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Traité élémentaire du genre épistolaire, de l'apologue et de la narration , à l'usage de MM. les humanistes du Collège royal de Limoges. Seconde édition, revue et augmentée

De
257 pages
impr. de L. Barbou (Limoges). 1788. 260 p. ; in-8.
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TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE
DU GENREÉPISTOLAIRE,
D E
L'APOLOGUE,
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DE LA NARRATION.
TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE
DU GENRE ÉP1ST0LAIRE,
D E
L'APOLOGUE,
E T
DE LA NARRATION,
A l'usage de M M. les Humanistes du Collège
Royal de Limoges.
Seconde Édition, revue & augmentée.
A LIMOGES,
Chez LÉONARD BARBOU , Imprimeur du Roi.
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M. DCC, L X X X V III.
A. MJESSXJEIVJFIS
LES
PROFESSEURS
DU COLLÈGE ROYAL
DE LIMOGES.
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7
Ivotte tttJ-t.uUlCfe &D tcejm
■4
o êeiMaiit Setçiteuo ,
V/TRAC, Prétre, Sous-principal, des
Académies de Montauban ,
Clermont-Ferrand, la Rochelle ,
& Chadlons.
TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE
DU GENRE ÉPISTOLAIRE,
D E
L'APOLOGUE,
E T
DE LA NARRATIQN.
OUR se préparer à la Rhétorique, qui eft
la partie des études, la plus difficile, la plus
importante , & qui devrait terminer toutes les
autres, il faut s'accoûtumer à produire quel-
que chose de soi-même, tâcher d'acquérir une
certaine facilité pour l'invention, & s'exercer
de bonne heure à la composition. » Dans le
» choix des matières, il faut, dit le Quintilien
» Français, commencer par les plus aisées.
» On fera succéder à ce premier travail, de
» petites Narrations d'abord très - simples ;
( Io )
» ensuite plus ornees. » En matière d'enseigne-
ment , le célèbre Mr. Rollin, est un guide
infaillible. Nous suivrons donc son plan ; &
pour vous faciliter dans la suite l'étude de
l'Art Oratoire, nous vous développerons les
règles du genre Épistolaire, de l'Apologue 5C
du Récit. Nous ne dirons rien de nous-mêmes.
Nous puiserons les préceptes que nous allons
détailler , dans les Ouvrages des plus fameux
Rhéteurs anciens & modernes. Veus y recon-
naîtrez toujours leurs pensées, & très-souvent
même leurs expressions.
Non Auctorts modò , tti ttlam partes operis tic*
geris. Quintil. Lib. 1°. Chap Sn.
ARTICLE PREMIER.
DU GENRE ÉPISTOLAIRE,
S. 1er.
Réflexions générales sur ta nature, l'utilité du
genre tpiJtollli" , le stile qui lui convient, &c.
Différentes espèces de Lettres,
1°,
L
ES Lettres sont des espèces de conver-
sations entre des personnes absentes. VoiU
t II î
pourquoi l'on appelle celles que s'écrivent des
amis séparés par la distance des lieux , les
conversations de l'amitié. Les Lettres, dit le
célèbre Pope, vivent , parlent , & pensent.
Selon Turpilius le Comique , Poète cité par
Sr. Jérôme, elles sont le seul moyen de nous
faire jouir de la présence de nos amis abatnli
Sola rts absentes homines facitprajtnta.
2". Rien de plus utile que le genre Épisto-
taire ; aussi est-il le plus employé. C'est peut-
être néanmoins le plus ignoré, & l'un des plus
difficiles ; parce qu'il exige que celui qui "YI
exerce possède deux qualités rarement réunies ,
la connaissance du monde & le goût de Pètude
S'il ne connaît pas les usages de la société, &
s'il n'a pas l'esprit cultivé, l'on verra régner
dans ses Lettres, le désordre, l'impolitesse ;
les fautes de làngage 6c de construction ,
l'aridité des sentimens, la stérilité des pensées,
le galimathias, Fennufe , la prolixité, lec.
311. Comme les Lettres ont une immensité
d'objets, la méthode pour les bien écrire a une
infinité de nuances. Déslors il est impossible
de donner des préceptes particuliers à chaque
espèce sans exception. Mais il est une règle
- - - - - ( >*y
générale, & qui s'adapte à toutes : La voici;
Avant de prendre la plume, pénétrez vous bien
de votre sujet. Étudiez-le, analisez-le, appro-
fondissez le. Ensuite écrivez. Votre Lettre
sera surement bien faite , pourvu que vous
sachiez votre langue.
4°. On a pi étendu que le stile d'une Lettre
devait être négligé : mais peut-être ne faisait-
on pas assés d'attention que les meilleures
Lettres des Anc'ens , qui doivent être tou-
jours nos modèles & nos maîtres , sont celles
dont le stile est le plus soigné. La longue
Lettre de Cicéron à Lentulus , celle dans
laquelle l'Orateur Romain recommande Milon
à Curion, la plupart des Épitres qu'il adresse
à Varron , celle surtout dans laquelle il
s'é force de persuader à Lucaeius d'écrire son
Histoire, Lettre dont il conseille la lecture à
Atticus , ne sont elles pas plus intéressantes
que les Lettres adressées à Térentie , à Tiron,
à Acilius ? l'Homme de goût , lit - il avec
plus d'intérêt Pline lorsqu'il écrit de simples
billets à ses amis , que lorsqu'il mande à
Arianus ce qui s'est passé dans l'affaire de
Marius Priscus, lorsqu'il raconte à Minutianus
- - (13 ) -
ce qu'il a fait dans la Bétique; lorsqu il fait
à Gallus la brillante description de sa Maison
de Campagne ? Ce sont ces Lettres que Pline
avait travaillées avec le plus grand soin , &
celles qu'il croyait les plus dignes de parvenir
à la postérité.
Soignés dont le stile de vos Lettres ; il est
des personnes qui regardent comme une marque
de mépris une Lettre pleine de négligences.
50. Il faut pourtant prendre garde à ne pas
trop s'attacher à polir ses Lettres. Les expres-
sions figurées fie Cavalières, qui donnent tant
de grâces & tant d'agrémens à un récit, lors-
qu'elles sont employées à propos & avec
ménagement ne sont pas toujours sévèrement
assujetties aux règles grammaticales. Mais peut-
on se permettre des solécismes, des construc-
tions barbares ? Non sans doute. On ne
doit jamais perd: de vue le précepte de
Boileau.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous foit toujours slcrle;
Mais quand , en écrivant une Lettre, on
s'écarterait d'une exactitude trop grammati-
cale , je ne crois pas que l'ouvrage fut moins
(14)
agréable ; ni moins intéressant ; pourvu que
les légères incorrections qu'on se permettrait,
lui donnassent de la vivacité & de la précision.
Écrivez tout ce qui se présentera au bout
de votre plume, pourvu qu'elle soit exercée ;
écrivez comme vous parlez , supposé toutefois
que vous parliés bien.
6°. La première qualité que doit avoir une
Lettre, c'est la clarté. Point de néologisme ,
point de tours de phrases alambiqués , point
d'expressions techniques , à moins que l'on
n'écrive à un Artiste sur les objets rélatifs à sa
profession.
7°. Dans le genre Épistolaire l'expression
doit être vive , naturelle , & concise. L'art
& le travail ne doivent pas s'y faire sentir.
Une Lettre embarassée de sentences , hérissée
de raisonnemens, surchargée de tous les lieux
communs qu'enseigne la Rhétorique ne saurait
être une bonne lettre.
8°. Le stile Épistolaire doit être accommodé
au sujet, aux temps, aux lieux , aux circons-
tances, & surtout à la personne à qui l'on
écrit. Qu'il soit plein de noblesse , de gravité ,
de sagesse , lorsqu'on traite des sujets relevés,
(15H )
de grands intérêts ; pur & châtié , lors même
qu'il s'agit d'objets de médiocre importance,
d'affaires de peu de conséquence ; vif, enjoué,
léger, gracieux, pittoresque & même un peu
épigrammatique , dans le récit des aventures
plaisantes , & la peinture des caractères; plein
de véhémence & de force dans les exhorta-
tions ; de douceur & d'intérêt dans les conso-
lations. Qu'il soit modeste dans les demandes.
