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Un Lozérien à ses compatriotes, à propos des élections législatives de 1869. (3 mars.)

8 pages
Impr. de Ignon (Mende). 1869. France (1852-1870, Second Empire). In-8 °. Pièce.
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UN LOZERIEN
A SES COMPATRIOTES
A propos des élections législatives
de 1869.
CHERS COMPATRIOTES ,
Bien des années se sont accumulées sur ma tête. Ayant
beaucoup vu et beaucoup réfléchi, je viens, avec le privilége
de l'âge et un certain droit que donne l'expérience, vous
adresser quelques conseils que je vous prie d'accueillir avec
bienveillance, car ils sont inspirés par un amour profond de
notre pays, par le sentiment de nos besoins et un vif désir
d'obtenir pour eux satisfaction.
Nous touchons au renouvellement du Corps législatif, dont
les pouvoirs expirent dans trois mois. Bientôt donc il sera
donné au peuple français tout entier de prendre sa part d'ac-
tion dans les affaires publiques , en désignant, par le suffrage
universel, des représentants qui, pendant six ans, exerceront
auprès du Souverain le pouvoir législatif. Que chacun se
recueille et se prépare à ce grand acte. En est-il de plus digne
de l'attention de tous, de plus sérieux pour chaque citoyen ,
de plus grave pour l'ensemble de l'Empire et pour chaque con-
trée en particulier? Le souverain le plus dévoué à ses sujets
ne peut en faire le bien qu'en connaissant leurs besoins,
leurs aspirations , leurs préférences, leurs affections. Des ad-
ministrateurs intelligents et zélés les étudient sur place et les
exposent en toute vérité. Néanmoins, de graves incové-
nients ne se produiraient ils pas si les députés n'étaint pas
aptes à s'identifier avec, leurs commettants, si leurs penchants
les portaient à en répudier l'esprit et le coeur?
Que la Lozère le comprenne : l'indifférence dans les élec-
tions politiques est l'abdication de la dignité de citoyen , le
suicide de la vie publique. Quiconque s'en rend coupable,
manque aux devoirs les plus sacrés envers la société dont
le bien général profile à tous, envers ses compatriotes dont
les besoins lui sont communs, envers sa famille qui re-
cueillera, même dans l'ordre politique, le fruit de ses actes,
envers lui-même, enfin, puisqu'il n'est pas permis de rester
inactif clans une oeuvre dont on est solidaire.
Les temps ne sont point les mêmes ; néanmoins, notre pen-
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sée se reporte au commencement de l'année 1789, alors que la
convocation des Etats généraux, interrompue depuis 1614,
demandée avec de vives instances, préoccupait si vivement
l'opinion publique. Nos ancêtres ne restèrent pas endormis
dans une léthargie profonde qui aujourd'hui semble devenir
notre état normal. Sans attendre la convocation légale , dès le
7 janvier 1789, les trois Etats du Gévaudan tenaient une réu-
nion préparatoire à Mende, et le 29, une seconde à Marvejols.
De suite, cent vingt-quatre communautés s'empressaient de
donner leur adhésion aux résolutions de celte seconde assem-
blée générale.
Rappelons quelques détails historiques.
A quatre-vingts ans d'intervalle , le 3 mars 1789, le lieu-
tenant général de la sénéchaussée de Mende (1), au nom du
sénéchal, publiait les lettres du Roi, du 24 janvier précédent,
pour la convocation des Etats généraux du royaume, et il con-
voquait en même temps les trois Etats de la sénéchaussée,
savoir : 1° le sieur Evêque de Mende , les abbés séculiers ou
réguliers, les chapitres, corps et communautés ecclésiastiques
rentés, réguliers ou séculiers, des deux sexes, les prieurs,
les curés, les commandeurs et généralement tous les bénéficiers ;
2° tous les ducs, pairs, marquis, comtes, barons , châtelains
et généralement tous les nobles possédant fiefs dans l'étendue
de la sénéchaussée, et 3° les maires, capitouls, échevins,
jurats, consuls et autres officiers municipaux des villes,
bourgs , villages et communautés du ressort.
Au jour le plus prochain et au plus tard huit jours après la
publication des lettres du Roi et de l'ordonnance du sénéchal,
tous les habitants du Tiers-Etat des villes, bourgs, paroisses,
communautés des campagnes , âgés de 25 ans , domiciliés et
compris aux rôles des impositions, étaient tenus de s'assem-
bler à l'effet de procéder d'abord à la rédaction du cahier des
plaines doléances et remontrances à présenter à Sa Majesté,
et ensuite à la nomination des députés chargés de porter ce
cahier à l'assemblée générale des trois Etats.
Les députés du Tiers-Etat, les ecclésiastiques, bénéficiers
et autres engagés dans les ordres sacrés et les nobles possé-
dant fiefs ou ayant noblesse acquise et transmissible, se réu-
nirent à Mende, le 25 mars 1789, en assemblée générale, pro-
cédèrent à la vérification des pouvoirs des deputés et procureurs
fondés, prêtèrent serment, et les trois ordres se séparèrent pour
procéder, en assemblée particulière, à la rédaction des cahiers
de doléances et à la nomination de leurs députés respectifs.
(1) Le Gévaudan fut convoqué pour les Etats-Généraux, sous la déno-
mination de sénéchaussée de Mende, et non sous celle de bailliage du
Gévaudan qui aurait été la dénomination exacte. Le bailli étant absent,
son lieutenant, M. Rivière, employa la même dénomination dans l'or-
donnance de convocation des trois Etats, qui sont ci-après désignés ,
suivant l'énumération et avec les termes mêmes de l'ordonnance.