exemples dans le cours de ce Mémoire.
L'ordre que j'ai fuivi.dans mes recherches, fera
à-peu-près celui que je fuivrai dans le compte que
j'en vais rendre; après avoir jeté un coup d'oeil
rapide fur les circonftances agronomiques les plus
générales qu'offre la Généralité de Paris, je pré-
fenterai dans un Tableau topo-agronomique tout
ce que chacune des vingt-deux Elections dont elle
eft compofée offre des circonftances locales que'
j'ai dit devoir influer fur le choix des Prairies art4-
ficielles & fur leur culture: ce tableau fera fitivi d'un
état de toutes les plantes que je connais qui ont
été cultivées en Prairies artificielles; & comme il
n'eft que trop ordinaire que la confunon dans les
'noms en apporte dans les chofes je joindrai au nom
vulgaire les phrafes botaniques par lefquelles les Au-
teurs les plus connus les ont déhgnées ce qui me
difpenfera de la defcription qu'on trouvera par-tout,
lorfqu'on connaîtra la véritable nomenclature.
__îe_çon(idérerai enfuite ces plantes d'abord indi-
-( II )
viduellement & fous le rapport*~Aes-aïântages
généraux celui
qu'elles peuvent avoir avec les obfervations locales
confignées dans ma première Partie je donnerai
un Tableau comparé de leur produit dans, toutesles
parties de la Généralité, déduction faite du prix de
location des frais de culture, &c. &c., & j'aurai
foin d'indiquer dans çe Tabl .'i la nature du fol
furJequel auronr_étéiairesJe_s expériences dont je
comparerai les réfultats.
Je pa(Te,rai enfin à l'examen de la culture des
Prairies artificielles j'exposerai tous les détails re-
latifs a leur, établijfement â leur entretien, à la
récolte â l'emploi de leur produit, enfin à leur
défrichement. J'examinerai, je difcurerai les divers
procédés que j'ai trouvé ufirés dans la Généralité
de Paris; je ferai en forte que la méthode à laquelle
je croirai devoir donner la préférence fe rapproche
autant qu'il fe^eut de celles qu'a l'habitude de fuivre
le plus^granÏTioTObTe des Cultivateurs, peifuadë
qu'en Agtteulture comme en morale, le mieux eft'
fouventrennemi du bien; qu'on ne doit préfeftter au
laboureur que des procédés qu'il puiffe croire être
les fiens de forte qu'en faifant mieux, il s'aper-
çoive à peine qu'il rait autrement (a).
(q) C'eft furtout pour les Grametis que cette attention
eft néceflaire il règne leur égard une telle confufion dans
les Auteurs, <^tf il n'eft rien moins que facile de s'y reconnaître.
•f » )
Telle eft la tâche que je me fuis imposée; je fens
combien je fuis loin d'être en état de la remplir,
mais s'il ne m'eft pas pénible d'obtenir la folution
de la queftion qui va m'occuper, peut-être ferai-
je affez heureux pour que la Société qui l'a propofée,
trouve du moins dans mon travail quelques-'unes
des données qui peuvent y conduire.
Topographie agronomique*de la Généralité
de Paris.
A R T I CLE -r REM I E R.
Coup Généralité de Paris.
xl ACRE E entre le quarante-feptième degré &
dix minutes, & le quarante-neuvieme trente-neuf
minutes de latitude le douzième degré quarante-
trois minutes & le vingt-unième quatorze minutes
de longitude la Généralité de Paris contient
foixante-fix lieues dans fa plus grande longueur qui
fe trouve dans fa direction du Sud-Eft au Nord-
Oueft, ou depuis laProvince de Bourbonnois, juf-
ques vers le milieu de celle de Picardie.
Sa plus grande largeur, dans une direction oppo«
fée^u'a pas plus de trente-fepf lieues.
Des vingt-deux Élevions dont elle eu: compofée
les plus près du midi fant Vezelay, Tonnerre, Joi-
gny, Saint-Florentin, Nemours & Sens; les plus
près du Nord ,-font Beauvais Compiegne, Senlis
& Pontoife..
Toutes les autres fe trouvant à peu près fous le
même parallèle, ne-préfentent aucune différence
bien eflentielle dans leur température.
Celle de la Généralité de Paris eft en général
plus humide que sèche les -pluies n'y font jamais
l'atmofpherë eft fouvent chargée de vapeurs hu-
mides, de -.brouillards épais qui dérobent la vue du
Soleil; la hauteur moyenne-du -mercure dans 'le Ba-
^Tometre eft évaluée à Pâris à vingt-fept pouces fept
à huit lignes. Les neiges font affez abondantes &
relent ordinairement longtems fur la terre dont
elles défendent les productions contre la rigueur
des froids qui font fouvent très violens dans
les mois de Décembre, Janvier "8e. Février, & ( ce-
qui les rend furtout dangereux pour les végétaux )
des variations fubites
de i o, il, ii degré, & même quelquefois plus
quoique l'afcenGon moyenne de la liqueur, pen-
dant ces trois mois ne foit fixée qu'entre le deu-
xième & le troiiieme degré au deflus de zéro, au
thermomètre de Réaumur.
C'ert; furtout dans les mois de Mars Avril & Mai
que ces traniltionsbrufques fe foncfentir; iln'eft pas
rare que dans la même journée, la iiqueuts'glevô
ri ou degrés, & qu'elle dépende ehfuite au-
| deiïous de zéro rien ne contrarie autant la végéta-
-j -tion que ces viciuitudes qui l'accélèrent-, la retar-
¡dent, l'arrêtent tout-à-coup, & la précipitent de
nouveau, Peuvent dans le court espace, de vingt-
1 quatre heures 5 rien auffi n'influe autant qu'elles fur
I le choix, des plantes qu'il eft plus avantageux d'e
-1 ciiltiver^-&-furtout fur le tems le plus favorable y''
pour confier leurs femences à la terre.
La chaleur éprouve des variations auflî fubites
que le ,froid celle de Mai eft de degré
celle de~ Juin -JLtillet & Août var-ie-de^ z 4-j-Oy-il–
eft rare qu'elle arrive à ce point mais il y en a plu-
fieurs exemples celle deSeprembre varie de.zz
celle d'Octobre de 1 S à 3 celle Novembre tantôt
au- deffus & tantôt au-defTous de zéro, peut être
fixée à ce point, comme terme moyen.
Si, comme 'on n'en peut douter d'après un ob-
fervateur auffi exact que .le Père Cotre, la chaleur
moyenne-de-ta Fnm'ce~doit être fixée entre le ftp-
tieme & le quatorzième degré, il me femble qu'on
peut placer celle de la Généralité de Paris entre le
dixième & le douzième'.
Les vents qui parcourent fes plaines, fçufflant le
plusfouventduMidi&de Y Oueft,amènent très-fré-
quemment des pluies, & allez rarement des orages;
le dernier furtout venant de la mer peu éloignée de
ce côté de la Généralité de Paris, eft ordinairement
(M)
le plus humide; le peu de jours fereins dont on goûte
la douceur font dus aux vents de Nord& de Nord-
.EH qui ne foufflent que très-rarement.