Il faut en un mot le plier à toutes les formes.
On ne doit pas écrire sur le même ton à un
vieillard , & à un jeune homme , à ses amis
& à des inconnus, à un homme austère & à
un homme enjoué , à ses supérieurs , à ses
égaux, à ses inférieurs.
9°. Mettés de l'ordre entre les différens ob-
jets qui doivent entrer dans votre Lettre, &
de la liaison dans toutes ses parties. Les pen-
sées doivent être disposées de manière qu'elles
soient plus liées par elles mêmes que par le
secours des conjonctions , qui trop souvent
employées rendent le stile lache , & traînant.
Des transitions fines, presqu'imperceptibles ,
un enchaînement adroit d'idées & de sentimens
conduisent agréablement le lecteur jusqu'à la
( 16)
fin d'une Lettre, & l'empêchent de se distraire.
Les Lettres de Cicéron à Atticus sont des
modèles en ce genre.
Io'. Il est des personnes qui croient jamais n'a-
voir assés dit pour se faire entendre ; elles
entassent les pléonasmes, elles accumulent les
termes sinonimes, & présentent la même pen-
sée sous une infinité de formes. C'est un défaut
essentiel. Ne dites absolument que ce qu'il
faut : ce serait une impolitesse de faire autre-
ment ; parce que ce serait douter de l'intelli-
gence de la personne à qui vous écrivez, &
lui donner sans nécessité un long ouvrage à
lire. Le stile diffus qui ne convient à aucun
genre d'ouvrages est surtout insupportable
dans le commerce Épistolaire. Mais si, laisser
quelque chose à deviner ;i celui avec qui vous
êtes en correspondance, c'est lui donner une
louange délicate ; il faut aussi bien prendre
garde de ne pas lui supposer plus de pénétra-
tion qu'il n'en a. Dans les affaires de grande
conséquence, il est toujours dangereux de ne
pas s'expliquer bien clairement. La clarté n'exclut
pas la brièveté.
110, Comme on ne cherche que des sentimens
dans
( '7 ) - - -
-1 B
dans une Lettre familière , celui qui s amuse-
rait à jouer sur les mots, à faire des antithè-
ses , des pointes, des calembours , à entasser
des expressions pompeuses, ne saurait plaire
qu'à ceux qui sont dépourvus de délicatesse
& de goût.
J 1°. Répéter dans une Lettre en réponse
les expressions dont s'est servi celui qui ncus
a écrit, c'est annoncer bien peu de fécondité.
Si l'on est forcé d'employer les mêmes ex-
pressions , il faut au moins les assaisonner
d'un tour nouveau. Écrire par exemple à quel-
qu'un qui nous a mandé qu'il viendra inces-
samment nous voir , » vous m'avez mandé
que vous viendrez incessamment me voir,
j'en ai bien de la joie &c. » serait du plus
mauvais goût. Cette manière aiide & platte
est pourtant fort commune. Ne vaudrait-il
pas mieux s'exprimer ainsi, » vous des donc
décidé à venir me voir ? Que j'en ai de joie !
En confondant ainsi son sentiment avec l'avis
qu'on a reçu, on est plus sûr de plaire.
13. Ce qui embarrasse surtout les jeunes
gens , c'est le commencement ee la Lettre
qu'ils ont à écrire. Cependant rim n'est f:liS
( i8 )
aisé, puisqu'il n e faut ni préambule, ni exorde.
Il suffit d'entrer simplement en matière , &
d'écrire tout naturellement ce qu'on a envie
de mander. Rien de plus ridicule que de com-
mencer sa Lettre par ces expressions, ou autres
semblables. » Je vous écris cette Lettre pour
&c. ». » Celle-ci sera pour &c. » On peut
lorsque l'objet de la Lettre n'est pas sérieux ,
commencer d'une manière brusque.
llå-n, prater litigatores (a) istos nemo ad
mt venit 0 Deum immortalem ! Quid tgll
audio ? sic est, infuam, ut scribis ? Ciceron.
Eh ! mon Dieu, ma Fille ! que me dites-
vous ? Quel plaisir prenez-vous à dire du mal
de votre personne, de votre esprit, à trouver
qu'il faut avoir bien de la bonté pour songer
à vous ?. Sévigné.
§. Second.
DIFFÉRENTES ESPÈCES DE LETTRES.
10, L'amitié , l'honnêteté, le devoir , l'in-
térêt , qui sont les liens du commerce social,
sont aussi les divers objets qu'embrasse le genre
( a ) Je ne verrai donc aboutir chez moi que cet
plaideurs ! bon Dieu 1 qu'aprendi-je ? les choses. dii-
je, font elles, comme vous me l'écritez?
( 19 )
Bij
Épistolaire. De-là les Lettres d'exhortation &
de dissuasion , de consolation, de sollicitation ;
de recommandation , de reproches , d'excuses,
de nouvelles, de félicitation, de remerciment,
& d'affaires.
LETTRES D' EXHORTATION.
JO. Veut-on porter quelqu'un à faire une
action louable , à former & à exécuter un
projet glorieux ? Il faut s'efforcer de l'cmou-
voir, & l'aiguillonner. Or , pour exciter effi-
caccment son zèle , enflâmer son émulation,
1°. on fera l'éloge de l'action qu'on lui con-
seille , de l'entreprise qu'on lui propose ; on
donnera à celui à qui l'on écrit quelques louan-
ges délicates..
1°. On lui présentera la gloire, la célébrité
qui lui sont réservées , s'il réussit ; la honte
& l'ignominie qu'il essuiera, s'il échoue.
3°. On lui rapelltra qu'il a des rivaux, qu'il
est de son intérêt de ne pas en être vaincu.
4°. On lui dira que ses amis attendent ses
succès pour s'en applaudir, & que ses enne-
mis désirent qu'il se rebute, pour s'en féliciter.
5°. On lui indiquera des modèles ; on lui
(20)
citera surtout les exemples de ceux de ses
Ancêtres qui se sont distingués, de ses amis
qui sont devenus fameux, de ses Concitoyens
qui se sont rendus recomtr .idables.
6 °. On mettra en usage la Figure que les
Rhéteurs apellent Obsécration.
7°. Comme il est des caractères que l'exhor-
tation révolte, si l'on soupçonne que celui à
qui l'on écrit pourra voir avec peine qu'on
veut faire auprès de lui les fonctions d'un
Pédagogue, on lui fera sentir que c'est l'amitié
qui nous inspire , le zèle pour sa réputation
qui guide notre plume , qu'on sait que son
cœur renferme le germe des vertus , & un
penchant naturel pour le bien, qu'il a moins
besoin d'aiguillon que de frein..
3°. Ces Lettres demandent un stile grave,
noble & véhément.
4°. La Lettre de Cicéron à Plancus peut
servir de modèle.
