Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Trois têtes dans un bonnet, ou MM. B. Constant, Jay et Guizot. Seconde édition

40 pages
Ponthieu (Paris). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

TROIS TETES
DANS UN BONNET,
ou
MM. B. CONSTANT, JAY ET GUIZOT.
Necte tribus nodis , ternos colores.
VIRG.
SECONDE EDITION.
A PARIS,
CHEZ PONTHIEU, LIBRAIRE,
PALAIS-ROYAL, GALERIE DE BOIS, N° 252.
1820.
TROIS TÊTES
DANS UN BONNET.
LE cardinal de Retz, qu'on aime toujours
à citer lorsqu'il s'agit d'intrigues politiques,
disait : Les noms fameux, quelque vides
qu'ils soient, sont toujours dangereux. Je
crois cependant, malgré l'autorité du car-
dinal, si respectable en fait de troubles,
qu'il suffit, à l'égard de certains noms grossis
par la renommée, de les montrer creux
pour écarter les dangers de leur influence.
C'est une expérience que je veux faire sur
MM. Benjamin Constant, Jay et Guizot.
Pour la rendre facile , je place mes trois
adversaires sous le même bonnet, non qu'à
eux trois ils aient un seul et même avis,
mais leurs opinions étant d'une couleur sem-
blable , j'ai vu de suite sous quel bonnet leur
place était marquée. D'ailleurs cette diffé-
rence dans leurs avis pourra m'être utile ;
je n'aurai besoin, pour combattre mes ad-
versaires , que de les laisser parler.
Disons d'abord ce que viennent de faire ces
trois grands publicistes : ils ont publié des bro-
chures ; celles des deux premiers, réunies ,
ne composent pas plus d'une soixantaine de
pages. Quant à M. Guizot, la sienne en
compte près de quatre cents. On peut, sui-
vant une pensée de Buffon, démêler jusqu'à
un certain point, dans le style d'un ouvrage,
le caractère et les habitudes de l'auteur.
Mais il n'est pas même besoin de lire un
doctrinaire pour le reconnaître, on le de-
vine d'abord à l'épaisseur du volume.
Si jamais une querelle politique s'élevait
dans la boutique libérale de Ladvocat, et
qu'on en vînt à se jeter les livres à la tête,
comme dans la bataille du Lutrin, ils se-
raient à plaindre les guerriers atteints par
les brochures de M. Guizot! M. Guizot est
d'un poids immense dans un parti.
Aussi, voyez comme il a été accueilli au
côté gauche ! Le Courrier lui a tendu la
main; et ces deux publicistes chargés de
3
doctrines se sont jetés dans les bras l'un de
l'autre avec si peu de ménagement qu'il en
est résulté une commotion terrible ; toute-
fois , les assistans en ont été quittes pour la
peur ; M. Guizot et le Courrier sont sortis
sains et saufs de l'accolade fraternelle.
Ami, se sont écriés les libéraux , vous
tombez du pouvoir , vous voilà par terre ,
vous nous appartenez. Tout mécontent est
des nôtres, a dit le Courrier; tout conseiller
d'état qui perd son habit fait cause com-
mune avec moi, a ajouté M. Benjamin Cons-
tant, Voyons , ont-ils repris tous ensemble,
contez-nous ce que vous avez vu, ce que
vous avez entendu , enfin ce que l'on fait
là haut ; prêtez-nous le secours de votre
indiscrétion : puisque vous voilà hors du
temple , aidez-nous à déchirer le voile qui
couvre le sanctuaire.
Faisons de notre haine une commune attaque.
Il était permis de croire que M. Guizot ré-
pondrait : Messieurs, j'ai été admis dans le
temple ; mais les secrets qu'il renferme, si tou-
tefois il renferme des secrets, ne m'appartien-
draient pas pour m'avoir été confiés. J'ai par-
4
ticipé, pour ma part, à toutes les céré-
monies; si, par hasard, quelques fautes
avaient été commises, je n'aurais point at-
tendu pour les désavouer le moment de ma
destitution. Aujourd'hui mes remontrances
seraient plutôt attribuées au dépit qu'à l'a-
mour du bien public. Mon seul devoir est
de me taire sur le passé ; l'homme privé ne
sait rien de ce qu'a vu le conseiller d'état.
