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Traits remarquables de l'histoire du règne de Napoléon, depuis sa naissance jusqu'à sa déchéance

187 pages
A. Imbert fils (Paris). 1815. France (1804-1814, Empire). In-18.
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TRAITS
REMARQUABLES
DE
L'HISTOIRE DU RÈGNE
DE
NAPOLÉON.
DE L'IMPRIMERIE DE J. B. IMBERT,
RUE DE LA VIEILLE-MONNOIE.
TRAITS
REMARQUABLES
DE
L'HISTOIRE DU RÈGNE
DE
NAPOLÉON,
DEPUIS SON ENTREE DANS LA CARRIERE
DES ARMES JUSQU'A SA DECHEANCE.
DEUXIÈME ÉDITION,
Revue , corrigée et augmentée ;
Precedée d'une Notice historique sur sa Vie.
PARIS.
B. rue OMBERT, FILS, LIBRAIRE,
BOULEVARD SAINT-MARTIN, N°. 33.
1815.
AVIS
SUR CETTE ÉDITION.
L'ACCUEIL que le publie a fait
à notre ouvrage est cause que la
première édition s'est épuisée en
très-peu de temps} nous ne ris-
quons donc rien en lui mettant
sous les yeux cette deuxième, re-
vue , corrigée , considérablement
augmentée , et nous osons espérer
qu'elle sera accueillie comme la
précédente.
Nous ne chercherons pas dans
cet avis à donner des louanges à
notre ouvrage, nous nous en rap-
A 3
(6)
portons à la bonne foi de messieurs
les journalistes, et nous ne retra-
cerons ici qu'une seule phrase du
feuilleton de M. B...T de la Gazette
de France du mardi 22 Novem-
bre 1814, qui s'exprime ainsi:
« L'écrivain (dit-il en parlant de
l'auteur des Traits remarquables
de l'Histoire de Napoléon) ne
» célèbre pas précisément son hé-
» ros ; il cite ses mots à charge et
» à décharge : il dresse pour la
» postérité un procès-verbal exact
» et impartial de ses paroles dignes
» de mémoire : c'est un Bonapar-
» tiana écrit de très-bonne foi,
» etc. , etc. »
Les personnes qui liront notre
ouvrage apercevront que notre
(7)
plan est de montrer que Bona-
parte , devenu général en chef de
Parmée d'Italie, est un homme
qui donne l'exemple de la disci-
pline et de la prudence militaire $
qu'étant, le 18 brumaire , au
Conseil des Cinq-Cents, il est un
homme qui sauve son pays de l'a-
narchie révolutionnaire , et le pré-
pare à reprendre le joug bienfaisant
du gouvernement monarchique ;
qu'enfin, devenu empereur, il fait
le malheur des Français par ses
entreprises exagérées ; et que son
peuple , las de vivre sous une
pareille tyrannie, le précipite du
trône , et le relègue dans l'ile
d'Elbe.
D'après cette courte esquisse ,
4
(8)
nous devançons les siècles futurs
dans le jugement qu'ils porte-
ront sur ce monarque trop am-
bitieux.
NOTICE HISTORIQUE
Sur la vie de Bonaparte.
C'EST en 1769, le 15 août, que na-
quit Napoléon Bonaparte , dans une
petite ville de la Corse, nommée Ajac-
cio ; sa famille était noble, mais
pauvre, et originaire d'Italie. Ce fut
le fameux général Paoli qui fut son
parrain. Il fut conduit fort jeune en
France, et M. de Marboeuf, (1) qui
protégeait beaucoup Napoléon, à
cause, dit-on, de madame Bona-
parte , qui réunissait alors les grâces
(1) M. de Marboeuf gouvernait alors la
Corse au nom. de la France.
5
( 10 )
de la jeunesse à l'éclat de la beauté,
le fit placer à l'Ecole Militaire de
Brienne, par le maréchal de Ségur,
alors ministre de la guerre, vers l'an-
née 1777 ; Bonaparte était âgé de dix
ans environ. Bientôt son aptitude au
travail fit découvrir en lui les germes
de son génie et de son talent mili-
taire : en 1780 il fut nommé, à l'Ecole
Militaire de Paris, sous-lieutenant
au premier régiment d'artillerie de
la Fère.
Bonaparte n'avait que vingt-trois
ans lorsqu'il fit ses premières armes
à Toulon. Ce fut là qu'il déploya
ses grandes qualités, en donnant
aux généraux qui assiégeaient la
ville, des conseils qui facilitèrent la
prise de cette place.
