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Un directeur d'école normale primaire. Vie de M. Lalin, fondateur et directeur de l'école normale de Chaumont / par MM. Billiard,... et Roret,...

De
21 pages
impr. de C. Cavaniol (Chaumont). 1868. Lalin. In-8°, 23 p..
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UN DIRECTEUR D'ÉCOLE NORMALE PRIMAIRE.
VIE DE M. LALIN
FONDATEUR ET DIRECTEUR
DE L'ÉCOLE NORMALE DE CHAUMONT
N PAR MM. BILLIARD -
i. - - 1
/OFFÎfIER D'ACADÉMIE, INSPECTEUR DE L'INSTRUCTION PRIlt.-\.
ET RORET
RÉDACTEUR ES CHEF DE L'ÉCHO DE LA HACTE-MAÏXB-
~- -~
Ouvrage publié sous les auspices de U. Vlnspecleu\^A.^i"Tîi*lii ,* ••
AU BÉNÉFICE DE LA SOCIÉTÉ DE SECOURS MUTUELS DES INSTRIITTEUTTE
ET ORNÉ D'UN PORTRAIT
PAR M. GUIOT.
PROFESSEUR DE DESSIN AU LYCEE IMPERIAL ET A L'ÉCOLE NORMALE DE CHAUMONT.
CHAUMONT
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE DE C. CAVANIOl,
, PUE r)E cp.Ès, 7
186
Je n'ai connu que sur le déclin de sa vie l'homme excellent
auquel est consacrée cette notice. Mais je me suis bien vite senti
pour lui autant de profonde estime que d'affectueuse sympathie.
Aussi, est-ce avec un vrai bonheur que j'ai vu M. l'inspecteur
Billiard, M. le professeur Guiot et M. Roret répondre avec em-
pressement à l'appel que je faisais à leur amitié et à leur recon-
naissance pour notre cher Directeur.
J'aime à leur adresser ici tous mes remerciements pour leur
concours aussi dévoué que désintéressé.
L'Inspecteur d'Académie,
Ancien Elere de l'École normale supérieure, Agrégé de l'Onirersité,
Membre des Académies Impériales des Sciences de Bordeaux et de Dijon,
A. HAILLECOURT.
VIE DE M. LALIN.
.» * * « * * *l'Etat vous demand
plus que le tribut de votre intelligence e
de vos connaissances ; c'est l'homme même,
l'homme tout entier qu'il réclame, qu'il
dévoue à une œuvre sévère de patience, de
persévérance et de vertu.
(M. GUIZOT, Cire. du 1i oct. 1834.)
Raconter la vie des hommes qffi, même dans une position
modeste, ont bien mérité du pays, c'est aller au devant des vœux
de la Société qui, dans sa reconnaissance, accueille toujours
avec satisfaction de pareils actes de justice ; rappeler les qua-
lités qui leur ont mérité l'estime publique, c'est offrir à leurs
survivants des exemples propres à les guider dans la voie qu'ils
ont eux-mêmes à parcourir.
Tel est le double but que nous nous sommes proposé, en con-
sacrant quelques pages à la mémoire de M. Lalin, récemment
enlevé, par une mort prématurée, à la direction de l'Ecole nor-
male de Chaumont. En acceptant cette tâche, nous ne nous
sommes pas dissimulé notre insuffisance; et nous aurions désiré
qu'elle fût confiée à une plume plus exercée et plus autorisée
que la nôtre; mais, puisqu'on s'est habitué à penser que notre
position et les liens particuliers qui nous unissaient depuis plus
de trente ans à cet homme excellent, nous avaient mis spécia-
lement à même d'étudier les ressources de son esprit et de son
cœur, nous avons dû céder aux instances qui nous étaient
faites. Une pensée d'ailleurs nous rassurait, c'est que pour
faire apprécier une si honorable et si utile existence, il suffisait
d'être vrai.
M. Lalin, né à Vaux-sur-Blaise, le 7 mai 1808, commença ,
ses études au collége de Vassy et les termina au collége de
6
Langres, grand établissement dont la vieille et légitime re-
nommée attirait alors presque toute la jeunesse studieuse du
département. Il s'y distingua par la régularité de sa conduite,
la douceur de son caractère et un ardent désir de conquérir le
titre qui, malgré tant de révolutions, n'a pas cessé d'être re-
gardé comme le couronnement et la sanction des études.
Doué d'une vive intelligence et d'une remarquable aptitude
au travail, il aurait certainement pu réussir en se livrant à de
plus hautes études ; mais son extrême tendresse pour ses pa-
rents lui fit regarder comme un devoir de mettre un terme
aux sacrifices qu'ils s'étaient imposés pour son éducation.
Aussi, dès que ses humanités furent terminées, il prit la réso-
lution de ne demander qu'au travail ses moyens d'existence.
La carrière de l'enseignement s'offrait naturellement à lui.
