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Trois mois de dictature en province : le gouvernement de la défense nationale à Tours... par Armand Rivière

De
176 pages
E. Dentu (Paris). 1871. In-12, 183 p..
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TROIS MOIS DE DICTATURE EN PROVINCE
LE GOUVERNEMENT
DE LA
DÉFENSE NATIONALE
A TOURS
Paris. — Imprimerie de E. DONNAUD, rue Cassette, 9.
TROIS MOIS DE DICTATURE EN PROVINCE
LE GOUVERNEMENT
DE LA
DEFENSE NATIONALE
A TOURS
PAR
ARMAND RIVIÈRE
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 17 ET 19, GALERIE D'ORLÉANS
1871
Tous droits réservés.
PREFACE
C'est toujours à la suite d'une révolution, vio-
lente ou pacifique, que la république est proclamée
en France. Elle est l'ultima ratio du peuple contre
les abus, les folies et les crimes de la monarchie ; et
depuis quatre-vingts ans trois dynasties ont telle-
ment lassé la patience de la nation qu'elles l'ont
jetée trois fois dans les bras de la république.
Et pourtant " la France n'est pas républicaine ï,
crient en choeur et répètent sur tous les tons les
monarchistes de toute nuance, c'est-à-dire tous
ceux qui ont quelque intérêt d'ambition, de vanité
ou de fortune, à conserver ou à étendre le cercle des
privilèges et des abus inhérents à toutes les mo-
narchies.
— 6 —
Mais si la France n'est pas républicaine, comment
se fait-il qu'elle soit si peu monarchique, qu'elle
applaudisse à récroulement des trônes constitution-
nels ou despotiques, et ne mette pas vingt années
à user les couronnes qui semblent le plus solides?
Ne serait-elle donc ni républicaine ni monar-
chique, et oscillerait-elle capricieusement de la
monarchie à la république, sous l'impulsion aveugle
de je ne sais quelle fatalité ? On serait tenté de le
croire, en la voyant périodiquement changer la
forme de son gouvernement avec une apparence de
légèreté qui désespère tour à tour les monarchistes
et les républicains.
Pour trouver la solution de ce problème, il faut
étudier à fond la philosophie de notre histoire
contemporaine.
En réalité, la. France, impatiente de tout joug,
regimbe contre tout ce qui froisse sa passion pour
l'égalité et la liberté. Dans notre pays les citoyens,
même les plus ignorants, ceux qui paraissent
montrer la plus humble et la plus servile déférence
pour l'aristocratie de la finance et de la noblesse,
gardent au fond de leur coeur un ardent désir d'é-
mancipation, et compensent par l'envie, quelque-
fois par une sourde haine, ce que leur servilité
intéressée leur fait perdre de leur dignité d'hommes
libres, de leurs droits à l'égalité. Le paysan, qui ne
se laisse mener que par son intérêt, et que son étroit
égoïsme rend incapable d'éprouver aucun senti-
ment de solidarité, se lasserait vite d'une direction
qui ne ménagerait ni ses susceptibilités ni ses ten-
dances vers l'égalité et la liberté. II faut lui cacher
et surtout lui dorer les chaînes qu'on lui met aux
mains. La terreur peut avoir prise sur lui quelque
temps, mais il finit par la braver, s'il y va de son
intérêt.
D'un autre côté, s'il est dans les classes élevées
et instruites des hommes qui font aisément le sa-
crifice de leur liberté et de celle des autres, pour
vivre des priviléges et des abus qui forment le
cortége obligé des monarchies, il en est aussi chez
qui prévaut et domine le sentiment de la justice; il
- 8 —
en est qui ont la passion de répandre la lumière et
la vérité, de hâter l'éclosion des âmes et les déve-
loppements du progrès. Ceux-là rayonnent à ces
foyers ardents qui s'appellent les grandes villes, et
échauffent au loin les esprits et les coeurs. Poètes,
savants, philosophes, historiens, journalistes, ils
sont le cerveau et la conscience du pays; ils sont
vraiment les pasteurs du peuple, qu'ils conduisent
en droite ligne à la république. Ils s'appellent
Victor Hugo, Littré, Vacherot, Louis Blanc, Michelet,
Deleseluze, Peyrat, Brisson, Rochefort.
Donc, par instinct aussi bien que par raison, la
France veut être libre, et quelque travail que l'on
puisse faire pour la ramener en arrière, en deçà de
la déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
lorsqu'elle est restée quinze ou vingt ans immobile en
apparence, repliée sur elle-même, à l'ombre d'une
monarchie, tout à coup elle se redresse, bondit en
avant et culbute un trône et une dynastie.
Elle aime la paix, le bien-être-, la vie douce et
sans secousses; elle abhorre les révolutions, mais
_ 9 _
elle aime par-dessus tout la liberté, l'égalité, la
justice; et quand elle se retrouve elle-même, elle
a plus d'horreur du despotisme que des révolu-
tions.
Révolution ! on peut l'effrayer de ce mot pen-
dant des années entières ; malgré son effroi, quoi
qu'il lui en coûte, plutôt que d'accepter toutes les
fantaisies monarchiques, elle se jette dans la révo-
lution pour retourner à la république.
Qu'est-ce donc que la république? Qu'est-ce que
la révolution? Ecoutez les partisans des monar-
chies ; ces deux mots qui, selon eux, représentent
la même idée, signifient désordre, anarchie, pillage,
persécution des honnêtes gens et notamment des
prêtres, partage des biens ; bref, l'abomination de la
désolation descendue sur l'Eglise et sur le royaume
de France. Donc, ceux qu'une réaction hypocrite
veut tuer dans l'esprit des simples, des ignorants
et des égoïstes, qui composent la grande majorité
du peuple des campagnes et des petites villes de
province, elle les appelle des révolutionnaires ; et
1.
— 40 —
tous les républicains sont des révolutionnaires,
puisqu'ils veulent que la monarchie fasse place à la
république. De commentaire en commentaire, de
glose en glose, de sermon en sermon, de calomnie
en calomnie, voilà les républicains défigurés aux
yeux dès paysans et peints comme des voleurs, des
assassins, des buveurs de sang. Et vraiment, ce
peuple aveugle n'est pas difficile à tromper et à
induire en erreur grossière ; car son intérêt souffre
cruellement, toutes les fois qu'une révolution né-
cessaire le met en face de la république.
Lorsque nos pères prirent la Bastille et assié-
gèrent Versailles et les Tuileries, la royauté par la
grâce de Dieu des misérables descendants de
Louis XIV était devenue intolérable. Elle avait
conduit la France à rabaissement et à la misère.