On devait donc penser que M. Guizot allait
se taire, cependant M. Guizot a parlé. Il est
vrai qu'il a parlé sans rien dire , et que son
volume de révélations n'a rien révélé. Je
donne cet avis aux amateurs de scandale
qui seraient tentés d'acheter ce livre pour
y trouver ce que l'auteur n'y a point mis.
Qui l'aurait imaginé ! M. Benjamin Cons-
tant, hors du mouvement des affaires, en
dit cent fois plus que M. Guizot. Il est vrai
que M. Benjamin Constant suppose des faits,
altère les véritables, pose des principes per-
nicieux, combat les principes salutaires ,
crée des dangers chimériques, fait dispa-
raître ou nie du moins les dangers réels ; et
l'on conviendra qu'avec cette méthode il
est facile d'agrandir son champ de bataille.
5
M. Jay surpasse encore M. Benjamin
Constant. Ce dernier n'a envisagé que notre
situation intérieure , et ne s'est mesuré
qu'avec nos ministres. Les regards de
M. Jay embrassent l'Europe entière ; c'est
aux rois qu'il s'attaque : il ne faut rien
moins que de pareils adversaires aux rédac-
teurs du Constitutionnel.
En effet les rois ont toujours été de grands
coupables aux yeux de ces Messieurs, et
particulièrement depuis 1814; « Leur poli-
tique a froissé, dit M. Jay, toutes les idées
de justice et de raison. » Qu'a donc con-
seillé cette politique? D'abattre l'homme
qui pesait sur l'Europe , et voulait étendre
à tous les peuples les chaînes dont il nous
accablait. Certes , un défenseur de la liberté,
tel que M. Jay , ne fera point un crime aux
rois d'avoir rompu avec l'oppresseur des li-
bertés; il leur reprochera encore moins d'a-
voir mis bas les armes au seul aspect du roi
de France, et d'avoir signé avec lui une paix
que lui seul pouvait garantir. La paix ,
source de prospérité pour les peuples, ne
saurait affliger un ami du peuple tel que
M. Jay ; enfin M. Jay, qui aime tant la charte,
6
ne peut oublier que La charte date de la
restauration. Comment se fait-il donc que
M. Jay , partisan de la charte , ami du peu-
ple et défenseur de la liberté, soit mécon-
tent d'une politique à laquelle le peuple doit
la liberté , le bonheur et la charte? Est-ce
que la raison froissée de M. Jay ne serait pas
celle de tout le monde, et que sa justice ne
serait celle de personne?
Cette fausse politique a porté ses fruits :
L'injustice produit, l'indépendance , dit
M. Jay, qui va chercher ses preuves dans
les révolutions d'Espagne et de Naples. En
ce qui concerne l'Espagne , je ne démêle pas
bien l'injustice de la politique européenne :
Joseph était chassé du trône avant 1814;
Quant à Naples, ceci devient plus clair : il
s'agit, je le présume , de Murat battu et dé-
trôné injustement par les souverains alliés ; de
ce Murat, étranger aux Napolitains , et qui
leur fut imposé par la conquête ; de ce Mu-
rat qui trahit successivement Bonaparte
pour l'Autriche , et l'Autriche pour Bona-
parte ; de ce Murat enfin qui ne sut pas re-
pousser la guerre qu'il s'était attirée. Voilà
l'injustice ; c'est là que M. Jay trouve tout
7
l'odieux de la politique européenne. Le
crime des rois est-il donc , aux yeux de
certaines gens, d'avoir proclamé en 1814,
dans l'intérêt des peuples, ce principe d'é-
ternelle sagesse : que la légitimité des trônes
est la première des garanties de l'ordre so-
cial ?
Ainsi donc l'injustice a produit l'indépen-
dance ! et comme l'indépendance n'a pas
été produite sous Murat, il est évident, d'a-
près la logique de M. Jay, que l'occupation
du trône des Deux-Siciles par Murat n'était
pas une injustice, et que les actes du gouver-
nement de Murat étaient justes. Aujourd'hui
c'est différent: un roi napolitain , un roi légi-
time, bon, vertueux, régnait pour le bonheur
de son peuple ; aussi l'indépendance éclate :
c'est un fait ; vouloir le nier serait une absur-
dité ; vouloir le détruire serait une haute
imprudence, une folie insigne, dit M, Jay.
