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UN ANGE
RETOURNÉ AU CIEL
Elle était entre sa dix-septième et sa dix-huitième
mée. Les dons les plus heureix de la grâce et de
nature embellissaient sa jeunesse; on eùt dit un
ige égaré au milieu des sentiers du monte, une
rte de léatrix dont le Dante aurait pu dire comme
son héroïne : On ne pouvait passer près d'elle
w; se sentir l'âme plus grande et le cœur plus pur.
La Providence divine lui avait donné cr ce monde
le place privilégiée ; mais ell r avait encore plus
Mtamment pourrue du côté de l'âme. Distiac-
m de l'esprit et simplicité tu cœur, modestie ins-
rait une sorte de vénération et amabilité captivant
r
-2-
toutes les sympathies, maturité de la !I
charme ineffable d'une nature restée enfall
avait tout ee qui fait la gloire d'une ad1)
chrétienne et tout ce qui peut contribuer au b"
d'une famille. Sa piété-avait-un caractère de a
deur et de loyauté admirables. Elle servait Dieuai
une fidélité ignorante d'elle-même, sans saupçoni
qu'il pût y avoir a cela le moindre mérite, tatt
sentiment du devoir avait de bonne tem-e Qiflg
profondément sa conscience et tant son àmeat
de facilité a se tourner vers Dieu.
Et cette enfant n'est plus ! Trois êtres qui i"
pour elle et par elle : une mère digne à tous égj]
de garder un semblable trésor, un père q"
mis en sa fille ses plus chères espérances et i
hors d'elle ne voulait d'aucun plaisir, un aieulq
nérable plusieurs fois blessé aux parties les Ji
vives du cœur et. qui trouvait s
grandir celle qui était déjà l'orgueil et la liwj
de sa vieillesse, sont là, dans la ijiiinlr iMT
maison, entourés des sympathies les nt~~jt
mais ne voulant pas être consolés, et pensant qq
près la joie de posséder une fille unique auaË4
laite, rien ne vaut l'amère consolation de la ] £ |jj
toujours. -
cc 0 foi sainte, ô très-douce religion <~~
n Christ ! Sans vos promesses immortelles otiOM
» de vos enseignements, cette famille désolée,
» guère objet de tant de félicitations, aujvadl
- 3 -
» de tant de larmes, serait conduite au désespoir
» par la voie de la douleur. Mais vous lui donnerez
» la force de vivre et de spuffrir, et regardant le,
» ciel de ses yeux humides, elle dira avec une con-
» fiance résignée : Bienheureux ceux qui meurent
n dans le Seigneur : Berrti qui in Domino moriuntur. 1)
Mais, ces lignes tracées d'une main émue, je
m'aperçois que tout entier à contempler, a travers
mes larmes, et l'image souriante de la jeune morte
et le tableau de sa. famille dévastée, j'ai omis jus-
qu'ici de dire son nom. Son nom, bon nombre
de personnes l'ont déjà prononcé dans leur cœur.
M est connu, aimé, béni, en beaucoup d'endroits.
Mombre de malheureux ne l'oublieront jamais, sur-
tout dans les paroisses de Belvès et de Gardegan en
Castillonnais, et dans celle de Soussans en Médoc,
et parleront longtemps de mademoiselle Suzanne-
Marie de Gastehuis, leur douce bienfaitrice.
Oh ! qu'elle représentait bien la bonté tradition-
nelle de sa famille! Et quand les pauvres, qui
savent si bien le chemin des châteaux de la Tour
de Mons et de la Pierrière, allaient frapper à la
porte des deux manoirs, qu'ils étaient heureux
d'être accueillis, sur le seuil, par cet ange de cha-
rité! On eûtditlegénie de l'antique maison souriant
a la misère avant de la secourir et faisantraumûne
de l'affection avant celle de l'argent et du pain !
Tout cela était trop beau et ne pouvait pas avoir
de durée. On a dit que la Joie fait peur, et on a eu
i
raison ; malheureusement on l'oublie toujours, et
sur le bonheur présent on bâtit de magnifiques pro-
jets. La mort arrive, qui souffle sur le fragile écha-
faudage, et l'on s'aperçoit trop tard qu'ici-bas il n'y
a que des bonheurs commencés, et qu'on ne peut
y être complétement heureux jqu'en espérance. Rê-
ves évanouis, projets renversés, existences brisées,
cœurs meurtris, n'est-ce pas la l'histoire de la vie?
Quand donc saurons-nous dédaigner cette terre où
tout se perd, et aimer uniquement le ciel où tout se
retrouve ?
Mademoiselle de Gastebois fut l'œuvre de la grâce
de Dieu et d'une sollicitude aussi tendre qu'élevée.
Elle ne quitta jamais le foyer de sa famille. La une
âme, aujourd'hui cruellement atteinte, aida sa mère,
avec une rare intelligence et un affectueux dévoue-
ment, dans l'œuvre de son éducation. Par une
faveur a laquelle lui donnaient droit des souvenirs
de famille qui étaient sacrés, -elle fit sa première
communion dans la communauté des Dames de la
Foi, et Dieu sait quel souvenir ont gardé de sa piété
les personnes qui eurent à s'occuper de son âme.
Je sais des affections, aujourd'hui inconsolables, qui
datent de cette époque, et qui montrent quelle sé-
duction puissante excitait cette enfant par la dou-
ceur de sa piété et les charmes de son heureuse
nature.
Depuis ce jour, qu'ellene cessa de regarder comme
le plus beau de sa vie, son histoire peut se résumer