Cum ipsum (a) Furnium per sevidi libentissimè,
tùm hoc Ubtmius , quod ilium audiens tt videbar
( a ) La joie que j'ai eu de revoir Furnius m'a été d'au-
tant plus feasible, qu'en l'entendant parler, je croyais
voui entendre. 11 m'a fait I, rtcit de votre habiletl
( :u )
audire. Nam tt in re familiari virtutem , & in
administrandd Provinciâ justitiam , 6* in omni
gerere prudentiam mihi tuam exposuit, & prate red
mihi non ignotam in consuetudine, & familiaritute
suavitatem tuam adjunxit : praterea summam
erga st libera/itatem. Qute omnia mihi jucunda ,
hoc extremum etiam gratum fuit, Ego, Plance,
necessitudinem constitutam habui cum domo vestrâ,
antè aliquandò quam tu ntllUS es : amorem
autem erga te ab ineunte pueritià tud: conjirmatd
jam atate, famiiiaritatem cum studio meo, tùm
& de votre courage dans les exercices Militaires , de
votre équité dans l'administration de votre Province ,
& de votre prudence dam toutes lei occasion , Il m'a
fait de grands éloges de la douceur de votre com-
merce avec vos amis familiers ; enfin il s'et f nuê-
mement loué de vos bontis pour lui. J'ai trouvi
ce detail fort agréable, ðt la fin a même exciti ma
reconnoissance. Met liaifons avec votre Famille, mon
cher Plancus , ont précédé de quelque temps votre
naissance, J'ai pris de htmitie pour vous dès votre
premiere jeunefle : ensuite mon inclination & votre
propre gcdt , 1'ont faire tourner en liaison familière
lorfque vous avez acquis des années. C'eft par toutes
ces raifoni que je prends un intérêt si vif à votie
digniti , & que je ne la distingue pas dv la mienne.
Guidé par la vertu & (econdé par la fortune, vous
ffes parvenu dès votre jeunesse au plus haut degré
de l'honneur. Votre esprit flc votre habileté vous ont
( 11 )
judicio tuo constitutam. His de causis mirabilites
faveo dignitati lUll, quam mihi tecum statuo esse
communen. Omnia summa consecutus es t virtute
duct , comite fortund : caque adeptus es ado/IS"
cens, multis invidentibus , quos ingenio , indus-
triâque fregisti. Nunc me amantissimum tUl ,
remini toncedentcn , qui tibi vetustate consuc-
udinis potior POSSil esse, si audies, omnem lihi
qua vita dignitatem ex optimo Reip. statu
acquires. Scis prosectò, m'A/7 enim te sugere pn-
tu t , suisse quoddam tempus , cum homines
existimarent se nimis servire temporibus ; quod
fait furmonter les obstacles de I'envie. Aujourd'hui ;
si voui en croy*t un homme qui YOU. aime tendremcnt t
& qui vo us est atta hé plU' anciennement que per-
sonne , vous ferez dépendre votre dignité , pour Ie
rctt-j de votre vie. du rétablistement de la Rcpublique.
Vous faver., car il en impossible que vous ayiez rien
jgnoré, ({Yon VOJS à rcptOwhi pe- darit quelque temps
de VNtS être trop asservi aux conjonctures; & , j au-
rais dj von la mens opinion, li ;f croyais que vous
Ciiiiei approuve ce qu > VOIU étiez obligé de souffrir :
mais je comprenais fort bien ce que vous pemicz alors :
& j'érais p^MuaHC* qji vous examiniez de qnoi yous
étiez captble. présent lei choses vont changer de
fscr ; cV-ft à v JUt de voui déterminer, & vous en
avez la l.bMt?. Voui itcs d-iigni Coiful à la fleur
de votre Ige, avec une grange reputation d'lloquence,
(8c dans un temps ou la Rcpublique a bien peu de
(23 )
fgo quoque e^tstimarem si te ta t qua patiebare ,
probasse etiam arbitrarer. Sed cum intelligerem ,
quid sentires , tt arbitrabar vidtrt quod pOSJes.
Nunc alia ratio est omnium rerum ; tuum judi-
cium est 9 idque liberum, Consul ts designatus ,
optima atate, summâ cloquentiâ , maximâ orbi-
tate Reip. virorum talium, lncumbe, per Deos
immortales , in earn curam , & cogitationem f
qua libi summam dignitatem & gloriam offer at,
Unus autem est , hoc prasertim tempo", per
tot annos Rep. divexatâ, Reip. biri gturda
cursus ad gloriam. Hctc amore magis impuhus
) -
Citoyens tels que vous. Attachez-vous , jc vous en
tonjure par les Dieux immorteli, à former des vues
& des entreprises qui puissent vout conduire au faite
de la dignitt & de la gloire. Je ne connais, sar-tout
dans I* temps p,é.rnt, øprès les maux que la Répub'ique
a souffert depuis tant d'années , qu'une seule route
qui mcne à la gloire , c'est une bonne administration.
N'attribuez qu'a mon amitié la liberty que je prendi
de vous écrire en ces termes. Je suis bien éloigné de
croire que voui ayiez besoin de mes avis & de mes
préceptes, Vos principei , je Ie laii , viennent de la
même fource oU j'ai puite lei miens. Finissons, puitque
j'ai bien moins pensé a faire parade de ma pu-
dence qu'a vous prouver mon affestion. Comptez tou-*
jours que je ne relâcherai rien de mon rele & de
mes soins, dans tout ce qui me paraîtra toucher votre
dignité. Adieu,
( 24 )
scribenda ad u putari , quam quòd arbitrearer
e monitis, & praceptis meis egere, Sciebam enim,
tx iisdem te hœc haurire fontibus, ex quibus ip;.e
haustram. Quarè modum faciam. Hoc tantum sig-
nificandum putavi , ut potiùs amorem tibi ostcri-
derem meum qllàm ostentarem prudtmiam, Interca
lJuø ad dignitatum pertinere arbitrabor, studiose,
diligenterque curabo. Fait,
\°. La Lettre de Madame de Maintenon à
Mr. d'Aubigné son frère est solide & pleine
de raison , elle l'exhorte à être content de
son sort.
On n'est malheureux que par sa faute ; ce
sera toujours mon texte , & ma réponse à
vos lamentations. Songez, mon cher Frère , au
voyage d'Amérique , aux malheurs de votre
Père , aux malheurs de votre enfance, à ceux
de notre jeunefle ; & vous bénirez la Providence,
au lieu de murmuter contre la fortune. Il y a
dix ans que nous étions bien éloignés l'un &
l'autre du point ou nous sommes aujourdhui.
Nos espérances étaient si peu de chose , que
nous bornions nos vœux à trois mille livres
de rente ; nous en avons à présent quatre
fois plus , & nos souhaits ne seraient pas
( 25 )
- --
remplis ! Nous jouissons de cette heureuse
médiocrité, que vous vantiez si fort : soyons
contens. Si les biens nous viennent, recevons-
les de la main de Dieu ; mais n'ayons point
de vues trop vastes. Nous avons le nécessaire
& le commode ; tout le reste n'est que cupi-
dité. Tous ces désirs de grandeur partent du
vide d'un cœur inquiet. Toutes vos dettes sont
payées , vous pouvez vivre délicieusement ,
sans en faire de nouvelles. Que désirtz-vous
de plus ? Faut-il que ces projets de richesses,
& d'ambition , vous coutent la perte de votre
repos & de votre santé ? Lisez la Vie de St.
Louis, vous verrez combien les grandeurs de
ce monde sont au dessous des désirs du cœur
de l'homme. Il n'y a que Dieu qui puisse le
rassasier. Je vous le répète, vous n'êtes ma-
lheureux que par votre faute. Vos inquiétudes
détruisent votre santé que vous devriez con-
server , quand ce ne serait que parceque je
vous aime. Travaillez sur votre humeur ; si
vous pouvez la rendre moins bilieuse, & moins
sombre , ce sera un grand point de gagné.
Ce n'est point l'ouvrage des réflexions seules ;
il y faut de l'exercice, de la disposition, unq
( 16 )
Vie unie & reglée. Vous ne penserez pas bien tant
que vous vous porterez mal; dès que le corps
est dans l'abattement, l'ame est sanj vigueur.
Adieu , écrivez moi plus souvent, & sur un
ton moins lugubre.
lettres D E DISSUASION.
6°. Avez-vous à détourner quelqu'un d'un
projet injuste , ou nuisible ? Il faut lui en
peindre avec les plus vives couleurs les incon-
yéniens & les suites funestes , lui montrer
d'avance l'ignominie dont il va se couvrir, le
mépris , la haine des gens de bien qu'il va
s'attirer, les malheurs auxquels il s'expose, &c.