La Généralité de Paris nie parait avoir à-peu-
près la température déterminée parfa latitude; elle
n'offre prefque par-tout, que de vaftes plaines unies
conime la furf ace de la mer dans fon grand calme,
Se qui n'ont d'autres bornes que l'horizon point
-deces-accidens-qui-tr-anc-hent qui rompent l'uni-
formité du tableau qui déterminent dans l'at-
mofphère des variations que ne paraît pas com-
porter la zone fous laquelle ils fe trouvent placés;
pomt-deces montagnes fourcilleufes quÎTemplifFent
l'ame de la majefté de la nature,' dont le fommet
s'élevant fièrement dans les nues, arrête, brife la
fureur des vefits-& dont les vaftes baffins éternels
dépositaires des météores aqueux, les épânchent
continuellement dans les plaines point de ces
vallées profondes qui recelant, concentrant dans
leurs cavités les deux premiers âge us- de la fé:on-
dité, les feux du foleil & l'humidité des eaux,
coniervent un printems toujours nouveau au mi-
lieu des glaces dont elles font environnées de toutes
parts plus de ces vaftes forêts dont les arbres auflï
vieux que le monde couvraient autrefois ces
plaines leur tête majeftueufe s'élevant jufques dans
la région des nuages, les arrêtait dans leur cours
les forçait à defcendre dans le fein de la terre al-
rétée le, vents qui la deiTechent aujourd'hui por-
1
taient alors la fraîcheur & l'Humidité dont ils
s'étoient chargés en traverfant les lieux ombragés
par les rameaux épais de ces chênes bienfaifaus.
Combien ce fpeétacle eft chanbé des parcs, des
bofquets, qu'on décore du nom pompeux de forêts,
des avenues alignées voilà ce qib'offre aujourd'hui
en leur place la Généralité de Pzrisi les forêts de
Fontainebleau 8c Compiegne me paroiffent les
méritent ce nom, qu'ont ufurpé les bois
de Chantilly, de Saint-Germain,- de Rambouillet,
de Crecy, de Traconne d'Hotte &c.
Au lieu de hautes montagnes couronnées par de
noires forêts, la Généralité de Paris ,préfente au
Sud-Eft, d'humbles côteaux que l'induftrie a cou-
verts d'arbuftes plus humbles encore, mais dont la
féveclabôrce dans leurs-canaux tortueux, fournit la
première qualité peut-être de la première liqueur qui
foit au monde.
Il eft peu il n'en: point peut-être en France de
Généralités qui pofsèdent aufli éminemrnent que
celle-ci, le double avantage de fournir en abon-
dance, Se de la meilleure qualité, les deux fortes
d'alimens qui font le plus 'analogues au goût des
hommes & à leur constitution.
Le grand nombre de belles rivières qui, après
avoir baigné le pied des coteaux vineux dont je viens
de parler, arrofent les plaines où croifïèht de fl
riches moiflons, ne contribuent 'pas peu fans doute,
à en entretenir la fertilité.
( V )
B
La Seine encore près de fa foiîrce entre dans
l'Election de Tonnerre dont elle parcourt une
partie; elle fort enfuite de la Généralité, pc n'y
rentre que pour traverser les Elections de Nogent,
Montreau > Melun, Paris & Mantes.
L'Yonne, après avoir arrofé les Elections de
Tonnerre de Joigny de Sens & de Montreau
vient mêler fes eaux avec celles delà Seine, auprès
de-cettedernière-ville.
La Marne par fes replis, fes contours finueux,
femble vouloir prolonger fon féjour au milieu des
richer campagnes de la Brie, & de l'Election de
Paris (a) & confondant enfin fes eaux avec celles
de la Seine, auprès de Charenton, paraît regretter
de terminer fi-tôt fon cours & fes bienfaits.
Les Elections- du Nord n'ont point été oubliées.
dans ce magnifiqueplan d'arrofemens l'Oife vi-
vifie les campagnes de Compiegij^ de Senlis, de
Beauvais, de Pontoife entre dans celles de Paris
& fe rend dans la Seine, auprès de PoilTy.
Ces belles rivières ne contribuent pas feulement
à entretenir la fécondité des terres de concert avec
les grandes routes qu'on ne voit peur-être dans au-
cune partie du monde auflï multipliées que dans
celle-ci furtout du côté de l'Eft & de l'Oued
(a) Tardat précipites ambiticfus aquas
.•& dulces ntHit in orbe muras.
.elles. établiffent une communication facile de la
circonférence au centre elles entretiennent entre
les membres & le corps cette circulation, perpé-
tuelle, laquelle ils doivent la fanté & la vie;
elles maintiennent les productions de la terre,
un prix modéré, & prefque toujours égal; elles
modifient la culture de mille manières; elles in-
fluent fouvent davantage fur la nature des produc-
tions que la terre même qui les fournit; ce font
elles qui amènent dans la Capitale, de tous les
points de fa circonférence les foins, les pailles
dont la deftin^tion devrait être de fervir à la repro-
duction & qui rendent par conféquent plus nécef
faire la feule culture qui puiffe couvrir ce déficit,
la feule-qui puifTe mettre la terre en état de foutenir
fans s'épuifer ces coups continuels portés à 'fa
fertilité, ces pertes fans ceife renaiflantes une
extrême mobilité d'intérêts des valeurs fadices &
conventionnelles, fubftituées aux valeurs réelles &
abfolues, voili ce qu'on trouve plus qu'ailleurs
dans la Généralité de Paris ce qui doit entrer né-
ceifairemenr pour beaucoup dans les fpéculations
du Cultivateur modifier régler fa conduire éco-
nomique, lui faire adopter des cultures des pro-
cédés qui dans un antre lieu ou même dans un
autre tems, feraient à rejeter; ce font ces circonf-
tances locales & beaucoup d'autres encore, qui
ont une influence plus directe fur le choix des ef-
( 19 )
B ij
péces de prairies artificielles, que j'ai tâché de laiur,
& que je vais indiquer dans le tableau détaillé qui
va fmvre cet aperçu général.
Obftrvaûons topo agronomiques.
C'est dans l'Election de Paris qu'on reconnaît
furtout le pouvoir de l'art fur la nature des terres
finon très-mauvaifes du moins médiocres char-
gées de riches productions, voilà un phénomène
qui n'y eft rien moins que rare, fpécialement aux
portes de la Capitale & dont il eft bien facile de
rendre raifon les provifions qui, de tous les points
de la France, viennent fe confommer dans. cette
Ville, font rendues en engrais aux terres qui l'avoi-
finent • la facilité du débit & du tranfport, le prix
toujours allez haut & peu variable des denrées
offrent à l'Agriculteur des fpéculations sûres la
rentrée certaine de fes avances, en même tems
qu'ils lui fournillent les moyens de les faire fi
toutes les productions celles même qui ailleurs
font fpécialement confacrées à la reproduction
comme l'es pailles onc ici une autre deftination,
cet inconvénient eft balancé par les engrais que les
terres reçoivent en retour il eft vrai que cette ba-
lance s'affaiblit à mefure que les terres s'éloignent
elles donnent prefque autant, & reçoivent beau-
coup moins; mais auffi les terres de cette Election
parnifle.nr-elles d'autant meilleures-qu'elles font plus
N°. i.
