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Troubles et agitations du département du Gard en 1815, contenant le rapport du révérend Perrot au comité des ministres non conformistes d'Angleterre, sur la prétendue persécution des protestants en France ; et sa réfutation , par le marquis d' Arbaud Jouques,...

199 pages
Demonville (Paris). 1818. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °.
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TROUBLES ET AGITATIONS
DU
DÉPARTEMENT DU GARD.
Se trouve aussi :
A Nismes, chez GACDEDIS , Imprimeur du Roi.
A Montpellier, chez SEGUIN , Imprimeur-libraire.
A Bordeaux, chez Mlle BERGERET, Libraire.
A Nantes , chez BUSSEUIL aîné, Libraire.
A Strasbourg, chez LEYRAULT, Imprimeur-Libraire.
A Toulouse , chez GALLON-FATOU , Libraire, rue St.-Rome.
A Marseille, chez AMOIN , frères , Libraires, Place Royale.
A Montauban, chez LAFORGUE , Libraire.
A La Rochelle, chez Mlle PAVIE, Libraire.
TROUBLES ET AGITATIONS
DU
DÉPARTEMENT DU GARD,
EN 1815,
Contenant le Rapport du Re've'rènd PERROT , au Comité des
Ministres non-conformistes d'Angleterre, sur la pre'tendue
persécution des Protestans en France ;
ET SA REFUTATION,
Par le Marquis d'ARBAUD JOUQUES,
Chevalier de Saint-Louis, de la Légion-d'Honneur, de Saint-Jean-de-
Jérusalem ; ancien Préfet des Hautes-Pyrénées et de la Charente-
Inférieure; et Préfet du Gard, en 1815, 1816 et 1817.
Sur-tout répandez le trait d'une persécution vraie ou fausse
des Protestans en France; c'est un excellent moyen de
soulever les Peuples et les Gouvernemens étranger» contre
le Gouvernement des Bourbons.
(Correspondancepubliée dans la procédure de Lavalette).
CHEZ
A PARIS,
DEMONVILLE, Imprimeur-Libraire, rue Christine, n°2.
PETIT, Libraire, Palais-Royal, galerie de Bois.
1818.
PRÉFACE.
J'ADMINISTROIS encore, il y a à peine un an,
un département d'autant plus remarquable,
à cette époque, par la profonde et générale
tranquillité qui y régnoit par-tout depuis
quinze mois, que ce même département avoit
été, depuis le 20 mars 1 8 1 5 jusques au
1 2 novembre de la même année, le théâtre
des plus violentes agitations.
Sa pacification fut l'honorable résultat et
l'unique récompense de mes soins et de mes
efforts secondés par quelques heureuses cir-
constances.
Les personnes dont cette vérité historique
afflige les passions et déconcerte les calculs ,
ne sauraient la nier et prouver le contraire.
Une voix, qui ne peut être étouffée ni dé-
mentie , celle d'une grande population, et les
ij PRÉFACE.
faits les plus évidens la proclament par-tout,
dans ce département, dont les regrets et les
voeux ont honoré mon départ, et m'ont suivi
dans ma retraite.
Les ordres du Roi, et mon dévouement à
sa personne sacrée , à son auguste famille ,
à la légitime Monarchie, m'avoient seuls con-
duit dans le Gard. Ce ne sont point des be-
soins de fortune et des motifs d'intérêt pécu-
niaire qui pouvoient faire accepter une si ter-
rible mission à un gentilhomme français, qui
dès les commencemens de la révolution , pour
la plus noble et la plus juste des causes, avoit
perdu son père sur un échafaud révolution-
naire , le jour, l'heure même , que ses frères
et lui combattoient à Lauterbourg, sous les
drapeaux du Roi , pour cette même cause.
D'ailleurs, malgré les désastres que la ré-
volution , les séquestres, et les ventes natio-
nales avoient jeté dans ma fortune patrimo-
niale , la Providence m'a conservé une exis-
tence aisée et indépendante, et l'utile épreuve
d'une longue infortune m'a appris à modérer
mes désirs, et a mis au premier rang de mes
PREFACE iij
goûts l'habitation de mes champs paternels,
et la culture des lettres.
Le désir et l'espoir de servir avec utilité
pour elle, et avec honneur pour moi, ma
noble et chère patrie, me firent accepter des
places importantes, et de pénibles et périlleu-
ses missions.
La dernière fut celle de rétablir la tran-
quillité dans le département du Gard, et d'y
renouer tous les fils de l'administration, em-
brouillés et rompus par les discordes civiles.
La correspondance des Ministres du Roi,
les assurances de son auguste satisfaction ,
officiellement données par ces mêmes Minis-
tres, les témoignages et l'inestimable bien-
veillance d'un Prince adoré de tous les vrais
Français, témoin oculaire de mes efforts et
de leur succès, dans cette même contrée où il
a voit déployé toutes les hautes vertus, et tou-
tes les grandes qualités de ses immortels
aïeux, prouvent assez si j'avois trop présumé
démon zèle, et si j'ai bien ou mal justifié
la confiance auguste qui m'a voit imposé de
si grands devoirs.
*a*
iv PREFACE.
Je suis arrivé à Nismes le 2 9 juillet 1 8 1 5.
Le 30 juillet, j'y ai manifesté mes principes
religieux et politiques dans une proclamation
remarquable. Le 3 1 juillet un ordre auquel
je devois la plus entière obéissance m'appela
à Toulouse.
Le 1 8 août, je repris à Nismes les rênes
de l'administration.
Le 25 août, j'étouffai la première étin-
celle d'une guerre civile par des mesures ad-
ministratives aussi modérées que fermes,
aussi légales que promptes, et par le déploie-
ifrent d'une force militaire, étrangère à tou-
tes les passions qui agitaient les habitans du
Gard, et que la bonté céleste m'envoya mal-
gré moi, et malgré tous les efforts par les-
quels je tentai inutilement d'en repousser
l'entrée dans mon département.
Le 14 septembre, j'ai dissous à Nismes
des compagnies armées et irrégulières, aux-
quelles je pensois qu'on n'attiribuoit pas sans
raison une partie des désordres réactionnaires
qui continuoient à agiter cette belle et mal-
heureuse contrée.
PREFACE. v
Le 1 2 novembre, une dernière explosion
populaire contre l'exercice du culte protes-
tant dans des Eglises autrefois appartenantes
au culte catholique, explosion dont on a
étrangement dénaturé les causes , et exagéré
les résultats, explosion enfin , qui reçut une
grande impprtance d'une catastrophe déplo-
rable mais individuelle, la blessure presque
mortelle du Général commandant le départe-
ment , rappela un grand Prince dans les murs
de Nismes , fit éprouver tour-à-tour à cette
ville la juste sévérité et l'auguste clémence
du Roi, et me fit connoître la nécessité de
réorganiser entièrement sa garde nationale,
et de l'asseoir uniquement sur les trois bases
de la fidélité, de la moralité, et de la pro-
priété réunies; ce qui fut exécuté avec promp-
titude , sans résistance et sans obstacles,
sous les yeux mêmes de S. A. R. Monsei-
gneur , Duc d'Angouléme.
Depuis cette époque, 1 2 novembre 1 8 1 5,
jusques au 24 février 18 17, c'est-à-dire,
pendant quinze mois consécutifs , la tran-
quillité la plus générale , le calme le plus
vj PRÉFACE.
parfait dans le département du Gard, ont
récompensé mes efforts, ont consolé et ho-
noré mon administration.
Le 16 février 1 8 1 7 , une ordonnance
royale a prononcé ma destitution. Cette or-
donnance m'est parvenue à Nismes le 2 4 fé-
vrier. J'ai quitté Nismes et le département
du Gard dans la nuit du 2 5 au 26 février
1817.
Cet événement n'a rien, en lui-même ,
d'important et d'extraordinaire.
On sait assez que, depuis quelque temps
le Ministère se dispense, dans ces cas, de
toute explication avec les Préfets destitués.
J'ignore donc complètement les causes de
ma destitution, et je couvre cette ignorance
de tout mon profond respect pour les volon-
tés de mon Souverain , que j'ai toujours as-
similées dans mes écrits, comme dans ma
pensée, aux décrets de la Providence , dont
tout sujet fidèle doit voir en lui l'image sur
la terre.