Le cabinet autrichien oserait-il « battre aux
» champs et marcher en bataille rangée con-
» tre les doctrines populaires ? Quel terme
» pourrait-il assigner à une guerre pareille ?
" De quel droit l'Autriche imposerait-elle
» le despotisme au roi de Naples ? »
Dans cette interpellation rien ne paraît
concerner la France : il semble que ce sort
à l'Autriche seule à répondre , à faire con-
naître ses droits au rédacteur de la Minerve ;
mais, patience , M. Jay viendra jusqu'à
nous ; Naples n'est qu'un détour, nous voici
à Paris. « A-ton calculé l'effet que produi-
» rait chez les peuples librement constitués
« le premier coup de canon tiré sur la charte
» napolitaine ? Le danger appellerait le cou-
» rage. L'invasion de l'état de Naples serait
» un avertissement pour la France, l'Espa-
» gne et le Portugal. Chacun de ces peuples
» verrait son indépendance compromise et
» ses institutions en danger. A-t-on prévu
» la fermentation qui en résulterait, les ré-
" solutions, peut-être désespérées , qui
» naîtraient de cette fermentation ? »
Voilà, si je ne me trompe, l'insurrection
qui devient dans la bouche de M. Jay le
plus saint des devoirs ; mais si l'insurrection
attendait pour éclater que notre charte
fût attaquée, l'insurrection pourrait bien
n'éclater jamais ; aussi M. Jay, qui veut que
l'insurrection éclate, demande que la France
désespérée coure aux armes dès que la
9
charte des Napolitains sera menacée. Tou-
tes les chartes sont solidaires. M. Jay n'é-
tablit aucune différence entre celles qui,
données par la sagesse du monarque , of-
frent tous les gages d'une longue durée et
de la félicité publique, et ces constitutions
proclamées par une soldatesque égarée qui
demain peut-être détruira son propre ou-
vrage. Un acte enfanté par la révolte n'est
pas moins respectable aux yeux de M. Jay
qu'un acte émané de l'autorité royale,
source légitime de tous les pouvoirs de la
société.
Comme la brochure de M. Jay n'offre de
remarquable et de patriotique que la phrase
qui fait un saint devoir de l'insurrection,
et que le reste du pamphlet se compose
de plusieurs articles destinés au Constitu-
tionnel et repoussés par la censure, je quitte
M. Jay, et le laisse s'applaudir du moyen
qu'il a trouvé pour faire lire ses articles à la
faveur d'un titre qui annonçait quelque
chose de plus curieux.
Ce titre mensonger me ramène tout na-
turellement à M. Benjamin Constant.
La dissolution de la chambre des députés
est une haute question de politique. Aussi
M. Benjamin Constant lui a-t-il consacré huit
lignes. Selon ce publiciste laconique « c'est
» une occasion offerte à la France de pronon-
» cer elle-même sur ses destinées ; si désor-
» mais elle n'est pas libre, sa servitude sera
" son ouvrage. » Rien de plus vrai. Si la
France nomme pour députés certains hom-
mes qui pendant trente ans l'ont vendue à
toutes les tyrannies, ses malheurs seront son
ouvrage. Ce ne sont pas là précisément les.
hommes que M. Benjamin Constant veut
repousser des élections. Ce député ne porte
pas l'héroïsme jusqu'à s'immoler lui-même
au repos de la patrie ; mais en parlant de
servitude , comment n'a-t-il pas songé qu'il
rappelait le despotisme révolutionnaire , et
que , sans le vouloir , il faisait le procès à
des électeurs qui devaient s'attendre à plus
de reconnaissance?
Un renouvellement de la chambre est un
appel fait à l'opinion ; et selon M. Benjamin
Constant « l'opinion, qui, lorsqu'il s'agit
» d'élection populaire, devrait plus que dans
» toute autre circonstance jouir d'une in-
» dépendance entière , n'a nul moyen de se
» faire entendre, nul organe pour s'énoncer.»
Remarquons en passant que la brochure
qui contient cette assertion se vend publi-
quement au Palais-Royal.
Autre grief : « La personne de tous les
» citoyens est de droit à la merci des minis-
» tres. » Les ministres n'usent pas de ce
droit ; M. Benjamin Constant en convient
lui-même ; mais n'importe : dans ce pays où
tout le monde est libre il n'en est pas moins
vrai que personne ne jouit de sa liberté.
