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Traité sur les toiles peintes, dans lequel on voit la manière dont on les fabrique aux Indes et en Europe . On y trouvera le secret du bleu d'Angleterre... On y a joint encore le procédé... pour noyer ou adoucir les ombres... par M. Q***

De
111 pages
Barrois (Paris). 1760. 111 p. ; in-12.
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TRAITE
S'TU R L E S
TOILES PEINTES,
DANS LEQUEL ON VOIT
la maniere dont on les fabrique aux
Indes, & en Europe.
Ony trouvera le fecret du Bleu <V Angleterre
de bon teint apfliquable jur la Toile
avec la Planche ou avec le Pinceau.
On y a joint encore le procedé qu'il faut
tenir pour noyer ou adoucir les «Ombres
foit pour les Fleurs ou pour les Draperies
chofe nouvelle & qu'on croyait inv-
poflible.
Par M. Q*
A AMSTERDAM,
Et fe trouve a P ARI s
Chez Barrois, Quai des Auguftins
près du Pont faint Michel.
M. D C C. L X.
A--i]||
AVANT-PROPOS,
.Et avis important pour FArtijïe,
CE Traité fur la manière d'im-
primer ou teindre les Toiles peut
être regardé comme un guide
afïïiré très exaci pour ceux qui'
voudront apprendre cet Arc, ou
s'y perfectionner.
Les pratiques que feu M. Du-
fay m'avoit communiquées n'é-
tant point fuffifamment détaiilées
pour pouvoir opérer à coup fur,
j'ai été obligé de faire différentes
opérations, dont ceux qui prati-
quent pourront tirer des lumieres
tendances à la perfection de l'art,
ôc dont ceux qui s'en tiennent à
la théorie s'amuferont agréable-
ment c'eft le but que je me fuis
propofé dans cet Ouvrage.
Mon projet àvôfc'.éçé/4'abord
dé ne donner au Public^que la
4 AVANT-PROPOS.
maniere de peindre fur la Toile
avec toutes les couleurs imagina-
bles, foit avec le pinceau, foit avec
les planches & contre-planches,
fans y joindre le fecret du Bleu
d'Angleterre à froid de bon teint,
appliquable avec le ou
avec la planche. Je me propofois
de ne donner que la manière de
faire la cuve d'Indigo; je ne comp-
rois pas non-plus donner au Public
celle d'adoucir Sç noyer les ombres
du côté des parties qui doivent
leur être oppofées proccdé in-
connu jufqu'à ce jour mais un
bon Patriote doit moins préférer
fon intérêt, que celui du Public
car Tunique défaut que je con-
noitle aux belles Toiles Peintes,
qui fe fabriquent tant aux Indes
qu'en Europe eft que les ombres
ou nuances des couleurs tranchent
toujours & ne font point a iou-
cics l'éclat d.es couleurs la beau-
té des dciluns «Se la fineiîè de la
AVANT-PROPOS. 5
Toile en font le mér ite. Si ces
mêmes couleurs étoient noyées Se
adoucies vers les parties clair es
cet arc feroit pour ainii dire à fa
perfection. Ce font-là les rairons.
qui m'ont en publier
le procédé qui, du premier coup
d'œil paraîtra peu de choie en
lui-même; mais .que je n'ai pu ac-
quérir qu'après bien des expérien-
ces infructueufes. En fuivant fil;
pratique, l'on pourra faire fur la
Toile non point uniquement des
Fleurs & des Oi féaux mais auffi
des Figures avec leurs draperies au
naturel, des Bâti mens ornés d'ar-
chitecture s des arbres &cc. qui
imiteront très bien la. Peinture
mais dont les couleurs feront
bien plus vives. On peut s'afl tirer
de cette vérité u* on veut Cc don-
ner la peine d'aller chez Madame
la MarquifedeFervaques à Paris,
à qui j'ai fait une Tapiilerie de
Toile Peinte, de onze pieds de
6 AVANT-PROPOS.
hauteur, repréfentant un Jardin
où le Roi de la Chine eft placé
tous un beau Pavillon entouré
de fcs Gardes 3 &c. Ce Jardiner
décoré de Vafes remplis de Fleurs
de toute cfpece. On y voit encore
des arcs de triomphe, des porti-
ques & des cabinets dont l'ar-
chiteâure eft allez bien rendue;
des Oifeaux en ornent le Ciel
les Figures ont environ trois pieds
& demi de hauteur. Cette Picce
de Toile Peinte mérite d'être vue
des Connoiflcurs ils favent la dif-
ficulté qu'il y a dans l'exécution
d'un pareil Ouvrage. Venons -en
donc à la pratique. Lorfque vous
aurez pafle avec la plume le pre-
mier trait, noir ou rouge pouf
contourner les feuil les les fleurs.
•&c. fur la Toile préparée comme
on le verra au fécond chapitre
de ce Traité &: qu'on voudra ap-
pliquer avec le pinceau ( page 48 )
le mordant rouge ohfcur pour
AVANT-PROPOS. 7
A iv
faire les .ombrés des fleurs des
Draperies ( lequel mordant
rouge; ôbfcur doit fervir à ombrer
les parties rouge, les violettes^
les pourpres ̃& celles que vous
voudrez faire fouci ou couleur
d'œillet d'Inde, (U.c. car le fond
de cette dernière couleur doit être
rouge clair le jaune y étant a'ppli*-
que par déplus, après que la Toile
a reçu le deuxième garançage > ces
deux couleurs enfemble feront la
couleur fouci ) avant dis- je
d'appliquer, le mordant rouge obf-
cur il; faudra mettre dans une
fous. coupe ou dans un autre
petit vafe une certaine quantité
de ce mordant p-o'mmé, & y mê-
1er un quart d'eau *de fontaine.