L'ex-conventionnel Beffroy le fit
( 11 )
arrêter à Nice, comme terroriste,'
quelque temps après la prise de
Toulon; mais lorsque l'on eut visité
ses papiers, il fut mis en liberté. Il
vint ensuite à Paris, pour obtenir
la permission de se retirer à Cons-
tantinople , parce qu'on voulait le
faire sortir de son corps pour passer
dans l'infanterie ; mais sa demande
fut rejetée. Il est bien probable que,
si l'on eût acquiescé à sa proposition;
des millions de braves Français vi-
vraient encore
Le 13 vendémiaire an 4 arriva ,
et Bonaparte sortit de la léthargie où
il était depuis quelque temps , pour
servir sous les ordes de Barras. L'on
peut assurer que, sans sa prudence,
cette journée aurait vu couler plus
de sang qu'il n'en fut versé. Bona-
6
( 12 )
parte, pendant la nuit, afin d'ef-
frayer les factieux, qui n'avaient au-
cun motif ni aucun but bien connu,
quoi qu'en disent quelques histo-
riens , Bonaparte, dis-je, ne fit tirer
sur eux qu'à poudre; si ce général
eût suivi ponctuellement les ordres
qu'il avait reçus , jamais aucune
affaire n'aurait été plus sanglante.
Ce fut quelque temps après cette jour-
née qu'il épousa la veuve du géné-
ral Beauharnais, et qu'il fut nommé,
à l'âge de vingt-six ans, général en
chef de l'armée d'Italie.
Bonaparte, après avoir terminé
glorieusement les campagnes de l'I-
talie , se disposa pour l'expédition de
l'Egypte. Ce fut à Toulon qu'il fit
mettre sa flotte et son convoi à la
voile , le 30 floréal an 6; le 15 messi-
( 13 )
dor il débarqua à Alexandrie, à onze
heures du soir; il descendit lui-même
sur une galère, malgré la mauvaise
disposition de la mer et du vent. En-
suite il emporta cette ville de vive
force. A la fin de ses guerres d'E-
gypte il revint à Paris, et faillit être
poignardé, après un discours qu'il
prononça au Conseil des Cinq-Cents,
concernant le Corps Législatif. Le
gouvernement, par reconnaissance
pour de si grands bienfaits, déter-
mina le premier corps de l'Etat, et le
peuple, à le nommer consul à vie;
mais la France, qui lui devait jusqu'à
ce jour tout son salut, ne crut pour-
voir mieux lui marquer sa recon-
naissance qu'en lui confiant les rènes
du gouvernement, et l'élevant à la
dignité impériale, Ce fut alors que
( 14 )
son ambition, qui l'étouffait depuis si
long-temps, le laissa respirer un ins-
tant. Il fut donc sacré à Paris, en
l'église de Notre-Dame, le 2 dé-
cembre 1804, par le pape Pie VII.
Son épouse Joséphine fut aussi, le
même jour, couronnée impératrice
des Français.
Mais l'année suivante, Bonaparte,
non content du titre d'empereur des
Français , voulut y réunir celui de
roi ; aussi ceignit - il sa tête d'un
autre diadème : il se fit couronner
roi d'Italie, le 26 mai 1805.
Maintenant que nous avons racon-
té, sans esprit de parti, sa naissance
jusqu'à sa qualité d''Empereur, nous
allons passer aux Beautés de son
histoire, c'est-à-dire, aux anecdotes
qui le concernent.
TRAITS REMARQUABLES
DE
L'HISTOIRE DU RÈGNE
DE NAPOLÉON.
Bonaparte à Toulon.
AU siège de Toulon , Bonaparte
n'étant encore que sons-lieutenant,
répondit à un représentant du peuple
qui blâmait la position d'une batte-
rie : Mêlez-vous de votre métier de re-
présentant, et laissez-moi faire le mien
d'artilleur; cette batterie restera là, et je
réponds du succès sur ma tête. Sans la
( 16)
modération de celui à qui il fit cette
réponse, Bonaparte aurait bien pu
payer de sa vie cette fermeté.
Son goût pour le travail.