La propriété était restée le privilége d'un petit
nombre et avait été stérilisée aux mains de la no-
blesse et" du clergé. Le paysan, écrasé de dîmes
cléricale* et de redevances féodales, avait été réduit
plus d'une fois, dans le cours du XVIIIe siècle, à
— 11 —
brouter l'herbe des champs, et tandis que la bonté
de Louis XVI et les faveurs de Marie-Antoinette
enrichissaient scandaleusement les favoris et les
favorites, des ministres et des traitants menaçaient
le peuple de lui faire manger du foin. La monarchie
avait trafiqué de la faim de ses sujets et payé ses
débauches infâmes avec les bénéfices odieux du
pacte de famine. La monarchie, pour maintenir les
privilèges et les abus qu'elle appelait ses préro-
gatives, conspirait avec l'étranger contre la nation
et voulait ouvrir aux Allemands et aux émigrés les
portes de la France. Est-ce que sa garde même
n'était pas une garde étrangère : régiments suisses,
régiments allemands, royal cravate, royal allemand,
régiment de Nassau, etc. ? La noblesse, comme son
chef, plus royaliste que française, était au mieux
avec ses nobles auxiliaires d'outre-Rhin, Bouillé
avec le prince de Lambesc, avec Brunswick, avec
les nobles colonels étrangers au service du roi ou
des princes d'Allemagne. Quant au clergé, sans
autre nationalité que sa nationalité catholique qui
— 42 —
le rattache à Rome et le soude à ses antiques pri-
viléges et immunités, il travaillait par tous les
moyens à sa disposition à conserver son pouvoir
temporel et spirituel.
Donc, contre l'invasion étrangère, appelée au
secours d'une monarchie qui trahissait la France ;
contre les trahisons et les perfidies de l'intérieur,
aussi bien que contre l'ennemi qui violait nos
frontières, il fallait un violent effort ; il fallait une
révolution et la république.
La violence et l'excès même de l'effort furent en
proportion des dangers intérieurs et extérieurs où
se trouvait une nation, libre pour la première fois,
et ayant sur la gorge l'épée de Brunswick, aux flancs
le poignard de la Vendée.
La république française dut contenir par la
terreur l'ennemi intérieur qui l'attaquait par der-
rière, tandis qu'elle faisait face à l'étranger. La
terreur dépassa les bornes de la stricte justice.
Loin de nous la pensée de justifier tous ses excès !
Mais l'invasion et la guerre, qui n'ont pas pour
— 13 —
règle la justice, viennent de nous apprendre ce que
peuvent la force et la terreur pour maintenir la
discipline et étouffer les résistances d'un pays que
l'on veut vaincre et conquérir. Rendre des proprié-
taires et des communes responsables des coups de
fusil tirés de leurs propriétés et sur leurs territoires,
accorder le pillage d'une ville à ses soldats, en
menacer d'autres pour leur extorquer des contri-
butions de guerre, bombarder des villes ouvertes,
n'est-ce donc pas faire de la terreur? Si l'on s'in-
cline si facilement devant ces lois de la guerre, si
aucune flétrissure n'est infligée aux généraux qui
ont commis ces abus de la force, si on les excuse
en disant que ce sont des sacrifices nécessaires au
salut de l'armée, pourquoi ces sévérités inexorables
contre les excès de la terreur révolutionnaire qui
frappa sans doute des victimes innocentes, mais
sauva la France de l'invasion ? Pourquoi tant d'in-
dulgence et même d'admiration pour les rois et les
princes guerriers et conquérants qui font, par la
guerre, des myriades de victimes, tandis que l'on
— 14 —
ne garde que de la réprobation contre un peuple
traqué comme une bête fauve par les meules
royales, contre un peuple encore peu éclairé, ivre
de longs désirs" de vengeances, et qui dans la fu-
reur de la lutte., où se jouent sa liberté et son
existence, ne se maintient pas, comme un philo-
sophe et un sage, dans les étroites limites de la
justice?
Eh bien ! c'est cette guerre de géants contre
l'ennemi du dedans et du dehors; c'est cette ter-
reur nécessaire et fatale, née des circonstances qui
entourèrent le berceau de la première république,
que les passions et les hypocrisies royalistes ont
exploitée pour faire peur de la république à ceux-
là même qu'elle avait tirés de la servitude pour
leur donner le travail libre et la propriété ; c'est aux
fils de ces paysans et de ces petits bourgeois,
acquéreurs de biens nationaux, que la réaction a
inspiré la terreur de la terreur, du spectre rouge,
des partageux, de la république. A ces ignorants,
elle a fait croire que la république était la cause et
— 45 —
la source de tous les maux, de toutes les souffrances,
de tous les excès qui entourèrent sa naissance et sa
courte vie, sitôt achevée par le crime inexpiable du
18 brumaire.
Post hoc ergo propter hoc ! Telle est la base inva-
riable de la logique jésuitique de tous les ennemis
de la république ; toutes les convulsions, toutes les
crises du corps social, malade des fautes et des abus
de la monarchie, sont imputées au médecin appelé
in extremis pour tenter sa guérison ; et le malade,
tenu dans l'ignorance des causes réelles de sa souf-
france actuelle, se voyant appauvri, misérable,
couvert de lèpre et de plaies, comme Job sur son
fumier, repousse et mord la main qui essaie de
panser et de cicatriser ses blessures ; il revient
aux empiriques de la monarchie et de l'Eglise, qui
exploitent sa sottise et sa crédulité.
L'histoire de la révolution et de la première
république, l'histoire du consulat et de l'empire,
ont été tellement dénaturées et transformées en
légendes terribles ou glorieuses, que pour les igno-
— 16 —
rants, qui sont en majorité, c'est l'empire et l'em-
pereur qui ont fait tout le bien dont la France est
redevable à la révolution et à la première républi-
que. L'empire et l'empereur sont restés l'objet du
culte d'un peuple dont ils ont versé le sang à flots
pour la satisfaction d'une ambition insensée, et
excitent encore l'admiration d'une nation qu'ils
avaient reçue grande et victorieuse, et qu'ils ont
laissée vaincue, envahie deux fois et diminuée.
Les exploits impopulaires de la congrégation et le
retour de la restauration au régime du bon plaisir
et du droit divin firent tomber le trône de saint
Louis sous les pavés d'une seconde révolution. La
France chassa une seconde fois les Bourbons de la
branche aînée et secoua le joug de la puissance clé-
ricale. Elle s'arrêta à la monarchie constitution-
nelle de l'ex-membre du club des Jacobins, du
jeune général qui vainquit avec Dumouriez l'étran-
ger à Jemmapes et à Valmy, du fils du conven-
tionnel régicide Philippe-Égalité, ci-devant duc
d'Orléans.
17
Mais cette monarchie bâtarde, issue d'une révolu-
tion et créée pour faire avancer la liberté et I'éga-
lité , se mit bien vite à reculer, parce qu'il est de
l'essence d'une monarchie de se replier sur elle-
même pour se confiner dans le pouvoir personnel
et échapper autant que possible au contrôle.
Elle recula, quand la nation marchait en avant;
elle recula jusqu'au 24 février 1848. L'entêtement
stupide d'un monarque doué d'un esprit fin et d'une
habileté peu commune avait préparé la catastrophe
et fait éclater une troisième révolution. II s'était
obstiné à refuser la réforme électorale, que Thiers
alors jugeait nécessaire; il avait repoussé l'adjonc-
tion des capacités, c'est-à-dire l'annexion de l'aris-
tocratie de l'intelligence à l'aristocratie de la
finance, et il ouvrait la porte à la république qui
s'empressait de lever toutes les écluses électorales
et de donner au pays le suffrage universel.