Ayez un pinceau de ceux dont
on fe fért pour laver ou donner
à: l'encre, de la Chine; coupez-le
avec des cifeaux, afin de le rendre
plus rude pafTez avec un autre
pinceau qui ne foit point coupé, du
8 AVANT-PROPOS.
mordant rouge obfcur, à Téndroïc
de la Fleurs ou de'la Draperie, Sec.
qui doit paroître dans l'ombre
mais n'en parlez à la fois qu'au-
tant qu'il en fera befoin afin de
ne lui pas donner le teins de lécher
avant d'avoir exécuté ce qui fuit.
Prenez uu nouveau pinceau
appliquez du mordant de la fous-
coupe, moitié fur Je premier mor-
daut non mitigé, & moitié fur- la
Toile c'eft à dire que votre coup
de pinceau porte moitié fur le
.premier mordant &. moitié fur la
Toile du côté ou vous voulez qu'il
foit adouci noyez ce dernier mor-
dant mitigé avec le premier, en
frottant avec le même pinceau
prenez proniptement le pinceau
rude & a fec, frottez- en fort; l'ex-
trémité du mordant mitigé afin
de le noyer en l'étendant fur la
Toile du côté oppofé à l'ombre.
En fuivant cette pratique dont le
grand ufage facilitera l'exécution
AVANT. PROPOS. 9

A v
on verra apres le premier garen-
çage, que les ombres fe termine-
ront en -mourant du côté qu'oui
aura exécuté ce procédé.
Après cela il ne s'agira que de
palier a plat on pour mieux m ex-
pliquer, de laver avec les. ancres
mordans les Fleurs les Draperies
qu'on aura entrepris d'exécuter.
Pour les carnations, on fe fer-
vira de la couleur mitigée lors-
qu'on voudra que les ombres
foient plus fortes on pourra fui-
vre la même méthode pour adou-
cir le -noir de ferraille avec lequel
on pourra les rembrunir autant
qu'on le jugera à fropos en le
mitigeant avec de eau mais an
lieu de n'y mêler qu'un qnarx
d'eau, il faudra y en mettre au-
tant que du noir de ferraille Se
même plus cette couleur étoic
bien forte l'eau ou noir
de ferraille agit plus promptement
que les autres mordans fur la Toile
ïo AVANT-PROPOS,
préparée. On obfervera dans ce
cas de n'appliquer le rouge obf-
cur, qu'après y avoir pafTé les om-
bres faites avec le noir de ferraille
Tout ceci doit être exécuté avec
une grande attention & beaucoup
de promptitude afin dé ne donner
pas le tems aux mordans qu'on
veut adoucir, de fecher ni même
de trop pénétrer la Toile c'effc
pour cette raifon qu'on n'y procé-
dera que par petites parties.
On trouvera dans le troicieme
chapitre de ce Traité la manière
de faire le Bleu de bon teint ap-
pliquable à froid au pinceau 8t à la
planche je le donne de deux ma-
nières.
M. Dufay a eu la bonté de me
donner la maniere dont on fabri-
que la Toile Peinte aux Indes
M. de Beaulieu, Officier de Ma-
rine, en avoit fait la recherche fur
les lieux & lui en avoir fait part.
A vj
T RAI T
SUR LES
TOILES PEINTES.
CHAPITRE PREMIER.
.De la manrere dont la Toiles Peinte
Je fabrique aux Indes.
EN donnant ici les Principes àe
cet Arc, je ne douce pas qu'il n'en
réfnlte quelque utilité lorfque les
PKydciens <k même les Artifans
voudront s'y appliquer car les faits
que nous allons leur apprendre
pourront les conduire à quelques
découvertes plus importances je
ne puis oublier que c'en: l'étude
12 T K^-À 1.' T E
de cet Art qui m'a mené à teinter
des recherches &C fi j'ai été allez
heureux pour que ces recherche
aient produit quelque effet utile
attendre quelque chofe de mieux
des gens plus, habiles que moi
qui trouveront la matière pour
ainfi dire dégroffie & qui dès
le premier abord feront au point
où je ne fuis parvenu qu'après plu-
fieurs années d'un rravail aiïîdit
& pénible ? Je vais donc décrire
exactement toutes les opérations
que j'ai faires & de l'afîemblage
de ces opérations réfultera toute
la pratique d'un Art très curieux 9
très amufant & dans lequel le
Phviicien peut trouver de grands
iujecs de méditation mais avant
on ne fera pas fâché de trouver
ici la manière dont on fabrique les
Toiles Peintes au.x Indes»
M. de Beaulieu que 'a vois (a)
(a) C'eft M. Dufay qui parle»
sur LES TOILES Peintes. 13
prié de s'informer de tous ce qui
concerne la fabrique des Toiles:
Peintes s'en eft acquitté avec
beaucoup d'exactitude & d'intel-
licence il a fait peindre devant
lui une pièce de Toile & non-
feulement il a décrit tout le tra-
vail avec la plus Scrupuleuse exac-
titude mais après chaque opé-
ration 5 il a coupé un morceau de
la pièce de Toile qci'il a rap-
porte des échantillons de
toutes les matières qui entrent
dans les diverfes opérations je
vais rendre compte de ce détail.