Paris.
t. *° )
éloignées de la Capitale; elles ont moins de befoins
que celles qui encourent vfes murs d'ailleurs les
prairies artificielles de toutes efpèces & furtout les
Luzernes, concourent puifTamment rétablir l'équi-
libre. La nature femble au refte avoir voulu que
la fertilité des terres y fût l'ouvrage de l'industrie
elle y a rafTemblé par-tout les moyens de la faire
naître & de l'entretenir la tourbe la marne la
_craiej3_la_chaux ces engrais fi puilfans y offrent
par-tout leurs fecours bienfrufans. Prefque toutes
les carrières de cette Election font calcaires le peu
de montagnes qui varient fon fite recèlent dans
Jeur fein la terre calcaire unie à l'acide vitriolique,
le plâtre dont les efîers fur routes les efpèces de
prairies artificielles, me paroiiîent tenir du prodige;
quoique l'ordre des ioies foit ftrictement ftipulé
dans les baux, il point, ou du moins très-peu,
obfervé fur les terres qu'on ne lailfe guère repofer
que dans quelques parties de grand labour les
Pois les Vtices, les Fevroles les Lentilles les
Trèfles & allez louvent des Seigles qu'on coupe
'en vert pour la nourriture des beftiaux, occupent
les jachères fous le nom de Refroijîs qui font to-
lérés par les propriétaires plus éclairés que ceux des
autres parties de cette Généralité. L'Election de
Paris me paraît en général une des mieux cul-
tivées les lumières de la Capitale femblent s'être
réfléchies fur les Cultivateurs & avoir diflîpé une
partie des préjugés qui dans tant de lieux obf-
(»̃)
Biij
curcifTcnt la plus belle & la plus utile des fctences j
mais ce n'eft encore que t'aurore d'un plus beau jour
qui paraît Être fur le point d'éciorç.
L'Élection de Beauvais eft plus recammandable
par les manufactures, les ufines de tokt genre qui
y :font très-multipliées par fon commerce enfin,
que par fon Agriculture, qui n'eft cependant pas
négligée les terres dont la plupart font pugies par
la chaux de fer (a) n'y ont pas beaucoup de fond,
& ne font pas d'un bien grand rapport; elles font
très-propres au Sainfoin qui y eft très-rare. La partie
1a plus intéreflante de cette Élection eft le Bray,
dont les herbages font excellens <Sc nourrirent une
grande quantité de befliaux de toutes efpèces cette
Election a une fource inépuifable d'engrais dans
les tourbières qui s'y trouvent en grand nombre
qu'on peut regarder comme l'ame de fon com-
merce, qui le font jiifqu'à un certain point, mais
qui pourraient l'être bien davantage encore de fon
Agriculture, fi l'on employait plus généralement la
Tourbe à faire croître les herbages artificiels dont
cet engrais favorife fi puiiTammeiit la végétation,
furtout dans les terres froides qui n'y font pas rares.
Il n'y a guère qu'un tiers des terres de cette
Élection qui foit propre â. la production, du,
(a) On les nomine rnngerçs.
( « >̃̃
N°. 4.
Mantes.
Blé & qui y foit employée elles font alter-
nativement blanches & rouges ces dernières
font très-fupérieures aux autres oeft .jje toutes
les Ele&ions celle qui a le plus de friches,
proportion gardée les incurfions du gibier de toute
efpèce mais furtout des bêtes fauves viennent
fe joindre à l'infertilité naturelle du fol, pour con-
trarier le Cultivateur qui, pourtant, lutte avec affez
d'avantage contre ces obfiacles réunis. Les cantons,
où fe trouvent les bonnes terres font très bien
cultivés; on y voit quelques Luzernes, peu de Sain-
foins, qui y viendraient bien dans beaucoup d'en-
droits, & moins encore de Trefle l'efpèce de prai-
ries artificielles dont la culture y efl: le plus éten-
due, c'eft la Vefce.Tous les Fermiers lui confacrenc
une partie de leurs jachères; la cendre de houille &
de tourbe, donc on fait ufage dans cette Election
offre un moyen sûr d'étendre confidérablement la
culture des prairies artificielles, & de referrer les bor-
nes des friches; il femble que dans cette Election
la nature n'ait eu en vue que l'agrément i la forêt
d'un côté, de l'autre des collines, ornées de vignes
terminent agréablement de vaftes plaines, & forment
un tableau très pittorefque mais ces avantages
ne touchent que faiblement les Cultivateurs quiles
payent trop cher.
Comme l'Election de Compiegne celle de
Mantes offre plus d'avantages agréables que de
̃̃(̃
B iv
réelles, elle eft cependant, fous ce dernier
point de vue beaucoup mieux partagée queja pre-
mière; les poflefîions y fant très-divifées & affez
bien cultivées il eft très-rare, de trouverjdesjLerr^s
qui ne le foienc point on y voit beaucoup de Lti-
zernes, quelques Trefles très-peu de Sainfoin ;la
nature des terres y eft très-variée; les plus propres
aux prairies artificielles, & furrout à laLuzerne, font
celles qu'arroge la Seine auffi y en voit-on beau-
coup ? mais bien moins pourtant qu'on ne pourrait
le defirer; l'ordre des folçs aflez firidement ob-
fervé dans les grandes exploitations qui n'ont pas
affez de beftiaux ni par une fuite néceflaire aflez
d'engrais pour faire rapporter toutes les terres l'ordre
des foles eft interverti les jachères prefque nulles
dans toutes les pentes poiTèflinns &r. elies font très^
multipliées dans cette Election.
De très bonnes terres, la plupart propres au
Blé cultivées par des Fermiers aifés & intelli-
gens, voilà ce qui frappe d'abord dans cette Elec-
tion l'uniformité des plaines y eit coupée de temps
en temps par des monticules des côteaux dont le
principal fe trouve fur le terroir de Marines & fe
nomme le Caillonet. La partie la plus riche de cette
Election eft le Vexin Normand fes Blés font
très efl:imés mêlés avec ceux de. Picardie ils
donnent la plus belle Se' la. meilleure farine qu'on
N°.
Pontoife.
'( M)
N° 6.