II semblait que la république de 1848, si douce,
si débonnaire, si empressée à faire de la conciliation,
aurait dû trouver grâce devant ses plus implacables
— 48 —
ennemis. Est-ce que ces millions de parias exclus
de la vie politique, qu'elle y avait appelés par réta-
blissement du suffrage universel, auraient l'insigne
ingratitude de retourner contre elle l'arme mise
entre leurs mains? Est-ce qu'on pourrait encore
leur faire peur de cette république si bénigne et
pour eux si maternelle?
La réaction entreprit cette tâche et réussit à faire
trébucher la république dans les fatales journées de
juin, dans la quasi-monarchie élective de la prési-
dence, et à la livrer désarmée au guet-apens de
Louis-Napoléon. Et la réaction monarchique eut
pour complice le suffrage universel ignorant et in-
conscient, affolé de terreur à la vue du mannequin
du spectre rouge, encore épris de la légende napo-
léonienne et toujours en quête d'un sauveur.
C'est que la république de 1848 héritait des
difficultés sociales et financières du règne de Louis-
Philippe, et les 45 centimes, tombant surtout à la
charge des paysans, furent exploités contre elle par
— 49 —
ceux-là même que cet impôt, mal assis et mal
réparti, avait le plus épargnés.
Ainsi la douceur, la conciliation, les appels
répétés à la concorde et à l'union n'avaient pas
réussi aux républicains de 1848. Le cléricalisme,
l'éternel et irréconciliable ennemi de la républi-
que, était venu aux premiers jours, poussé par la
peur, lui apporter son eau bénite, ses sourires et
ses caresses hypocrites. Tartufe avait pris le masque
républicain pour se faire accueillir par les Orgon,
j'allais dire par les Crémieux et les Garnier-Pagès,
du gouvernement provisoire. Tartufe, en bénissant
les arbres de la liberté, qui devaient en mourir,
dressait déjà ses batteries contre la république et se
préparait à lui dire :
La maison est à moi, c'est à vous d'en sortir.
II y entra par la loi Falloux qui livrait l'in-
struction publique et la jeunesse au jésuitisme et
à l'Eglise, déjà en possession des femmes et des
ignorants ; il y entra à la suite du coup d'État de
décembre, qui lui donna en échange de ses prières,
— 20 —
de ses bénédictions et de son appui, une garnison
permanente à Rome, les merveilles de Mentana
et des autorisations par milliers de couvents de
nonnes et de capucinières.
Vingt ans d'un régime énervant et abrutissant
de couvents et de casernes, de despotisme et d'in-
struction cléricale avaient singulièrement abaissé le
niveau moral de la France; les révélations ré-
cemment faites sur les platitudes de ses lettrés
démontrent que la gangrène et la pourriture im-
périale avaient gagné une partie du coeur et du
cerveau.
Que l'on juge par là de l'état du reste du pays
et notamment des provinces et des campagnes
soumises à la domination et à la direction com-
binées de Tartufe et de Joseph Prudhomme, du
jésuitisme et de la bourgeoisie idiotifiée à son
école !
A Paris et dans les villes, où l'élément démo-
cratique a de la force, de la vitalité et de l'intel-
ligence, on se fait de singulières illusions sur la
— 21 —
puissance de l'idée républicaine et sur son in-
fluence parmi les masses d'électeurs provinciaux
et campagnards qui composent l'immense majorité
de la nation. On s'imagine qu'il suffit de répéter
la formule : Fiat lux! pour que la lumière se fasse
et frappe les esprits aveuglés par la peur, par l'é-
goïsme et par un enseignement quotidien qui les en-
veloppe de préjugés et de ténèbres. S'il est des pen-
seurs, comme Michelet, Quinet, Littré et leurs
disciples, qui ont vu et compris que la doctrine de
la grâce et la doctrine de la justice, le catholicisme
et la république sont des adversaires inconciliables
et irréconciliables, combien de républicains ne
sentent pas encore que la monarchie absolue ou
constitutionnelle a sa base et sa racine dans le
droit divin, incompatible avec le droit humain,
c'est-à-dire la souveraineté du peuple! Combien ne
s'aperçoivent pas encore que l'Église, avec sa hié-
rarchie cléricale, avec son réseau de couvents et
de confréries, avec son organisation puissante sub-
ventionnée par l'État, tient enlacée la société tout
— 22 —
entière, et est en quelque sorte le ciment romain
qui relie et unit entre eux tous les éléments de la
réaction monarchique. ,
Mais elle sait bien, elle l'Eglise catholique, que la
république doit fatalement tôt ou tard émanciper
les consciences ; au catéchisme de la grâce opposer
le catéchisme de la morale et de la justice hu-
maine, et par la séparation de l'Église et de l'État
la reléguer, comme aux États-Unis, parmi les asso-
ciations libres entretenues par les associés et sans
autre prépondérance que celle qui se puise dans la
propagation des doctrines aussi librement émises
que librement discutées et combattues. Or, elle ne
veut pas de cette liberté qu'elle appelle la liberté
du mal, elle qui se prétend infaillible, qui se dit
Tunique interprète des volontés de Dieu, et eut
toujours pour principe de fermer la bouche à qui-
conque contestait et discutait ses doctrines, ses
dogmes et ses révélations.
Donc, philosophes, libres-penseurs, partisans de
la liberté de conscience, républicains, soyons bien
— 23 —
sûrs que nous la trouverons toujours, ouvertement
ou souterrainement, en hostilité et en lutte avec
l'idée républicaine. Sans nationalité, parce qu'elle
a toujours aspiré à gouverner le monde et à le
convertir au catholicisme, elle tendrait plutôt la
main à Luther et à Calvin, elle s'allierait plutôt
avec la Prusse protestante qu'avec la république
fondée sur là liberté de penser. Est-ce que le pape
refuserait, pour reconquérir sa royauté temporelle,
les secours du kaiser d'Allemagne, du czar de
Russie et même du Grand-Turc? Ne les sollicite-
rait-il pas plutôt, si sa diplomatie, inspirée par le
Gesu, espérait les obtenir?
Donc le cléricalisme retourne contre la républi-
que le mot de Voltaire : Écrasons l'infâme! et pour
arriver à ce but il exploite en France le suffrage
universel. Les élections du 8 février 1871 ont mis
les candidatures officielles des évêchés à la place
des candidatures officielles du régime impérial»
Jusqu'ici le parti républicain ne s'est pas assez
rendu compte de l'impulsion que peut donner à la
-24-
machine électorale du suffrage universel une im-
mense corporation parfaitement hiérarchisée et
disciplinée, ayant au moins un homme influent
dans chaque village. Le curé n'a pas de rival dans
sa paroisse et il trouve des auxiliaires dans le châ-
teau ou la maison bourgeoise dont la fortune exerce
son prestige sur le paysan. Celui-ci, qui sacrifie-
rait peut-être l'intérêt de son salut éternel, ou qui
n'en aurait pas grand souci, se laissera conduire
par ses intérêts pécuniaires ; il se gardera bien de
les compromettre par un acte d'indépendance. II
votera comme le curé qui lui donne sa liste de can-
didats, comme le propriétaire qui lui donne du tra-
vail et le conduit dans son char-à-bancs à l'urne
du scrutin. Voilà ce que nous avons vu en province,
et ce que semblaient ignorer les députés de Paris,
qui ont assumé la responsabilité du gouvernement
provisoire de la république de 1870.