M. de Beaulieu s'eft donné la pei-
ne depuis fon retour ici, d'exé-
cuter devant moi ce même pro-
c edé avec les matières qu'il avoit
rapportées & il a parfaitement
réiuli aind on peut être a duré
de .l'exactitude de ce que je vais
rapporter..
L'Ouvrier dont s'eft fervi-M. de
Beaulieu à Pont dichery a pris £x
14 T r a i"t i
aunes de Toiles de cocon crue
qu'il a fait blanchir fur le pré
fans y mettre de chaux ni d'eau
de ris comme cela Ce pratique
pour les Toiles qui ne font pas
deftinées à être peintes. Lorsqu'elle
a été blanchie, il a pilé dans un
mortier trente grains de Cadon-
ca, qui font nos Mirabolans ci-
trins la dote de cinq par aune
de Toile; il lésa délayes & bien
mêlés dans quatre pintes <#eau il
a paffé par un linge cette eau
dans laquelle il a trempé &c bien
frotté la Toile & l'y a laifTée in-
fufer pendant la nuit.
Le lendemain matin il a mis
le vafe qui contenoit la Toile Se
la liqueur fur le feu ôc l'y a laine
bouillir pendant une bonne demie
heure puis il l'a retirée 6c laiflee
refroidir après quoi il l'a frottée
6c battue fur un billot de bois;
enfin il l'a lavée dans l'eau froide
ôc clair e & l'a fait fecher.
sur LES TOILES PEINTES. if
Il a pilé de nouveau trente Mi-
rabolans qu'il a arrofés d'un peu
d'eau en les pilant & les ayant
réduits en conliftance de pâte il
les a délayés avec deux ferres de
lait de bufle. On fe fouviendra que
la fifre efl une mefurc qui contient
neuf onces d'huile de Gengely qui
ejt fans erreur jenjible de même
pejanteur que l'huile de lLn. L'Ou-
vrier pana. enfuiite cette compo-
fîtion par un linge & délaya les
parties de Miraboian qui étaient.
reftées fur le linge avec trois
ferres d'eau qu'il mêla avec les
deux ferres de lait. ( Nous nous
nous fommes fervis en faifant
cette opération ci de lait de
vache qui a fait le même effet
que celui de bufle ].
Après avoir fait fecher la Toi-
.le comme nous l'avons dit il l'a
lavée dans ce mélange èc l'ayant
frottée, exprimée & relavée trois
fois il l'a battue ôc fait fécher,
ï6 Traite
elle eft devenue, étant fcche, d'une
couleur de citron on peu fale, l'Ou-
vrier l'a battue alors fur un billot
de bois très dur & poli, avec des
pilons. d'environ quinze pouces de
long dont le gros bout en a.
fîx ou fept de di a mettre il a en-
fuite étendu la Toile. fur une ta.-
ble Ôc l'a poncée avec du char-
bon pilé.
Il a,entouré d'écorce ou de pail-
Je de ris bien feche une livre de
pierres appelées pierres brûlées
( elles font vitrioliques ) il a jette
defîlis quelques charbons ardens y
le feu a pris à l'éeorce de ris &
a duré pendant près de deux heu-
res. Après qu'il a été éteint 8c
que les pierres ont été refroidies.
il les a mifes dans deux ferres de
Chouris ( c'cft la liqueur qui fort
par incifion des Cocotiers ) .8c
les y a laiflees pendant trois l'ours
les expofant au foleil pendant le
jour. àc les couvrant pendant la
SUR LES Toiles PEINTES. 17
nuit. Nous avons mis ici ces mê-
mes pierres dans de l'eau., & elles
ont fait, un effet tour. pareil la
liqueur de ferraille, dont je par-
lerai ailleurs fait aufîi la même
chofe. L'Ouvrier a tracé avec cette.
liqueur tous les traits qu'il avoit
poncés fur la Toiles dans les en-
droits qui dévoient être bleus s
verds ou violets.
Il a fait bouillir quatre onces
de bois de Japon ( qui eft le mê-
me peu-près que notre bois de
Brefil ou.Fernambouc) dans u ne
ferre d'eau 9 jufqu'à réduction de
moitié y èc en retirant cette li-
queur de deîTus le feu il y a jet-
té une once d'alun en poudre.
C'eftavec cette liqueur qu'il a tra-
ce les contours de tout ce qui de-
voit être rouge ou jaune dans la
Toile. Il s'eft aufïi fervi de ces
deux liqueurs, pour ombrer par
des hachures tout ce qui devoit
erre tant en. rouge qu'en noir
îS T & A I T E
car il faut observer que Pinftrfïdti
des pierres vitriol iques devient
woire'furja Toile préparée avec
le Mirabolan, Il fe fervok pour
former Ces traits d'une efpece de
plume faite de deux petites lames
de rofeau appliquées l'une contre'
l'autre 3 Se attachée un petit
manche de îagrofîèur d'une plume
ordinaire.