Senlis.
cennaiue ( aj; il y a peu, & peut-être point d'Élec-
tion où la culture des prairies artificielles foit plus
étendue. On y trouve furtout beaucoup de Luzerne
ciu'on préfère, parce qu'il y a plus de terres qui lui
conviennent qu'au Sainfoin & au Trèfle qu'on y
rencontre cependant affez fouvent; mais de toutes
les plantes artificielles celle qui y eft le plus cul-
tivée, c'eft la Vefce; elle occupe une étendue con-
fidérable; même dans les plus petites exploitations,
les terres qu'on y emploie à la culture du Trefle,
font des terres noires d'un, de deux & trois pieds de
profondeur; les Veaux que nourrit cette Eleétion,
dont elle fait un très-grand commerce, & qu'on
connaît fous le nom de Yeaux de Rivières font
les plus beaux les plus eftimés pour la délicatefle
de la chair, de tous ceux qui fe confomment à
Paris.
CETTE Election forme, avec la précédente, le
contrafle le plus frappant; le plus grand nombre
des terres y font très- médiocres beaucoup abfo-
lument mauvaifes & j'ai cru m'apercevoir que
(a) Aucune Eleétion ne fournit à Paris autant de farine
&d'au(fi bonne qualité. C'cft dans les moulins de Pontoife
qu'a d'abord été dfayée la mouture économique qui eft de-
venue bientôt générale, & a enrichi tous ceux qui font
adoptée.
C *5 )
l'intelligence des Cultivateurs était peu propre à-–
corriger ces défauts. Il faut avouer auffi que leurs
efforts, quand ils en font font fouvent contrariés
par le gibier de la Capitainerie royale d'Hallate
dans laquelle fe trouve la majeure partie des terres
vu, à la veille de la moif-.
fon-, des champs retournés par des troupeaux de
Sangliers (a); jai trouvé entre Senlis, Chantilly &
Hermenonville une étendue -de terrain d'environ
douze lieues de circonférence qui n'offre au mi-
lieu des forêts que des bruyères grillées & de loin
en loin des monticules de fable dont la blancheur
rappelle les neiges de l'hiver. On oublie, dans cet af-
freux défert, qu'on efl:aufli près delà Capitale. Toutes
les terres de cette Election ne font pas cependant
également mauvaises il yen a même de très-bonnes,
& qui font bien cultivées; j'ai vu beaucoup de Lu-
zerne & de Sainfoin fur celles qui fe trouvent entre
Senlis & Chantilly le Sainfoin m'a paru convenir
beaucoup mieux à la nature de la terre qui, dans
beaucoup d'endroits, eft un fable noir; il n'eft pas
rare au refte de voir des champs couverts de
Luzerne Trèfle & Sainfoin mélés mais il m'a
paru que le Sainfoin fmiflbit toujours par refter
maître du champ.
(a) La trop grande étendue des exploitations me parait
une autre cauCe de leur mauvaise culture. w
( itf )
N». 7.
Dreux,
Ne. B.
Monfoit,
Les terres de cette Election font généralement
affez médiocres & médiocrement bien cultivées
comme par-tout, les meilleurs cantons font ceux
dont la culture eft le mieux entendue, on donne à
ces cantons, qui ne font pas très-étendus, le nom
de Baufle. On y voit très peu de prairies artifi-
cielles la plante qu'on préfère eft la Luzerne; mais
celle qu'on devrait y préférer, felon moi, dans la
plupart desjrerres c'eft le Sainfoin; on trouve auffi
fréquemment, dans cette Élection des Vefoes fur
les jachères elle a. quelques terres humides fur
lefquelles le Trefle réuffirait très bien cette
plante n'y eft prefque point connue elle a tant de
droits pour mériter de l'être
Des Plaines peu étendues, coupées par des côtes
très-baffes & très-multipliées, des Vallées peu pro-
fondes, voilà le fite de cette Election les terres
à Blé, qui y font les plus communes, n'ont guère
que fept à huit pouces de profondeur la moitié
font des terres argileufes & l'autre des terres
marneufes; on y en trouve auffi de crayeufes mais
en petit noir'ore les terres à Seigle font fablon-
nées, mêlées d'un quart d'argile la culture de la
Luzerne y eft affez étendue, & réuffit bien; on y
cultive auffi du Sainfoin, mais dans celle de toutes
les terres qui lui convient le moins dans l'àrgi-
leufe ;les terreins trop humides pour la Luzerne font
ceux qu'on confacre au Sainfoin le Trefle me pa-
( 27 )
• raierait devoir être beaucoup plus propre à ces
fortes de terres qu'il allégerair, & dont il rendrait
la culture bien plus facile & plus économique onj~
cult-iveauffila Vefce dans cette Election mais dans
les terrains feulement qui fe refufent à la Luzerne,
au Sainfoin, au Trefle.
La fertilité naturelle des terres, l'industrie éclai-
rée des Cultivateurs ,1'aifance qui en eft toujours
la fuite la facilité de l'exportation de grandes
routes de grandes rivières la proximité de Paris »
beaucoup d'engrais foffiles comme la marne & le
plâtre, toutes les circonstances enfin, qui peuvent
concourrir à la richefle d'un pays femblent être
réunies dans celui-ci. Peu de terres font plus propres
à la culture des* prairies artificielles. aufïï n'y- en
a-t-il point où elle foit plus étendue; on y trouve
beaucoup de Luzerne & de Trene la première oc-
cupe une grande partie des terres qu'arrofela Marne;
on n'y voit que très*peu de Sainfoin & peu de
terres qui lui conviennent beaucoup au contraire
qui conviennent au Trefle qui n'y en pas auffi cul-
tivé qu'il femblerait devoir l'être; tout ce qui fa-
vorife le plus puiflamment fa végétation paraît y
être1 rafïèmblé le fol prefque par-tout marneux
& connu fous le nom de limon blanc a beaucoup
1. de fraîcheur; il repofe fur' un lie* de marne qui
s'étend lui-même fur le plâtre; le plâtre qui pro-
duit fur le effets qui tiennent du pro-
N°- 9.
M eaux.
N°.lo.
Coulom-
miers.
dige, qui le fait croître dans les lieux mêmesjoj* ,i™
il n'a jamais afluré:-
,-par-phlflëurs exemples. La carrière plâtre du
Château-Gaillard m'a offert' une particularité très-
précieufe que je n'ai point vue ailleurs.; les pierres,
y .font fi tendres, composées de molécules fi peu
adhérentes entr'elles qu'elles le divisent très-aifé-
ment. Lorfqu'on étendra, la culture du. Trefle dans
cette Election lorsqu'on fera ufage du plâtre qui
y eft fi abondant je .ne crains point .d'affûter
qu'elle égalera qu'elle effacera peut-«tr& les can-
tons de la France les plus riches & les mieux cul-
tivés.