Je sais que mon déplacement a été attri-
PRÉFACÉ vij
bué à un jugement de la Cour d'assises de
Nismes, jugement qui a trompé l'attente du
Ministère comme la mienne. Mais il n'est
aucun des Ministres de Sa Majesté, qui ne
sût d'avance, par des rapports officiels et
par sa correspondance, combien ce jugement
a été contraire à mon opinion personnelle,
et combien d'ailleurs un acte quelconque de
l'autorité judiciaire ; est et doit être indépen-
dant de l'influence d'un Préfet, et totalement
étranger à ses attributions. Avoir et conserver
cette pensée, seroit accuser les Ministres de
Sa Majesté d'avoir dans cette circonstance
méconnu les lois constitutionnelles, et violé
la Charte royale.
Je croirois plutôt, puisque plusieurs des
principaux coryphées d'une longue intrigue
n'ont pas craint de s'en vanter hautement,
que le Ministère s'est enfin lassé de repousser
les manoeuvres, toujours renaissantes de quel-
ques agitateurs du département du Gard,
que je n'avois cessé moi-même de lui signa-
ler, que parce que je ne les croyois plus à
craindre que pour moi seul, et non pour le
viij PRÉFACE.
département, dont la tranquillité étoit mon
ouvrage, mon honneur, et mon plus cher
intérêt.
Quoi qu'il en soit, dès l'instant même de
ma destitution, retiré sous mes toits pater-
nels , heureux du témoignage de ma cons-
cience, de l'indépendance de ma situation,
de la tranquillité de ma solitude , de mon
retour à mes occupations chéries , à mes
goûts favoris , j'avois résolu de ne plus faire
entendre ma voix ni prononcer mon nom sur
la scène politique. Mon silence n'étoit cer-
tainement que l'effet delà situation heureuse
et tranquille dont je jouissois, et dont je
sentois tout, le prix, et de la crainte d'y ap-
porter moi-même quelque trouble et quelque
changement ; mais ce silence seroit et cou-
pable et lâche aujourd'hui, qu'arrivé depris
moins d'un mois à Paris, uniquement pour y
voir mes enfans et une partie de ma famille,
j'ai acquis dans ce peu de jours la certitude
qu'un libelle aussi atroce qu'absurde , dont
je connoissois bien l'existence, mais que je
croyois enseveli dans l'oubli du mépris pu-
PRÉFACE. ix
blic, non-seulement a été répandu en An
gleterre et en Allemagne, à un nombre pro-
digieux d'exemplaires, mais encore est repro-
duit avec toutes les infamies dont la calom-
nie m'y couvre, dans des pamphlets français
qui sont imprimés et se distribuent chez la
libraire Scherff, à Paris, place du Louvre ,
sous le titre de Post-Scriptum, n° i.
Toutes ces calomnies, et les extraits les
plus virulens du libelle de Clément Perrot
viennent de se reproduire dans le 4e cahier du
1er volurne d'un ouvrage périodique, intitulé
Bibliothèque historique,, ou Recueil de pièces
pour servir à l' instaure. Au reste , j'y ai vu ,
sous le titre d' Observations, les phares sui-
vantes qui m' ont étonné par l' apparence
d'impartialité qu'elles conservent.
« Quelque graves que soient les faits
» imputés même à des individus revêtus du
» pouvoir, aucune réclamation ne s'est ce-
» pendant élevée. Nous aimons à croire que
» c'est à l'ignorance seule des inculpations ,
» qu'il faut attribuer un silence que l'his-
* PRÉFACE.
» toire recueilleroit comme un aveu. En pu-
» bliant l'extrait suivant de ce mémoire si
» répandu, à l'étranger, et encore si secret
» en Eranee (c'est celui que je vais réfuter,
» tout entier), notre seule ambition est d'ap-
» peler la critique et les observations des
» contemporains sur des faits qui appartien-
» nent. à l'histoire. »
Est-ce une invitation de bonne foi ? je
m'y rends avec empressement. Est-ce un in-
jurieux, défi ? je le méprise et je l'accepte.
J'avois, dans le temps même où parut le
libellé calomnieux et diffamatoire du pasteur
non-conformiste anglais. Clément Perrot,
charge les marges de ce libelle de notes cour-
tes et précisés, détruisant par des faits pu-
blics présentés avec autant de modération que
d'évidence, les imputations calomnieuses
dont se compose cette oeuvre d'une impos-
ture; et d'une méchanceté ultra-révolution-
naires Je réunis, aujourd'hui, ces notes
éparses, et j'en compose la réfutation que je
crois devoir publier.
Cette réfutation mérite, j'ose le dire, la
PREFACE. xj
protection et l'intérêt de tous les hommes
qui aiment la justice et la vérité, de quel-
que pays qu'ils soient, quelque culte qu'ils
professent.. Elle mérite également la protec-
tion et l'intérêt du Gouvernement et du Mi-
nistère français , outragé et calomnié plus
insolemment encore . que plusieurs de ses
anciens fonctionnaires, livrés à leurs im-
placables ennemis, et d'autant plus sans
défense aujourd'hui, que la disgrâce de plu-
sieurs d'eux, les a dépouillés du bouclier
dont ils pouvoient se couvrir contre les traits
de la calomnie.
Je ne conçois pas bien clairement les lois
actuelles sur la liberté de la presse et sur ce
qui en constitue les délits. Mais pourroit-il
exister quelque loi qui méconnût le droit
primitif et sacré de la défense personnelle?
qui prohibât de repousser par des vérités im-
primées des calomnies imprimées? Cette
crainte seroit absurde et coupable sous le
règne du plus juste des Rois, et en présence
d'une législature forte , libre , constitution-
nelle, et royaliste. Je livre donc cet écrit au
Public.
xij PREFACE.
Il ne s'agit ici d'aucune prétention litté-
raire. Ma réputation, mon honneur, celui
de plusieurs de mes plus honorables amis et
collègues , celui de la majeure partie des ha-
bitans d'un département dévoué et fidèle, à
défendre, sont d'un bien autre intérêt. Le
Public fera justice de l'ouvrage, ou rendra
justice à l'Auteur.
AVANT-PROPOS.
DEPUIS plus de deux siècles, le département
du Gard étoit le théâtre trop souvent ensan-
glanté d'une division dans les opinions reli-
gieuses de ses habitans. L'esprit humain s'é-
claire par le temps dans certaines choses, et
se détériore dans d'autres. Vers la fin du dix-
huitième siècle, le fanatisme religieux s'étoit
presque totalement éteint dans le Gard. La
Providence avoit sans doute décrété qu'une
révolution qui se qualifioit elle-même de phi-
losophique auroit la honte de l'y rallumer.
Les habitans du Gard, Catholiques et Cal-
vinistes avoient également applaudi à l'édit
de 1787, par lequel Louis XVI, le plus ver-
tueux et le plus infortuné des Princes, prou-
vant l'alliance de la Religion et de la vraie
philosophie à un siècle également sans reli-
gion et sans philosophie, avoit aboli toute
différence dans les droits civils et dans les
intérêts temporels des Calvinistes et des Ca-
tholiques.
xiv AVANT-PROPOS.
La révolution vint détruire ce grand et
beau monument de sa sagesse et de sa bonté,
et en enflammant toutes les passions que les
intérêts politiques font fermenter dans le
coeur des hommes, ralluma les cendres déjà
refroidies des anciennes dissentions reli-
gieuses.
Seul le département du Gard éprouva dans
la révolution cette double calamité. Les au-
tres provinces de France où les deux cultes
existaient ensemble n'éprouvèrent que les
maux communs à tous les Français.
Les départemens de l'Hérault, du Tarn,
et de la Charente-Inférieure, et ceux mi-
Catholiques, mi-Luthériens de l'Alsace en
ont fourni la consolante preuve.
Le Gard n'a pas eu ce bonheur. J'ai eu à
y arrêter les premiers pas d'une révolte ar-
mée, et à y réprimer les derniers excès d'une
réaction déplorable. Le Ciel a récompensé
mes pénibles efforts, et couronné d'un succès
difficile mes excellentes et pures intentions.