Après cette préparation M. de
eauheu a coupe une demie aune
de cette Toile qu'il m'a apportée,
,&c que je conferve en cet état
elle efl jaunâtre comme je J'ai
déjà dit; les contours & les o1'n-
bres des tiges des feuilles ou de
quelques fleurs font noirs èc ceux
des autres fleurs font d'un rouge
pâle & afîez désagréable; mais orf
verra bien-rot que ce rouge ne d-c-
meure pas ,.& qu'il ne fert que de
préparation a l'autre.
L'Ouvriera lavé cnfuite la Toi-
le dans l'eau & l'a fait bêcher à
SUR LES Toiles Peintes. 19
moitié il a pilé une livre Se demie
de rais de Chaye dont nous avons
par lé & l'ayant bien pulvérifée
il l'a mis dans fix pintes d'eau il a.
plongé dans ce mélange la Toile
qui étoit encore un peu humide
Se l'a fait bouillir pendant deux
heures ayant attention de remuer
fouvent la Toile il a retire le vafe
de deiïùs le feu & a laifîé la Toile
dans ce bain j jufqu'à ce qu'il fûc
refroidi après quoi il l'a retirée
l'â lavée dans l'eau fraîche, & l'a
fait [('cher. M. de Beaulieu a cou-
pé alors une féconde demie aune
de la Toile pour la conferver en
cet état. Le fond en un peu plus
gris &C plus obfcur que celui du
premier morceau les traits noirs
le font beaucoup davantage Se
ceux qui après la première opéra-
tion étoient d'un rouge pâle font
d'un rouge très foncé &. affez
vif.
Pour faire perdre au fond de la
10 Traité
Toile la couleur fale qu'elle avoir
contraftée par l'opération que
nous venons de voir il a délayé
trois livres de fiente de Cabri dans
huit pintes d'eau une heure après
il a mis la Toile dans ce mélange
Se l'y a laiflee toute la nuit le
lendemain matin il l'a bien expri-
mée 6c l'a étendue fur le bord
d'un étang; il jettoit de tems en
tems de l'eau delFus pour l'encre-*
tenir humide le foir il la mie
tremper dans ce même mélange
de fiente de Cabri & d'eau dans
lequel il l'avoit mife la veille, &C
l'y laina pendant la nuit; le len-
demain il la remit fur le bord de
l'étang &: continua les même
opérations le jour fuivant \(i ce
n'efl que le foir de ce dernier
jour il la lava bien dans l'étang,
& la ne fecher entièrement.
M. de Beaulieu en a confervé
un troisième morceau dans cet
état il eft en tout fcmblable au
SUR LES Toiles Peintes, il
précédent fi ce n'eft que le fond
f en en: prefque blanc n'ayant
qu'un petit œil jaunâtre en quel-
I ques endroits & que le rouge en
eft un peu plus vif.
La Toile étant fechée il l'a
i lavée dans une eau de ris très clai-
j re l'a fait fecher & l'a battue
j fur le même billot poli dont nous
j avons parlé, & l'a étendue fur une
1 table. Il a tracé avec de la cire
f fondue les petits traits ou ombres
qui fervent à panacher les fleurs
deftinées a être bleues ou verres.
Cette cire empêche la couleur
bleue de prendre dans ces en-
droits, qui par conféquent de-
meurent blancs & font les refer-
ves blanéhes qu'on voit dans les
Toiles des Indes & oui font
quelquefois d'une délicatefïè ex-
trême. L'Ouvrier fe fervoit, pour
former ces traits, d'une efpcee de
plume compofée de deux fils de.
fer aj uftés à un petit manche de
il TRAITE
bois avec des bandes de Toile de
coton qui forment en cet en-
droit un petit tampon en forme
d'olive de près d'un pouce de
diamettre 3 de l'extrémité inférieu-
re duquel fortent les deux petits
bouts de fîl-de-fer. Nous verrons
dans la fuite l'ufage de ce tam-
pon. M. de Beaulieu a rapporté
plufleurs de ces plumes, ainfi que
des autres dont j'ai déja parlé &£
une quatrième demie aune de la
Toile après cette derniere opéra-
tion elle n'en: point différente
de la précédente fi ce n'en: qu'en
regardant avec attention ou àtra-,
vers le jour on appercoit ces pe-
tits traits de cire.
L'Ouvrier s'en: enfuîte fervi de
la même plume de fer pour en-
tourer de cire fondue toutes les
fleurs ,.feuilles 6c tiges qui doivent
-être bleues ou vertes après quoi
il a enduit de la même cire tout
le fond de la Toile en entier
SUR LES TOILES PEINTES. 13
̃ • y* il
n'épargnant précisément que les
parties dont nous venons de par-
1er qu'il avoit entour ées d'a-
bord afin d'avoir moins befoin
de ménagement & d'attention en
cirant le refie de la Toile il fc
fervoit pour cette derniere opéra-
tion, du tampon de cotton dont
nous venons de parler & pour
cet effet il ne faifoit qu'incli-
ner la plume, afin que le tampon
portât fur la Toile au lieu qu'en
faifant les contours, il la tenoit
droite par ce moyen ne fe
fervoit que du petit bec de fer.
J'ai auai un morceau de Toile en
cet état il eft tout enduit d'une
cire qui paroît brune ou d'un
blanc très foncé à la réferve des
feuilles fleurs tiges qui doi-
vent être bleues ou vertes & fur
lesquelles par cette raifon on n'a
point mis de cire. Cette cire n'eft
bleue que parceque les Ouvriers
fe fervent de la même autant qu'ils
24 Traité
peuvent par épargne mais c'ert
de la cire ordinaire & la pre-
mière fois qu'ils s'en fervent s elle
cil blanche comme la nôtre.