LEs détails dans lefquels je viens d'entrer fur
l'Eledhon de Meaux, conviennent en grande par-
tie à celle de Coulommiers. Je connais peu d'en-
droits où la nature ait plus raflernblé que dans
celui-ci l'agréable & l'utile. Qoique naturelle-
ment plat & bas ce pays offre des fites char-
mans, & les vafke-s plaines fur lefquelles fe dé-
ployent les regards donnent prefque par-tout des
marques d'une très-grande fertilité; elles font. tou-
tes couvertes de Blé, on n'y fait de Seigle que pour
les liens, & d'Orge que fur le bord des rivières
fujettes aux inondations. C'eft fur ces mêmes
bords qu'on trouve beaucoup de Luzerne le Sain-
foin y eft très-rare, parce qu'il demande une terre
sèche, & que celle de Coulommiers eft générale-
.'̃(̃*?>
fouvent même humide; elle fe
bat par la pluie, & fes molécules fe rapprocherit
tellement que l'eau reft.e fur la furface. Le Trèfle
y donnerait, comme dans l'Election de Meaux
un produit, bien plus abondant que la Luzerne,
on l'y a même cultivé* beaucoup il y a quelques
a'nnées mais des accidens arrivés aux animaux
qu'on en nourriffait ont fait renoncer à cette cul-
ture dont on retirera des avantages infiniment pré-
-cieux lorfqu'on connaîtra & qu'on prendra les
précautions affez faciles qui peuvent prévenir ces
accidens & les moyens, non moins- faciles d'y
remédier. On fait dans cette Election un très-
grand ufage de la marne les baux portent pref-
que toujours l'obligation de marner les terres
cette claufe a rendu cet engrais beaucoup plus rare
qu'il ne l'était autrefois; les Vefces, les Féveroles r
les Pois gris les Lentilles occupent communé-
ment les jachères & fourni/Tent aux beftiaux une
nourriture abondante le parcours qui dans la
Brie a lieu de droit depuis le premier Octobre de
chaque année, m'a paru être un des obflacles prin-
cipaux qui s'oppofent à l'extenfion de la culture
des prairies artificielles que les Beftiaux perdent
& où ils fe perdent très-fouvent. Cet ufage perni-
cieux fera certainement aboli quelque jour il eft
à defirer que cette époque ne foit pas éloignée.
Dss plaines nès_-ireniues qu'on dirai nivelées
N° ii.
Rofoy.
( jo )
tant elles font unies, que rien ne borne^que- l'hori-
zon, voilà ce qui frappe d'abord les regards dans
cette Election mais ce qui les fixe c'eft l'aifance,
c'eft l'induftrieufe adivité des cultivateurs qui
fillonnent ces plaines ce font ces riches moiiïbns
dont elles font couvertes les terres qui y domi-
nent font les terres marneufes que dans ce canton
& dans le plus grand nombre de ceux de la Géné-
ralité de Paris on nomme argileufes. On y
trouve auffi des terres fablonnées & des crayeufes j
le tuf exifte fous ces dernières à une très-petite
profondeur on ne le rencohtre jamais fous les
marneufes. Ces fortes de terres font très-fouvent
mêlées & lorfque le fable domine dans' le mé-
lange, on le nomme gros fable dans le pays;
avec des foins il donne de très-beaux Blés & des
Vefces. Il donnerait probablement aufli de bonne
Luzerne, mais on n'y en fait point. La culture
du Sainfoin y eft aflez étendue & très-profitable.
On fait ufage dans ce canton du mélange des ter-
res; on affocie à la terre crayeufe des terres com-
pactes très-froides, & on a remarqué que le mé-
lange de ces terres infertiles devenair extrêmement
fécond. On trouve encore dans ce canton une ef
pèce de terre fablonnée, mêlée de débris de pierre
noirâtre, & qui eh; fi mobile, qu'il eft très-ordi-
naire qu'elle foit entraînée par les pluies, & les pro-
ductions mifes à nu. Quelques parties de terre
vraiment argileufes qui retiennent l'eau & fe dé-
layent en bouillie, font corrigées par la marne &
JI )
par la terre crayeufe qu'on y tranfporte; il eft à
fouhaiter que l'induftrie des Cultivateurs qui eft
très-éclairée, foit appliquée à la culture des prai-
ries artificielles. C'eft la feule chofe qui manque
â l'Agriculture de cette Élection.
Celle E fe trouve naturellement di-
vifée en plaines hautes & en plaines baffes des
vallons affez profonds des collines couvertes de
grais de pierres à chaux & en quelques en-
droits, de landes & de mauvaifes vignes dans le
fond des vallons quelques terres à cnanvre beau-
coup de fablonneufes propres au Seigle des ruif-
1 feaux des prairies voilà ce que préfente la partie
baffe qui forme à peu près la moitié de l'Election.
L'autre partie du tableau eft auffi uniforme que
celle-ci eft variée mais l'inconvénient de la mo-
j notonie eft bien racheté par la fécondité des terres
1 elles font unies comme la furface de la mer dans
ion plus grand calme. L'œil ne s'étend pas à plus
de trois quarts de lieues & n'aperçoit de tout côté
1 que l'horizon. Cette uniformité n'eft pas même in-
| terrompue par les maifons qui y font très-rares,
moins encore par les arbres on a abattu jufqu'â ceux
de la route tant on a craint que leur ombre ne nuisît
à la végétation des Blés, dont cette yafte plaine
eft couverte. On trouve dans l'Election d'Eftam-
pes très-peu de Luzerne & moins encore de treflei
mais la dixième parue ^js terres paraît y être em-
N°. il
Eftampes.
Tji ̃).
NI. 13.
Melun.
ployée eh Sainfoin qui y eft d'un bon rapport. Le
peu de trèfle qu'on y cultive eft retourné auflîtôt
qu'on en a fait une coupe. On né trouve point de
Vefce dans la partie baffe dont les prairies fournif-
fent une nourriture fuffifantë aux beftiaux mais
cette culture Hi'a paru aflez étendue dans les piâi-j
nes hautes; plus de Sainfoin fur fes coraux, plus
de Luzerne dans fes plaines, plus de Trefle dans
fes vallons, donneraient un nouvel éclat â la -cul-
ture dë~ceTte Éleûion où elle eft *en ./général aflez
médiocre.
Rien ne fe reffemble moins que la partie du
Nord & celle du Midi de cène Election; d'un
côté, des plaines Blé que rien ne 'borne, très-
bien cultivées & méritant d&i'être par lein. ferci-
Iité narureile de loutre, des champs de fable
arides, alternativement-élèves & enfoncés co.u-
verts dans plxuieurs endroits de mânes de grès qui
femblent naître de la terre bornés par des mon-
tagnes de roches nues, fur lefqueiles le tems a im-
primé une teinte noire qui femble ajouter à l'horreur
du tableau, voilà ce qui m'a frappé dans cette
Election: Par une fuite de la loi trop générale qui
entame, accumule les inconvemens où ils fe trou-
vent déjà la culture que reçoivent ces terres ne
paraît rien moins que propre à en corriger la fteri-
lité, les ravages du gibier que recèle la forêt de
Fontainebleau, & qu'elle vomie dans les plaines,
viennent
c
joindre aux autres causes d'infé-
condité l'ordre des foies m'a paru régulièrement
obfervé dans cette Élection les Blés les Avoines
partagent la terre en trois divifions
à de ce tableau eft
temps pa^ des
étendus $ par des Sainfoins
qui le font beaucoup moins &r par la Vefce qui,
comme dans prefque toute la Généralité eft de
'toutes les plantes artificielles celle dont la culture
eft préférée', parce qu'elle fe sème fur les jachères;
& qu'elle n'occupe la terre que peu de tems. On
trouve de la marne dans cette Élection & on en
fait un grand ufage.