Rien n'a troublé le calme dont ce départe-
ment a constamment joui pendant les quinze
derniers mois de mon administration. Je n'ai
pu faire , ce qui était alors et sera long-temps
AVA N T - P R O P O S. xv
encore au-dessus de tout pouvoir humain,
rapprocher et confondue des coeurs encore
remplis d'anciens ressentimens que venoient
d'aigrir des fureurs toutes récentes; mais au
moins j'ai soumis les deux partis à l'empire
des lois, et les ai fait vivre en silence et en
paix l'un avec l'autre.
Pourquoi, lorsque moi-même au sein de
ma famille, et au fond de ma retraite, je vi-
vois en silence et en paix, sans élever une
seule réclamation, sans proférer une seule
plainte contre des circonstances forcées
peut être par une sage politique, mais dont
j'ai la conscience d'avoir été l'innocente vic-
time, les calomnies les plus absurdes:,.les,
libelles les plus injurieux me forcent-lis à
rompre ce silence, le dernier de mes bienfaits
à la grande majorité des Calvinistesdu Gard?
Mon silence, disent ces libelles provocateurs,
seroit recueilli par l'histoire comme un in-
contestable aveu. Mon honneur m'oblige donc
à parler, et qu'ici la vérité m'est douloureuse
à dire au temps présent et à révéler à l'his-
toire! Je proteste qu'elle seule va sortir de
mon coeur et dicter cet écrit. Je proteste
qu'il ne s'y agit que des seuls Calvinistes du
xvi AVANT-PROPOS.
département du Gard, et je déclare même,
que je suis bien loin de penser que tous les
Calvinistes du Gard, soit dans les classes ri-
ches et éclairées, soit dans celle du peuple,
aient partagé les sentimens et les torts de la
généralité de leurs coreligionnaires. Si j'avois
le malheur, en écrivant de tristes vérités
qu'une douloureuse nécessité m'arrache,d'of-
fenser contre mon intention les autres Pro-
testans de France, et ceux à qui je dois estime
et considération dans le Gard , je n'attribue-
rois cette nouvelle infortune qu'à une cer-
taine fatalité qui semble me poursuivre, et
qui, dans cette occasion, ne me laisse pas
même le choix des afflictions qui me sont
personnelles.
TROUBLES ET AGITATIONS
DU
DÉPARTEMENT DU GARD,
EN 1815.
PRÉCIS HISTORIQUE.
LE département du Gard , un des plus impor-
tans du Royaume , sous tous les rapports admi-
nistratifs , militaires et commerciaux , par son
étendue , sa population , ses produits agricoles ,
son commerce, son industrie, et enfin par sa
position topographique, touchant la mer par le
Sud, longeant le Rhône par l'Est, et présentant au
Nord le front de ses redoutables Cevennes , est la
métropole du Calvinisme en France. Là., dans les
perfid.es pensées, et dans les coupables espérances
des ennemis de l'auguste Maison de Bourbon ,
devoit être établi le centre de ces prétendues
Vendées patriotiques , dont un orateur séditieux
osoit encore menacer la France , du haut de la
Tribune illégale qui déjà s'écrouloit sous ses pieds.
Là, se dirigeoient de toutes parts en juillet 1815,
des militaires exaspérés d'un récent et sanglant
2 PRÉCIS HISTORIQUE,
désastre , et irrités d'un trop nécessaire licencie-
ment. Là, les principes républicains, que Calvin,
né en France, mais naturalisé dans une répu-
blique, avoit mêlés à ses dogmes religieux, loin
de se mitiger, de s'adoucir, de s'éteindre en quel-
que sorte comme dans quelques Etats d'Europe ( 1 ),
et dans les autres provinces de France habitées
par des Calvinistes et des Catholiques, se sont
maintenus dans toute leur force primitive.
A peine la révolution commençoit-elle la lon-
gue série de ses excès et de ses crimes , qu'elle se
signala à Nismes, par un épouvantable mass acre
des Catholiques, et par celui d'un Couvent de
religieux, qui périrent tous, les uns précipités
des toits de leur monastère, les autres massacrés
aux pieds de leurs Autels, jetés dans les flammes,
ou étouffés sous les décombres de l'incendie. Les
Calvinistes de Montpellier accoururent au secours
des malheureux Catholiques Nismois, et seuls ,
purent mettre un frein aux fureurs de leurs co-
religionnaires.
Dès cette funeste et sanglante époque, la prédo-
minance des Calvinistes à Nismes fut incontesta-
blement assurée. Ils l'exercèrent pendant la révo-
lution , avec la modération qu'inspire quelquefois
le sentiment d'une puissance non contestée, mais
(1) Les principes politiques du Luthéranisme et de la reli-
gion Anglicane, sont beaucoup moins anti-monarchiques que
ceux donnés par Calvin et Zwingle à leurs sectateurs.
PRÉCIS HISTORIQUE. 3
aussi avec l'orgueil que ce sentiment inspire pres-
que toujours.
Les Catholiques Nismois soupirèrent long-
temps, sans l'espérer, après un jour de bonheur
et de délivrance. Il brilla enfin pour eux dans
celui qui vit le Roi légitime et Très - Chrétien,
remonter suc l'antique et glorieux Trône de ses
ancêtres. La joie populaire, chez les Catholiques,
fut sans bornes, mais non sans mélange d'amers
souvenirs et d'imprudentes menaces contre les
Calvinistes. Les sentimens que ceux-ci firent écla-
ter dans cette grande circonstance, furent au con-
traire exempts de reproches. Ils témoignèrent
une joie qui parut vraie, quoiqu'ils ne pussent
aller jusqu'à simuler l'enthousiasme. L'attentat
inouï de l'échappé de l'île d'Elbe, vint trop tôt
mettre à une trop sûre épreuve les sentimens
vrais ou faux qu'on avoit mis de toutes parts en
évidence. On les connut alors dans le Gard, et
ceux qui savent voir et juger avant l'événement,
virent, sans étonnement, la division des partis
s'opérer sur-le-champ en raison de la diversité des
cultes ,(et chacun de ces partis , quoique unique-
ment mu par des opinions politiques, se ranger
spontanément et généralement, sous une bannière
religieuse.
Il y eut de part et d'autre des exceptions: peu
nombreuses du côté des Calvinistes; trop nom-
breuses du côté des Catholiques.
S. A. R. Monseigneur, Duc d'Angoulême, qui,
4 PRÉCIS HISTORIQUE.
dès les premiers jours de mars , avoit établi le
centre de ses opérations politiques et militaires
à Nismes, position unique, où elle pouvoit lier
et concentrer tous les efforts du Midi contre l'en-
nemi commun , s'aperçut bientôt des trahisons
qui se tramoient autour même de sa personne.
Elle partit de Nismes à la tête de trois ou quatre
mille braves Français du Gard , parmi lesquels
on comptoit à peine dix ou douze Calvinistes de
ce département.
A peine S. A. R., en courant au-devant de la
gloire et des nobles dangers qui l'attendoient dans
les champs de la Drôme, eut-elle délivré du frein
de son auguste présence la trahison impatiente
d'éclater à Nismes, qu'elle s'y montra totalement
à découvert. On vit, et tout Nismes le sait, des
troupes de ligne encore incertaines et hésitantes ,
assaillies de tous les genres de séduction et de
corruption. La prodigalité de l'or, la proslitution
des femmes, de scandaleuses orgies, les fureurs ,
les cris de triomphe des urbains et des fédérés
décidèrent la défection de ces troupes et les jetè-
rent dans un égarement inexprimable. La garde
urbaine fut épurée des royalistes de 1814 , et
renforcée des fédérés de 1815. La ligne des opé-
rations du Prince fut coupée dans son centre.
Les renforts de l'Hérault, de l'Aude, de la Haute-
Garonne , du Roussillon et des Pyrénées ne pu-
rent franchir la barrière, élevée entre eux et l'armée
royale par la trahison. Le Prince accablé par le
PRÉCIS HISTORIQUE. 5
nombre , livra sa liberté et ses jours pour le salut
de ses braves, fidèles, et malheureux soldats, et
trouva dans sa grande ame le moyen de rendre
ses revers plus-glorieux encore que n'avoient été
ses premiers succès.