La Toile étant cirée dans tous
les endroits où elle le doit être,
il i'a pliée en plis de quatre à cinq
ponces & l'a trempée plusieurs
fois de fuite dans une jarre pleine
de teinture bleue il l'a en fuite
étendue & a mis de la même li-
queur fur les endroits où elle lui
paroiiïbit n'avoir pas afTcz pris;
après quoi il l'a étendue à 1 om-
bre ôt l'a fait fecher. Il a enlevé
toute la cire, en la plongeant plu-
ficurs fois dans l'eau bouillante
.& changeant l'eau de tems en
tems. La cire étant détachée il
a don nc à la Toile trois leflives
avec l'eau & la fiente de Cabri,
l'cxpofant chaque jour au foleil
& l'arrogant, comme il a été déja
dit. Il la fait fecher be M. de
Bcaulicu en a fait couper un fi-
xieme
sur les TOILES PEINTES, 2?
B
xieme morceau. Le fond n'en eft
pas d'un blanc bien vif, les tiges
& les feuilles qui avoient été dé-
couvertes font. bleues lcrefteeft
comme auparavant parceque la
cire l'a conferve. On voit cepen-
dant en quelques endroits du fond,
des taches bleues, qui viennent de
ce que la cire s'étoit fondue qu'il
s'en étoit enlevé de petites par-
ties, ou qu'elle n'avoit pas été ap-
pliquée avec allez de foin.
Pour la feptieme opération
l'Ouvrier fi.t tremper pendant une
demie heure la Toile dans deux
pintes d'eau, 3 mêlées avec une ferre
de lait de bulle, la fit fecher la
battit furie billot poli, 6c reten-
dit fur une table. Il s'agifîoit alors
de panacher d'un rouge moins
foncé des .fleurs qui devoient être
jaunes Se de blanc celles qui de-
voient être violettes; il panachait
les premières par de petits traits
ou hachures faites avec la corn*
16 Traité
pofition d'alun & de bois de J
pon &c les fécondes avec de la
cire fondue. M. de Beaulieu cou-
pa alors le feptieme mor ceau qui
.ne diffère du précédent que par
ces petites hachures.
Il mit enfuite dans huit- ferres
d'eau une once & un gros -d'a-
lun, Se même quantité de Terra-
mérita il laifîa infufer le tout
pendant une nuit & enduiilt
avec cette liqueur tout ce qui de~
voit être orangé il mêla une
ferre de la liqueur faite avec les
pierres vitrioiiques dans dix fer..
res de canque aigrie ( c'efb de l'eau
de ris qu'on avoit laiflec pendant
dix jours l'air elle fe peut fa-
cilement remplacer ici par nos
eaux fures ). Il laiiîà repofer ce
mélange pendant une nuit y &s'en
fervit pour enduire les endroits
qui dévoient être pourpres on vio-
lets. On coupa un morceau de la
Toile en cet état les endroits
stm les Toiles Peintes, zr
Bij
qui doivent être violets font d'un
gris brun ÔC ceux qui doivent
etre oranges font jaunes.
Il pulvérisa quatre livres de rais
de Cliaye, les mit dans huit pin-
tes d'eau de" y ayant plongé la
Toile,, il la fit bouillir très petit
feu pendant quatre heures aÿant
attention de remuer très fou vent
la Toile il la laifïà dans le. vafe
jufqu'â ce que la liqueur fût re-
froidie alors il la retir a l'ex-
prima & la fit fecher. Comme il
y avoit quelques taches en plu-
heurs endroits il les enleva le
mieux qu'il lui fîn poflible avec
du jus de citron on coupa alors
le neuvième morceau le fond en
eil peu-près comme du papier
roufli à l'air le rouge eft beau-
coup plus beau qu'il n'étoit &
qu'il ne doit refter & ce qui
doit être violet eft couleur de
caffe.
La dixième opération connue
z$ Traité
laver la Toile dans de l'eau avec
la fiente de Cabri &: l'ëxpo-
fer au bord d'un étang pendant
trois jours consécutifs comme il
ravoir, déjà fak deux fois pen-
dant le cours du travail c'eft pour
enlever le fond rouiTâtre que lui
avoir donné le rais de chaye il
J-a lavée & frottée enfuite plu-
fleurs fois dans une eau de favon
ticde puis dans de l'eau fraîche
& l'a fait ;fecher. Cette opéra-
tion éclaircit & avive toutes les
couïleurs comme on le voit dans
ie morceau que coupa alors M. de
Be«ulieu 6c le fonds n'a plus
cjos'une légère couleur de foufre.
L'Ouvrier lava la Toile dans
deux pintes d'eau mêlées avec un
peu -de lait de Bugle & la fit fe-
cher. Il pialverifa huit onces de
flaurs de Cadouca & une once
de Mirabolans, qu'il mit tremper
pendant feize heures dans huit
ferres d'eau. Au bout de ce tems
SUR LES TOILES Peintes. 15?