78. L'Électeur de Brandebourg désirant de
détourner Louis XIV du projet que ce Mo-
narque avait formé de le forcer à accepter
la paix à des conditions contraires à ses inté-
rêts , lui écrivit en ces termes.
MONSEIGNEUR,
Il est impossible que votre Majesté par les
grandes lumières de son esprit ne comprenne
aisémenr la justiçç & la modération de mes
( 27 )
prétentions ; Pz cela étant , elle ferait vio.
lence à cette pénérosité & grandeur d'ame qtù
est née avec * u- , si elle me forçait d'accepter
des conditions de paix injustes & honteuses.
Dieu persuadé de la justice de ma cause avait
dejà décidé en ma faveur de toute la Poméranie
par le sort des armes. Votre Majesté m'en fait
rendre la meilleure partie , & j'y consens,
pour conserver le reste qui est fort peu de
chose, eu égard à tout ce que j'avais gagné
au prix de mon sang & par la ruine de tous
mes Sujets. N'est-il donc pas juste , Monseigneur,
que puisque Votre Majesté seule m'oblige à
rendre à mes ennemis de grandes & de si
belles Villes, elle veuille bien aussi me laisser
le reste ; & qu'après que Votre Majesté s'est
si fort intéressée pour le parti qui n'avait rien
à demander , elle s'intéresse aussi pour celui
qui avait droit de tout garder ? Je ne doute
pas, Monseigneur, que les Ministres de votre
Majesté n'opposent à mes raisons l'intérêt de
sa gloire, & que cela feul ne soit un puissant
motif pour une aussi grande ame ; mais elle
me permettra de lui dire que c'est la justice
qui fait naître & règle cette gloire, & qu'é-
( is )
tant toute de mon côté , il y va de son intérêt
d'appuyer mes prétentions, en modérant les
demandes de mes Ennemis. Je souhaiterais que
Votre Majesté pût entendre sur cela les rui-
sonnemens de toute l'Europe , je suis assuré
qu'elle déciderait aussi-tôt en ma faveur, &
préviendrait par-là le jugement de la postérité
désintéressée. Après tout , Monseigneur , je
comprends bien que le parti n'est pas égal des
forces de Votre Majesté aux miennes, & que
je serais bien-tôt accablé par un Roi qui a
porté seul le fardeau de la guerre contre les
plus grandes Puissances de l'Europe , & qui
s'en est démêlé avec tant de gloire & de suc-
cès. Mais quel avantage Votre Majesté trou-
vera-t'elle dans la ruine d'un Prince qui a un
désir extrême de la servir, & qui étant con-
servé , pourrait dans la suite apporter à son
service quelque chose de plus essentiel que
sa seule volonté. Certes , Votre Majesté ,
Monseigneur, dans ses vues pourrait se répen-
tir un jour d'avoir accablé un Prince qui l'ad-
mire , & qui est plus véiitablement & avec
plus de zèle qu'aucun autre , de Votre
Majesté, &ç.
( 19 )
LETTRES DE CONSOLATION.
8°. Il est peu d'hommes qui dans une foule
de circonstances n'éprouvent des malheurs &
des revers. Tantôt c'est la mort d'une personne
chérie que nous avons à pleurer, tantôt c'est
la perte d'une partie de notre fortune , d'une
place honorable , d'un poste lucratif , &c.
qui nous fait verser des larmes. Dans de si
tristes conjonctures nous avons besoin de con-
solation ; & de qui avons nous droit d'en at-
tendre , si ce n'est de l'amitié ? Si donc quel-
qu'un de nos amis est dans l'affliction , em-
pressons-nous de le consoler.
9°. Les Lettres de consolation demandent
beaucoup d'adresse. On doit prendre garde de
ne pas envenimer la plaie au lieu de la guérir.
10°. Si nous avons à consoler un homme
sage , dont la raison forte , & le cœur
affermi par la Religion & la Philosophie se lais-
sent peu abbattre par les revers , que notre
Lettre simple & sans art lui rapelle qu'il ne
peut arriver à un vrai sage rien de véritable-
ment facheux ; que le crime & la honte qui
le suit sont les seuls malheurs réels ; qu'un
f 1» )
bonheur sans nuages est incompatible avec
l'humanité, &c.
Écrivons-nous à un ami d'un caractère sen-
fible , & dont le cœur est cruellement dé-
chiré par une douleur vive & récente, pleu-
rons avec lui : avouons la légitimité de ses
larmes : exagérons même quelquefois les rai-
sons qu'il a d'en verser. Nous nous insinuerons
ainsi dans sa bienveillance ; ensuite nous pour-
rons lui présenter utilement les motifs qu'il a
de ne pas trop se livrer à l'abattement , &
de réfléchir moins sur son malheur.
Écrit-on à quelqu'un de ces hommes, d'un
tsprit trop élevé pour vouloir paraître avoir
besoin de consolation , & qui , quoique pro-
fondément affligé, orend sur lui de dissimuler
sa douleur? On pourra lui dire qu'on ne lui
écrit pas pour le consoler ; qu'on connoit sa
fermeté, sa grandeur d'ame, qui le mettent
au-dessus des revers ; que tout autre à sa
place se livrerait à tous les excès de la plus
amère douleur ; mais qu'instruit par l'expé-
rience , fortifié par la Religion, affermi par
les principes d'une saine Philosophie , il sup-
porte avec courage les évènemens fâcheux in-
( il )
séparables de 1a vie ; qu'on lui écrit plu;
pour le féliciter de la force de son ame ,
que pour adoucir l'amertume de ses regrets &c.
11°. C'est ainsi que Cicéron console son ami
Titius.