J'indique seulement, et sans entrer dans aucun
des détails dont l'histoire et les passions particu-
lières ne conserveront que trop le funeste souve-
nir , tous les maux, toutes les persécutions, que
la. révolte «t la trahison versèrent, depuis la
Capitulation de la Palud, sur les braves et mal-
heureux soldats de S. A. R. et sur les fidèles sujets
du Roi. Les massacres d'Arpaillargues dont les
horreurs ont épouvanté les Tribunaux , et ceux
des environs de Nismes, en avril 1815 , dont les
victimes dorment en silence, et les auteurs vivent
inconnus et impunis, préparoient une réaction
inévitable , qu'aucune force humaine n'eût pu
prévenir, qui fut bien moindre qu'on ne devoit
le craindre , parce que les chefs des forces royales
et les autorités provisoires nommés par S. A. R. ,
et si calomniées par les ennemis du Trône, ne
pouvant l'arrêter totalement, la modérèrent,
l'affoiblirent, la paralysèrent au moins, par tous
les moyens qu'une subversion générale des prin-
cipes , et un relâchement absolu de tous les res-
sorts de l'autorité laissoient à leur sagesse, à leur
zèle , à leur énergie ; parce qu'enfin , le Préfet
nommé par le Roi, investi d'une autorité plus
reconnue , ayant par cela même plus de force et
6 PRÉCIS HISTORIQUE.
de ressources, et non plus de zèle et de sagesse
que ses nobles devanciers, l'anéantit entièrement,
non-seulement en prenant plusieurs mesures,
spéciales et énergiques contre la réaction même,
mais encore , en étouffant, à Ners, sur les borda
du Gard , le dernier effort de la révolte, ce qui
ne laissa plus de prétexte aux vengeances et à
l'anarchie.
C'est ainsi que ce Magistrat si calomnié dans
les pays étrangers par des libelles atroces et ab-
surdes, et en France par les écrits périodiques
d'un parti que dans l'intérêt de son Roi et de sa
Patrie, il a tout à la fois réprimé, contenu, sauvé
de ses propres égaremens, et pacifié dans le Gard,
pendant les cinq premiers mois de son adminis-
tration , aussi attentif à comprimer la réaction ,
l'anarchie, et le brigandage, que l' insoumission
et la révolte, a constamment marche avec une
fermeté impartiale entre ces deux abîmes , résolu
iiu péril de sa vie à les combler tous les deux. C'est
ainsi que dans les quatorze derniers mois de cette
même administration, il n'a plus eu qu'à jouir
d'un succès auquel il avoit attaché son honneur,
et dévoué son existence.
Les Calvinistes du Gard doivent aux intentions
du Roi bien hautement prononcées, et à ses ordres
bien fidèlement exécutés, la paix, la sûreté, le
respect de leurs personnes et de leurs propriétés,
de leurs droits religieux, civils et politiques,
biens dont ils essaveroient vainement de nier
PRÉCIS HISTORIQUE. 7
qu'ils jouissent sans interruption, depuis la fatale
journée à Nismes du la novembre 1815. Mais
dans les derniers replis d'un orgueil jaloux, et
dans la longue habitude d'une prédominance à
jamais regrettée, ils osoient prétendre davantage ;
et il s'éleva un murmure dans le fond de leur
ame, à la lecture de cette sublime et immortelle
Charte, qui, proclamant l'égale protection assurée
à tous les cultes Chrétiens de France , déclare la
religion Catholique la religion de l'Etat. Peuvent-
ils le nier, lorsque le ministre de leur injuste
vengeance, le hérault de leurs absurdes calom-
nies , l'auteur enfin du libelle atroce dont la ré-
futation est l'objet de cet ouvrage, laisse lui-même
échapper à chaque page cette triste vérité, et finit
par l'avouer hautement?
C'est de cette secrète plaie, de cette coupable
pensée, qu'ont découlé tous les égaremens poli-
tiques des Calvinistes du Gard. C'est de la néces-
site découvrir, d'excuser, de justifier, s'il étoit
possible , ces égaremens, de tromper au moins
l'opinion publique, l'Europe et la France même,
sur la nature et l'intensité de ces égaremens, que
sont nées toutes les calomnies publiques, toutes
les manoeuvres secrètes, dont des magistrats
irréprochables envers tous leurs administrés ,
comme envers leur Patrie, et leur Souverain , se
sont vu accablés, et qui sont montées à un tel
excès qu'enfin une trop juste indignation les force
8 PRÉCIS HISTORIQUE.
à rompre le silence , et à sacrifier leur tranquil-
lité , à leur honneur, à leur réputation.
Les Calvinistes du Gard ont accusé leur Préfet
de les avoir diffamés aux yeux de l'Europe par
un acte public, l'arrêté du 25 août 1815, et se
sont dissimulés , ou ont cherché à dissimuler
aux autres, que cet acte public, d'une impor-
tance et d'une vérité également historique, n'est
que la conséquence d'un fait public.
Vainement, dans ce moment si critique , la
Providence ayant envoyé à ce Magistrat, malgré
sa résistance et ses protestations, le secours d'une
division autrichienne, il n'employa contre des
rebelles réunis et armés, que ces forces régulières
et si bien disciplinées, étrangères aux passions
des habitans de ce département, modérables à
son gré, et qui en les forçant à la soumission ,
assurèrent leur tranquillité et sauvèrent leur
existence ; vainement depuis, une réorganisation
générale de la garde nationale, dissoute dans
cent cinquante communes, a rendu à la plu-
part d'eux les armes dont ils furent alors privés;
vainement, presqu'au même instant, par un ar-
rêté du 14 septembre 1815, où la fermeté et la
rapidité d'exécution ont égalé la hardiesse de la
résolution , ce Magistrat a dissous et désarmé les
compagnies irrégulières de volontaires royaux,
dits miquelets, restes de l'armée royale du Midi;
vainement il a parcouru toutes les communes
PRÉCIS HISTORIQUE. 9
Prostestantes, parlant lui-même au peuple, et ne
lui parlant que le langage de la douceur et de la
persuasion, les exhortant à l'union fraternelle
qui doit lier les enfans du même Dieu , les habi-
tans de la même contrée, les sujets du même Roi;
vainement il a provoqué par-tout des sùpplémens
de traitement pour leurs pasteurs, des secours
pour l'instruction de leurs enfans, pour l'érection
de leurs temples; vainement, le duc de Wellington
dans une lettre aux dissenters de Londres et d'E-
cosse; lord Castlereag, dans un discours au par-
lement d'Angleterre; et Sir Canning, dans un dis-
cours aux braves et fidèles Bordelais ont exposé la
question sous son seul et véritable jour, et con-
fondu de si absurdes calomnies; vainement cette
affreuse machination, au profit du système d'une
démogagie universelle et contre le Trône et la Mai-
son régnante de France, consistant à proclamer en
Europe à vrai ou à faux une prétendue persécution
des Calvinistes, a été dévoilée à l'Europe entière
dans les débats, et l'instruction publique devant les
Tribunaux Français du procès de l'évasion de La
Valette; vainement enfin, le conseil général du
département du Gard, dans sa session de juin 1816,
composé de sept Catholiques et de six Protestans,
a unanimement et publiquement reconnu la sa-
gesse, l'impartialité, et les succès de l'adminis-
tration du marquis d'Arbaud Jonques : tout a été
inutile et rien n'a pu arrêter des calomnies, cru
10 PRÉCIS HISTORIQUE.
nécessaires pour l'impossible justification des
fautes commises par les Calvinistes du Gard.
Ignore-t-on , ou a-t-on oublié que dans les
derniers mois de 1814 et dans les premiers mois
de 1815 , ce même Magistrat a administré le dé-
partement de la Charente-Inférieure dont le chef-
lieu est la ville de La Roc, belle , cet ancien boule-
vard de la ligue Protestante en France, et peuplée
encore en partie de Français professant ce culte,
qui apparemment diffère beaucoup de La Ro-
chelle à Nismes?
Que ceux à qui la vérité est chère consultent
les Projtestans de La Rochelle sur les principes
religieux et politiques , et sur la conduite admi-
nistrative envers eux du marquis d'Arbaud Jon-
ques. Il ne récuse point, malgré l'esprit de corps
ét-'de fraternité religieuse , ces Protestans qu'il a
tous connu vrais Français et bons royalistes dans
la même circonstance critique qui fut une si
malheureuse épreuve pour les Calvinistes du Gard.
Les Protestans de La Rochelle, et ce magistrat
étoient de la même religion politique, et cela
leur suffisoit à l'un et aux autres, pour établir ces
liens d'affection, d'estime et de confiance si néces-
saires pour le service du Roi et pour la prospérité
d'un département entre un Préfet et ses adminis-
trés.