Est-ce à dire que le suffrage universel n'a pas
rendu l'opinion des électeurs de la province? Telle
n'est pas notre pensée.
— 25 —
La réaction a eu cinq grands mois pour la pré-
parer et la manipuler, en quelque sorte ; elle a
pétri, comme une cire molle, une majorité dé-
pourvue d'instruction et d'intelligence, incapable
de se faire par elle-même une opinion, et elle lui
en a fabriqué une qui a été acceptée et exprimée
avec un merveilleux ensemble. Sur ce mot d'ordre :
La paix ! les électeurs ont serré les rangs et em-
boîté le pas, avec une discipline... prussienne!
Ont-ils voulu rappeler Napoléon III ? Oui, si leur
beurre et leur blé doivent reprendre faveur, comme
sous son règne; si le commerce redevient florissant,
si l'Impératrice peut, ainsi qu'ils sont tentés de le
croire, rapporter des milliards pour indemniser la
Prusse et ne pas augmenter leurs impôts. Si la
famille d'Orléans leur inspire les mêmes espérances,
si on leur promet en son nom les mêmes avantages,
que la branche cadette revienne! Le retour
de Henri V soulève une objection : les électeurs
de la campagne ont un vague souvenir de la dîme,
de la corvée et de la féodalité; ils veulent bien
— 56 —
que les prêtres et les châtelains les conseillent et
les guident, mais ils ne veulent pas qu'ils les gou-
vernent, parce que ce serait le gouvernement
féodal.
Pour le moment la république leur fait peur,
comme le symbole de la guerre, et parce qu'on
leur a persuadé que les républicains des villes
pilleraient ce que l'envahisseur prussien ne leur a
pas pillé.
Certes, jamais il n'aura été donné à l'historien
honnête de constater, d'une façon plus évidente et
plus palpable, avec quelle fausseté et quelle hypo-
crisie les partis hostiles à la république l'auront
calomniée, et auront exploité l'ignorance et la cré-
dulité publiques, pour en faire le bouc émissaire
de la nation et lui mettre sur le dos tous les péchés
d'Israël. C'est elle que l'on accuse de cette guerre,
du mauvais état des armées, de la ruine et de la
honte de la France, elle qui a tenté de s'opposer à
la guerre, de rétablir nos armées, d'armer le pays
et de sauver la fortune et l'honneur de la patrie !
- 27 —
Et ceux qui l'accusent, ce sont les hommes des
régimes déchus, les hommes de toutes les servilités
et de tous les serments, qui n'ont eu que des Te
Deum et des applaudissements pour le César stu-
pide qui jetait la France dans cette guerre néfaste.
Ce serait un spectacle propre à faire désespérer de
l'avenir de la France et de l'humanité, si l'idée
immortelle de justice et de progrès pouvait s'é-
teindre et périr.
Mais si la réaction, ni le peuple qu'elle mène
n'ont le droit d'accuser la république de nos dé-
sastres, imputables à ses accusateurs hypocrites ou
ignorants, qu'il soit permis aux républicains d'é-
mettre en toute sincérité leur opinion sur la con-
duite politique et les fautes dont son gouvernement
provisoire, durant cinq mois, lui a fait endosser
la responsabilité. D'autres diront comment le gou-
vernement de Paris, par sa mollesse et ses fai-
blesses, a conduit la grande cité républicaine à la
capitulation lamentable du 28 janvier. Pour moi,
je n'esquisserai que Thistoire non moins triste de
— 28 —
la délégation provinciale pendant son séjour à
Tours. Je ne la suivrai même pas à Bordeaux, où
elle est allée terminer sa carrière dans des velléités
tardives et impuissantes d'une dictature républi-
caine aux abois. Je ne dirai que ce que j'ai vu à
Tours jusqu'au 8 décembre 1870, ce dont j'ai été
le spectateur affligé.
Tours, 24 février 1871.
TROIS MOIS DE DICTATURE EN PROVINCE
LE GOUVERNEMENT
DE LA
DÉFENSE NATIONALE
A TOURS
CHAPITRE PREMIER.
La révolution du 4 septembre. — Le gouvernement de la défense na-
tionale. — Sa politique. — Jules Favre, Trochu, Gambetta. — Les
vieux et les jeunes.
Si la France entière avait fait, pour empêcher la guerre
de 1870, tous les efforts que fit le parti républicain, jamais
l'empereur, contrairement au voeu formel de la nation,
n'aurait osé l'entreprendre. Le plébiscite en était la pré-
face, et jamais mensonge plus grossier ne trompa le pays.
II y a quelques jours encore, alors que l'armée prussienne
occupait près de la moitié du sol français, je lisais sur les
murs d'une commune de l'Anjou ces mots de la proclama-
— 30 —
tion plébiscitaire du préfet de l'empire : Voulez-vous la
paix? votez oui! Si la question eût été ainsi posée réelle-
ment, il y aurait eu dix millions de voix pacifiques. Le
suffrage universel ne comprit pas, maigre les tentatives
faites pour l'éclairer, que l'empire lui demandait un
nouveau blanc-seing avec la pensée secrète d'en abuser
pour déclarer la guerre.
Rendons justice à qui de droit : Thiers, le chef actuel
du pouvoir exécutif de la république française, et Dufaure,
son ministre de la justice, virent le piége tendu à la nation
et lui conseillèrent de l'éviter; mais la main de la police,
en province comme à Paris, tenta de fermer la bouche
aux citoyens qui dévoilaient les mensonges du pouvoir.
Le plébiscite me valait l'honneur d'une dénonciation du
parquet de Tours au parquet de la cour d'Orléans, qui
envoya à Emile Ollivier, pour lui demander des instruc-
tions dans le but de me poursuivre, un télégramme
retrouvé après le 4 septembre dans les papiers du ministre
de la justice.
Lorsque la guerre fut déclarée, au mois de juillet,
j'adressai au Phare de la Loire une lettre de protestation,
dont la publication contribua à attirer au journal et à
mon ami Evariste Mangin les honneurs d'une petite émeute
impérialiste. A ce moment on nous accusait de pactiser
avec l'étranger et l'on nous appelait Prussiens!
Je cite ces faits, moins pour m'en glorifier, que pour
— M —
constater qu'en province l'attitude du parti républicain
avait été la même que celle de la gauche fermée à la
chambre. En face de cette guerre sans motifs sérieux,
qu'avait-il à attendre et à espérer ? Elle le plaçait dans
une terrible et poignante alternative.
Les victoires de l'empire et de ses généraux de fer blanc
et de carton ramenaient la liberté aux carrières et les
républicains à l'exil, à Cayenne et à Lambessa. Evidem-
ment, c'était pour se refaire une popularité dans l'armée
que Napoléon III, après les échecs de Sadowa et du
Mexique, avait entrepris cette guerre, et espérait revenir
victorieux imposer au pays un despotisme incontesté.