Ersi nunc ( a ) ex omnibus minimè sum ad te
consolandum accommodatus , qudd tantùm ex
tuis molestiis cepi doloris , ut consolatione ipst
tgerem : tamen, cùm longiùs à summi luitus
actrbitate meus abessct dolor, quàm mus, statui
nostra necessitu dinis esse, meaqut in te bene-
volentiœ , non metre tanto in tuo mœrore tanJ,ù:
sed adhibere a/lquam modÙam consolationem,
( a ) Personne n'est moins propre que moi AYOUS con-
»ol?r; or je suis si torché de vos peines, que j aí befoin
moi-même de consolation. Cependant comme ma dou-
lcur est plus 41oi&n £ e de l'excè, que la votre , je
crois que l'amitié m'oblige de rompre Ie filence que j'ai
gardé long-temp. , & si je ne puis YOUS Kuérir tout-
a-fait de travailler du moins a soulger un peu VOl
peines. Vous rapellerai-je les motifs communs de con-
folation , qui ne devraient jatnais fortir de notre ef-
prit , & de notre bouche ? Que nous (ommell hommes,
& nés pour fervir de bm , dans le cours de notre v.e,
à tous les trais de la fortune ? Qu'étant au monde à
cette condition, nous ne devons pas refufer ce qui est
atta:hi à notre fort, & paraitre trop sensibles à des
accidens que toute la sagesse ne peut nous faire ivitw C
( 30
quit levars dolorem tuum posstt , si minus
sanare potuisset. Est autem consolntio pervulgata
quidem ilia maximl, quam semper in ore atque
in animo habere debemus , homines nos tit esse
memenerimus , ed leGt natos , t/r omnibus telis
forlun. proposita sit vita nostra : neque esse
recuandum, quiominùs ed qua nat; sttmus ,
conditione vivamus : neve tarn graviter cos,
casus feramus , quos nullo consilio vitare pos-
sttmtts : eventifque aliorum memoriâ reperendis ,
nihil accidisse nobis novi cogitemus. Neque ha, ne-
que ceterœ consolationes, qua sunt à sapientissimis
- -
Enfm, qu'tn cherchant dans notre mtmo:re quel a hi
k sort des aytres, nout vcrrons qu'il ne nous est rien
arrivé de noureau ? Ces motifs , & torn les autre* ,
dont la sagesse a toujours fait usage, & que nous
trouvons dans nos Livres , me paraissent bien rrotM
punsans que la considération de l'etai ou nous t omme.,
& que cette continuité de malheureuses conjoncture,
oh l'on doit fe croire heureux , si l'on n'a jarrais eu
d'enfans , & regarder comme un moind e mal de les
perdre à prlfert, que dans un temps ou la République
ferait miens ordonnée, ou p'ut6t ou ncus aurions quel-
qu'ombre de République. Si TOUS ne pleurcz que vos
propres pertes , & si c'est voire interêt mfme qui
elcirtl vos regrets , je ne crois pas qu'il soit ais6 d'é-
puiser entiirement cette source de douleurs. Mais par
Ih1 sentiment plus digne d'un coeur tendre , vous êtes
affligé du malheur de ceux que tous aver pcrdus , je
fins
( ] 1 )
C
yirit usurp at a , memoriœque, d* litteris prodita ,
tantkm videntur proficere debere, quantùm status
ipJl nostra civitatis , 6* Aarc perturbatio um-
porum ptfditorum : tum beatissimi sint, qui liberos
non susitptrunt. Minus atitem mistri , qui h;,
temporibus amiserunt , futlm si eosdem bonâ ,
ül dtniqut aliijud Rep. pe'diJisait. Quod si
luum II disiderium movet , 6* si tuarum rerun
cogitation* mares, non facilè exhauriri tibi istum
dolorem posse universum puto. Sin illa te res
eruciat , fUll magis amoris est , ut lorwn qui
occiderunt , mistrias lugtas ; ut ea non dicarn,
veut ,Irf,eral pas ce que j'ai lu, ce que j'ai entendu
mille foil i que la mort n'a rien qui doive la faire
regarder comme un mat, puiique IIi elle nout laiue quel-
que sentiment, elle mtrite moint Ie nom de mort que
ce!ui d'immortalité. Mail je puis veut assurer sans aucun
doute, qu'il se forme del nuages, qu'il If prepare des
tempêtes, en un mot, que la République est menacée de
mille malheurt, qui doivent faiie pcntir à ecus qui en sont
dilivr^i par la mort , que leur condition n'es.t pas la
plus facheuse. Voyez-vous déjà la moindre ressource,
je ne dis pas seulement pour la pudeur , la probité,
la vertu, le goût det bonne* études & des Arts utiles,
mais pour la liberté même , & le salut public Me
vous assure , qu'autant de foil que i'ai apprii la mort
de quelque jsune homme, ou de quelque enfant. dRnl
le court de cette dangireuse IDa" , je l'ai regardle
( 34 )
qua sepissimé ~& Itg; , ~& audivi , nihil mali
tsse in morte , in qua si resideat sensus, Immor-
talitas ilia potiùs, quåm morj ducenda sit ; ji"
sit tln.isJUJ, nl4/1" xideri miseria dtbcat, quit
non sentiatur. Hoc tamen non dubnitans confirm
mare possum , ea misceri , parari , impenddere
Reip. quet qui reliquerit, nullo modo mihi
quidem decptus esse vidtatur. Quod enim jam
non modo pudor; 9 prubitati, virtuti, rectis stu-
diis , bonis artlbus , sed omninò libertati ac
saluti loci ? Non , mehercule , quemguam au»M'i
hoc graviisimo, pestilcntissimo anno, ado-
llJctntulum, aut putrum mortuum, qui milt; non
comme unc faveur des Dieux immortels, qui lei d £ -
livraient des misères d'une très milheureuse vie. Si
l'on peut done vous effacer de l'esprit que la mort soit un
mal pour les personnel chéries que vom regretter ,
cc sera d'abord ur.e diminution considerable pour votre
doulcur ; it ne vous Testers du moins que Ie simple
lentiment de votre propre peine, qui n'a mn de com-
mun avec leur situation , &Si qui ne regarde proprc-
ment que vous. Or , je vous demande s'il eft digne
de la sagesse , & de la gravité qu'on vom a reconnues
dès votre enfance, de manquer de moderation dans
vos peines , lorsqu'elles ne s'étendent point aux per-
sounes que vous aimez ? Le caractire que vous vous
eres Itabli dans les affaires privées & publiques, ne
dcmande-i-il pas d'être soutenu avec constance ? D'uilq
C 35 )
- C ij
à diis ~immortalibus erepius ex his miseriis, al-
que ex iniquissimâ conditione vita , \idtretur%
Quare , si tibi lmum hoc ~detrahi potest, nequid iis,
quos amasti , malt pates ~conugisse : ~permuliùm
trit ex mærore ttio ~diminutum. Relinquetur enim
simplex ilia jam cur a doloris tui , qll" non
cum illis communicabitur, sed ad te ipsum
propriè re/trtll" : in quâ non est jam gravitatis
ac sapientiæ tua, quam tu a pucro praitiiisti,
ferre immoderantiùs causam incommodorum ~mo-
rum qUfl sit ab ~corum, quos diltxtris, miserid
maloque sejuncta. Ellni", eum semper te, e..
privatis in rebus, & publicis ~præstitisti, tuenda
tibi ut sit gravitas , Er constantiæ serviendunt.
leurs si Ie temps seul est capable de dtminuer les plus
grandes douteurt, à mesure qu'elles vieillissent, la pru-
dence & les réflexions ne devraient elles pas Ie pr6-
venir ? 11 n'y a jamais eu de femme si fa.ble , & si
touchée de 'a mo t de set enfans, qui n'ait enfin c»*s4
de pleurer. Pourquoi la f" fie. ion ne produirait-elle oas
ce que Ie tempi ne manque ~post ~d'apporter ? tt t'.xi*-
il attendre du temps un eaied q.1 on peut trouver
dans les seules forces de la raison ? Si ma ~Leure
fait ~quelqu'impression fur YOIIS, ~ellee répondra fort
heureusement à mes désirs , mais s'il .ar,j\,p' qu'elle soit
sans fo ce , je remplis du moins Ie devoir de la 0'111
tendre ~amitié. Telle a cti toujours la iiK-nrr, дc vous
devet compter qu'elle ne changera jamais. Adieu.
C >« )
N.", t qnod allatura est ipsa diuturnitas; qua
maximos luctut voluptatt tollie, id not ptariptn
consilio) prudtntidqut dtbtmus, Ettnim si nulla
unquam ~fuit , libtris amissis t tarn imbttiUo
mulitr animo , qua non aliquandd lugtndi mo*
dum ~fecerit , ctrtk not, flloJ est diet allatura,
id consilio ami ftrrt dtbtmut : 'fu, txptcttrt
ttmporis mtditinam, 'I" rtprtstntan rationt
possimus. His tgo ~litteris si quid proftc'ustm f
existimabam optandum quiddam III' attteutum :
tin minùs fonassi valuissem, officio tamtn
tsst functum ~benevolentissimi, 'III' amieissimi :
f"'tIt me tiki & fuisst smptr txittimtt vtlim ,
& futurum tsst confidas. Yalt.
11". Une Dame venait de perdre son fils, elle
reçu de la parc de Madame de Maintenon
la Lettre suivante bien capable d'alléger sa
douleur.
Votre douleur n'a rien qui soit indigne d'u-
ne chrétienne. Il est si naturel de pleurer un
fils sage & bien établi 1 Dieu ne défend point
ces sentimens ; mais prenez garde que vo.
tre douleur ne soit trop forte , & ne vous
fasse murmurer contre la providence : on ,lui
résiste en vain. le vous envoie notre Abbé ;
C 57 >
il vous dira combien je suis touchée de votre
affliction. Il vous dira auffi combien les féli-
cités de ce monde sont peu solides. Ma très-
chère amie , vous ètkt trop heureuse. Dieu
vous veut toute entière pour lui ; il est vrai
que le coup est terrible ; mais il l'a frappé
pour votre bien ; il fait mieux que nous ce
qui nous est avantageux. Ces réflexions sont
tristes ; mais elles sont vraies & convenables
à une ame courageuse , telle que la votre ; à
quoi vous serviraient les progrès que vous
avez faits dans la piété, s'il ne vous soutenaient
aujourd'hui ? C'est dans l'adversité qu'il faut
juger si l'on a une dévotion sincère ; & la
vertu est incertaine tant qu'elle n'est pas éprou.
vée par le malheur. Dieu n'exige pas seulement
le sacrifice de nos inclinations vicieuses , il
veut encore celui de nos sentimens ; 6c de
nos plus chères affections.