Seuls les Calvinistes du Gard, et leurs nombreux
et adroits agens à Paris et en Europe, ont pu
PRÉCIS HISTORIQUE. II
dépeindre le marquis d'Arbaud, comme un chef,
non d'administration, mais départi, méconnois-
sant les intentions du Gouvernement le plus
juste, le plus paternel, et le plus sage, et immo-
lant à son fanatisme insensé ses devoirs les plus
impérieux, et l'exécution dès ordres de son Roi.
Sa conduite, tous les actes de son administra-
tion ont constamment et inutilement prouvé le
contraire. Plus publics et plus heureux peut-être,
ses écrits le prouveront aujourd'hui. Il appelle de
tant d'horribles calomnies à l'équitable histoire,
à la postérité, à Dieu même enfin, c'est-à-dire, à
la source et à la perfection de toute justice et de
toute vérité.
RÉFUTATION
Du rapport sur la persécution des Protestons
de France, présente au Comité des Ministres
non conformistes d'Angleterre 3 par le Révérend
CLÉMENT PERROT.
JE copie en entier et mot à mot l'odieux libelle.
Je ne saurois me soumettre à la fastidieuse obli-
gation de relever et de confondre les forfanteries
religionnaires, les déclamations révolutionnaires,
les inductions perfides, les outrages au catholi-
cisme et au royalisme français, dont ce libelle est
rempli ; mais je marquerai la fausseté entière et
absolue de la plupart des faits qui y sont relatés,
et l'absurde exagération de ceux qui ne sont pas
entièrement faux, controuvés et inventés. Ma
tâche ne sera encore que trop longue et trop
pénible ; pour la plus grande facilité des lecteurs,
je fais mettre en caractères plus petits les asser-
tions du révérend Clément Perrot, et je les ren-
ferme entre deux parenthèses.
(Les descendans de ces hommes qui dans les temps
les plus malheureux ont courageusement défendu les
droits que donnent la nature et la religion , ne verront
jamais, sans se sentir pénétrés d'indignation , ces droits
sacrés , méconnus et foulés aux pieds par des bigots et
des persécuteurs.)
TROUBLES DU DEPARTEMENT DI GARD. 13
La vraie philosophie toujours d'accord avec le
vrai caractère religieux, ne l'est jamais avec l'es-
prit de secte. Les Perrots ne connoissent guère
la religion Calholique, que sous le nom de papisme,
et ne parlent guères des Catholiques qu'en leur
donnant les épithètes de bigots et de persécuteurs.
Sans doute, à leurs yeux, le Genevois Calvin,
leur fondateur et leur législateur , qui fit brûler
en place publique le malheureux Servet, autre
sectaire , n'étoit pas un persécuteur. Ceux qui
traînèrent sur l'échafaud le savant et vertueux
chancelier d'Angleterre Thomas Morus et tant
d'autres illustres Anglais, morts victimes de leur
croyance religieuse et de leur attachement a la
foi de leurs pères, n'étoient pas des persécuteurs.
Qui pourroit penser également que Cromwel,
Fairfax, Irreton, Harisson, etc., qui la bible à la
main, à genoux, et en prières, bouleversoient
leur Patrie et faisoient tomber sous la hache du
bourreau la tête sacrée de leur Monarque, fussent
ou des bigots ou des persécuteurs? les mêmes pas-
sions ont produit dans tous les temps , dans tous
les pays, et chez tous les hommes, les mêmes
excès, et les mêmes malheurs. Henri VIII fut
aussi persécuteur que la Reine Marie , et sans
doute le baron Des Adrets ne l'étoit pas moins que
le maréchal de Montluc et le président d'Oppède.
(Fidèles à leurs principes et à eux-mêmes, ils veil-
lent sur ce dépôt sacré, chez eux, et ne cessent de sou-
14 TROUBLES ET AGITATIONS
pirer après le moment où la Religion, affranchie de son
esclavage, étendra ses bienfaits sur leurs semblables
dans tous les pays et dans tous les climats.
Pendant que l'esprit humain cherche à se distraire,
en se reportant sans cesse vers les idées et les goûts que
la première éducation, et, dans un âge plus avancé,
les fréquentations particulières lui ont appris à chérir;
il est des hommes sages et vertueux que des principes
du plus grand intérêt ne manquent jamais de rallier^
quand il s'agit de prendre leur défense.
Tranquilles sur l'odieux, dont l'ignorance et la mali-
gnité pourroient chercher à couvrir leurs motifs; con-
vaincus, d'ailleurs, qu'il faut, quoi qu'il arrive, que la
vérité toute puissante finisse par triompher, ils rejettent
avec horreur l'idée de se condamner à l'indifférence ou
à l'inaction, par suite des caresses ou des menaces,
qu'on pourroit employer auprès d'eux pour atteindre ce
but.
Tels étoient les sentimens dont étoient animés les
ministres protestans non-conformistes, lors de la for-
mation de ce comité. Ils saisirent la première occasion
qui se présenta pour protester à la face de leur pays et
de l'Europe, contre des crimes qui auroient souillé les
fastes du onzième siècle, et regardèrent comme un de-
voir sacré pour eux de marquer du sceau de la répro-
bation les autorités qui ont toléré le crime et protégé
les coupables.
Convaincus de la réalité et de l'étendue de l'oppres-
sion sous laquelle gémissoient les Protestans en France;
ils ne pouvoient pas, pour être pleinement satisfaits , se
dispenser de chercher à faire passer la même conviction
dans tous les esprits. Pour atteindre ce but, ils publié-
DU DEPARTEMENT DU GARD. 15
rent tous les détails dans lesquels ils ont cru pouvoir en-
trer, sans craindre de compromettre ceux qui les leur
avoient fournis. Au reste, il étoit naturel de penser que
l'incrédulité demanderoit plus de preuves; que la ma-
lignité contesteroit la réalité et l'exactitude des faits ; et
que l'insensibilité chercheroit à s'excuser de son peu de
soin et de son indifférence. Pour satisfaire aux deman-
des de l'une, repousser les attaques de l'autre, et ame-
ner tout le monde à une même manière de voir, de
penser, et d'agir; il fut arrêté qu'on enverroit visiter ces
théâtres de misère et de désolation par une personne
qui seroit chargée de consigner dans un rapport les ré-
sultats de ses scrupuleuses recherches. J'ai eu l'honneur
d'être choisi pour remplir cette difficile et importante
mission, et j'ai ajouté à ma tâche la ferme résolution de
n'épargner ni dangers ni peines, pour assurer le succès
de leurs bienfaisantes intentions.
Mon dessein n'étant pas de vous faire perdre le
temps en récits de voyages et de dangers qui ne sau-
roient présenter quelque intérêt que dans leurs résul-
tats, ni d'attirer un seul instant votre attention sur
moi, je me bornerai à demander qu'en lisant ce rapport
on s'attache à ne point perdre de vue, que les faits et les
raisonnemens qui suivent, sont le résultat des recher-
ches les plus exactes, que j'ai faites pendant les dix se-
maines que j'ai passées principalement dans les pays où
l'on assuroit qu'existoit la persécution.
Il est universellement reconnu que les scènes les plus
cruelles ont eu lieu dans le département du Gard.)
Oui, dans des temps différent, et dans les deux
partis.
16 TROUBLES ET AGITATIONS
L'horrible Saint-Barthélémy ne fut connue à
Nismes que par son épouvantable renommée.
En apprenant cette à jamais déplorable catas-
trophe , l'Evêque et le Commandant de Nismes
réunirent tous les habitans, Catholiques et Cal-
vinistes. Ils se jetèrent dans les bras les uns des
autres , et se jurèrent de ne jamais violer le senti-
ment de fraternité qui doit, lier les enfans de la
même cité.
Les Catholiques seuls ont tenu ce serment.
Louis XVI par un édit de 1787, rendit aux Cal-
vinistes l'existence civile et politique dont les
avoit dépouillés la révocation de l'édit de Nantes. ;
L'esprit du siècle appeloit cet acte de justice et
de bienfaisance d'un monarque auguste autant
qu'infortuné. Les Catholiques y applaudirent,
comme les sages Protestans d'Angleterre applau-
diront un jour sans doute , à l'émancipation des
Catholiques d'Irlande. La fatale révolution vint
bientôt après alarmer toutes les existences , allu-
mer toutes les ambitions, agiter tous les esprits,
diviser et enflammer tous les coeurs.