Les défaites, c'était peut-être la ruine de la dynastie
impériale, la révolution, la république, mais dans des
conditions désastreuses, avec l'invasion étrangère, l'épui-
sement et la ruine de la France.
De Saarbruck à Sedan l'ineptie et la lâcheté des géné-
raux de l'empire, et de l'empereur lui-même, ne donnèrent
au pays que des défaites et des désastres à enregistrer.
Dès les premiers jours d'août l'empire avait perdu tout
son prestige ; les esprits clairvoyants pressentaient sou
écroulement. Combien n'ai-je pas entendu de gens n'ap-
partenant pas à l'opinion républicaine dire tout haut
alors : II n'y a que la république qui puisse sauver la
France.
Pour moi, j'avais espéré que la gauche et la population
— 32 —
républicaine de Paris n'attendraient pas que toutes les
armées régulières fussent anéanties pour proclamer la
déchéance de l'empire et l'avénement de la république ;
mais lorsque j'avais vu la gauche accepter un ministère
Palikao et laisser passer la date fatidique du 10 août,
sans renverser cet empire qui venait de se suicider, je
m'étais pris à désespérer du salut de la France par la
république. Je pensais que la gauche républicaine, restée
au-dessous de sa tâche, ne pourrait jamais composer un
gouvernement fort, homogène, une dictature assez éner-
gique pour relever le pays affaissé et presque tombé à
terre.
Le 4 septembre, après la capitulation de Sedan, le jour
même où la république était proclamée à l'Hôtel-de-Ville,
je doutais encore de la république. Bien plus, je n'osais
lui souhaiter de naître en de pareilles circonstances, et
j'aurais été tenté de laisser la responsabilité des humilia-
tions à subir et de l'abaissement qu'une paix nécessaire
infligerait à la France à ceux qui, de près ou de loin,
s'étaient associés aux dilapidations et à l'incurie de l'em-
pire. Je tremblais de voir compromettre notre chère répu-
blique dans cette épouvantable aventure, d'autant que je
partageais sur les hommes politiques de la gauche l'opinion
émise par Girault (du Cher).
« J'assistais, dit-il, le 4 septembre à la chute de l'em-
» pire et à la proclamation de la république ; mais au lieu
— 33 —
» de partager la joie qui, en cet instant suprême, animait
» tout Paris, je tus saisi par une affreuse douleur morale ;
» un pressentiment terrible me disait qu'en présence
» d'une situation presque désespérée, quelques grands
» orateurs qu'ils fussent, les hommes qui prenaient en
» main les destinées de la France ne possédaient ni
» l'énergie, ni l'esprit pratique impérieusement nécessaires
» en un pareil moment.
» Je me disais que sans un triomphe éclatant de la
» nation sur l'ennemi, toutes les calamités accumulées
» par l'empire retomberaient sur la république...»
Le gouvernement provisoire du 4 septembre 1870, où
se retrouvait le vieil élément de 4848, édulcoré et encore
affadi par sa fusion avec Trochu, général de l'empire et
de l'Eglise, avec l'amiral Fourichon, le vieux Glais-Bizoin
et d'autres républicains non moins pâles, sembla effrayé
de la révolution pacifique qui l'avait élevé au pouvoir et
n'osa franchement s'appeler le gouvernement de la répu-
blique ; il prit timidement le titre de gouvernement' de la
défense nationale. C'était une première et lourde faute,
car c'était tenir la porte ouverte aux prétendants et aux
restaurations monarchiques, et placer au-dessous du suf-
frage universel la république, la seule forme de gouver-
nement compatible avec la liberté et la souveraineté du
peuple.
Pour créer la république il faut avoir le courage et l'au-
— 34 —
dace d'affirmer sa croyance, de confesser sa foi ; et le
gouvernement provisoire avait hésité à proclamer son
acte de foi républicaine. Or, qu'est-ce que la république?
Le gouvernement qui nous divise le moins, a dit le
scepticisme politique de M. Thiers ; mais nous disons,
nous autres républicains, que c'est le seul qui n'exclut et
ne repousse aucune manifestation d'opinion, parce qu'il
est de son essence de donner à toutes les opinions la plus
complète liberté. La république est dans le domaine poli-
tique ce que la libre-pensée est dans le domaine moral et
philosophique. De même qu'un dogme, ou une religion,
catholique ou autre, n'a pas le droit, quel que soit le nombre
de ses adhérents, de contraindre la seule conscience qui
lui resterait opposée à abdiquer sa liberté et son droit de
croire, même à l'erreur ; de même une majorité, si im-
mense et si imposante qu'on la suppose, n'a pas le droit
d'imposer à un individu, encore moins à une minorité et à
un parti, un pouvoir et des lois qui mutilent, ou amoindris-
sent sa liberté de penser, de parler, de prêcher et d'écrire.
Une royauté, aussi libérale que possible, ne saurait per-
mettre que l'on discute et que l'on attaque, par la parole
et par la presse, ni son principe, ni la personne sacrée du
souverain; elle ne permettra jamais la libre propagande
républicaine. La république admet la discussion de son
principe et de son gouvernement, et son renversement
par un coup d'Etat violent, ou un coup de majorité est
— 85 -
l'annihilation ou la diminution de la souveraineté du
peuple et des libertés publiques.
Donc, elle doit être placée au-dessus du suffrage uni-
versel; et ce n'est pas seulement la forme politique qui
nous divise le moins, c'est aussi la seule qui puisse mettre
un terme aux révolutions, en n'opposant aucun obstacle
aux évolutions politiques et sociales préparées et mûries
par le temps et la libre discussion.
La députation de Paris, en saisissant les rênes du gou-
vernement tombées des mains indignes du prisonnier de
Sedan et de ses complices, aurait dû comprendre qu'elle
avait besoin de faire preuve de l'énergie et de l'audace des
Danton et de ces vaillants conventionnels qui allaient au
feu à la tête des soldats de la première république. Et elle
n'osait même pas s'appeler résolument le gouvernement
de la république ! C'était se créer une situation qui lais-
sait transpirer les indécisions et les tiraillements de ce
comité de salut public, qui pouvait avoir la volonté mais
non la force de sauver le pays.
Léon Gambetta, ministre de l'intérieur, envoyait à la
France des télégrammes reçus et publiés par des préfets
de l'empire, pour annoncer que la déchéance avait été
prononcée au Corps législatif, la république proclamée
à l'Hôtel-de-Ville, et qu'un gouvernement de la défense
nationale, composé de onze membres, tous députés de
Paris, avait été constitué et ratifié par l'acclamation popu-
— 36 —
laire. II ajoutait que le général Trochu était maintenu
dans ses pouvoirs de gouverneur de Paris, et nommé mi-
nistre de la guerre, en remplacement du général Palikao.
Ainsi, cette dépêche aux provinces, qui visait peut-être
à l'habileté, mêlait ensemble l'élément impérial et l'élé-
ment populaire, le Corps législatif de l'empire et l'Hôtel-
de-Ville envahi par le peuple, les pouvoirs de gouverneur
de Paris conférés à Trochu par le gouvernement de la ré-
gente, et le ministère de la guerre donné à ce général par
le gouvernement de la défense nationale, constitué et rati-
fié par l'acclamation populaire.