Quelque temps après le siège de
Toulon, Bonaparte s'étant retiré à
Nice, un de ses amis vint au milieu
de la nuit, pour prendre des rensei-
gnemens urgens. Mais jugez quelle
fut sa surprise en le trouvant tout
habillé, et s'occupant à travailler au
milieu d'une grande quantité de
plans, de cartes géographiques et de
livres ! Quoi! lui dit son ami, vous ne
vous êtes donc pas encore?— Couché!
lui repartit Bonaparte , je suis déjà
levé, au contraire. — Comment cela?
lui répondit son ami, fort étonné.-—
( 17 )
Quand j'ai dormi deux ou trois heures ,
c'est bien assez, lui répondit froide-
ment Bonaparte.
Réponse de Bonaparte sur sa promotion
au grade de général en chef.
Lorsque Bonaparte fut promu au
grade de général en chef de l'armée
d'Italie, il n'avait que vingt-six ans.
Un de ses amis , à qui il faisait ses
adieux, lui dit : Tu es bien jeune pour
aller commander une armée.—J'en re-
viendrai vieux, lui répondit-il.
Bravoure de Bonaparte au passage du
pont de Lodi.
Malgré qu'un célèbre écrivain veut
contester Bonaparte sur son nom de
( 18)
Napoléon, (1) et sur sa bravoure,
en nous racontant très-méchamment
son passage du pont de Lodi, il ne
pourra pas nous empêcher de dire que
cette bataille est une de celles qui
lui fait le plus d'honneur.
Bonaparte voyant un moment
que ses troupes allaient fléchir et bat-
tre en retraite, saisit aussitôt un dra-
peau d'un de ses régimens, s'élance
sur le pont avec la rapidité de l'é-
(1) On prétend que Bonaparte, en
recevant la confirmation, dit au Grand-
Vicaire qui lui demandait ses noms :
Je m'appelle Napoléon Bonaparte. Le
prêtre observa au prélat qu'il ne con-
naissait point ce saint-là. Je le crois
bien, lui repartit-il aussitôt , puisque
c'est un saint corse.
( 19)
clair, et commande à ses soldats de
le suivre ; ils obéissent, le pont fut'
pris à la baïonnette, et l'ennemi
renversé.
Cet écrivain prétend que Bonaparte
choisit un drapeau presque blanc; que
l'ennemi fut trompé parce qu'il crut
que c'était un parlementaire, et qu'il
ne tira pas un seul coup de fusil; que
pendant ce temps-là Bonaparte fit
marcher ses troupes. lime paraît que
cet écrivain ignore qu'à la guerre,
comme en amour, la ruse est tou-
jours bonne.
(20)
Bravoure du général Bonaparte au
passage du pont d'Arcole.
Bonaparte , encore général en chef,
arriva avec tout son état-major à la tête
de la division du général Augereau;
il le vit sur le pont d'Arcole , un dra-
peau à la main, et excitant ses trou-
pes, sans pouvoir produire aucun ef-
fet ; Bonaparte leur rappela leur
passage du pont de Lodi, et vit à ces
mots renaître leur enthousiasme; aus-
sitôt il se jette à bas de son cheval,
saisit aussi un étendard, s'élance, et
court sur le pont en leur criant :
Suivez votre général ! La colonne s'é-
branla un moment, et l'on était en-
viron à trente pas du pont, lorsque
le feu terrible des ennemis la frappa
(21)
et la fit reculer à l'instant où l'en-
nemi allait prendre la fuite. C'est
dans cette journée que les généraux
Vignole et Lasne furent blessés, et
que l'aide-de-camp du général en
chef, Muiron, fut tué. L'état-major
du général en chef et lui-même fu-
rent culbutés ; il fut, ainsi que son
cheval, renversé dans un marais,
sous le feu des ennemis, et ce n'est
qu'avec beaucoup de peine qu'il par-
vint à se retirer ; cependant il re-
monte à cheval, rallie la colonne, et
fait trembler l'ennemi, quin'oseplus
sortir de ses retranchemens. Les Fran-
çais furent vainqueurs, et cette jour-
née coûta aux Autrichiens 4000 hom-
mes de tués, 5000 prisonniers, et
8 pièces de canon.
( 22 )
Injustice de Napoléon.
Voici un trait qui nous montre
combien Napoléon était vif et violent
par caractère, et que son grand plai-
sir était de voir couler le sang. Une
commission était chargée d'exami-
ner la conduite d'un inspecteur des
fourrages, prévenu d'avoir gêné" la
marche de l'armée, en ayant souf-
fert qu'une charrette de foin s'arrêtât
quelque temps à la sortie de Mantoue.
Bonaparte, impatient de ce que la
commission n'avait pas prononcé
dans les vingt-quatre heures sur ce
fait, qui n'était nullement prouvé,et
qui en outre ne méritait pas la peine
capitale, fit fusiller sur-le-champ
l'inspecteur.