Les Protestans de Nismes l'embrassèrent avec
transport , et bientôt, soutenus par le régiment
de Guienne alors en garnison à Nismes, que les
fer m en s révolutionnaires et leur or corrompt-
rent , ils signalèrent leur zèle par le massacre
de six cents Catholiques, et celui d'un couvent de
religieux immolés aux pieds de leurs Autels,
égorgés dans leurs cellules , étouffés dans les;
DU DEPARTEMENT DU GARD. 17
flammes, ou précipités des toits de leur monas-
tère (1). Les généreux Protestans de Montpellier,
mirent seuls un terme aux fureurs de leurs core-
ligionnaires.
Dans les cent jours de l'usurpation, les Calho-
liques et volontaires royaux du Gard et de l'Hé-
rault périrent en grand nombre, furent dépouillés,
maltraités, blessés, dans les communes protes-
tantes qu'ils traversoient fugitifs et désarmés après
la capitulation de la Palud.
Dans la réaction qui suivit le second retour du
Roi, environ soixante et dix personnes de tout âge,
sur lesquelles deux femmes seulement; tous notés
par des excès ou dans la bagarre en 1790 , ou
dans les cent jours, plusieurs Catholiques, la ma-
jeure partie Calviniste, périrent malgré tous les
efforts des autorités royales, alors en fonctions,
pour arrêter l'explosion d'une longue indignation
populaire.
(1.) Le massacre des Catholiques par les Protestans des 30
septembre et 1er octobre 1567, connu sous le nom de Miche-
lade , antérieur de cinq ans à la Saint-Barthélémy, qui n'eut
point lieu à Nismes ; et celui des 13, 14, et 15 juin 1790,
connu sous le nom de Bagarre, sont fidèlement racontés, le
1er dans l'histoire de Ménard, tom. 5, pag 9, et suivantes ;
l'autre dans une brochure imprimée à Paris , dans le temps.
J'eusse pu joindre toutes ces pièces en appendix à cette ré-
futation; mais mon but n'est certes pas d'aigrir, par de fatals et
anciens souvenirs, les coeurs et les esprits dans un département
que j'ai pacifié; mais seulement de confondre les impostures
d'un Etranger, et de montrer la vérité à mes compatriotes.
18 TROUBLÉS ET AGITATIONS
Le brigandage , inévitable suite des chocs po-
litiques et populaires et de la subversion des
principes et des lois, se mêla ensuite à cette réac-
tion ; et les vols et concussions se multiplièrent
contre les Calvinistes, mais furent arrêtés dès la
fin du mois d'août 1815, par la fermeté et l'acti-
vité des autorités , qui anéantirent et dissolvèrent
lès bandes irrégulières armées.
L'arrêté du Préfet du 14 septembre 1815 et
l'exécution de cet arrêté , sont des faits publics et
authentiques, et les proclamations du Roi, du duc
d'Arigoulêrne, du Préfet, disent toute la vérité,
n'atténuent rien , et ne sont point un témoignage
involontaire, comme le dit insolemment le sieur
Perrot.
(Que des hommes, des femmes, des enfans ont été
assassinés, des maisons pillées, et des milliers d'habi-
tans forcés de fuir. Que ces horreurs n'ont point été
passagères; mais qu'elles ont duré plusieurs mois;
qu'elles n'ont pas été locales , ni particulières à la ville
de Nismes, mais qu'elles se sont étendues dans tout le
département, dont cette ville est le chef-lieu, et, à un
degré moins considérable, dans les départemens circon-
voisins.
Ces faits ne sont contestés par personne, pas même
par les ennemis des Protestans. Les atrocités qui se sont
commises se trouvent consignées dans des proclama-
tions de la part des autorités civiles, des commandans
militaires , du duc d'Angoulême et du Roi lui-même.
Ces proclamations, à la vérité, diminuent l'étendue du
mal, mais elles ajoutent en même temps le poids d'un
DU DEPARTEMENT DU GARD. 19
témoignage involontaire, à ce fait , qu'une partie de la
société a été opprimée par l'autre.
D'abord, il seroit nécessaire d'examiner et de décider
si cette persécution ,dpit être considérée comme reli-
gieuse, ou si elle peut, avec justice, être attribuée à
une cause autre que la haine contre les Protestans et le
Protestantisme.)
Persécution ! mot impropre, dites réaction. Elle
ne peut être qualifiée de religieuse : car un grand
nombre de Calvinistes royalistes ont continué dé
jouir de l'estime, de l'affection, dé la confiance
de leurs concitoyens et du gouvernement, et un
plus grand nombre de Catholiques bonapartistes
Ont été enveloppés dans cette inévitable réaction.
Des généraux employés en chef dans le Gard ;
des magistrats occupant les plus hautes fonctions
de l'ordre judiciaire ; des particuliers de toutes les
classes, infidèles au Roi et à son gouvernement,
étoient Catholiques. L'indignation populaire les
a-t-elle épargnés?
Le chevalier de Barre, général de l'armée
royale ; son frère adjoint à la mairie de Nismes ;
les nobles, fidèles et braves gentilhommes Henri-
Frédéric et Alphonse dé Castelnau; les sieurs
Chabbal et laMarche, succéssivement nommés, par
le marquis d'Àrbaud Jouques, préfet, présidens
du collège électoral de l'arrondissement du Vigan;
le sieur Aubanel, juge de paix du canton de som-
mières, et le sieur Roux, président du Consistoire
protestant d'Uzès , l'un et l'autre présentés par
2*.
20 TROUBLES ET AGITATIONS <
le marquis d'Arbaud pour obtenir la décoration
de la légion d'honneur; le sieur Olivier Desmonts,
fils du ministre protestant, de ce nom , etc. etc.,
étoient tous Calvinistes. Leur belle et fidèle con-
duite a-t-elle été méconnue du peuple ou des
autorités (1)?
Non , non, que les Calvinistes cessent de vou-
loir donner la fausse couleur d'une persécution
religieuse, à ce qui ne fut qu'une réaction simple-
ment politique produite par l'exaspération popu-
laire , et d'abord modérée et contenue ( c'étoit tout
(1) Le sieur Bouet, maire d'Aubussargues, et le sieur.
Méric, maire de Brignon, l'un et l'autre calvinistes , se dis-
tinguèrent pair la plus éclatante fidélité et les secours les plus
généreux aux Catholiques opprimes, pendant les cent jours
de l'usurpation. Je pourrois citer dans le Gard quelques au-
tres fonctionnaires publics calvinistes, dignes du même éloge ;
je cite ceux-ci de préférence, parce qu'ils reçurent du peuple,
même catholique, la récompense de leur noble conduite. Ce
peuple catholique du Gard, qu'on a voulu peindre sous les cou-
leurs les plus odieuses du fanatisme , couvrit d'acclamation à
Unes le sieur Bouet. Les femmes de la Halle, catholiques,
refusoient de lui le paiement de ce qu'il faisoit acheter sur la
place, et s'empressoient de porter elles-mêmes chez lui ses
provisions, et de charger sa table dapibus inemplis.
On assure que le sieur Bouet, père de ce digne Magistrat,
et Ministre du culte protestant, mourut dans les cent jours,
moins de maladie , que de la douleur qu'il éprouva du retour'
de Bonaparte , des malheurs du Roi et de son auguste famille ,
et des égaremens politiques de ses coreligionnaires dans le
Gard.
DU DEPARTEMENT DU GARD. 21
ce qu'elle put faire), ensuite anéantie et punie
par l'autorité. Ces clameurs perfides, ces adroites
impostures ont pu, malgré la noble déclaration et
l'imposante voix du Généralissime, et du premier
ministre d'Angleterre, tromper quelques dépar-
teméns de France éloignés du Gard, quelques
étrangers plus éloignés encore, fatiguer le coeur du
Roi, embarrasser la marche du ministère Fran-
çais, et la forcer à quelques actes plus d'accord
avec une prudente politique, qu'avec une exacte
justice; mais la vérité rayonne de toutes parts
dans le Gard même. Les faits la démontrent, et
les pierres mêmes la diroient au défaut des hom-
mes. Lapides clamabunt.