Des goûts simples, une modestie qui ne laissait accès dans son
âme qu'à une seule ambition, celle de se rendre utile, la lui
firent préférer à toute autre. Il y débuta le 1er décembre 1829
par les fonctions de maître d'études qu'il remplit d'abord au
collège de Vassy, puis à celui de Châtillon-sur-Seine. Nommé
le 20 octobre 4831 régent de septième et de huitième dans ce
même établissement, il était, dès le A octobre 1832, promu à la
chaire de sixième du collége de Langres. La rapidité avec la-
quelle il franchissait ainsi les premiers degrés de la carrière
s'explique tout naturellemenfpar ses heureuses qualités et son
dévouement absolu à l'accomplissement de tous ses devoirs.
Peu de temps s'était écoulé depuis sa dernière nomination,
lorsque le département de la Haute-Marne, toujours prêt à
marcher un des premiers dans la voie du progrès, s'associa,
par un généreux vote de fonds, aux efforts que faisait le Gou-
vernement pour mettre à exécution une des principales dis-
positions de la loi du 28 juin 1833, en créant des Ecoles nor-
males départementales.
1 Proposée aux Chambres et contresignée par M. F. Guizot, qui fut
trois fois ministre de l'instruction publique sous le règne du roi Louis-
Philippe.
7
Le corps des instituteurs primaires ne pouvant fournir le per-
sonnel instruit que réclamait cette nouvelle branche de ser-
vice, l'Administration le chercha naturellement dans les rangs
- de l'instruction secondaire, où elle était sûre de trouver réunis
chez un grand nombre de fonctionnaires ou de professeurs, la
capacité, les lumières, le sentiment du devoir et le dévouement
à l'intérêt public.
Le choix des directeurs d'Ecoles normales n'était pas toute-
fois, malgré cette précieuse ressource, sans présenter de graves
difficultés. De ces établissements, on ne connaissait en quel-
que sorte que le but qu'on se proposait en les créant. Quel-
ques grandes villes comme Strasbourg, Versailles, Metz,
Dijon, en faisaient, à la vérité, l'essai depuis quelques années ;
mais les résultats n'étaient encore ni assez anciens ni assez
concluants, pour que le Gouvernement pût être fixé sur la ré-
glementation à laquelle il convenait de les assujettir, ni, sur-
tout, sur les conséquences que leur multiplication pourrait
avoir pour le développement des saines lumières et l'affermis-
sement de la moralité publique. S'emparer du mouvement in-
tellectuel qui se manifestait, dès cette époque, dans les classes
populaires, le modérer sur certains points, l'exciter sur pres-
que tous, en un mot le diriger conformément aux vues' des
pouvoirs publics, en faire un puissant et sûr moyen de civili-
sation, tel était le but à atteindre. Créer un corps d'institu-
teurs assez instruits et assez fortement imbu de l'idée chré-
tienne et morale pour s'élever à la hauteur de leur tâche, tel
était le problème à résoudre.
Dans ces conditions, la charge des directeurs était, comme
on le voit, redoutable au début. Ces fonctionnaires devaient,
il est vrai, prendre pour bases de leur enseignement les pro-
grammes généraux élaborés parle Conseil royal de l'Instruction
publique ; des réglements disciplinaires avaient déjà tracé le
régime auquel seraient soumis les futurs instituteurs; il est
juste de dire que, malgré leur nouveauté, ces réglements por-
taient l'empreinte d'une grande sagesse et d'une vraie con-
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naissance des besoins de la nouvelle institution ; les directeurs
trouvaient pour eux-mêmes, dans l'admirable instruction du
11 octobre 1834, émanant de l'illustre Grand-Maître de l'Uni-
versité 1, un code aussi complet qu'élevé des devoirs qui leur in-
combaient ; mais ce qui leur manquait, c'était les traditions,
l'expérience du passé. L'avenir seul s'ouvrait devant eux avec
ses espérances sans doute, mais aussi avec ses incertitudes, et,
il faut bien le dire, avec la perspective de ses déceptions. Une
'grande initiative était donc réclamée de la part des directeurs ;
et de l'intelligence avec laquelle ils appliqueraient les règle-
ments, les programmes et les instructions, dépendait en grande
partie le sort des établissements naissants.
Dans la Haute-Marne, pas plus qu'ailleurs, l'entreprise
n'était sans péril. M. Lalin cependant, quoique encore bien
jeune, eut le courage de la tenter. Fort de ses antécédents,
sans chercher d'autres recommandations que celle des services
rendus, il sollicita la direction de l'Ecole normale de Chaumont.
Le 4 avril 1834, un arrêté ministériel la lui confiait. Sa car-
rière, presque tout entière, s'est donc accomplie dans cette posi-
tion ; aussi, est-ce à ce dernier point de vue que nous nous
sommes proposé d'esquisser sa vie.