La république proclamée à l'Hôtel-de-Ville n'apparais-
sait que comme un simple incident enchâssé dans une
incidente.
Cela manquait de netteté, comme le gouvernement lui-
même, comme la politique de compromis et d'expédients
qu'il inaugurait par sa constitution même, par la collecti-
vité dont il se composait.
Ce gouvernement devait porter dans les grandes choses
l'incohérence et les contradictions qu'à son origine même,
il mettait dans les petites.
II faut que la justice se rende au nom de quelqu'un ou
de quelque chose ; il faut une formule exécutoire à ses
arrêts.
« Le gouvernement de la défense nationale décrète :
— 37 —
» Les tribunaux rendront la justice au nom du peuple
» français. »
Et voilà ce gouvernement, qui n'ose se dire hautement
le] gouvernement de la république, qui se sent obligé
d'imposer à la magistrature de l'empire les formules
républicaines :
« République française, au nom du peuple français....
La république mande et ordonne. »
Mais il faudra que quelque maire de Paris donne
l'exemple, pour que la devise : Liberté, égalité, fraternité
reparaisse.
Evidemment, on hésitait à arborer et déployer complé-
tement le drapeau républicain. II ne faut pas s'en étonner,
si l'on considère la composition du gouvernement provi-
soire.
Jules Favre est un merveilleux orateur et peut-être un
républicain, bien que son républicanisme se colore,
ou plutôt se décolore de je ne sais quelle nuance de
néo-christianisme, et fasse intervenir Dieu et la Provi-
dence dans les affaires et les doctrines de sa république.
Mais plus artiste de la parole qu'homme d'Etat, il n'avait
pas cette fougue de l'orateur homme d'action qui fit la
force de Danton ; il redoutait plutôt les émotions popu-
laires qu'il aurait fallu, dans la crise où se trouvait la
France, diriger et non comprimer. La veille du 4 septem-
bre, il n'avait pas encore vu poindre la révolution, à la-
3
— 38 —
quelle il aurait dû pousser Paris un mois plus tôt. A la
séance du 3, il demandait quoi? La dictature militaire,
la dictature de Trochu, ne voyant pas que le militarisme
qui avait perdu la France à Sedan serait impuissant à la
sauver.
" Le gouvernement ayant cessé d'exister, disait-il aux
■» eunuques impériaux du Corps législatif, le pays ne doit
» plus compter que sur lui-même ; ce qu'il y a de néces-
» saire, c'est une dictature militaire. Un nom est cher,
» il est aimé ; devant ce nom doivent s'effacer tous les
» autres, voilà mon voeu. »
Jules Favre s'était imaginé que Trochu était un grand
capitaine et un grand homme !
Le général Trochu, parce qu'il avait publié un livre
sur l'organisation de l'armée française, s'était fait la répu-
tation d'un phénomène et d'une illustration méconnue,
au milieu de ces ânes, à qui les faveurs de la cour de
Bonaparte avaient confié la mission de commander à des
lions! Quand l'incapacité des généraux de l'armée impé-
riale avait apparu à tous les yeux, à la lueur sinistre de
nos désastres, l'impératrice-régente, qui cherchait aussi
un sauveur militaire, l'avait nommé gouverneur de Paris,
et Palikao, repondant à Jules Favre qui demandait la
dictature pour ce nom cher et aimé, disait : « J'ai trop
» confiance en lui, en son honneur, pour penser qu'il
» accepte jamais la position que vous voulez lui faire.»
— 39 —
Trompant la confiance de la régente et de Cousin-Mon-
tauban, Trochu acceptait le lendemain la dictature mili-
taire de Paris. La confiance de l'impératrice et de son
ministre de la guerre dans le gouverneur de Paris était
bien faite pour inspirer de la défiance aux républicains.
Mais dans le désarroi où l'invasion avait mis la France,
combien de patriotes dévoués et sincères pensaient comme
Jules Favre, qu'elle avait besoin d'un dictateur et d'un
sauveur militaire ! C'est pourquoi la présidence du nou-
veau gouvernement fut donnée à cette solennelle et dévote
incapacité.
Aux hommes de la vieille et mauvaise école de 4848, qui
avaient déjà perdu la république en la livrant, par leur
faiblesse et leur politique de conciliation à tout prix, à la
réaction et à l'Eglise, était venu s'adjoindre un homme
nouveau, une jeune célébrité oratoire, Léon Gambetta, .
qui représentait dans le gouvernement provisoire la poli-
tique superficielle et bruyante d'un groupe de jeunes
républicains, doués de plus de talent et de vanité que
d'expérience. Dédaignant les hommes de 1848, qu'elle
confondait tous avec ceux qui avaient si mal dirigé la
république, répudiant presque toutes les traditions du
passé, la jeune école néo-républicaine s'imaginait avoir
assez d'habileté dans le maniement des hommes et des
affaires pour rallier tous les partis dissidents et hostiles
autour du drapeau de la république. Elle pensait et disait
— 40 —
avant le 4 septembre que si la république de 1848 s'était
laissé escamoter par la réaction monarchique, c'est que
ses gouvernants avaient manqué de souplesse et de dexté-
rité politique pour amener à elle la bourgeoisie et le
peuple des campagnes, qu'une direction plus habile au-
rait convertis au républicanisme.
Cette pensée, mêlée aux souvenirs de la grande révolu-
tion, devait produire beaucoup d'agitation, des procla-
mations éloquentes, des décrets qu'eussent signés Saint-
Just et Danton, mais qui sont demeurés lettres mortes,
et des actes inspirés par un esprit de conciliation inop-
portune et maladroite, qui exagérait encore, au lieu de la
corriger, la politique de faiblesse, de compromis et d'expé-
dients que l'histoire peut reprocher, à bon droit, aux ré-
publicains parvenus au pouvoir en 4848.
CHAPITRE II.
Les préfectures. — La curée. — La politique du ministre de l'inté-
rieur. — Les municipalités. — La circulaire de Gambetta et la cir-
culaire confidentielle, de Laurier. — Conseils inécoutés du Réveil,
— La réaction ne désarme pas !
La république du 4 septembre, c'était son droit et son
devoir, ne devait laisser en place aucun des préfets et des
sous-préfets de l'enipire. Son premier acte de bonne poli-
tique et de justice était donc de s'associer en province des
collaborateurs et des administrateurs intelligents et qui
lui fussent dévoués. Mais était-il bon, était-il utile de con-
server les préfectures et les sous-préfectures, et de nommer
des préfets et des sous-préfets de la république avec les
traitements de leurs prédécesseurs du temps de l'empire?
Préfectures et préfets sont une institution de la centralisa-
tion impériale et monarchique, qu'une constitution répu-
blicaine doit nécessairement modifier. Si l'on ne voulait
pas heurter les traditions réactionnaires de la province en
nommant des commissaires de la république, comme
en 1848, on pouvait bien, sous une autre dénomination,
— 42 —
pourvoir aux nécessités de l'administration provisoire des
départements, en réduisant les gros traitements des admi-
nistrateurs, et en confiant les sous-préfectures, qui n'ont
guère de raison d'être, à l'administralion communale des
chefs-lieux d'arrondissements. Mais il semblait que, moins
encore qu'en 1848, le gouvernement provisoire de 4870
ne voulût toucher à aucun des rouages de la vieille ma-
chine qu'il s'était chargé de faire fonctionner. Le choix
des préfets ne fut pas toujours heureux. II y eut quelques
nominations scandaleuses.