(A coup sûr elle n'a pas été une réaction politique;
elle commença dans un temps où il n'y avoit pas même
de différence, en fait d'opinions politiques, entre les
Catholiques et les Réformés (1).
C'est ce que répondit la principale autorité aux de-
mandes réitérées que je fis relativement à l'opinion des
Protestans sur le retour des Bourbons.)
Quelle est cette principale autorité si bien in-
formée des faits et de l'histoire ancienne et ré-
cente du département du Gard ?
N'oublions point que d'après sa propre déclara-
tion , le sieur Perrot est parti de Londres après
que le comité des non-conformistes eût été in-
formé de la prétendue persécution religieuse des
(1) Ce temps n'a jamais existé»
22 TROUBLES ET AGITATIONS
Protestans en France , et particulièrement dans le
Gard ; qu'il y a passé six semâmes, qui d'après son
propre dire, sont, ou les mois de septembre , oc-
tobre et novembre 1815 , ou les mois d'octobre ,
novembre 1 815 et janvier 1 816 ( 1 ).
La principale autorité à cette époque, étoit le
Préfet marquis d'Arbaud Jouques. Les princi-
pales autorités étoient ce même Préfet, le com-
mandant militaire, comte de La Garde, ou par
intérim le baron de Vassimon le marquis de Val-
lougues, maire de Nismes , le président par inté-
rim de la Cour royale; Noailles, ancien législateur.
Nous avons des certitudes absolues qu'aucun de
ces personnages n'a vu ni connu le sieur Perrot,
et n'a pu lui dire les plates absurdités que dans
plusieurs endroits de son libelle, il se fait dire
tantôt par un des plus respectables Catholiques
de Nismes, tantôt par un digne gentilhomme
Catholique, tantôt par un des principaux fonc-
tionnaires , et toujours sans nom, ni signalement,
ni indication un peu moins vague.
Le génie familier et invisible du moderne So-
crate , dont nous sommes les Anytus, ne seroit-il
pas quelqu'un de ces anciens fonctionnaires pu-
blics du Gard, destitué pour sa mauvaise con-
duite , et son parjure pendant les cent jours de la
dernière commotion?
(1) Il paroit par un passage de son libelle, qu'il y étoit
encore en mars 1816.
DU DEPARTEMENT DU GARD. 23
Dans ce cas, on peut facilement juger des as-
sertions du libelliste , par les sources impures où
il a puisé.
« (Bien que vers la fin du règne de Napoléon, les
» Catholiques alarmassent les Protestans (1) sur l'ave-
» nir, au moyen de menaces, d'injures et de calom-
» nies secrètes, comme ils n'avoient aucun reproche à
» se faire, qu'ils avoient,- avec le reste de la France,
» gémi sous sa tyrannie, et que, d'ailleurs, ils n'avoient
» obtenu sous lui que très-peu de places lucratives et
» de confiance, ils regardèrent la chute du despote
» comme une délivrance.) »
Bonaparte, le plus despote des hommes, com-
noissoit très-bien les éternels principes républi-
cains et le constant système fédéraliste d'une
partie des Calvinistes du Gard. Aussi ne les ai-
moit-il pas, et ceux-ci ne l'aimoient pas davan-
tage. Mais au moins avoit-il une générale et
méprisable indifférence pour toutes les religions
et tous les cultes, indifférence dont les Calvinistes
n'ont senti tout le prix , que quand ils ont vu re-
monter sur le Trône de France des Princes émi-
nemment Catholiques. Ils le haïssoient, quand
il falloit plier et servir sous un maître absolu. Ils
l'ont adoré, quand les Français n'ont plus eu qu'à
vivre heureux sous un Roi légitime et paternel.
Parmi les nombreuses déclarations des chefs de la
population Calviniste dans le Gard, en voici une
assez curieuse, quoique des moins exagérées.
(1) L'auroient-ils pu ou osé à cette époque ?
24 TROUBLES ET AGITATIONS
« Le président du Consistoire de l'église réfor-
» mée de * * *, à M. le Préfet du Gard. (Baron Rug-
» gieri.)
***, 6 juin 1815.
MONSIEUR ,
«Un responsable doit rendre compte de sa
» conduite à celui envers lequel il s'est engagé.
» C'est le motif qui me détermine à vous écrire.
« Dans ma lettre du 12 du mois dernier, après
» vous avoir prouvé que j'étois dans l'impossibi-
» lité de me rendre en qualité d'électeur , au
» champ de mai, je vous parle des dispositions
31 des fidèles de l'église consistoriale de***, et. je
» vous promis d'obtenir deux tous les sacrifices
» que les besoins de l'Etat et les circonstances
» impérieuses pouvoient exiger. J'ai depuis lors
» parcouru à différentes reprises les vingt-quatre
» communes des cantons de *** et *** qui compo-
» sent notre église consistoriale. Par tout, j'ai
» trouvé le plus grand dévouement pour S.M.I.etR.
» Tous les réformés sont persuadés que leur desti-
» née est liée avec celle du grand Napoléon.
» MM.. les percepteurs m'ont dit que l'impôt se
» payoit, sans qu'ils eussent besoin d'user de con-
» frainte, envers les contribuables.
» M.M les maires m'ont assuré que tous les an-
» ciéns militaires qui avoient été appelés, étoient
» partis, et qu'aucun d'eux n'avoit déserté. (Je
» parle des réformés. Ceux-ci forment les quatre
» cinquièmes de la population des deux cantons.
DU DEPARTEMENT DU GARD. 25
» Je n'ai aucune inspection sur les autres.) Que
» les citoyens qui étoient appelés pour former
» les bataillons de la garde nationale active, mon-
» troient autant de bonne volonté que les pre-
» miers. Vous voyez , M. le Préfet, que c'est par
» nos actions que nous prouvons nos sentimens. Je
» vous déclare que vous nous trouverez toujours
» animés du même esprit, etc. etc. »
Signé, P. *** , Pasteur , Président
du Consistoire de l'église
de***.
« (Ils virent le retour de la famille royale avec d'au-
» tant plus de joie, que, dans ses malheurs, cette fa-
» mille avoit trouvé son plus sûr asile parmi lesProtes-
» tans. Cette circonstance leur paroissoit ménagée par
» la Providence pour inspirer aux Réformés de la con-
» fiance dans leur gouvernement. Leur retour fut célé-
» bré avec enthousiasme dans tous les Temples protes-
» tans, à Nismes, à Montpellier, à Montauban, à Cas-
» telmorori, etc. Cet heureux événement provoqua de
» la part du consistoire de Nismes une lettre pastorale.
» Il fit également imprimer et répandre dans le public
» un discours analogue à cette circonstance. »
On prétendra, peut-être, que la persécution n'a com-
mencé qu'après le second retour du Roi (1), et qu'elle
fut la punition de l'empressement avec lequel les Pro-
testans reçurent Napoléon , ainsi que du secours qu'ils
(1 ) On ne le prétendra pas , on le prouve avec la dernière
évidence.
26 TROUBLES ET AGITATIONS
prêtèrent pour le renversement de l'autorité royale (1).
Un Catholique romain de Nismes, homme infiniment
respectable, répond à cette objection : « que le débar-
». queutent de Napoléon fut annoncé dans cette ville au
» marnent où on s'y attendoit le moins : que son gou-
» vernement fut proclamé par les militaires; et les ma-,
» gistrats, changés par la même autorité. »)
Ah! nous voilà encore dans ces Catholique»
romains infiniment respectables et toujours ano-
nymes, et qui par une fatalité attachée sans doute
au malheureux papisme , n'ouvrent jamais la
bouche avec le sieur Perrot, que pour proférer
des absurdités inintelligibles et insignifiantes.
Vous allez en juger.
(Les, Protestons se sontmontrés entièrement passifs ;
autant que j'ai pu en juger, nuls motifs politiques ne les
portaient à pencher envers le gouvernement impérial.
Ils ne sentaient pour lui aucun attachement particulier.
Il est bien vrai qu'ils se livrèrent à la joie ; mais cette
joie étoit produite, non par des motifs politiques, mais
par, l'espoir de la tranquillité et de la paix religieuse.)