(23)
Présence d'esprit de Bonaparte.
Ce fut le 16 messidor an 4 , que
Bonaparte défit les Autrichiens à.
Salo, Lonado et Castiglione. Le len-
demain , les ennemis, au nombre de
quatre mille, avec une cavalerie et
une artillerie formidable , vinrent
sommer Bonaparte de se rendre. No-
tre général français n'avait avec lui
que douze cents hommes ; c'est alors
qu'il fit preuve de ce génie et do
cette présence d'esprit qui calculent
rapidement les moyens d'éviter les
dangers qui nous menacent, et qui
savent faire tourner les avantages à
leur profit. Voilâ ce que fit Bonaparte:
Le parlementaire ennemi fut ame-
né vers lui les yeux bandés; il dé-
(24)
clare que la gauche de l'armée fran-
çaise vient d'être cernée et ne peut
faire aucun mouvement, et que son
général demande s'ils veulent se ren-
dre, " Allez dire à Votre général, lui
répondit avec fierté Bonaparte , que
s'il a voulu insulter l'armée francaise,
je suis ici ; que c'est lui-même et son
corps qui sont prisonniers, qu'il a
une de ses colonnes coupée par nos
troupes à Salo et par le passage de
Biescia à Trente; que si dans huit
minutes il n'a pas mis bas les armes,
et s'il fait tirer un seul coup de fusil,
je fais tout fusiller. Débandez les
yeux à monsieur. Voyez le général
Bonaparte, et son état-major au mi-
lieu de la brave armée républicaine:
dites à votre général qu'il peut faire
une bonne prise ; allez. »
Pendant qu'il faisait tout disposer
pour une attaque, on redemanda à
parlementer; le chef même de la co-
lonne demande à être entendu , dit
qu'il veut se rendre et qu'il veut ca-
pituler, a Non, répondit énergique-
ment Bonaparte , vous êtes prison,
niers de guerre ." Bonaparte, voyant
que l'ennemi paraît se consulter ,
donne aussitôt ordre de faire avancer
l'artillerie et d'attaquer , et il quitte
le général ennemi , qui lui crie :
" Nous sommes tous rendus ! "
27 rend justice à tout le inonde.
Après la bataille dû pont de Lodi,
dont nous devons le gain à Berthier
et à Massena, qui donnèrent l'exem-
ple en se précipitant au premier rang,
B
en conduisant ainsi les grenadiers à
la victoire ; après cette fameuse ba-
taille, dis-je, Bonaparte envoya son
rapport en ces termes au Directoire,
et le témoignage qu'il rendit toujours
aux troupes qu'il commandait sur
leur bravoure, est trop glorieux pour
que nous le passions sous silence.'
et Si nous n'avons perdu que peu de
monde, nous le devons à la prompti-
tude de l'exécution et à l'effet subit
qu'ont produit sur l'armée ennemie
les masses et les feux redoutables de
notre invincible colonne. Si j'étais
tenu de nommer tous les militaires
qui se sont distingués à cette bataille,
je serais obligé de nommer tous les
carabiniers de l'avant-garde et pres-
que tous les officiers de l'état-major;
mais je ne dois pas publier l'intré-
(27)
pide Berthier, qui fut, dans cette
journée , canonnier, cavalier et gre-
nadier. "
Ce qu'il pensait du soldat français.
Dans un de ses rapports , voici
comme Bonaparte parle de ses sol-
dats. « Ils jouent et rient avec la
mort; ils sont aujourd'hui parfaite-
ment accoutumés à la cavalerie dont
ils se moquent ; rien n'égale leur
intrépidité, si ce n'est la gaîté avec
laquelle ils font les marches les plus
forcées; ils chantent tour-à-tour la
patrie et l'amour. Vous croiriez qu'ar-
rivés à leur bivouac , ils doivent
du moins dormir? point du tout:
chacun fait son conte ou son plan
de l'opération du lendemain, et sou-
B 2
( 28 )
vent l'on en rencontre qui voient très-
juste. L'autre jour, je voyais défiler
une demi-brigade; un chasseur s'ap-
procha de mon cheval et me dit :
Général , il faut faire cela.— Malheu-
reux! lui dis-je, veux-tu bien te taire.
C'était justement ce que j'avais or-
donné que l'on fît. »
Superbe Discours qu'il fait à ses
soldats.