Aujourd'hui la réaction reproche aux républicains de
s'être précipités à la curée. Certes, si nous avons vu, le
lendemain de la révolution, des hommes appartenant au
parti républicain, ou se glorifiant d'y appartenir, assiéger
l'Hôtel-de-Ville et les bureaux des ministères pour y
quêter des emplois ; s'il s'en est rencontré pour se faire
les introducteurs et les courtiers des délégués de départe-
ments venus à Paris pour demander des administrateurs
ou faire ratifier leurs choix, rien ne saurait égaler la pla-
titude et la bassesse des réactionnaires s'accrochant à leurs
places pour s'y conserver, ou arborant les couleurs répu-
blicaines pour solliciter un emploi. N'avons-nous pas vu
un préfet, la veille encore serviteur de l'empire, ne pas
rougir de se dire le lendemain préfet de la république, et
un journaliste, plus nuancé de blanc que de rouge, se faire
présenter à l'un des plus fermes républicains du gouverne-
— 43 —
ment de la défense nationale pour obtenir une préfecture.
Mais laissons ces tristes récriminations ; qu'il nous
suffise de faire appel aux hommes de bonne foi, pour leur
demander si ce n'étaient pas les solliciteurs de tous les ré-
gimes déchus qui encombrèrent deux mois la ville de
Tours et les antichambres des délégations du gouverne-
ment de la république.
La première circulaire de Gambetta aux administrateurs
provisoires et aux préfets des départements de la républi-
que donnait la note de la politique du gouvernement :
« Notre nouvelle république, disait-il, n'est pas un gou-
» vernement qui comporte les dissensions politiques, les
» vaines querelles. C'est, comme nous l'avons dit, un gou-
» vernement de défense nationale, une république de
» combat à outrance contre l'envahisseur.
» Entourez-vous donc des citoyens animés, comme
» nous-mêmes, du désir immense de sauver la patrie et
» prêts à ne reculer devant aucun sacrifice.
» Au milieu de ces collaborateurs improvisés, apportez
» le sang-froid et la vigueur qui doivent appartenir au re-
» présentant d'un pouvoir décidé à tout pour vaincre
» Fennemi.
» Que chaque Français reçoive ou prenne un fusil et
» qu'il se mette à la disposition de l'autorité. La patrie
» est en danger ! »
— 44 —
C'étaient là de belles et nobles paroles ! mais qui expri-
maient cette illusion fatale que toutes les haines et les
rancunes, soulevées par l'avénement de la république,
avaient désarmé en face de l'ennemi commun et de la pa-
trie en danger. Pour faire cesser les dissensions et les
vaines querelles, pour que cette république de combat à
outrance contre l'envahisseur poussât toutes les forces de
la nation au secours de la patrie en danger, il fallait que
confiante dans son énergie elle sut discipliner les combat-
tants et se faire obéir. II ne s'agissait pas de faire de la ter-
reur, mais de la justice. Or, la justice commandait d'im-
proviser les collaborateurs civils et militaires en dehors des
hommes compromis volontairement au service de l'empire
et des monarchies, parmi ceux qui s'étaient dévoués ou
étaient disposés à se dévouer sincèrement et sans arrière-
pensée à cette république de combat, qui n'avait pas déses-
péré du salut de la France après Reischoffen et Sedan. La
justice commandait, en présence de l'invasion suscitée par
les meneurs incapables ou perfides de la réaction en pro-
vince, de ne pas leur laisser le commandement et la di-
rection des forces destinées à la repousser, et de ne pas
leur permettre, par des compétitions de pouvoir et d'in-
fluence inopportunes et coupables, d'introduire dans la
défense nationale et la république les dissensions politi-
ques, les vaines querelles et les divisions. La justice et les
circonstances commandaient la dictature républicaine,
— 45 —
non d'un homme d'Etat, d'un ministre ou d'un général,
mais d'un gouvernement de salut public, dont la politique
énergiquement patriotique inspirât et surveillât les chefs
d'armées aussi bien que les administrateurs des départe-
ments et des communes pour les faire concourir au même
but, la délivrance du pays.
Malheureusement, ce n'est pas cette politique qui fut
suivie, et les actes ne furent pas, tant s'en faut, à la hau-
teur des paroles.
II importait beaucoup pour l'établissement de la répu-
blique que la municipalité, la commune fût, sinon révo-
lutionnaire, au moins républicaine dans les villes et dans
les campagnes. Le gouvernement impérial ou tout autre
gouvernement monarchique comprenait bien qu'il ne
fallait pas (laisser l'administration municipale en des
mains ennemies. Les maires de l'empereur et des préfets
de l'empire n'étaient pas disposés à faire aimer et à défen-
dre la république. Malgré la difficulté de trouver dans les
campagnes des municipalités et des maires républicains
capables d'administrer les petites communes, une mesure
radicale, la dissolution générale, eût été la plus sage et
la plus politique, sauf à permettre et conseiller aux pré-
fets de reprendre, faute de mieux, les hommes les plus
utiles, les moins illibéraux, pour les replacer dans les
commissions municipales et même à leur tête. Le gouver-
nement, toujours en vue d'une conciliation impossible et
3.
— 46 —
dérisoire, préféra adopter un moyen terme qui devait sa-
tisfaire peu de monde et mécontenter vivement le parti
républicain.
Une circulaire de Gambetta, ministre de l'intérieur, aux
préfets leur disait : « La défense du pays avant tout !
» Assurez-la... en suscitant autour de vous les énergies
» locales, en disciplinant par avance tous les dévoue-
» ments, afin que le gouvernement puisse les mettre à
» profit, suivant les besoins du pays. »
Le ministre sentait donc, et les événements ont confirmé
depuis l'importance du remaniement des municipalités
pour la résistance et la guerre à outrance à opposer à
l'invasion.
II ajoutait : " Pour ce qui est de vos relations avec
" l'ancien personnel du gouvernement déchu : maires,
» adjoints, conseillers municipaux et fonctionnaires, re-
» levant exclusivement de l'ordre administratif, votre
» conduite est toute tracée dans les idées que je viens
» d'exposer. Ce qu'il faut à notre pays endormi et énervé
» depuis dix-huit ans, ce qui lui est nécessaire au jour de
» ce terrible réveil, c'est l'activité sans confusion, la vie,
» une vie régulière et organisée. Partout donc où se ma-
» infesteront des tendances à la propre initiative des ci-
» toyens assemblés dans leurs communes, encouragez-les
» en les réglant, si elles s'inspirent de l'esprit de patrio-
— 47 —
» tisme et de dévouement qui anime les représentants
» des pouvoirs publics.