Je prie le lecteur de comparer les quatre phrases
soulignées dans le paragraphe, et d'expliquer,
s'il se peut, de pareilles contradictions. Ah ! qu'il
est difficile de parler conséquemment en mentant
à sa consience !
(1) C'est cela même. Voilà la vérité, toute sangle, toute
entière.
DU DEPARTEMENT DU GARD. 27
(Lors du retour du Roi, les Protestans n'opposèrent
aucune résistance au rétablissement de son autorité.)
Les contrées protestantes du département du
Gard , depuis le Ier juin jusqu'au 32 août 1815,
ont marché et se sont réunies trois fois contre
les troupes, et les autorités royales. Leur dernière
réunion fut, à l'époque des 24 et a5 août 1815,
l'occasion d'un long et sanglant combat entre eux,
et les troupes royales et autrichiennes. Toujours
d'un côté de cette discussion, des assertions abso-
lues et fausses ; toujours de l'autre , des faits con-
traires à ces assertions, mais publics et authenti-
ques.
Une ordonnance royale de 1816 , contenant,
comme tous les actes de notre légitime Souverain,
bienfait et justice, accorde des secours à la veuve
et au jeune fils du sieur Nicolas, qui a péri, dit
l'ordonnance , victime de son dévouement et de,
sa fidélité , de la main des révoltés de la Gardon-
nenque.
(Un membre du consistoire de Nismes s'exprime ainsi :
» Les Protestans du Midi ont été traités de rebelles ,
» bien qu'ils se soient laissé désarmer sans résistance,
» piller, rançonner, outrager, assassiner, chasser de
» leurs temples, emprisonner, lapider, sans oser même
» se plaindre. »
J'affirmerai, en même temps, sans crainte d'être dé-
menti, qu'ils avoient des moyens de résistance au pou-
voir des Bourbons; ils étoient en nombre; ils avoient
des armes et des ressources de toute espèce.
28 TROUBLES ET AGITATIONS
Ici, vous ne serez point démenti: c'est vrai,
trop vrai. Beaucoup d'argent et le voisinage de
l'armée de la Loire, dont partie avoit été réelle-
ment dévouée à l'usurpateur ! le plan étoit bien
conçu. La menace d'une Vendée patriotique alloit
être exécutée; mais l'entrée inopinée de dix mille
Autrichiens, dérangea tout, excepté l'explosion
intempestive de la Gardonnenquc
(Aucune armée royale nrétoit près d'eux, et s'ils
avoient levél'étendart de l'opposition, des milliers de
Catholiques mécontens seroient venus se ranger autour
de lui.)
Ils le levèrent dans la Gardonnenque. Un assez
grand nombre de déserteurs de l'armée de la Loire,
et quelques officiers déguisés les joignirent et vin-
rent les diriger. Mais l'autorité arrêta l'explosion
delà révolte, et étouffa ce premier germe deguerre
civile , par son arrêté du 25 août 1815, dont les
considérans firent connoître au Gouvernement,
à la France , et à l'Europe la véritable situation
des choses dans le Gard.
(Ils aimèrent mieux se laisser opprimer que d'allumer
la guerre civile : le meurtre, le pillage , la proscription
et l'exil furent les résultats de leur trop généreuse sou-
mission. S'ils avoient été bonapartistes, comme l'ont
prétendu leurs assassins, et comme l'ont répété dans
ces pays-ci leurs antagonistes (1), pourquoi ont-ils souf-
(1) Quels sont donc, à Londres, ces antagonistes ? c'est
apparemment le duc de Wellington, lord Casllereagh,
M. Canning, etc.
DU DEPARTEMENT DU GARD. 29
fert seuls (1)? pendant que les Catholiques qui ont été
et qui sont bien connus pour avoir été les zélés parti-
sans de Napoléon, n'ont éprouvé aucune espèce de
vexation. Il est impossible de répondre à cette question
d'une manière satisfaisante (2).
A moins qu'on n'admette que c'est à raison de leur
croyance religieuse, et non à raison de leurs opinions
politiques qu'ils ont souffert.
Les Protestans se sont montrés amis de la révolution
en 1789. Ils adoptèrent cordialement des mesures qui
avoient pour objet d'affranchir leur pays du despotisme.)
L'Europe connoît parfaitement aujourd'hui ce
que c'est que le despotisme de Louis XVI, et la
liberté donnée à la France et à une partie de l'Eu-
rope elle-même par les assassins de ce Prince
infortuné.
(Personne n'étoit plus qu'eux, intéressé à l'abolition
des droits féodaux, ainsi qu'à la destruction du fana-
tisme et de la superstition.)
Il n'y avoit ni fanatisme ni superstition en
Franceen 1789. Mais au contraire, une prétendue
philosophie répandue dans toutes lés classes de
la société dont nous pouvons aujourd'hui appré-
cier les bienfaits, la plus générale indifférence
religieuse, et tous les fermens révolutionnaires
produits par l'esprit novateur, l'ambition orgueil-
leuse, et la démoralisation philosophique.
(1) Ils n'ont point souffert seuls , je l'ai déjà prouvé.
(2) On y répond d'une manière aussi simple que satisfai-
sante. Le fait est absolument faux. Le contraire parfaitement
vrai.
30 TROUBLES ET AGITATIONS
(Ils saluèrent l'aurore de l'affranchissement , et vi-
rent le soleil de la liberté se lever avec une joie inex-
primable.)
C'est en 1787 et à Louis XVI, que les Protestans
de France durent l'aurore de leur affranchisse-*
ment et le soleil de leur liberté.
Si les Calvinistes de Niâmes placent cette époque
en 1789 , reniant le bienfait de Louis XVI et ai-
mant mieux le devoir à la révolution , le mot
d' inexprimable dont le sieur Perrot caractérise
leur joie est un mot impropre. Ils surent l'expri-
mer très-énergiquement en 1790. Interrogez les
maries des Catholiques et Religieux Nismois mas-
sacrés par les Calvinistes de Nismes, et dont les
restes furent sauvés par les Protestans de Mont-
pèilief à cette fatale et sanglante époque.
(Le souvenir des anciens torts se perdoit dans l'espoir
de meilleures lois et de jours plus sereins. Des repré-
sentansfurent choisis parmi eux, et dès-lors le poids
des principes, de l'influence et du nombre des Protes-
tans fût jeté dans la balance de la révolution.)
Hélas ! on s'en aperçut bîen , et nous noirs en
ressentons encore. Mais quel aveu naïf! je traduis
mot à mot. J'en préviens le lecteur qui ne pour-
roit le croire.
(Ils croyoîent que les peuplés ont des droits qu'ils
pouvoient, après de longues souffrances, forcer des'
DU DEPARTEMENT DU GARD. 31
Princes despotes (1) à leur rendre. Une Monarchie li-
mitée, défendue de toutes parts par une Charte cons-
titutionnelle, destinée a assurer les mêmes privilèges
aux sujets de toutes les classes, quelle que fût d'ailleurs,
leur croyance, étoient le plus ardent de leurs voeux.
Quand ils virent des hommes, sans principes, marcher
sous le masque dé la liberté, aux plus grands crimes,
ils se sentirent saisis d'effroi, et se retirèrent. Pas un
seul Protestant n'a voté la mort du Roi, sans quelque
restriction qui n'eut pour objet de le sauver, comme
l'appel au peuple et l'exécution remise à la paix. )
Tous l'ont votée, excepté Rabaud-Saint-Etienne,
Ministre Protestant, qui rejeta avec horreur ce
crime exécrable, et ne crut pas qu'il pût être
amoindri par quelque restriction. Qu'ont fait les
restrictions à ce voie abominable? le seul moyen
de sauver le Roi étoit de voter contre sa mort, à
quelque époque que ce fût.
(Lorsqu'ils Virent que leurs efforts étaient inutiles,
ils renoncèrent, pour la plupart à la carrière politique.
Si leurs souffrances sont l'effet de la joie qu'ils ont ma-
nifestée , ou de la part qu'ils ont prise aux affaires, dans
les premiers temps de la révolution, ils sont doublement
martyrs, et il faudroit que nous eussions oublié l'histoire
de notre propre pays, pour oser les blâmer de de qu'ils
réclament leurs droits naturels et religieux. Ne pouvatit,
c'est unechqse bien connue, les faire passer pour des
rebelles envers le Gouvernement.)
(1) Les Bourbons, despotes! Louis XVI, despote!

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