Biij
il jetca dans cette compofitiori
deux onces de rais de Chaye pul-
vérifé il la fit chauffer jufqu'à
ce qu'elle fût prête à bouillir, &
fe Servie de cette liqueur pour en-
duire tout ce qui devoit erre verd
ou jaune fur la Toile. Après que
la Toile fut feche il mit dans
douze pintes d'eau deux livres de
fiente de Cabri,. deux livres de
Chaouroux ( c'efl: un Table ter-
reux èc falé qui fr trouve fur le
bord de la Mer ) 6c une livre de
favon en fort petits morceaux
ayant brouilié cette eau avec un
bâton pendant une demie heure
il la laîfîa reposer pendant deux
heures après quoi il verfa dans
un autre vafe ce qu'il y avoit de
clair de cette liqueur il y lava
la Toile l'exprimant bien enfui-
te, & l'étendit fur le bord d'un
étang de l'eau duquel il l'arro-
foit de tems en tems. Le foir il
la battit fur une pierre & le len-
30 Traité
demain il la fit fecher Popera-
tion eil alors entièrement finie,
Bc .il ne refle plus qu'à donner le
Indre à la Toile.
Pour cet effet on'trempe la
Toile dans de l'eau de ris plus ou
moins épaifïe & fuivant que l'on
veut l'apprêt plus ou moins fort
& lorfqu'elle el1: feche 3 on lui
donne le brillant en la frottant
fortement par tout fur un billot
de bois poli avec une coquille
bien lifïè & bien unie: on la plie
bien proprement & on la met
en prefïe.
Il n'y a perfonne qui en lifant
cette opération ne foit furpris
de fa longueur extrême Se de fa
difficulté, èc l'on a peine à con-
cevoir qu'un ouvrage qui deman-
de un travail fi prodigieux ,foit
donné f bon prix. mais outre
le peu que gagnent les Ouvriers
dans l'Inde, if faut encore con-
fiderer que la Toile- dont nous
SUR LES TOILES Peintes. 31
B iv
venons de parler eft de toutes
celles qui s'y fabriquent aujour-
d'hui, celle dont le travail eft le
plus long pareequ'il y entre tou-
tes les couleurs & c'effc précifé-
ment par cette raifon que M. de
Beaulieu l'a préférée à celles qui
ne lui auroient appris que l'emploi
de deux ou trois couleurs. Ce qui
doit furprendre le plus, eft qu'en
générai le prix de ces dernières
eft égal à celui de celle dont nous
avons décrit l'opération mais la
raifon en eft que les Marchands
vendent à la fois une quantité
confiderable de'pièces de Toile;
que fur cent pièces par exem-
ple, il y en a quatre vingts qui
ne font que de deux couleurs dix
de trois couleurs &L les dix au-
tres, de quatre de cinq & de fix
couleurs. Cet aflbrtiment âinfi
proportionné dépend de la de-
mande des Européens, & du goût,
qui fait que plus de gens veu-
32 Traite
lent des Toiles de deux couleurs,
que de celles qui en ont un plus
grand nombre enforte que ces
dernières qui coûtent trois ou qua-
tre fois plus à l'Ouvrier, font fou-
vent les dernières vendues en Eu-
rope 6c ne le font que par une
diminution de prix que le Mar-
chand eft oblige de faire. Le
Marchand répartit donc égale-
nient fur ces cent pièces le prix
qu'il juge devoir mettre à la tôta-
lité; Se fuivant le goût & la fan-
taifie des Acheteurs la pièce qui
a le moins coûté de la premier
main eft fouvent vendue plus
chere que celle qui aura coûté
fept ou huit fois davantage mais
ceci ne fait rien à notre fujet
& je n'en ai dit un mot que pour
répondre à une objection qui fe
préfentoit naturellement à l'efrjnt
de tout le monde.
J'ai dit en décrivant la Même
opération qu'après que la Toile
sur les TOILES Peintes. 33
B v
etoit cirée on la plonbeoit dans
la teinture bleue & je n'ai pas
dit de quelle maniere fe faifoit
cette teinture. La raifon pour la-
quelle je n'en ai pas parlé c'eft que
l'ayant voulu éprouver ici je n'ai
pas pu y réuffir que d'ailleurs
,opérations efl très longue 8ç
qu'enfin nos cuves de Paftel de
Vouede ou d'Indigo font pour
le moins auffi bien tant pour la
beauté que pour la Solidité de la
couleur fans compter qu'elles
font infiniment plus faciles &
principalement celle d' Indigo à
froid qui ne demande prefque
aucun foin & qui fait parfaite-
ment bien fur le cotton. Cepen-
dant comme il y a des gens qui
peuvent être curieux de favoir de
quelle maniere fc fait le bleu dans
les Indes je vais dire en peu de
mots ce que j'en ai appris par le
Mémoire de ÎVL de Beaulieu, qui
Ta fait exécuter devant lui avec
34 Traité
tout le fuccès qu'il devoit en at-
tendre. Je n'y ai cependant point
rénal) comme je l'ai déja dit
mais j'avoue que je ne l'ai tenté
qu'une fois Se que peu excité
par l'inutilité dont étoit cette re-
cherche &: dégoûté par la lon-
gueur de l'opération je n'ai pas
cru que cela valût la peine de la
recommencer. M. Lefevre qui
j'ai communiqué le Mémoire de
M. de Beaulieu l'a exécuté de-
puis & y a parfaitement bien
réuffi mais ce n'a été qu'au bout
de fix mois que la cuve eft-venue
en couleur ôc iorfqu'il defefpe-
roit totalement du fuccès de l'o-
pération. La raifon en efb que
le climat des Indes efl beaucoup
plus chaud que celui-ci ce qui
fait que la fermentation s'achève
plus promptement. On feroit la
.même chofe ici fi cela pouvoir:
être de quelque utilité en tenant
les vaiiTeaux dans un lieu fufE-
SUR LES Toiles Peintes, 35-
B vj
famment chaud. Voici le procède
de cette teinture.