12". Dans les Lettres de consolation il faut
iTinterdire toute espèce de plaisanterie, à moins
que le malheur auquel on prend part, ne soit
peu considérable , ou que l'on ne connaisse
que la personne à qui l'on écrit se prête par
caractère à un enjoument léger & délicat.
( 38 )
11. Monsieur le Marquis de Montausier avait
été fait prisonnier en Allemagne; Voiture lui
fit en cette manière son compliment de con-
doléance.
Vous ne seriez pas faché d'être pris , si
vous saviez combien vous êtes plaint. Il y
a sans mentir moins de plaisir d'être à Paris
que d'y être regretté comme vous êtes ; &
les plaintes que font pour vous tant d'hon-
nêtes gens , valent mieux que la plus belle
liberté du monde. Si vous ne pouvez à cette
heure demeurer d'accord de cela ; ( car en
l'état ou vous êtes, vous avez bien la mine
de ne pouvoir entendre raison ) , je vous
ferai compendre ici quelque jour , & avouer
que vous ne devez pas mettre entre vos
malheurs un accident qui vous a fait recevoir
des témoignages de l'affection de tout ce qu'il
y a d'aimable en France. Dans ce sentiment
général de tout le monde, il n'est pas ce me
semble à propos , Monsieur, que je vous dise
à cette heure les miens ; car quelle apparence
y a-t-il que vous me dussiez considérer parmi
des Princesses, des Princes, des Ministres. à
Quand vous aurez songé assés long-temps ?
( 39 )
tontes ces personnes, je vous supplierai très-
humblement de croire qu'il n'y a qui que ce
soit au monde , qui prenne plus de part ;i
toutes vos bonnes & mauvaises fortunes , ni
qui soit avec plus de passion , votre , &c.
14°. Il faut encore éviter dans les Lettres
de condoléance de prendre un ton d'autorité.
Les sentimens de l'ame ne se commandent pas.
On doit enfin prendre garde d'y parler de son
bonheur, ou de celui des autres, Rien n'aigrit
tant la douleur que les réflexions sur la félicité
d'autrui. les ré flux,Ions sur la félicit,.4
LETTRES DE SOLLICITATION.
1°. Il est des choses qu'on peut demander
à tout le monde avec une espèce de con-
fiance , par exemple des conseils, &c. Il en
est d'autres qu'on ne demande qu'avec une
certaine honte, comme de l'argent à emprunter
&c. Les sollicitations des grâces de la première
espèce doivent Ctre simples, naturelles & sans
détour ; celles des objets du second genre
doivent être un peu enveloppées. On com-
mence par peindre vivement les embarras où
(40)
l'on ~se trouve, le* besoins qne l'on éprouve.
On in.inue à la personne dont on sollicite les
bienfaits que l'on compte sur son penchant à
obliger, sur la bonté de son coeur, la sensi-
bilité de son ame. A-t-on eu le bonheur de
lui rendre quelques légers services ? On les
rappelle modestement. Y a-t-il entre nous &
celui dont nous reclamons les bons offices
quelque liaison de parenté , d'intérêt , &c. ?
Nous pourrons en parler. Nous ajouterons que
ce que nous demandons est juste, honnête &c.
Si nous soupçonnons que notre Protecteur
pourra trouver quelqu'inconvcnicnt à nous
accorder ce que nous sollicitons , nous ta-
cherons de lui prouver combien cet incon-
vénient est peu considérable. Nous finirons
toujours notre Lettre en protestant qu'il peut
être assuré que nous aurons pour lui la recon*
naissance la plus vive & la plus invariable.
1°. Ex. Improbum- ( a ) fortassè altit vidt-
bitur, Pmsul tmplissimt, turn à quo tantum
(a) II'uIlre Pf<'<t, il paraîtrait peut être déplacé à
tout Itj't't qu'~ vout de fatiguer par de nouvelles
sollicitations, celui qui a yer" lilt moi plus dt Men-
( 41 )
fa:tfi,;",um acceperim , quantum ne sperare
quidem unquam sum ausus , rursùm novis pre-
cbui ~sollicitare. At ego ingenui , minimèque
ingrati animi existimo, cut multiim debeas , ei
plurimùm ",'dle debere, Cui enim extremas for-
tunarum me arum partes potiùs, acceptas ferre
cupidrn , quam ei ipsi cut primas , cut medias
~debeo? Quid cnim Lucius esset, nisi te tamquam
numen quoddim propitium nactus esset? Til
me ~pucrum , ob nescio quam in me virttttis
indo/em, ~prærtereà fortassè, quòd putabas meat
Litteras tibi aliquandò vel usui , vel ornamento
futuras ( quam winam de me vel existimationem,
faits que je n'cusse jamais osé l'espérer. Mais je crois
qu'il est d'une ame bien nee, & qui n'est pas ingrate
d'aimttr a devoir ininiment à quelqu'uo à qui dejfc
l'on duit beaucoup. Ne convient-il pas mieux que je
sois rcdevable du comble de ma fortune à celui-la
seul, qui I'a commencée fit accrue ? Que serait en effet
Lucius, s'il n'eut en quelque sorte trouvé dans vous
une divinité propice? J étais enfant, vous me ~prites sous
votre protection , parceque vous crûtes entreroir en
moi quelqu'indination vers Ie bien , peut - être même
parceque vous imaginates qu'un jour mes talens vous
seraient utiles ou honnorablet. ( Et plut à Dieu que je
n'aie trompé ni votre bonne opinion ni vctre espoir. )
Devenu une fois mon protecteur, vous n'nez jttrrais
cessé de me favoriser, de me donner des secours &
( 41 )
'tel expectationem non omni tx parte videar
~fefellisse) adoptati. Nec semel complexus, un-
quam fovtre , juvare , ornare destitisti. Itaque
si quid hodii in me vel ~virtutis , vel bonarum
litterarum, vel dignitatis esse putatur, id omne
turn debeo muniifcentiat. Sed duo mihi restare
videntur, ut & tu opus tuum pulcherrimè cap-
turn perficias : & ego efjidam , ne nullum tan-
torum in me beneficiorum fructum ex me cepisse
videaris. Quod utrumque ut fiat, & ego maxi-
moptri cupio , ë" tibi in manu est. Eddem opera
& tu mi alumnum beaveris , Cf to in loco col to*
-
du relief. Si done aujourdhui l'on croit trouver en
moi quelques vertus, quelque talent , si je jouis de
quelque considération, je le dois tout à votre munis-
ficence. Mais deux choies rettent encore à faire : la
premiere que vous consommiez l'ouvrage que vous
avez si ho.iorablement commence , la seconde que je
prenne garde que de ti grands hienfaits ne soient pas
totalement perdus pour vous. J'y porterai tout mon
xfcle & tous mes soins. Le rcste dépend entièrement
de vous; si vous Ie voulez, vous ferez tout à la fois
un heureux , & vous mettrez votre protégé à même
de pouvoir vous être plus souvent utile.