» Le gouvernement de la défense nationale a été com-
» posé par le peuple de ses propres élus; il représente en
» France le grand principe du suffrage universel. Ce gou-
» vernement manquerait à son devoir comme à son ori-
» gine, s'il ne tournait pas dès l'abord ses regards sur les
» municipalités issues, comme ses membres, des urnes po-
» pulaires. Partout où sont installés des conseils munici-
» paux élus sous l'influence du courant libéral et démo-
» cratique, que les membres de ces conseils deviennent vos
» principaux auxiliaires.
» Partout au contraire où, sous la pression fatale du ré-
» gime antérieur, les aspirations du citoyen ont été refou-
» lées et où les conseils élus et les officiers municipaux ne
» représentent que des tendances rétrogrades, entourez-
» vous de municipalités provisoires et placez à leur tète les
» chefs qu'elles auront choisis elles-mêmes dans leur sein,
» si dans leur choix elles ont su obéir aux nécessités pa-
» triotiques qui pèsent sur la France. »
L'auteur de. cette circulaire et l'inspirateur de la politi-
que qu'elle imposait aux préfets avait évidemment voulu
se montrer habile, en écartant la pensée et l'image de la
révolution pour placer le gouvernement de la défense na-
tionale sous l'égide du suffrage universel, dont il ne tenait
pas si grand compte qu'il ne le livrât à l'appréciation ré-
— 48 —
trospective de ses agents administratifs. Bien qu'il fût en
grande majorité composé des élus de Paris, auxquels avaient'
été adjoints Trochu, Le Flô et Fourichon, qui ne tenaient
leur mandat d'aucune élection, le gouvernement du 4 sep-
tembre, quoiqu'il fît pour en effacer la tache originelle aux
yeux de la réaction, n'en était pas moins issu d'un mou-
vement révolutionnaire. Le grand principe du suffrage
universel invoqué par Gambetta avait bien subi quelque
atteinte, comme il en subirait nécessairement toutes les
fóis qu'il aurait immolé à la peur ou à l'égoïsme les liber-
tés, l'indépendance et l'honneur du pays, et rendu indis-
pensable une révolution comme celle qui avait renvoyé dans
leurs départements ses élus du Corps législatif. N'était-ce
pas, quelque précaution oratoire que prit le ministre pour
envelopper ses instructions, lui porter une nouvelle atteinte
que de charger les préfets de remplacer par des municipa-
lités provisoires les conseils municipaux qui n'avaient pas
été élus sous l'influence du courant libéral et démocratique ?
Toutes les finesses de langage et les habiletés qui trahis-
saient la faiblesse et le manque de foi en la révolution du
4 septembre valaient-elles une situation nette, une fran-
che attitude?
Cette circulaire de Gambetta n'était pas même le der-
nier mot de l'habileté du ministère de l'intérieur. Nous
avons vu et lu une circulaire confidentielle de Laurier,
chef du cabinet du ministre, qui recommandait aux pré-
_ 49 —
fets de maintenir en fonctions les municipalités existantes
et de vivre en bon accord avec elles. Étrange politique, en
vérité, qui gardait avec l'ancien personnel du gouvernement
déchu de tels ménagements!
La politique du ministère des affaires étrangères n'a-
vait pas une allure plus fermement républicaine. Certes, la
circulaire que Jules Favre adressait, le 6 septembre, aux
agents diplomatiques de France est magnifique et d'une
rare éloquence. Mais vous y chercherez vainement le mot
de république. On dirait que l'illustre orateur l'a écarté à
dessein de sa communication aux puissances étrangères.
Cette politique d'effacement inspirait au Réveille 9 sep-
tembre les réflexions suivantes, qui expriment parfaitement
une opinion que nous partageons : a Deux voies s'ouvrent '
» pour la république. Doit-elle chercher à s'effacer, se faire
» aussi petite que possible, en vue de se faire pardonner
» son existence, ou bien, déployant hardiment son dra-
» peau, doit-elle n'en appeler qu'à son droit incontestable?
» Entre ces deux alternatives le choix n'est pas douteux.
» Lapolitique d'effacement, c'est la mort honteuse à courte
» échéance. II n'y a de salut que dans la pratique franche,
» loyale, énergique du régime républicain.
» Que le souvenir de 1848 nous serve de leçon. Alors,
» on recourait aux procédés de la vieille politique'; on ne
» songeait qu'à rassurer les rois qu'un souffle aurait jetés
» à terre, qu'à rassurer aussi les repus de la veille. On
— 50 —
» croyait avoir tout gagné en obtenant l'admission d'un
» représentant de la république dans une chancellerie
» étrangère, et l'on gardait le plus qu'on pouvait des fonc-
» tioanaires du juste-milieu. Qu'est-il arrivé ? L'action
» extérieure de la république a été paralysée en pure perte,
» la réaction a conservé ses cadres, et bientôt, après une
» douloureuse agonie, la république périssait sous la main
» de celui qui vient de livrer et de ruiner la France. Mal-
» heur à qui serait tenté de l'oublier!
» Voyons les choses comme elles sont. Le magnifique
» langage de M. Jules Favre ne sera pas entendu de l'Eu-
» rope monarchique, et de même les réactionnaires, qui
» font mine aujourd'hui de retourner leur habit pour
» tromper la république et la mieux trahir, resteront sourds
» à l'appel du patriotisme.
» Ne nous y trompons pas. La défénse nationale n'est
» possible qu'avec et par le peuple, qu'avec et par la répu-
» blique. Si les serviteurs du régime monarchique restent
» en fonctions, si le gouvernement compte sur les rois,
» s'il ne projette pas au dehors la révolution, s'il ne s'oc-
» cupe pas sans délai de républicaniser les administra-
» tions, s'il ne réduit pas à l'impuissance tous les ennemis
» de la révolution, il assumera sur sa tête la plus écra-
» sante responsabilité.
» Qu'il écoute nos conseils; ils sont aussi désintéressés
— 51 —
» que sincères; c'est le patriotisme leplus purqui nous les
» inspire.
» Avec la France pour point d'appui, avec la révolution
» pour levier, la république est invincible. »
Répondant à un organe de la réaction qui déjà relevait
la tête, le Réveil disait encore :
« Pour les membres du gouvernement provisoire, qui
» se sont chargés des destinées chancelantes du pays, le
» droit de renvoyer tout ce qui s'est sali au contact de
» l'empire subsiste tout entier; c'est même le seul moyen
» qu'ils aient d'organiser la résistance désespérée que la
» lâcheté de Bonaparte nous a imposée. »
Les conseils ne manquaient pas ; mais ils n'étaient pas
écoutés. Rochefort même, de qui Jules Favre avait dit : Il
vaut mieux l'avoir avec nous dans le gouvernement qu'en
dehors ; Rochefort se taisait des illusions sur les ennemis
de la république, parce qu'ils avaient changé de langage
ou gardaient le silence. Dans sa lettre du 8 septembre, où
il désavouait la Marseillaise et les emportements du géné-
ral Cluseret, il disait : Toutes les opinions désarment.
Comme si la réaction monarchique désarmait jamais au-
trement que ces Prussiens cauteleux qui lèvent la crosse
eu l'air pour tromper leurs ennemis et les fusiller à bout
portant; comme s'il ne fallait pas lui faire mettre bas les
armes et licencier ses cadres !
Le bon sens le plus vulgaire dictait les mesures à