On met infufer dans cinq livres
d'eau une livre treize onces qua-
tre gros d'Indigo & on l'y laine
pendant huit heures après lef-
quelles on retire l'Indigo ôc on
l'écrafe avec les mains y mettant
un peu d'eau pour le bien difîbu-
dre. Â mefure qu'il fe diffout
on le verfe dans une jarre, dans
laquelle il y a trente cinq livres
de levain c'ejl-à-dire du bain. de
pareille -teinture qui a déja fer vi
car. les Teinturiers en confervent
toujours croyant que fans cela
ils ne pourroient pas réuffir à faire
venir leurs teintures en couleur
ils regardent même la prépara-
tion de ce levain, comme un fe-
cret qui efl: connu de peu d'en»
tr'eux 6c les Pères en établiflànc
leurs Enfans, leur donnent en ma-
riage un certain nombre de jarres
remplies de cette liqueur. Il c(l
%C Traité
vrai fembkble néanmoins que
cette liqueur ne fait qu'accélérer
l'opération car M. Lefevre y a
réuffi fans fe fervir de ce levain >
quoique M.- de Beauliëu eût eu
la précaution d'en apporter; mais
il s'étoit corrompu en chemin.
Tandis que l'Indigo eft en in-
fufion dans cette liqueur 3 on met
cuire trois livrés un quart de Ta-
quaviré ou Tàritipàtouiâu dans
fept livres demie d'eau douce.
A rhefure que l'eau fe confum e
on y en ajoute peu à peu jufqifà.
cinq livres &; on continue la
eu iiîbn jufqu'à ce qu'il ne reftë
plus d'eau que la graine fe
puifîe écraîer facilemenr on la
retire alors on Pécrafe avec les
mains on la délaie avec cinq li-
vres d'eau froide, & l'ôn jette le
tout dans le vafe où l'on a déjà
mis l'Indigo avec le levain de
bleu on mêle bien cette com-
pofîtion on P-expofe au foleil
SUR LES TOILES Peintes. 37
pendant le jour ayant foin de la
garder du ferein de la nuit, ôc
on continue de la remuer plu-
lieurs fois le jour jufcju'à ce que
la liqueur devienne verte 6c alors
elle eft: en état de fervir.
Lorfque l'on voit que la cuve
eft prête a venir en couleur, on
met dans un tamis deux livres de
chaux de Coquilles 6c vingt li-
vres de Chaourou qui eft un fa-
ble qui fe trouve au bord de la
Mer; on jette fur ce mélange
trente -deux livres d'eau douce
&c lorsqu'elle a paile ain/î une
fois on la rejette fur la même
matière pour la rendre plus forte
après quoi on la mêle avec la com-
pofîtièn de bleu 8c on brouille
tien le tout enfemble, ayant foin
de tenir le vaiflèau couvert. Le
lendehiain on y ajoute encore fept
livres ôc demie de cette leffive pré-
parée de la même manière &: on
38 TRAITÉ
C'eil de cette maniere que l'on
prépare le bleu à Mazuîipatan
on fuit à Pondicheri une autre
méthode que M. de Beaulieu a
pareillement fait exécuter devant
lui dont il a fait une deferip-
tion exacte.
Quoique nos procédés foient
plus iîmples <k plus faciles 6c que
la couleur en Toit tout au ili belle
& auiîi folide je ne laifTerai pas
de la rapporter ici pour les rai-
fons que j'ai déduites au commen-
cement de cc CKapitre.
Manière de faire la cuve d'Indigo
à Pondichery.
Prenez dix-huit onces un fixie-
me d'Indigo mettez les infufcr
dans dix ferres d'eau douce, ôtez
l'Indigo ôc le broyez afin qu'il
devienne en bouillie 3en y jettant
de tems en tems de cette eau Se
jetiez de!Tus foixante 'trois livres
sur les Toiles Peintes. 39
Dans un autre vameau mettez
quatorze gros de Cou perofe verte 9
autant de Salpêtre rafiné avec une
livre de chaux de Coquilles èc
quatre ferres d'eau douce taillez
diiïbudre le tout.
Dans un autre vaiieau mettez
quatorze ferres d'eau douce trois
livres de Taquaviré que vous ferez
cuire à petit feu &C à mefur e qu'il
épaifîira, vous y ajouterez un peu
d'eau jufqu'à ce que la graine
puiffe être écrafée. Lorfque vous
l'aurez écrafée mettez-y environ
neuf ferres d'eau après quoi met-
tez les deux dernières composions
avec la première 3 en remuant,
afin de mêler le tout., & l'cxpofcz
au Soleil en la retirant la nuit
jufqu'à ce qu'elle devienne en
leur.
40 TRAITE
CHAPITRE IL
De la manière dont fè fabrique la
Toile Peinte en France &c.