Le château de Milan refusait tou-
jours de se rendre, quoique la ville
eût ouvert ses portes ; les Français,
qui s'étaient rendus les maîtres de
Pavie, de Pizzighitone et de Cré-
mone , voulurent absolument la
prendre, afin d'achever la conquête
de la Lombardie. Bonaparte assem-
( 29)
ble son armée et lui dit : " Soldats !
vous vous êtes précipités comme un
torrent du haut de l'Apennin ; vous
avez culbuté, dispersé tout ce qui
s'opposait à votre marche. Le Pié-
mont, délivré de la tyrannie autri-
chienne , est revenu à ses anciens
sentimens de paix et d'amitié pour
la France. Milan est à vous, et l'é-
tendard républicain flotte dans toute
la Lombardie. Les ducs de Parme et
de Modène ne doivent leur existence
politique qu'à votre générosité. L'ar-
mée qui vous menace avec tant d'or-
gueil ne trouve plus de barrière qui
la rassure contre votre courage. Le
Pô, le Tésin, l'Adda, n'ont pu nous
arrêter un jour ; ces redoutables bar-
rières de l'Italie, vous les avez fran-
chies aussi rapidement que l'Apen-
3
(30)
nin : tant de succès ont porté la joie
dans le sein de votre patrie ; vos re-
présentais, pour consacrer vos vic-
toires, ont ordonné une fête célébrée
dans toutes les communes de la ré-
publique; là , vos mères, vos soeurs,
vos épouses, vos amantes, se réjouis-
sent de vos succès, et se vantent avec
orgueil de vous appartenir. Oui ,
soldats, vous avez beaucoup fait ;
mais ne vous reste-t-il plus rien à
faire? Dira-t-on que nous avons su
vaincre , mais que nous n'avons pas
su profiter de la victoire? La posté-
rité nous reprochera-t-elle d'avoir
trouvé Capoue dans la Lombardie ?
Mais je vous vois déjà courir aux
armes , un lâche repos vous fatigue,
les journées perdues pour la gloire
le sont pour votre bonheur : eh bien !
(31)
partons ; nous avons encore des mar-
ches forcées à faire , des ennemis à
soumettre, des lauriers à cueillir,
des injures à venger : ceux qui ont
aiguisé les poignards , allumé la
guerre en France, qui ont lâchement
assassiné nos ministres, incendié nos
vaisseaux à Toulon, qu'ils trem-
blent ! L'heure de la vengeance a
sonné ; mais que les peuples soient
sans inquiétude; nous sommes amis
de tous les peuples, et particulière-
ment des descendans des Brutus ,
des Scipion et de tous les grands
hommes que nous avons pris pour
modèles. Le peuple français, libre,
respecté du monde entier, donnera
à l'Europe une paix glorieuse qui
l'indemnisera des sacrifices de toute
espèce qu'il a faits depuis six ans ;
(32)
Vous rentrerez dans vos foyers, et
vos concitoyens diront en vous mon-
trant : Il fut de l'armée d'Italie. »
Bonaparte entra triomphant dans
Milan ; mais il fut obligé de partir
de cette ville; il laissa donc les trou-
pes nécessaires pour faire le blocus
du château; mais il revint bientôt
vers cette ville; car à peine arrivé à
Lodi il apprit que Milan et Pavie
venaient d'arborer l'étendard de la
révolte.
Bon mot de Bonaparte.
Un chasseur à cheval avait reçu
l'ordre d'aller de Milan à Monte-
bello , porter à Bonaparte des dépê-
ches urgentes. Il arriva au moment
où il montait à cheval pour aller à
( 33 )
la chasse; il lui remit le paquet, et
attendit la réponse. Bonaparte la lui
donna sùr-le-champ en lui disant :
Va, et surtout va vite. — Général ,
le plus vite que je pourrai ; mais je
n'ai plus de cheval : j'ai crevé le mien
pour être venu avec trop de vitesse ;
il est étendu mort à la porte de votre
hôtel. — N'est-ce qu'un cheval qui te
manque? Prends le mien , lui dit Bo-
naparte. Le chasseur n'ose accepter.
— Tu le trouves trop beau, trop ri-
chement harnaché ? repartit-il : Va ,
mon camarade, il n'est rien de trop
magnifique pour un guerrier français.
Courage d'une femme.