J connais peu de cantons dont la culture me
paraifTe auffi difficile que celle de Provins elle me
Semble exiger des connainances, des,principes, des
combinaifons qu'on ne doit fe flatter de trouver que
dans un très-petit nombre' d'Agriculteurs pas un
canton de cette Élection qui reffemble à ri'n autré;
partout des différences dans la pofi tion ,1e parallélifme
& la nature des terres, qui doivent en mettre de très-
grandes dans leur culture dans les fonds, beaucoup
de terres argileuses, froides, qui retiennent l'eau
qu'il en faut retirer, fans entraîner les engrais; dans
les plaines furtout du côté du Midi des terres
chaudes, des fables dans lefquels il faut conferver
l1 humidité qui tend fans ceflfe à s'en dégager, fur
N°. 14.
Provins.
( 34 )
les collines & elles font communes dans cette
jùleélion des terres rouges) fablonneufes airez;
propres à la culture du Seigle, mais Il mobiles, qu'il
tarit un art particulier pour empêcher qu'elles ne
foient entraînées dans les plaines avec les produc-
tions, ce qui a rrive trop fouvent. Il eu: aile de s'ima-
giner que t ant d'obftacles ne font vaincus que très-
imparfaitement on trouve cependant cîes terres
très-bien cultivées & dans quelques Agriculteurs,
les connaiftances générales qui peuvent faire triom-
pher des difficultés qu'off le fol; on répand dans
les terrains froids qui font les plus nombreux de
la chaux mêlée avec de la terre franche de la
fiente de pigeon Ix de poule. On emploie aufli la
-marne; la fiente des labours qu'on varie dans les
plaines & fur les coteaux, parait remplir jufqu'à un
certain point l'in°dication qui le preiente; mais ce
n'eft pas, à beaucoup près, dans toutes ks terres. On
trouve quelques Sainfoins fur les côtes, mais ils
y font très-rares. Cette plante me parait offrir le
meilleur moyen de tirer de ces terres un parti avan-
tageux & de s'oppoftr à leur écoulement dans les
plaines la nature marneufe de cell" ci qu'on con-
naît fous le nom d'argileufe ferait très-propre à la
cultute Su Trefle; cette Eleihon manque en géné-
ral de prairies artificielles, & il n'y en a point où
elles fuffent plus utiles. Seules, elles corrigeraient
une grande partie des inconvéniens qu'offre le fol,
& en rendraient la culture bien plus facile & plus
fru&ueufe.
C ij
Quelques bonnes terres Blé paflablement
cultivées beaucoup de terres fablolineufes cm-
ployées à la culture du Seigle, beaucoup d'autres
qui ne rapportent rien du tout voilà ce qu'offre
ï'Élêttion de Nemours; les dévastations du gibier
viennent encore augmenter le mal. Les terres du
Gâtinois font en général très-médiocres ôAla cul-
ture plus médiocre encore que les terres on y
voit quelques Luzernes qui n'y font pas d'un grand
produit; le Sainfoin me paraît être la plante qui
conviendrait le mieux à la nature de fes terres qui
font généralement beaucoup pi us sèches qu'humides;
la culture de la Vefce 's'y eft étendue depuis quel-
ques années; on y en voit bien moins cependant-
que dans la plupart des autres Elections.
Comme toutes. les autres parties du Gâtinois,
Montreau ne préfente pas une Agriculture ,bien
brill ante fes terres font en général très-légères
étendues fur la glaife, qui me paraît être l'engrais
qui leur conviendrait le mieux; la nature a prefque
toujours placé le remède à côté du mal on y trouve
auiïi de la marne, dont on fait ufage, & que je
crois convenir bien moins que la glaife à la nature
dominante du fol on trouve dans cette Election
quelques Luzernes fur les bords des rivières, peu
de Sainfoins, & point de Trefle,; on y cultive beau-
coup la Vefce; le Sainfoin & la Luzerne font les
plantes dont la culture me parait devoir être la
N". i;.
Nemoun.
N°. 16.'
Moncti'itu,
( 3<O
Sens.
plus avantageufe par-tout où la glaife fe trouve
quelques pieds au-deiïous de la fuperfiçie dans
c as oit la glaife fe trouve la fuperfieie lé Trèfle
occuperait très-bien le terrain cette Eleûion a
grand befoin de cette reflource les Cultivateurs
y ont peud'aifance, & ontfembléjufqu'ici, manquer
de l'intelligence néteifaire pour en acquérir.
R£_AiLcio_uj>de côtes, & tres-ëlevées, des terres
afïez généralepienr maigres, peu ou point éngraif-
fées mal cultivées, ne rapportant, pour la plus
part, que des Seigles &: des Méteils une aljçz..
grande étendue qui ne rapporte rien du tour,
par la raifon m'a-t-011 dit, que les côtes où elles
fe trouvent font trop rapides & couvertes de cail-
kw%mais bien plutôt parce que les Vignes ab-
fvrbent toute l'attention du Cultivateur, & fiifrout
l'engrais, fans lequel peu de. terres joiùlfent long-
remps des avantages de la fertilité telle eft l'idée
que je me fuis formée de cette ̃ Election. Le
petit nombre d'animaux qu'elle nourrit rela-
tivement à l'étendue de fon terrain, Se la diftrac-
tion qu'on fait du fumier pour engraiffer les Vignes,
font des obftacles qui s'oppofent puiffarruTieiit à
l'amélioration de l'Agriculture les prairies ar-
tificielles pourraient feules en triompher mais
elles ne font nulle part auiii raies. On ne voit
quelques champs de Luzerne, que fur le territoire
de Sens, qui eft- le meilleur de toute l'Election
C iij
il a du fond mais aux ou fept pouces on trouve
ordinairement une terre qui a peu de confiftance;
dans quelques endroits, la couche végétale n'a pas
plus de cinq à fix pouces & repofe fur la glaife ou
la craie je n'y ai pas vu un feul champ de Trèfle
j'ai aperçu feulement quelques Sainfoins fur les
côtes; j'y en ai vu même de très-beau, quoique
lés Habitahs afïureiit qu'il n'y peut pas réunir je
connais au contraire peu d'expofitions qui foient
plus propres à cette plante, & eUe ef1: peut-être la
feule reflburce qu'aient les Cultivateurs de ce can-
ton, pour y rétablir l'Agriculture.