Vous SIvel qu'après avoir péniblement consacrl plu-
sieurs années aux Etudes Théologiques, je dois , Ie
prémier May prochain , être honort du bonnet de
Docteur ; NON DOUVtl état, vous M l'ignorez pas non
( 43 )
~cavens , quo ~multis in rebus tibi usul tsse possirtti
Post ~diuturnosu1, ut scis , in litteris Theologicis
txhaustos labores, ad Calendas Maias Theologicâ
laureâ sum insigniendus: quam quidem profes-
sionem paulò splendidius vitæ genu: decere, non
ignoras. Prætereà, quoniam hactenùs amplitudini
lutl sumptui tantum fui , etquum est , ut ali-
quandd sim fr usui, & ~dignitati. Jam verb hoc
ipso tempore vacat prapos'tura Coricthiensis, non
maxima quidem illa , sed meo consiiio commo-
dissima : turn qtlòd 6* in tuá sit pauid, & à mttÎ
non ita multum absίt. Habebis , qui tuorum ;
plm , exigera que je mène un genre λe vie plus hono-
rable. D'ailleurs après avoir Ité jusqu'ici toujour* à la
charge de votre Grandeur , il en juste qu'enfin je lui
sois de quelque utilité, & que je lui fane honneur.
Dans ce motnent ci la Prévôté de Corinthe est va-
cante ; le Bénéfice, il est vrai, n'est pas trop opulent,
mais à mon avis, it est vhs à ma portée : situé dans
votre Patrie il n'est pas fort 41Vij»n £ de la mienne.
Vous aurez dans ces cantons quelq un qui aura pour
vos intérêts le mfme icle que po-ir les siens; d'un autre
cftti s'il m'en revient jamais quelque gloire , elle réjail-
lira toute entière sur vout seul, à qui encore une foil
jc dois tout ce q". je mis. Je sais combien sont redou-
tables les compétiteurs que j'aurai, comb,en ils méritent
peu cette digniti, combien il nous haïssent tous deux.
Mais rien ne m'épouvante , pourvû que veut daigniez
( 44)
tuaque illic negotia perindè curæ sit hahiturus, ac
si propria forent. Pratereà quicquid unquam dig-
nitatis mihi accessurum est, id in tuam unius glo-
riam accesserit , cui semel me dtbeo , quantus
sum. Arec me latet , quàm potentes sim compc-
titores habiturus , quàm hoc honore indignos ,
quarn utrique nostrû", malevolentes. Nillll me
terret, modò tu lit/is, qui UnllS plus ctlftris om-
nitus potes patrocinari. Quid enim tu audeas à
principe petere , quod ille cunctetur praitart ?
Quart si me non temerè adoptasti : si quâ un-
quam ex parte tuo de me judicio respondi : si
me virum gratum existimas , fac ut hæc prcepo-
employer en ma faveur votre credit : il est plus
grand que cclui de qui que ce toit. Car qu'osériez vous
emanaer au Prince qu'il hésiste de vous accorder ?
Ccst pourquoi si vous ne m'avez pas jusqu'ici indiscret-
ttment protigd , si j'ai tant soit peu ripondu 1 la bonne
opinion que vous aviez de moi, si vous jugei que je sais
4tre reconnaissant , faitcs que j'obtieane cette Prlvðtl.
Mes solicitations seraient & plus vives & plus longues,
si je ne craignais piraître me défier de votre bienveil-
lance, après en avoir éprouvé l'infatigable activity En
revanche je ferai tous mes efforts pour ire п.oa·гeг
digne de cette Prélature ; afin que vous ne vous rcpentiei
pas de ce nouveau bienfait , & que vous liriez quel que
fruit de ceux qui font précédés, Je suis, die.
( 45 )
situra ".ilzi tribuatur. Id ego abs te ~& diligen-
tiùs , ~& pluribus verbis contenderem, nisi veterer
tie de tuâ humanitate , quam ego semper in me
propensissimam sum expertus , diffidere viderer.
Ego vitissim modis omnibus enitar , it a me eo
honore dignum prastart , ut neque te novi hujus
in me muneris pænittat , & vettrum tuorum ergà
mt benefitiorum fructum aliquem percipias. l'ale.
3°. M. de Rabutin , Comte de Bussi, exilé
par Louis XIV, & ne pouvant obtenir son rappel,
sollicite en ces termes les bienfaits du Monarque
pour ses enfans.
S I R E ,
Depuis douze ans que j'ai eu le malheur de dé-
plaire à V. M. & d'en être éloigné, je l'ai plusieurs
fois trèsjhumblement suppliée de me permettre
de me rapprocher d'elle ; mais elle ne m'en a
pas encore jugé digne. Cependant , SIR E ,
elle trouvera bon que je lui dise que j'ai tou-
jours ce que j'avais de bon avant ma disgrâce,
& que l'âge & l'a d vers ité m'ont ôté ce que
j'avais de mauvais. Après cela , SIRE, si
Votre Majesté ne trouve pas encore à propos
de me rapeller , & de se servir de moi , je
la supplie très-humblement de se souvenir de
( 46 )
mes enfans ; & de faire quelque chose pour
eux. L'aîné a servi cette campagne d'Aide de
Camp , & fut pris à la retraite du Prince
d'Orange. Je viens de payer sa rançon. J'ai
perdu le Marquis de Coligni mon beau fils à
Condé. Je tiens mon bien , la liberté , & la
vie de mes enfans bien employés au service
de Votre Majesté : S i R F. Mais ayez pitié de
ma maison, s'il vous plaît, en considération de
mes services , desquels je supplie très-hum-
blement Votre Majesté de se souvenir dans
la distribution des bénéfices pour l'Abbaïe de
la Victoire. Je ne ferais pas une pareille de-
mande à Votre Majesté avec tant de confiancc
que je la fais , si je ne savais qu'avec une
justice non pratiquée jusqu'à présent , vous
faites payer les appointeniens des Officiers en
meme temps que vous chânez leur mauvaise
conduite. Cela fait bien voir que Votre
Majesté en veut au crime, & non pas au
criminel. Regardez donc mes services avec
quelque bonté , SI R E , dans le temps que
vous punissez mes fautes , & en attendant
que votre Majesté me les pardonne tout-à-
fait , je continuerai de parler de vous à la
( 47 )
postérité d'une manière qui l'obligera de Wij
coûter un jour, peut-être préfèrablement à
tout autre de mon siècle. Si votre Majesté
voulait , je la servirais , non pas plus avan-
tageusement pour elle 9 mais plus honorable*
ment pour moi , en la servant dans ma pro*
fession. Vous êtes le Maître, S I R E , & je
suis avec un cœur que vous aimeriez assuré-
ment, si vous le connoissiez, &c.
4°. Lorsque celui dont nous sollicitons les
bons offices est notre égal, ou si même élevé
au-dessus de nous il nous honore de sa fami-
liarité , nous pourrons lui écrire sur un ton
badin. La plaisanterie maniée avec délicatesse
est une bonne recommandation. C'est ainsi que
Voiture écrit à un de ses amis.
MONSIEUR,
Sachant combien vous aimez les Procès, 81
combien vous m'aimez aussi, je crois que je
vous ferai une prière qui ne vous sera pu
désagréable, en vous suppliant de tout mon
coeur , de vouloir prendre la peine de voua
instruire de t'amtire de ma soeur, de l'aider de
votre conseil, & de l'assister de votre crédit.
le vous l'adresse comme à un des hommes du
( 48 )
monde à qui je me confie le plus , & qui
peut la conseiller le mieux en cette occasion.
Je crois que Madame de Rambouillet ne vous
refusera pas de solliciter pour vous & pour
el!e. ( Car je fais déjà votre affaire de la
sienne ), & si vous la prenez à cœur, comme
je l'espère , je ne doute pas qu'elle n'en ait
toute l'issue qu'elle peut désirer. En récom-
pense, je vous promets. que je vous don-
nerai la première Chapelle qui sera à ma no
mination. Car vous dire que cette obligation
augmentera la passion que j'ai de vous servir,
ce serait vous tromper; puisqu'il est vrai qu'il y
a déjà long-temps que je suis autant qu'il se peut,
MONSIEUR,
Votre, &c.
LETTRES DE RECOMMANDATION.