En l'an 5 , après plusieurs com-
bats où l'armée sous les ordres du
(34)
prince Charles fut battue, et où ce
général faillit tomber au pouvoir des
Français, Bonaparte traversa la Piave
avec sa bravoure accoutumée. Un
soldat fut entraîné par le courant,
et était prêt à perdre la vie , lors-
qu'une femme de la suite se jeta à
la nage, et parvint à le retirer de
l'eau. Instruit de ce dévouement ,
Bonaparte lui fit présent d'un collier
d'or, au bas duquel était une cou-
ronne civique, et le nom de celui
qu'elle avait sauvé.
Encore une belle parole.
Après la sanglante et mémorable
bataille d'Arcole, Bonaparte , vêtu
en simple officier, parcourut, de
nuit, son camp : il trouva une sen-
(35)
tinelle dormant la tête appuyée sur
son fusil ; il la prit, la posa à terre,
puis prenant son arme , fit la faction
de deux heures ; au bout de ce temps
on vint relever le poste , le soldat se
réveille, et sa frayeur est au comble
en voyant un officier à sa place ;
mais elle redouble lorsqu'il a re-
connu le général en chef. Bonaparte !
s'écria-t-il, je suis perdu! — Non,
lui répond le général, après tant de
fatigues il est bien permis à un brave
comme toi de s'endormir , mais une
autre fois choisis mieux ton temps.
Si Bonaparte récompensait ainsi ,
comment punissait-il ?
Bonaparte, satisfait de la 22e. de-
mi-brigade dans la seconde campa-
(36)
gne d'Italie , lui écrivit : Voilà deux
ans que vous passez sur les montagnes,
souvent privés de tout, et vous êtes tou-
jours à votre devoir sans murmurer :
c'est la première qualité d'un bon sol
dat. Je sais qu'il vous était dû, il y a
huit jours, huit mois de prêt, et que
cependant il n'y a pas eu une seule
plainte. Pour preuve de ma satisfaction
de la bonne conduite de la 22e. demi-
Tirigade, à la première affaire elle mat-
chera à la tête de l'avant-garde.
Parole de Bonaparte sur le Directoire.
Un administrateur en Italie avait
effectué des paiemens sur la caisse
de l'armée : Bonaparte en fut très-
choqué ; mais cet administrateur
s'en justifia par les ordres du Direc-
( 37 )
toire : Vous ne savez donc pas, lui dit
Bonaparte, qu'il n'y a pas un des mi-
nistres à qui je ne fisse baiser ma botte
pour 20,000 francs?
Bonaparte diseur de bonne aventure.
Chacun a sa manie ; dit-on : celle
de Bonaparte était de toujours vou-
loir dire la bonne aventure. Comme
ou lui connaissait ce penchant, un
jour, dans une société, il reçut cette
tâche pour pénitence ; il fit le tour
de la société, et étant venu le tour
du général Hoche, il' lui prend la
main et la considère ; mais il laisse
tomber la main du général en com-
primant un mouvement de surprise,
et il passe au voisin. Le général Hoche
ayant demandé pourquoi ce silence
C
( 38 )
envers lui, Bonaparte lui répond ;
Vous vous moquez, je n'ai rien à vous
dire. Hoche, étonné, insiste et exige
le mot de l'énigme. C'est vous qui le
voulez, répond Bonaparte en jouant
l'inspiré ; eh bien ! sachez que si les
règles de la chiromancie sont vraies ,
vos jours sont comptés , et que vous
mourrez avant telle époque. En effet,
le général Hoche mourut vers le
temps prescrit; mais tout, le monde
sait la manière dont Bonaparte s'y
prenait pour faire réussir ces prédic-
tions , et elle était infaillible....
(39)
Extrait d'une brochure intitulée : les
ADIEUX A BONAPARTE.
Dans les premières campagnes de
Napoléon en Italie, il parut une bro-
chure ayant pour titre : Les Adieux
à Bonaparte. L'énergie des pensées ,
la vigueur du style et la prédiction
de sa chute, dont nous venons d'être
les témoins, mérite d'être rapportée
ici.