La partie de l'Election qui fe trouve dans les
gorges, eiî beaucoup meilleure & mieux cultivée
que les autres; on y trouve des Agriculteurs inrel-
ligens & aifés il eft fâcheux qu'ils foient contrariés
autli-fouvent, pat'les inondations de l'Yonne & de
la Vanne en général la pofition des terres de cette
Election les expofe très-fouvent aux ravages des
ravines.
La culture de la Vefce n'y cft introduite que
depuis quelques années on n'y en connaît pas
même encore le nom^oti lui donne celui de Lu-
zerne.
L'Election de Nogent eft peut-être celle
de toutes où on fait le moins de prairies artifi-
cielles, & qui peut le plus aifément s'en partèr;
l'étendue & le produit conlîdérable de fes belles
N*. iS.
Notent.
N°. y.
Jcigny.
prairies qu'arrofe la Seine, fournifîènt beaucoup
plus de fotrrrage que n'en peuvent confommer le
trop-petit nombre de befliaux que contient cette
Election. Excepté quelques paroifles de la Subdé-
légation de Bray, où l'on trouve des terres
Froment aflez bien cultivées, prefque toutes les
autres ne rapportent que du Seigle & de l'Avoine,
mais pour des Luzernes des Trefles & des Sain-
foins, ils y font il rares, que dans quelques endroits
on n'en connaît feulement pas le nom. Les Fermiers
ont commencé à cultiver la Vefce; M. de Gernon,
Régineur de la terre de Bernière paroiiïè de No-
gent, qui a cultivé en Picardie, a fait, depuis
quelques années, des efTais de Sainfoin qui ont eu
tout le fuccès qu'on pouvait efpérer; beaucoup des
terres de cette Election conviendraient a cette
culture, qui mettrait les Colons à même de fepro-
curer un plus grand nombre de beftiaux, d'aug-
menter les élèves, de procurer aux terres l'engrais
dont elles ont llgrandbefoin enfin d'exporter une
plus grande quantité de foin, dont le commerce
efl le principal fondement de la richcfle du pays;
la nature des terres me paraît exclure le Trèfle &
la Luzerne.
LES terres de Joigny comme celles de toute la
Bourgogne, me paraifTent fouffrir de l'attention
prefque exclufive qu'on donne aux Vignes; les
Cultivateurs y portent leurs engrais il n'eft pas
( '9 )
Civ
rare même qu'ils les expofeut en vente dans les
marchés. Lé terrain de cette Election eft en général
très-variée chaque paroifTe offre 'même., fouvent,
non-feulement des variations, mais des oppofitions
frappantes, ce qui vient de l'inégalité du terrain la
partie qui s'éuend dans le Gâtinois Se qu'on nomme
pays des bois,eu: celle où cette inégalité fe fait'
furtout remarquer des montagnes couvertes de
bois, des étangs dans les vallées, des terres rrès-
froides, dans lefquelles on ne peut faire Venir que
du Seigle, & qui conviendraient très-bien au Ray-
Grass & au Fromental qui y croifTent fpontané-
hient voilà ce que l'oeil découvre dans cette par-m"
dé l'Election. La vallée d'Aillant, qui s'étend au
Midi de l'Yonne, donne beaucoup de Méteil, &
encore plus de Seigle, &- prefque point de Blé ou
d'Avoine, dont la culture ne s'éloigne guère des
villages & des bords des rivières & des ruiffeaux;
les meilleures, fans contredit, longent l'Yonne &
la forêt d'Otte. Prefque toutes les côtes de cette
Election font crayeufes; on y fait quelques Sain-
foins, j'y en ai vu de très-beaux il n'eftpas poilibîe
d'imaginer un emploi plus avantageux des terres
dont on a arraché les Vignes. Cette -culture com-
mence s'étendre j'entrevois avec plaifir qu'elle
deviendra bientôt générale; le mouvement eft donné
& on commence à revenir de l'opinion où l'on était
que cette plante ne pouvait pas réunir fur ces côtes.
On sème des Vèfces dans les plaines mais feule-
N°. 20.
S.Florentin.
N°. i;
ment lorsqu'on fe voit prefle par le befoin de nour-
riture pour les befliaux; on ï-auffi dans cette Elec-
tion la bonne méthode d'enfuir des V efces pour
engraifler les terres trop éloignées pour être fumées.
Ce 5 T dommage que les terrains d'e cette Elec-
tion foient divifés en fi petites pofTeffions qui ne
font pas toujours quoi qu'on en dife, les mieux
cultivées _cle(Ldommage que celles-là le foient aufll
mal & par des laboureurs dont les facultés tant in-
tellectuelles que pécuniaires, foient auffi bornées}
beaucoup de ces terrés donneraient, par une bonne
iblture qui ne peut jamais fe faire qu'avec de
grandes avances un produit très confidérable
prefque toutes font affamées par les Vignes qui leur
enlèvent encore les bras quijevraient les fillonner;
on ne voit point ou prefque point, de prairies
artificielles dans ce canton; les côtes offrent feule-
ment, de tems en tems, quelques Sainfoins il eft
à défirer qu'on les fubftitue aux Grains qu'on cul-
rive fur les Vignes défrichées qui y réufTiOent très-
tn\l ,.& qui expofent la terre à être entraînée dans
les plaines -on fait dans cette Election des élèves
de chevaux, qui ne font pas fans mérite & qui en
acquerront un nouveau lorfque chaque village
cherchera dans les prairies artificielles un fupplé-
ment de nourriture auffi facile que certain,
--LA culture de la Vigne fait prefque entière^
(
ment négliger les terres de cette ÊlecKon qui font
d'ailleurs très-mauvaises; leur couche végétale n'a
guère que trois pouces fur le tuf, ou la grève ou
la lave (à) dans laquelle on laboure & qu'on en-
lève pour bâtir & couvrir les maifons. On n'y
connaît point' le Trèfle & les terres n'y font pas
fait très-peu de Luzerne 8. 'moins
encore de Sainfoin qui réuffit très-bien fur les
côtes. Depuis quelques années feulement on cul-
tive la Vefce & furtout la Variété qu'on counaît
fous le nom de Jarojfe ou Jarouffe un intérêt
trop puiflant attire fur la vigne l'attention des
Cultivateurs pour qu'on puifle efpérer que les
terres la partagent jamais également.
Cette Élection fe divine en deux parties dont la-
plus fertile, la plus abondante en productions de tout
genre eft le Morvand. Ce qui la rend furtout intéref-
famé, ce font les Beftiaux qu'on y élève &.dont
on fait un grand commerce. Ses Chevaux & fes
Bœufs font les plus beaux de la Bourgogne. L'é-
tendue & la fertilité de fes prairies naturelles, ont
fait négliger les artificielles qui y réuniraient très-
bien, furtout le Sainfoin qui fe plaît beaucoup fur
les côtaux élevés, & ils ne font pas rares dans
l'Election de Vezelai. La Luzerne viendrait très-
(a) On donne improprement le nom de lave à une
fierrc calcaire ptarc^qui ferc à couvrir les toits.