Dès qu'il fut en possession de son nouveau titre, toutes ses
pensées et toutes ses préocupations se tournèrent du côté de
son Ecole. Mais en homme aussi modeste que sensé, il com-
prit qu'avant de se mettre à l'œuvre, il ne pouvait mieux faire
que d'avoir recours aux lumières et à l'expérience d'un'col-
lègue éprouvé. L'Ecole normale de Dijon, créée en 1829, avait
déjà, sous l'habile direction de M. Thevenot2, acquis une certaine
renommée ; et, bien que toute institution soit nécessairement
imparfaite à sa naissance, les jeunes maîtres sortis de cette
école avaient justifié, pour la plupart, la confiance des com-
munes qui les avaient appelés. M. Lalin se rendit donc à Dijon
1 De 1808 à 1848, le Ministre de l'Instruction publique a presque tour
jours porté le titre de Grand-Maître de l'Université.
? Né à Chaumont, le 1er novembre 1805.
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où il resta un temps suffisant pour étudier, dans son ensemble
et dans ses détails, la tenue et la direction de cet établisse-
ment. Ce commerce intime entre deux collègues dont le plus
jeune venait se constituer en quelque sorte l'élève de son aîné,
les mit à même de s'apprécier, et fut la source d'une estime,
d'une amitié réciproque qui ne se démentit jamais.
Vers le mois de juillet, M. Lalin revint à Chaumont pour
s'occuper de l'installation de son Ecole. L'ouverture étant fixée
aux premiers jours de novembre, quelques mois seulement lui
restaient pour disposer le matériel, choisir ses collaborateurs
et ses élèves, préparer un plan d'études qui répondît à la fois
aux justes exigences des règlements, à l'esprit du pays et au
degré de culture intellectuelle des jeunes gens avec lesquels
il allait commencer son œuvre.
La tâche du jeune directeur était donc, comme nous l'avons
dit, aussi délicate que laborieuse. Outre les difficultés matériel-
les résultant de l'installation de l'Ecole dans un local étroit et
approprié à la hâte à sa nouvelle destination, il s'en présentait
d'une autre nature dont il était beaucoup plus difficile de
triompher. Où trouver en effet des auxiliaires à l'esprit élevé,
aux connaissances variées et solides, capables de comprendre
les vues du directeur, de s'y associer et de l'aider efficacement
à atteindre son but ? Comme l'état de l'enseignement ne lui
permettait pas de les demander au corps des instituteurs, et
qu'il n'y avait d'ailleurs de régularisée et de nettement définie
que la position du chef de la maison, M. Lalin dut, primitive-
ment– et pendant plusieurs années encore, se contenter de
maîtres-externes auxquels, moyennant une légère indemnité,
et sous l'approbation de l'autorité universitaire, il confia le soin
d'enseigner- les matières dont il ne pouvait se charger lui-
même.
Quant au choix des élèves qui devaient composer la pre-
mière promotion, il n'offrait pas de moins sérieuses difficultés ;
ce n'est pas que les candidats fissent défaut ; mais comme à
cette époque les bonnes écoles étaient rares, leur préparation
-10 -
était nécessairement imparfaite; de plus les renseignements sur
leur vocation et sur leurs antécédents étaient loin d'être aussi
complets qu'il eût été désirable. On choisit donc ceux qui pa-
rurent les plus dignes; et, dès l'époque assignée, dix-huit élè-
ves-maîtres vinrent de tous les points du département former,
par leur réunion, cet établissement modèle au quel tant de
communes doivent d'excellents instituteurs.
Tels étaient les éléments insuffisants avec lesquels notre Di-
recteur devait répondre du succès, et faire en deux ans, des
hommes capables de remplir la mission qui les attendait. Il y
réussit malgré quelques petits mécomptes ; et ce sera toujours
l'un de ses plus beaux titres d'avoir, dès l'origine, et en dépit
des circonstances, prouvé à l'Autorité et à la Société attentives
que les Ecoles normales ne tarderaient pas à justifier la haute
pensée qui en avait fait décider l'institution.
Il n'entre pas dans le plan de cette notice, d'indiquer année
par année les succès qui, à partir de 1836, assurèrent à l'E-
cole normale de Chaumont l'un des premiers rangs pour la force
des études. Cette statistique nous entraînerait trop loin et nous
forcerait à sortir du cadre que nous nous sommes tracé. Conten-
tons-nous de dire que, depuis son origine jusqu'en 4850, -épo-
que à laquelle le régime des Ecoles normales fut profondément t
modifié, celle de Chaumont fournit une moyenne annuelle
de douze à quinze instituteurs, pourvus pour la plupart du
brevet complet, tous formés à la pratique des meilleures mé-
thodes d'enseignement, accueillis avec confiance par les com-
munes dont ils justifiaient la préférence par la dignité de leur
conduite comme par la solidité de leur instruction, et prépa-
rant à leur tour un recrutement facile' à l'Ecole qui les avait
formés.
M. Lalin s'était donc élevé, en peu de temps et pour ainsi
dire de lui-même, à la hauteur de sa mission. Mais par quel
heureux assemblage de qualités était-il parvenu à s'identifier si
complétement avec ses nouvelles fonctions? C'est ce que nous
allons essayer de faire connaître.