" Hâte-toi, ô Bonaparte, d'échap-
per aux périls qui te pressent ; hâte-
toi de sauver ta fortune des hasards
de l'avenir et de confier ta renommée
à la reconnaissance. La paix de l'Eu-
rope, la prospérité et le nom des
Français sont dans tes mains. Quand
la France fut couverte de législa-
C 2
(46)
teurs, personne n'était responsable
des malheurs du peuple ; une res-
ponsabilité terrible pèse aujourd'hui
sur ta tête. Vois ces nombreux sol-
dats qui s'avancent sur le champ de
bataille : c'est pour toi, pour toi
seul qu'ils vont mourir. Vois la
France dans le deuil et la conster-
nation : c'est pour toi qu'elle gémit
et qu'elle tremble ; c'est pour toi que
l'humanité souffre et que l'Europe
est ébranlée. Si tu veux imiter Crom-
wel, songe à la mémoire qu'il a
laissée ; si tu veux être César, songe
à sa fin tragique ; si , du faite de ton
fragile pouvoir , tu osais envisager
l'avenir d'un oeil tranquille, jette tes
regards sur ceux qui t'ont précédé
dans l'a carrière de l'ambition , et
vois le monde couvert des débris de
( 41 )
nos idoles ; vois l'envie qui compte
tes fautes, la haine qui te poursuit,
l'histoire qui t'accuse. Hâte-toi de
dissiper tes craintes et les miennes ;
hâte-toi de remplir nos voeux et d'a-
chever ta gloire. Songe surtout que
tu ne peux désormais t'élever qu'en
descendant, et qu'il y a pour toi une
place plus belle que la première, c'est
la seconde. Mon langage te paraîtra
sévère ; ce n'est pourtant pas celui
de la haine ; on ne m'a jamais vu ni
parmi tes amis, ni parmi tes enne-
mis. Je te parle au nom de tes con-
temporains , qui te demandent si tu
veux être un grand homme; je te
parle au nom de vingt-cinq millions
de Français, qui veulent savoir s'ils
doivent t'aimer ou te haïr. »
(42)
Superbe discours prononcé au Conseil
des Cinq-Cents contre Bonaparte.
Le 18 pluviôse an 5, M. L
tint ce discours au Conseil des Cinq-
Cents. Le croiriez-vous , dit-il,
qu'au moment où la conspiration
était découverte à Paris, dans le dé-
partement des Alpes-Maritimes , à
deux cent cinquante lieues d'ici, le
manifeste de Louis XVIII était pu-
blié? Je ne nommerai ni l'auteur ni
le titre du journal, car vous devez
moins vous occuper des hommes que
des choses ; il s'agit de Bonaparte
clans ce journal, et voilà comme l'on
traite ce grand général... «Bonaparte
n'est pas seulement général, il est
président du comité révolutionnaire,
( 43 )
et serait au besoin exécuteur de la
haute justice. Si ce républicain ter-
minait sa glorieuse carrière, je ne
verrais que SAMSON qui pût le rem-
placer. Il est vrai que Samson s'est
déshonoré en embrassant l-'ex-mem-
bre de la Convention nationale Le-
quinio; mais cette tache a été suffi-
samment effacée par le sang inno-
cent qui a coulé. Au reste, que Bo-
naparte soit César ou Samson, on as-
Sure qu'il vient d'écrire au Direc-
toire : Veni, vidi et fugi."
Après ce discours, une foule de
Voix demandèrent à connaître le jour-
nal ; mais leur curiosité ne fut point
satisfaite. Nous laissons à présent à
réfléchir sur un pareil discours-
( 44 )
Discours au Conseil des Anciens.
Voici ce qu'un membre du Con-
seil des Anciens disait,à Bonaparte ,
dans une séance qui eut lieu le 8
floréal an 5 : " Jeune héros , aux
portes de Vienne tu donnes la paix à
l'Europe ; j'ignore quelles en sont
les conditions ; mais le génie de Bo-
naparte aura déployé autant de ta-
lens dans la carrière politique que
dans la carrière militaire. Le génie
crée, il n'apprend pas. Tu travailles
pour la gloire du nom français ; tu
travailles pour ta gloire : tu te seras
montré grand et modéré comme la
nation que tu représentes.... Gloire
à toi, Bonaparte ! J'ignore quel nom
te donnera la postérité ; mais moi,
( 45)
faible individu, je crois devancer son
voeu en te surnommant l'Italique.
Paroles énergiques de Bonaparte,
L'armée française, composée de
cinquante-six mille hommes , était
campée en 1795 sur les stériles ro-
chers de la rivière de Gênes, où elle
manquait de tout. On fit faire cette
remarque à Bonaparte, qui répon-
dit : Si nous sommes vaincus, j'aurai
trop ; vainqueurs, nous n'avons besoin
de rien. Celte réponse est pleine d'é-
nergie et d'esprit.
Proclamation de Bonaparte au siège
de St.-Jean-d'Acre.
ce Soldats, vous avez traversé le,
désert qui sépare l'Afrique de l'Asie
5
(46)
avec plus de rapidité qu'une armée
arabe.