1°. Ces Lettres sont des espèces de sollici-
tations. Celui qui les écrit doit y développer
la légitimité, la force, la multiplicité des rai-
sons qui l'obligent d'écrire en faveur de son
protégé. Il dira ou qu'il en a reçu des services
nombreux ; ou qu'il est son ami, son parent,
son compatriote , &c. ; qu'il est modeste ,
honnete
( 49 )
D
honnête , instruit , homme de bien , fort
recommandable par les qualités de l'esprit &
du cœur, &c., qu'il est plein d'estime , de
vénération pour la personne à qui l'on écrit,
qu'il désire son amitié , &c. On ajoutera que
ce qu'on demande pour lui est juste , de nature
à être aisément accordé, qu'en lui rendant le
service qu'on reclame, on acquerrera sur deux
cœurs le plus grand droit à une reconnais-
sance vive, éternelle, &c.
2°. Pline voulant recommander son affranchi
Zozime à Paulin, emploie une partie de ces
raisons,
Video (a) quàm molllur tuos habeas , quò
simplicius ti6i confitebor , quâ indulgentiâ meos
tracttm. Est mihi semper in animo Homtricum
Mud, Pater qui mitis erat , ~& hoc nostrum ,
pater familia. Quod si cssem naturâ asperior ,
( a ) Ie .ais avec quelle bonti vcus traitei voi gen. t
t'ett ce qui me fera avouer avec plus de franchise
ma douceur pour Ie, miens. J'ai toujours dans l'esprit
ce Vers d'Homère.
Il avait pour tts gens unt douceur de Pire.
Et je n'oublie point le nom de Père de famille , que
panni nom on donne aux maitres. Mail fus:aí- is
C 5° )
6* durior frangeret me tamtll infirmitas liberti tttcl
Zozimi : cui tanrò major humanitas exhibendd
'31, quantò nunc utilior humanitas agroto. Est
homo probus , officioius , litttratus , ~& ars fui.
den ejus , ~6* quasi inscriptio comædus , in qud
piurimum facit. Sam pronuntiat acriter , sapien-
ter , dpre , decenter, etiam utitur citharâ ptriti
ultra quam comædo nectsse est. Idem tam com-
modi 6* orationes , ~6* historias , ð- carmina le-
git, ut hoc solum didicisse videatur. HiZC tibi
sedulò txposui , quò mAlis seires , quàm multa
naturellement moins humain & plus dur , je serais
touché de ritat d'infirmité ou se trouve mon affran-
chi Zozime. Je dois lui montrer d'autant plus da
compassion qu'e le est plus nécessaire a un malade. Cett
un homme de bien , offideux, cu'tivé , excellent acteur ,
& c't:.t la sa profession , & en quslque torte ton emptoi
distinctif. Car il.t!tcl.une avec beaucoup de force, de
ju*'e«se, de naiveté & de griUe. 11 joue même (t.
la Lyre mievx qu'il ne Ie faut pour un Comfdien.
Le rr.<"rne homme lit des Harangues, des Histoircs ~&
des Vers si bien qu'on croirait qu'il n'a jamais fait
ai ue chose. Je vous ai soigneusement f.it ce detail
pour qui vous sachiez mieux combien lOnt nombreux ,
& combien sont agréables les services que cet homme
seul n:<, rend. Ajoutei a cela l'ancienne amiti6 que j'ai
pour lui , & que son état critique a augmentée. Car
naturellement rien ne donne plus d'ardeur fic de viva-
ci;* a none tendresse que la craintc de perdte (I
( 51 )
D ij
Unus mlht , 60 quam jucunda ministeria ',:IS'
laret. Acccdi't longa jam charitas hominis, quam
lpJII ptricula all.'t:trrmt. Est enim nalurâ compa-
ratum , ut nihil æquè amorem incitet , ~& ac-
'elm/at, quàm ~caendi metus , quem ego pro hoc
Hon scmel patior. Sam and aliquot annos , dllm
intend , instanterque pronunciu , sanguinem
ttjecit, at que ob hoc in Ægyptum missus à me ,
post longam peregrinationem confirmatus , rediit
nuper : deindè dum pe, continuos dies repara-
qu'on aime, & cette crainte je ne l'éprouve pa* pour
1* premiere fois. Car il y a quelques a<;nirs que dé.
clamant avec contention & avec véhémence , tout à
coup il crachat Ie tang. C'eit pourquoi je l'envoyai en
Egypte. Ritabli aprfcs un long séjour , it est rC't.U
depuis peu. Mail ayant voulu forcer sa voix plusieurs
jours de suite, une petite toux lui annonça son ancienne
malidie , bientdt le sang repa'ut. Ai si j'ai r<»«o'u de
l'envoyer dans vos biens du Frioul. Je me souviens tie
vous avoir souvent entendu dire que l'air y est fort
sain , & Ie lait excellent pour ces maladies. Je
vous prie done d'écrite à vos gens de l'accceuillir dans
votre maison , & de lui donrer tout ce qui lui sera
nécessaire ; cela n'ira pai loin ; car il est ti sobre, si
reservé , que sa ftugaUt £ '»i fait non seulement refuser
lei douceurs qu'un malade peut demander , mail se
priver encore de te qui lui est indispensable. Pour
faire son voyage je lui donnerai seulement ce qu'il faut
a un homme , & qui est frugal , & qui va chex
yous. Adieu.
( 52 )
fur tlOC;, veteris infirmitatis tussiculâ admoni-
tus , rUriÙJ sanguinem ~riddiJit. Qua ex causâ
destinavi cum mitten in ~prædia tua , quct Forojulii
pOJJÎJtJ. siudivi emm te sapè referentem , tat
ibi ~& ,lirtm sulubiem , ~& lac hujusmodi cura-
tionibus accommodatissimum. Hogo trgb scribas
tuis , ut illi villa , ut domus pattat. Offerant
etiam sumptibus ejus , si quid opus erit , ~fit
auutu opus modico. Est enim parcus ~& conti-
ntns , ut non solùm delicias , verùm etiam ne-
cessitates valetudinis frugalitate restringat. Ego
profici scenti tan turn viatici daho, quantùm suf-
ficit ~& moderato , ~& tlllIl; in tua. Vale.
3°. Madame la Marquise de Simiane, petite
fille de Madame de Sévigné recommande en
ces termes à l'un de ses amis un ancien dômes*
tique de sa maison.
Vous avez un bon cœur, Monsieur; vous
avez des entrailles : vous savez ce que c'est
qu'un vieux & ancien domestique d'un Père
& d'une More tendrement aimés. Voilà un
pauvre Vieillard affligé que je vous présente.
11 n'çtoit pas domestique , mais excellent
sculpteur , qui a travaillé toute sa vie aux
Chatuux de Giignan & de la Garde. L'càt
( « ) - -
M ouvrier qui a été admirable , & de pair
avec les plus fameux. Il travaille encore à qua-
tre-vingts ans qu'il possède ; au surplus boif
& honnête homme. Ce misérable Père a un
fils qui le soulagerait dans sa vieillesse ; il .'at
avisé de Jonner un soufflet à son sergent , le
voilà aux galères pour sa vie. Il est venu à
moi tout en larmes ; je lui ai dit toute l'im-
possibilité de ravoir ce fils ; il le sait. Il m'a mon-
tré cette Lettre que je vous envoie de Monsieur
l'Abbé de Su se Aumônier du Roi. Je vous
conjure, Monsieur , de vouloir accueillir cha-
ritablement & cordialement ce pauvre homme :
cela le consolera. Dites-lui que vous lui ac-
cordez votre protection ; & puis dans la suite
nous verrons s'il y aurait quelque moyen de
l, servir réellement. Il sera content de cela ,
& vous me ferez un sensible plaisir. Quand
je vois un vieux bon homme , que j'ai vu
toute ma vie chez mon Père, que je le vois
fondre en larmes devant son portrait; je vous
avoue que, s'il me demandait mon bien , je
crois que ie lé lui donnerais ; & je vous avertit
que je vous fatiguerai beaucoup au sujet de
ce fils galérien. Prenez courage , & armez
vous de patience.

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