ON peut diftingucr les Toiles
Peintes,en deux efpeces générales;
les unes font devinées a la main
& les autres imprimées avec des
moules. Celles qui fe font à Pon-
dicheri à Mafulipatan Se dans
la plupart des autres endroits de
la Côte de Coromandel ? font tou-
tes devinées & peintes à la main
j'en ai cependant vu quelques-
unes fabriquées dans d'autres en-
droits de l'Inde Se en Perfe qui
font imprimées mais elles font
très rares. Celles qui fe font en
Europe au contraire font pref-
que toutes imprimées > & je ne
crois pas qu'il y ait aucune fabri-
que ou elles fe travaillent autre-
LES
ment. Ainfî voilà une première no-
tion générale pôurdiftinguer a fiez
facilement lés unes d'avec les au-
tres, & on ne peut lucres fe mé-
prendre à une Toile imprimée car
le defïein fe répète à l'extrémité
de chaque planche. On apperçoit
même facilement la jonction d'u-
ne planche à l'autre ? quelque exac-
titude qu'on ait apportée dans
l'imprefïion & toutes ces répéti-
tions de planches fe refïèmblent
par faitement au lieu que lorfque
le defïein a été fait à la main il
s'y trouve toujours des différences
très fenfibles quoiqu'il foit répé-
té plusieurs fois dans le cours de
la Pièce.
On peut encore regarder Ci
l'on veut comme une troifieme
forte de Toile Peinte celles dont
le trait feul eft imprimé, Scdont
tout l'intérieuf des fleurs efl peint
a la main. le me fuis fervi très
Couvent de cette manière pour
42. Traité
éviter la peine &: la. dépende de
faire graver des contre-planches
ainfi que je l'expliquerai dans la
fuite d'autant que mes Eiïais n'é~
toient pour la plupart que de la
grandeur d'une feuille de papier
ce qui n'étoit guercs plus long
peindre qu'à imprimer mais je
ne crois pas qu'il y ait de vérita-
ble Fabrique où l'on travaille de
la forte à moins que ce ne foie
pour quelque couleur dont il n'y
a que très peu dans Ia Pièce. En
tout cas s'il s'en trouve de cette
efpece on peut être qu'el-
les font fabriquées en Europe car
cette pratique efl abfolument in-
connue aux Indes.
Je vais donner la maniere de
peindre une Toile de toutes les
couleurs l'on jugera
facilement de ce qu'il y aura à re-
trancher de cette opération lors-
qu'on ne voudra la faire que d'une,
deux ? ou tro.is couleurs mais pour
SUR. LES Toiles Peintes. 43
n'avoir rien à délirer fur ce tra-
vail, j'ai peint avec tout le foin
poflible un morceau de Toile
d'après un morceau des Indes le
plus parfait que j'aie jamais vu
Se dans lequel il y avoir fcize cou-
leurs ou nuances différentes très
diffcindtes le tout dans un (eu!
bouquet, & que j'ai imité de fa-
çon qu'on auroit eu de la peine à
le diftinguer de l'original s'il avoit
pu être piacé fur la même pièce de
Toile..
On peut peindre fur la Toile
de Lin & de Chanvre comme
fur celle de Cotton, ainfi que je
l'ai éprouvé plufieurs fois mais
cette dernière prend mieux la cou-
leur ainfî je ne parlerai ici que
de la Toile de Cotton. Comme
celle qu'on nous apporte des In-
des effc prefque toujours apprêtée
avec une eau de Ris il faut com-
mencer par la bien dégorger j ce
qui le fait en la faifant tremper.
44 Traité
pendant vingtquatre heures dans
l'eau froide bien claire 6c bien
nette la remuant la frottant &:
la tordant de tems en tems pour
en bien détacher l'apprêt & fi
l'on voit qu'il en refte encore, on
la mettra dans l'eau tiède pour
achever de l'enlever; on la lave-
ra enfitite dans une eau couran-
te ou dans une grande quantité
d'eau froide bien nette après quoi
on la tordra & on la fera fechera
La féconde préparation fe nom-
me Engalage j elle fe fait en pre-
nant pour dix aunes de Toile
quatre onces de Noix de Galle
bien pilées, qu'on jette dans deux
féaux d'eau froide on brouille
le tout on met tremper la
Toile 3 qu'on a foin d'y bien ma*
nier afin qu'elle fe mouille éga-
lement. On laiile tremper la Toi-
le dans cette eau une heure Se
demie ou deux heures; après quoi
on la retire, on la tord de on la
sur les Toiles Peintes. 45
niée fecher à l'ombre. Lorsqu'elle
eft feche elle a un oeil jaunâtre
on retend, bien fur une table où,
même on la calendre légèrement,
comme on le dira ci-après, afin
qu'elle foit bien unie.
La Toile étant ainfi bien pré.
parée on ponce le defTèin que
l'on veut y peindre & on en def
fiue le trait à la plume avec les
Mordans dont nous allons parler
dans un moment- Tous ces Mor-
dans doivent être épaiffis avec de
la Gomme Arabique pour pou-
voir être employés fur la Toile fans
couler & s'y imbiber. Pour les
gommer avec facilité l'on aura
de la Gomme pulvérifée que l'on
y mêlera dans la proportion né-
ceuaire que l'ufage feul peut ap-
prendre, parce qu'il en faut moins
lorfque le Mordant doit être em-
ployé à la plume que quand c'eft
au pinceau; & dans ce fécond cas
il en faut encore moins que lor£