» L'armée qui était en marche
pour envahir l'Egypte est détruite;
vous avez pris son général, son équi-
page de campagne, ses bagages, ses
outres et ses chameaux.
» Vous vous êtes emparés de toutes
les places fortes qui défendent les
puits du désert.
» Vous avez dispersé aux champs
du Mont-Thabor cette nuée d'hom-
mes accourus de toutes les parties dé
l'Asie, dans l'espoir de piller l'E-
gypte.
» Les trente vaisseaux que vous
avez vus arriver devant Acre, il y a
douze jours, portaient l'armée qui
devait assiéger Alexandrie ; mais
obligée de courir à Acre, elle y a fini
( 47 )
ses destins : une partie de ses drapeaux
orneront votre entrée en Egypte.
" Enfin, après avoir, avec une
poignée d'hommes ; nourri la guerre
pendant trois mois dans le coeur de
la Syrie, pris 40 pièces de campagne,
50 drapeaux , fait 6500 prisonnière,
rasé les fortifications de Gaza, Jaffa,
Caïffa, Acre, nous allons rentrer en
Egypte : la saison des embarque-
mens m'y rappelle.
» Encore quelques jours , et vous
aviez l'espoir de prendre le pacha au
milieu de son palais ; mais, dans
cette saison , la prise du château
d'Acre ne vaut pas la perte de quel-
ques jours; les braves que je devrais
d'ailleurs y perdre, sont aujourd'hui
nécessaires pour dés opérations plus
essentielles.
6
(43)
" Soldats, nous avons une carrière
de fatigues et de dangers à courir;
après avoir mis l'Orient hors d'état
de rien faire contre nous dans cette
campagne, il nous faudra peut-être,
repousser les efforts d'une partie de
l'Occident.
» Vous y trouverez une nouvelle
occasion de gloire ; et si au milieu
de tant de combats , chaque jour
est marqué par la mort d'un brave ,
il faut que de nouveaux braves se
forment et prennent rang à leur
tour parmi ce petit nombre qui
donne l'élan dans les dangers et
maîtrise la victoire. »
Bonaparte , lors de la levée du
siège de St.-Jean-d'Acre, apprit que
les chevaux, pour le transport des
malades , manquaient, vu qu'il y
(49)
avait beaucoup de blessés ; il allait
partir avec son état-major , lors-
qu'on vint lui apprendre cette fâ-
cheuse nouvelle; aussitôt il met pied
à terre, les personnes qui l'entourent
en font autant; les chevaux sont
envoyés aux malades, et Bonaparte
ainsi que sa suite firent à pied une
marche de trois jours dans les sables
brûlans du désert.
lettre de Bonaparte;
Après la mort de l'infortuné
Brueis, Bonaparte écrivit à sa veuve
la lettre suivante, qui est remar-
quable par le style franc qui carac-
térise le véritable héroïsme militaire;
elle commence par ces mots : " Votre
» mari a été tué d'un coup de canon ,
(50)
" en combattant vaillamment à son
» bord ; il est mort sans souffrir, et
" de la mort la plus douce et la plus
» enviée des militaires " Elle finit
par cette phrase : " Appréciez pour
» quelque chose l'amitié et le vif in-
» térêt que je prendrai toujours à la
» veuve de mon ami. Persuadez-vous
» qu'il est des hommes, en petit nom-
»bre, qui méritent d'être l'espoir de
» la douleur, parce qu'ils sentent avec
» chaleur les peines de l'âme. »
Mot de Bonaparte sur le Coran.
En Egypte, Bonaparte dîna chez
le cheïk Sadat , où se trouvèrent
plusieurs cheïks ; il leur parla des arts
et des sciences que leurs ancêtres
avaient cultivés, et leur dit qu'à
( 51 )
présent ils étaient dans une igno-
rance profonde, et qu'il ne leur
restait aucune des connaissances de
leurs pères. Sadat répondit qu'ils
avaient le Coran , qui renfermait
toutes les connaissances. Enseign.e-t-
il à fondre le canon, répliqua Bona-
parte? Tous les cheïks lui assurèrent
hardiment que oui.
Proclamation de Bonaparte aux
habitans du Caire.
« Des hommes pervers avaient
égaré une partie d'entre vous : ils ont
péri. Dieu m'a ordonné d'être misé-
ricordieux pour le peuple. J'ai été
clément et miséricordieux envers
vous.
" J'ai été fâché contre vous, à

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