Vezelay.
bien dans les gorges; mais le peu d'aifance &
d'induftrie des Cultivateurs, le peu de reïîources
qu'ils ont pour engraitier les terres le long repos
qu'ils leur laiflent, la brièveté des baux, tout enfin
femble devoir ailurer la préférence au Sainfoin;
les pofleflîons y font en général très-divifées &
n'en font pas mieux cultivées. Un instrument
prefque aufli utile que la charrue qui paraît avoir
dans tous les temps fecondé, achevé, perfectionné
le travail de celle-ci, la herfe, n'y eft prefque pas
connue Vezelay eft de toutes les Élections celle
qui, felon moi, a le plus befoin de lumières, &
c'eft peut-être une de celles qui mérite le plus
qu'on l'éclaire. Ce n'efl point ici comme dans
quelques-uns des cantons que j'ai examinés, la
terre qui manque à l'Agriculture, mais bien l'Agri-
culture qui manque à la terre.
N. B. Quoique j'aie vu la plupart des cantons
dont je viens de donner l'aperçu, il en eft cepen-
dant quelques-uns dont je n'ai parlé que d'après
les informations que je me fuis procurées; c'eft un
aveu que je dois à la vérité; j'en dois un autre à la
reconnaiffance. C'eft que M. JBocquet Commif
faire aux Importions, a eu la complaifance non-
feulement de me faire part des connaiffances très-
étendues qu'il a fur la Généralité de Paris, mais
encore de me faciliter les moyens d'en acquérir de
nouvelles furtout fur les parties que je n'avais pas
vues, ou que je n'avais pas vues allez car je me
faisVin devoir d'avertir encore que je~ n'ai fait
dans les lieux que je viens de décrire, qu'un féjour
beaucoup trop coutrt pour les bien connaître. Je
me fuis attaché cependant à ne rien avancer dont
jé ne fulïè certain.
̃^HMIUJ E I I.
E-numération ù nomenclature des plantes
employées jujqu' ici en Prairies artifi-
cielles.
SI, fous la dénomination de prairies artificielles
on ne comprend que les plantes vivaces tirées du
milieu des prairies naturelles pour être cultivées
féparément j toutes, ou prefque toutes, fe trouvent
comprîtes dans la divifion des légumïneufes &
dans celle des graminées mais fi l'on étend cette
dénomination, comme il me femble qu'on le doit,
à toutes les plantes généralement quelconques, cul-
tivées pour fervir à la nourriture des animaux le
cercle, qui. les renferme eft bien moins referré. C'eft
fous ce dernier point de.vue que je les envisagerai
s'il arrivait que ce fût une extenfion des intentions
de la Société je la fupplie de ne voir dans cet ex-
l AA 1
Plantes gra-
minées.
TT 1
cédent de recherches que le defir de Seconder les
vues d'utilité qui l'animent.
Les Gramens paraiflant être en pofTeffion de
tems immémorial d'être regardés comme la nour-
riture la plus naturelle des animaux ? c'eft par eaux
que je crois devoir commencer cette énumération.
ARTICLE PREMIER.
R A Y-G R A S S.
Pcin-vïn, Yvraie fauvage Phoenix, & impropre-
ment Fromental Fromèntakj faux Froment.
Lolïutn perenne. ( Un. Triand. digy. )
Lolium locuflis contiguis oai-
fions. ( Hall. ruil. hel. ftirp. )
Gramen loliaceum angujliore folio & fpïcâ.
( C. B. P.)
Gramen loliaceum fpicâ fimplici vulgare.
( H. Oxon. )
La reflemblance générale qu'ont entr'elles
toutes les plantes de la famille des Gramens, en
rend la diftinction très-difficile le Ray-Grass s'eft
furtout refleuri de cette confufion; .les difcufllons
les débats qui fe font élevés en France & en An-
gleterre, fur fon mérite pourraient très-bien
n'avoir point d'autres caufes. Il me paraît probable
en effet que le Rye-Grass qu'F'lis regarde comme
un très-mauvais fourrage (a), n'eft pas la même
plante que celle que Morifon *( £ ) Hâle (c),
Ray. (d), Miller, & plufiëurs autres nomment
Rày-Grass, 8c dont ils célèbrent les avantages. La
première me parait être le Hordeum murinum Lin.
qui, en effet, eft un des Gramens les moins propres
à la nourriture des befliaux, & l'autre, le Lolïum
perenne Lin. rien de moins conftant de moins
uniforme, que la manière dont cette plante fe trouve
orthographiée dans les Auteurs Anglais qui l'ayant
cultivée lés premiers, femblaient devoir être d'a.c-
cordr ïjp: fa nomenclature. Outre les deux manières
doritf e viens de parler ,'on trouve Great-Wood-Rie-
grass,Tall-meadow-Rie-grass, Red-darneUgrass j
M. Duhamel aflure auffi qu'on lui a envoyé d'An-
gleterre, fous le nom de Ray-grass, le G r arricn ave-
naceum elatius, longâ jubâ fplendente (e); ces noms
défignent tous certainement des plantes différenties
mais on les confond, & l'on difpute fur leur iriérite
c'eft bien pis encore en France l'Auteur de Xlnduf-
trie, ou Principes du Commerce, réduits en pra-
tique cumule pour défigner le Ray-grass ces
phrafes botaniques Gramen fecalinum loliaceum
(a) The Praélice of Farming in Huf6andry.
(b) Plaut. hifl. Oxon. pars tertia p.
(c) Compleat Body.of Rufbandry. L. y, Chap. i.j,
(d) Rift. Plant. Tom. II. p.
^é) ElémensdVAgriçukure. ( Avena clatior Lin.),
( 4<0
Çramen Loliô fimïlc Jpicis muticis radice perenni.
Après avoir ainfi raffémblé fur une feule planter
les noms qui appartiennent à plufymrs autres il ap-
plique une partie de ces mômes noms à d'autres
plantes comme le Fromèntal le-rfaux Seigle la
faufle Yvraie &c. M. Patulo fe contente de nous'
dire que le r"Ray=grass eft mvLqlium (a). Là même
confufion nae paraît régner en "Italie M. Brugnoné
donne pour le Ray-grass d^ês Anglais, XAvena pra-
tenfis ou Avenu panniculata laxa 3 calicibus bi-
floris brevibus flofculis omnibus ariflatis. (Lin.
fp. pl. t. i p. 1 18') (b ) ce n'eft là qu'un échan-
tillon des erreurs qui fe font gliflees dans la nomen-
clature de cette' plante erreurs caufées par les va-
riations, dans la manière d'orthographier, de pro-
noncer, &furtout par la fripponnerie des marchands
de graine le vrai nom français, qui parait con-
venir à cette plante, eft Yvraie vivace.
AR T ICL E IL
Fromèntal.
Ray-Grass de France, faux Seigle.
Avena elatior, ou Avena panniculaca, calicibns
(a) Amélioration des Terres.
(b) Tratrato delle Rane di Cavalli,