Troisième chef d'accusation. « L'on a vu
» les correspondances intimes, l'objet du
» respect de toutes les nations libres, en-
» levées de force à leurs légitimes posses-
» seurs (1). » Ces correspondances, chacun
le sait, sont celles de M. Benjamin Constant
avec un habitant de la Sarthe , département
où l'intrigue a fait sortir de l'urne électo-
rale deux noms révolutionnaires devenus
l'effroi de l'Europe. Ce n'est pas moi qui le
dis au moins, c'est M. Guizot qui en dit
bien d'autres, et que M. Benjamin Constant
(1) Depuis quand la justice n'a-t-elle plus le droit de
faire saisir des papiers chez un prévenu?
ne démentira pas aujourd'hui que cet ex-
conseiller d'état, je parle de M. Guizot, est
accueilli et caressé par les amis de M. Ben-
jamin Constant. J'aurai bientôt occasion de
montrer combien le doctrinaire a mérité
toutes ces caresses libérales.
Mais poursuivons. Cette correspondance ,
sans doute bien innocente , tient fort au
coeur de M. Benjamin Constant. Il en est de
même de certaine lettre qu'il a dans le tems
adressée à un juge d'instruction, et que
MM. les censeurs n'ont pas voulu laisser
insérer en entier dans un journal. Cet acte
de la censure devient aux yeux de la partie
intéressée une altération de pièces authen-
tiques. Une lettre de M. Benjamin Cons-
tant un acte authentique ! encore si c'était
la lettre originale ! Mais il ne s'agit que de la
copie; si l'altération avait eu lieu sur cette
copie ! Mais les mots retranchés ne l'ont été
que Sur l'épreuve d'un journal ; et pour une
pareille suppression, qui certes n'a jamais
excédé les attributions de la censure, M. Ben-
jamin Constant invoque le code pénal, et
transforme les censeurs en faussaires ! C'est
avoir un grand mépris pour la raison publique,
13
On trouvera peut-être que M. Benjamin
Constant s'occupe beaucoup de lui : cela
est vrai ; mais avant de lui en faire un re-
proche , il faut songer qu'il est le représen-
tant de l'opinion nationale , et que l'opinion
nationale a dû souffrir de tous les maux
qu'a soufferts son représentant. Les lettres
de ce publiciste ont été saisies, donc il n'y
a plus de sûreté pour nos correspondances.
L'impression de ces lettres n'a pas trouvé
grâce auprès des censeurs ; donc nos actes
publics ont perdu leur caractère d'inviola-
bilité. Concluons donc avec M. Benjamin
Constant que nous vivons sous une dictature,
et que les électeurs pour déjouer les minis-
tres auront besoin de s'entendre et de se
concerter; mais comme beaucoup d'obsta-
cles peuvent empêcher que l'on ne s'entende
et que l'on ne se concerte , notre publiciste
conseille aux ministres de démuseler les
journaux libéraux, de licencier la force ar-
mée et d'interdire les colléges électoraux à
l'action du pouvoir. Ce conseil assurément
ne manque pas de franchise ; il va jusqu'à la
naïveté. C'est dire aux ministres du roi :
« Ne vous mêlez pas des élections ; laissez-
4
nous faire ; nous avons encore des Grégoire
à vous donner.
M. Benjamin Constant ne s'en tient pas
là. Il démontre avec le même bonheur que
la situation de la France n'offrant aucun
danger , les ministres n'ont besoin d'aucun
pouvoir. Que craignez-vous, dit-il au minis-
tère ?
L'agitation des esprits?
Le renversement du trône?
Les désordres de l'anarchie ?
Le despotisme militaire?
Eh bien! de tout cela rien n'existe que
l'agitation ;■ et cette agitation, ce sont vos
craintes qui la produisent.
Ce ton d'assurance a quelque chose d'im-
posant qui confond ma faible rhétorique ; et
je me trouverais véritablement embarrassé
pour répondre si M. Guizot ne venait à
mon secours. Puisqu'il va combattre, je lui
cède le champ de bataille ; de quelque côté
que demeure la victoire, j'aurai toujours un
adversaire de moins. Ils commencent; écou-
tons :
M. BENJAMIN CONSTANT.
« Où sont donc les élémens de l'anarchie

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin