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Un Mot sur les régicides et autres bannis de la France, repairés en Belgique, suivi de l'analyse d'un procès intenté aux rédacteurs du "Nain jaune" par Mme Henriette de Saint-Charles, née Vulliamoz, de Lausanne en Suisse, et par M. Dasies, son parent. (Signé : H. K. S. [Henri-Alexis Cahaisse].)

De
55 pages
chez tous les marchands de nouveautés (Paris). 1817. In-8° , 52 p..
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UN MOT
SUR LES RÉGICIDES
ET AUTRES
BANNIS DE LA FRANGE,
REPAIRES EN BELGIQUE:
DE L'IMPRIMERIE DE Mme Ve JEUNEHOMME,
RUE HAUTEFEUILLE, N° 20.
UN MOT
SUR LES RÉGICIDES
ET AUTRES
BANNIS DE LA FRANCE,
REPAIRES EN BELGIQUE.
SUIVI
DE l'Analyse d'un Procès intenté aux Rédacteurs du
NAIN JAUNE, par Madame Henriette de Saint-
Charles, née Vulliamoz , de Lauzanne en Suisse,
et par M. Dasies, son parent.
PARIS,
CHEZ TOUS LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1817.
UN MOT
SUR LES RÉGICIDES
ET AUTRES
BANNIS DE LA FRANCE,
REPAIRES EN BELGIQUE.
LORSQUE les assassins du malheureux
Louis XVI, encore couverts de son sang et
de celui de ses plus fidèles sujets, furent chassés
du territoire français, ils s'en éloignèrent la
rage dans le coeur, et ne respirant que ven-
geance contre le successeur de ce Roi martyr.
Si le crime n'eut pas été inné dans ces âmes
féroces, de quel respect, de quelle reconnais-
sance n'auraient - ils pas été pénétrés envers
cet auguste souverain, qui, au lieu de les livrer
à la sévérité des lois , poussa la clémence jus-
(2)
qu'à leur permettre d'emporter avec eux d'im-
menses trésors, fruits de leurs spoliations et
de leur dévouement à l'usurpateur de son trône.
Plusieurs de ces infâmes bannis, que les mers
devraient séparer de tout peuple policé, s'ar-
rêtèrent dans la plus belle ville de la Belgique
(Bruxelles), aujourd'hui sous la domination
d'une tète couronnée. Ils osèrent y demander
asile, oubliant que les Rois sont frères et
qu'on doit s'attendre à être repoussé avec hor-
reur par celui dont on a assassiné le frère
Cependant, triste et cruelle vérité à écrire ! cet
asile leur fut accordé.
Les assassins d'un Roi! les ennemis de tout
pouvoir légitime ! trouver protection dans une
monarchie! C'est, en politique, une de ces sin-
gularités monstrueuses dont il faut être témoin
pour y croire. Mais ce qui sort encore plus
des convenances , jadis observées entre tout
pays policé , c'est que ces monstres, couverts
de crimes, ont trouvé, dans les lois de celui
qui les a adoptés , encouragement pour eu
commettre de nouveaux.
La postérité doutera de ce fait, malheureu
sement trop prouvé pour nous. On se deman-
dera alors: quel était donc ce pays sauvage où
des lois permettaient à des scélérats, bannis de
(5)
leur patrie, d'insulter, dans leurs écrits, au
souverain qui leur fit grâce de la vie, de ca-
lomnier ses plus fidèles sujets, uniquement en
raison de leur attachement à sa personne sa-
crée; de leur prêcher la révolte, de les inciter
à une guerre civile, et de donner ainsi à l'uni-
vers le spectacle outrageant du crime osant se
mon trer sanscrainte ? Et si l'on nomme Bruxelles!
et qu'on ajoute : régnait alors, dans celte con-
trée, mais depuis quelques mois seulement,Guil-
laume Frédéric : n'osera-t-on pas se permettre
d'injurieuses réflexions sur ce souverain.ADieu
ne plaise que je les prévienne ! Vrai Français,
et, dans tous les temps, sujet fidèle de mon
Roi, je sais trop le respect que je dois à ceux
qui, comme lui, sont revêtus du pouvoir
suprême, pour m'en permettre une seule dé-
favorable. Mais, dire les lois de la Belgique,
ne saurait offenser la personne du prince qui
la gouverne.
Témoin cruellement froissé d'une révo-
lution dont l'histoire ne fournit pas d'exemple,
je le dis à regret, et crains d'être prophète
trop véridique : malheur au gouvernement mo-
narchique assez impolitique pour avoir admis
dans son sein les assassins d'un Roi qui fut ré-
véré de l'Europe entière, ainsi que les par-
(4)
tisans de ces scélérats ! Malheur au gouverne-
ment qui permet à de tels brigands d'ériger
ce crime en action louable, et de chanter les
louanges de l'usurpateur du trône de ce mo-
narque infortuné! Il est impossible que de tels
hommes n'allument pas, tôt ou tard, le feu de
la révolte contre le souverain dans les Etals
auquel ils reçoivent hospitalité.
Quel Français, en entrant à Bruxelles, peut
se défendre d'un mouvement d'horreur en son-
geant qu'il va y respirer le même air que les
ennemis les plus cruels de sa patrie. Eh! quels
ennemis? Des français! Il est vrai que si quelque
chose peut le distraire de cette idée , c'est
l'urbanité, la franchise et la loyauté de la ma-
jeure partie des habitans de cette belle cité
qui gémissent de compter parmi leurs propres
compatriotes des partisans et des soutiens de
cette horde de brigands.
Ces deux sentimens, je les ai éprouvés pen-
dant un séjour que je fis à Bruxelles en juin
dernier. Je m'y étais arrêté avant de me rendre
à Spa où j'allais prendre les eaux , dont la
vertu ne s'étend pas comme celles de Léthé jus-
qu'à faire oublier le passé : aussi, tout en bu-
vant ces eaux ferrugineuses, ai-je été maintenu
(5)
d'ans les réflexions qu'avait fait naître en.moi
mon séjour à Bruxelles.
Dès mon arrivée à Spa j'avais partagé mon
temps entre la promenade et la conversation
avec quelques amis que j'y avais retrouvés , et
qui se réunissaient journellement.à la fontaine
du Pouhan, où s'était.formée une société choi-
sie en hommes et en femmes. Les journaux,
surtout ceux de Paris, occupaient aussi quel-
ques uns de mes momens, car éloigné de sa
patrie,.il semble que le desir d'être instruit
de ce qui s'y passe soit encore plus vif pour
nous. Parmi ceux que recevait l'hôte chez
lequel j'étais descendu (Belge d'origine, et
que je reconnus au ton de sa conversation pour
un des plus zélés partisans de l'usurpateur),,
se trouvait le Nain Jaune dont il me présenta
la collection de l'année courante, en en faisant
le plus grand éloge; c'était, me disait-il, le seul
journal qui méritait l'attention de tout Français
attaché à sa patrie..
La mauvaise réputation de cette feuille ne
m'avait pas donné la plus légère envie de la
parcourir, lors de mon passage à Bruxelles, où.
personne n'ignore qu'elle s'imprime. Je le dis
franchement à mon hôte qui, voulant piquer
ma curiosité., m'assura que j'avais eu tort. de
(6)
la dédaigner, ne fut-ce qu'en raison de son
excellente rédaction, dont, ajouta-t-il, les plus
illustres réfugiés de la France se sont chargés ;
et de suite il me nomma, comme collabora-
teurs de cette infernale feuille :Crassous, Bory
de Saint-Vincent, Courtois (1), Teste , etc. etc.
Ces hommes, continua mon hôte, justifient,"
en Belgique, la réputation dont ils jouissaient
dans leur patrie, ne fut-ce que par les prin-
cipes libéraux qu'ils y ont propagés, et qui, sous
le règne de Napoléon, ont fait la gloire et l'hon-
neur de la nation française.
J'ignore jusqu'où mon hôte aurait poussé
le pompeux éloge qu'il me faisait des rédac-
teurs du Nain-Jaune, si je ne l'avais pas in-
terrompu , en lui disant qu'à Bruxelles on me
les avait désignés sous les noms de MM. Combe,
Lemaire et Isidore. Il est vrai, me répondit-il,
que cette erreur s'est accréditée ; mais ces mes-
sieurs ne sont que les copistes des articles qui
leur sont remis par les illustres personnages que
je viens de vous nommer.
Un sourire sardonique , que mon cher hôte
(1) M. Courtois vient de mourir il y a quelques
semaines:malheureusement il laisse de sa race.
(7)
prit sans doute pour une approbation, ter-
mina notre conversation ; mais il ne se retira-
pas sans laisser sur ma table la collection qu'il
m'avait présentée.
En me nommant les véritables rédacteurs
du Nain-Jaune, j'avoue qu'il avait excité ma
curiosité : je pris donc ce misérable journal,
et j'en parcourus divers articles rentre autres
ceux intitulés: Caractère d'un Homme d'Etat ;
Paris ; Annales de l'Hymenée ; Fragment du
Livre de Lamuel ; de l'Etat de l'Europe ;
Voyage en Enfer.
Ce dernier article est le seul dont je vais;
donner un extrait :
On peut le regarder, en partie, comme un
temps de repos pour les rédacteurs du Nain-
Jaune. Quand ils sont fatigués d'outrager les
têtes les plus augustes, alors, pour reprendre
haleine, ils s'égayent aux dépens de ceux dont
les noms se présentent indistinctement à leur
imagination; mais c'est toujours dans le fiel
qu'ils trempent leur plume : les furies ne rient
jamais.
Ce voyage , divisé en quatre chapitres, est
censé un ouvrage inédit de M. de Château-
briant
Dans le premier chapitre M. de Château-
(8)
briant s'endort à la lecture de ses ouvrages,
Pendant son sommeil il a une vision :il désire
quitter la terre des vivans; une pythonisse lui
apparaît. Je devine , lui dit elle, la pensée qui
vous occupe, je vais vous dire quels moyens
vous devez employer pour pénétrer dans les
sombres demeures.
Munissez-vous d'un triple cadeau : un pour
Caron, un pour Cerbère, et l'autre pour le
Diable. Caron, comme les sieurs Chéron et
Roux-Laborie , ne fait rien pour rien. S'il ne
vous reste pas un écu des dix mille francs que
vous donna, à titre de prêt, madame Bacciochi,
il doit au moins vous en rester un des quinze
mille francs dont Rovigo paya les éloges que
vous aviez donnés à son maître. Présentez-le à
Caron, vous en verrez l'effet. Quant à Cerbère,
si vous n'avez pas de gâteau à lui donner,
pétrissez quelques feuilles de vos ouvrages,
faites-en une boule, jetez-lui dans la gueule ,
et vous en verrez l'effet. Reste la part du Diable :
ne pensez pas au rameau d'or. Le prince des
Bienéventés a passé par ici ; non-seulement il a
cueilli le rameau, mais il a emporté l'arbre et
les racines. Faites-donc, comme Orphée, usage
de l'instrument que vous possédez.
Ici l'auteur occupe son lecteur de M.de la
(9)
Valette et de sa femme, sortant des lieux sou-
terrains et fuyant sous la protection de trois
hommes vêtus de rouge.
Là se termine le premier chapitre.
Dans le second, le voyageur arrive aux bords
du Styx. Bientôt des aboiemens féroces se font
entendre : ce sont ceux de Cerbère , dont les
trois têtes ressemblent l'une à W, repré-
sente l'injure; la seconde, la dénonciation,
sous la figure de X. et la troisième, sous
les traits de l'abbé Z la calomnie.
Il endort Cerbère en lui jetant la collection
de ses OEuvres; et, croyant qu'il va poursuivre
tranquillement sa course, il est harcelé par les
Maringuoins du Cocyte, qui là, s'appèlent :
Chazet, Théaulon} Brazier, Chéron, etc.; il
s'en délivre cependant en crachant sur eux, et
arrive au tribunal de Minos.
Ce tribunal fait le sujet du troisième chant.
La première ombre qu'il reconnaît est celle
d'un homme long, sec, maigre, décharné, qui
répond aux juges avec autant d'astuce que le
libraire Michaud.
Ce troisième chant est terminé par une imi-
tation sacrilège d'un morceau de Télémaque,
Je me croirais aussi criminel que l'auteur de
( 10 )
cet infernal voyage, si j'osais transcrire un seul
mot de cette diabolique imitation.
Enfin, dans le quatrième chapitre, l'auteur,,
maître dans l'art de forger des traits empoi-
sonnés , et ne voulant pas en remporter un
seul de ceux dont il a fait provision pour son
voyage , se hâte de terminer sa promenade
dans le Tartare, et décoche ce qui lui reste de
ces traits empoisonnés sur un prince, que son.
grand âge rendrait seul respectable, s'il n'avais
pas encore pour lui la bravoure qu'il a
montré à la tête des armées qu'il a comman-
dées, et ses vertus privées et ses malheurs;,
sur un Grand de l'empire, qui donne journel-
lement des preuves de son dévouement à la
personne sacrée du Roi : sur MM. Hyde-
Neuville, Lally , etc., etc., et même sur
Mlle Volnais..
Il couronne sa sortie du Tartare en disant :
je ne vous parlerai plus que d'un homme qui,
présent dans tous les cercles en même temps,
subit en même temps toutes les diverses peines-
attribuées à ses oeuvres diverses ; c'est le prince
des Bienéventés , apostat, adultère , concus-
sionnaire , agioteur, conseiller perfide, agent
infidèle; ici il figure en bonnet carré, là en
mitre épiscopale ; ce qui ne l'empêche pas d'être
( 11 )
torturé ailleurs, en habit de ministre, et ail-
leurs en habit de prince.
L'infernal voyageur arrive dans l'Elisée : il
y reconnaît le maréchal Ney et le général
Labédoyère ,,
Ici ma plume s'arrête; ce serait partager les
blasphèmes des rédaceurs du Nain, que de
transcrire les éloges qu'ils prodiguent à ces
hommes traîtres à la patrie, et qui ont fait
couler tant de sang.
Je reviens donc à leur journal couvert,
comme je l'ai dit précédemment, de la pro-
tection des lois Belgiques, qui accordent à
ces misérables l'indicible privilège d'user à
leur gré de l'arme empoisonnée de la calom-
nie contre qui bon leur semble.
C'est pour avoir usé envers elle de ce sin-
gulier privilège , ainsi qu'envers son mari et
un de ses parens ( M. Dasies ), que madame
Henriette de Saint-Charles a intenté à ces as-
sassins le procès dont j'ai annoncé une simple
analyse. J'en ai élagué tout ce qui porte, de la
part de ses adversaires, et surtout de leurs
protecteurs, un caractère de perversité , de
noirceur, de lâcheté, de perfidie si prononcé
et si peu dans l'ordre naturel, qu'on y aurait
cru difficilement.
Au reste, quels que soient les retranchemens
( 12 )
que j'ai faits, on n'en sera pas moins con-
vaincu qu'il n'existe pas sur la terre d'ëtresaussi
infâmes que les illustres personnages qui rédi-
gent le Nain-Jaune (aujourd'hui.le Libéral) ;
n'en séparons pas leurs adhérens ron le sera
aussi, que, par fois , ils trouvent des Français
dignes de ce nom, qui, sous l'ombre de venger
une injure personnelle, savent venger l'insulte
laite à des noms justement révérés , ainsi que
l'honneur de leur nation, que ces misérables
écrivains cherchent, mais vainement, à flétrir
dans leur feuille empoisonnée.
C'est ce que prouvera l'histoire analysée de
ce procès..
Malgré l'extrême liberté avec laquelle on
vil à Spa ; il faut le dire, chaque société hon-
nête a le soin de ne pas admettre, principale-
ment en femmes, des personnes que leur mo-
ralité ou la bassesse de leur naissance doit en
écarter. Celle dont je faisais partie se réunis-
sait, comme je l'ai dit,, à la fontaine du Pouhan :
au nombre des dames se trouvaient mesdames
de W..., Mo...., Laf....; les demoiselles du
Ta!..., accompagnées de leur respectable père;
madame la chanoinesse Vest.... sa soeur, et
madame Saint-Charles.
Si les dames font le charme de la société, il
( 15 )
faut en convenir, ce n'est pas toujours par la
solidité de leurs raisonnemens qu'elles captent
notre attention; mais, en général, elles mettent
tant de grâce dans tout ce qu'elles disent, qu'il
faut leur savoir gré de remplacer quelquefois
la triste raison par des riens aimables.
C'est celte réflexion que bien des gens ne
trouveront peut-être pas juste, qui me fit re-
marquer madame de Saint-Charles. Rencon-
trer dans une femme de vingt-deux ans , de
l'esprit sans affectation, de l'instruction, ce
ton de bonne compagnie qu'on commence
enfin à retrouver dans les cercles de Paris, pas
la plus légère prétention, même à la beauté;
cependant, avec tous les droits d'en avoir de
bien fondés, sachant écouter et aussi bien ré-
pondre: tous ces moyens de plaire réunis dans
une seule personne, sont bien faits pour ex-
citer la curiosité, et la porter même jusqu'à
l'indiscrétion ; c'est ce qui m'arriva pour tâ-
cher de connaître plus particulièrement ma-
dame de Saint-Charles dont je viens d'esquisser
le portrait.
Madame.de W était, de toutes les dames
de notre société, celle avec laquelle mad. de
Saint-Charles me paraissait le plus liée.Je con-
naissais madame de W , ainsi que son mari,
( 14)
ancien officier aux gardes suisses ; j'avais beau-
coup fréquenté leur maison à Lausanne ; je
m'adressai donc à elle, et, comme je viens
de le dire, je mis presque de l'indiscrétion
dans mes questions sur son amie.
Je n'ai qu'un mot à vous répondre, me
dit madame de W , madame de Saint-
Charles est ma compatriote} elle est même
quelque chose de plus pour moi ; elle est
ma parente, et je me fais gloire d'avoir sur-
veillé sa première éducation.
Celte réponse était bien simple, mais d'a-
près l'opinion favorable que j'ai de madame
de W , femme du plus rare mérite, celle
que je formai de madame de Saint-Charles
fut bientôt fixée : mon séjour à Spa ne fit
que la confirmer.
On saura bientôt pourquoi j'appuie si for-
tement sur la moralité de cette dame.
Jadis à Spa la politique occupait fort peu
les étrangers qui s'y rendaient. Les amusemens
dont on devait jouir dans le cours de la jour -
née, faisaient tous les fraisde la conversation du
matin , aux diverses fontaines où l'on se réu-
nissait : aujourd'hui l'on ne s'y aborde qu'en
se demandant : Quelle nouvelle ?
Parmi les Français qui se réunissaient à
(15)
notre société, s'en trouvait un qui s'y était
faufilé , je ne sais comment. Comme on igno-
rait son nom , qu'il cachait, cependant sans
affectation, on le désignait par celui de Les On,
parce qu'il abordait toujours la société par
un on dit. Ce Français était assez bien ac-
cueilli, et paraissait avoir des liaisons par-
ticulières avec de puissans personnages. La
vérité est qu'il fournissait à lui seul plus de
nouvelles, surtout de Paris, que tous les bu-
veurs d'eau rassemblés à Spa. Chacun prêtait
plus ou moins d'attention à la lecture de sa
correspondance , qu'il ne manquait jamais
d'apporter. Par fois elle se composait de cette
chronique maligne dont Paris fournit tant de
traits, et qui font sourire l'homme le plus
morose, ou de nouvelles politiques assez in-
différentes ; mais par fois aussi, et c'était le
plus souvent, les nouvelles qu'on lui trans-
mettait étaient désespérantes , et semblaient
même présager des troubles prochains. Dans
le nombre de ceux qui composaient notre
réunion, il s'en trouvait souvent qui révo-
quaient en doute ses tristes nouvelles. Alors
mon homme prenant le ton d'un initié dans
tous les cabinets de l'Europe, se contentait
( 16)
de dire : l'avenir , et il n'est pas éloigné, vous
prouvera que je suis bien instruit.
Madame de Saint-Charles et son parent ,
M. Dasies (1), étaient les deux contradicteurs
les plus prononcés de ce sycophandre, dont
la religion politique se montrait sous deux
faces différentes, parce que, disait-il , il vou-
lait être juste même avec les partisans de
Napoléon j propos qu'il répétait souvent.
Il n'y a que l'homme attaché à un tel bri-
gand , lui dit un jour madame de Saint-Charles,
qui puisse être le défenseur de ceux qui lui
sont encore dévoués. — Eh ! quand je serais
attaché à un homme dont le génie a prouvé....
(1) Je tiens d'un colonel français qui faisait partie de
notre société, qu'à toutes les époques de la révolution,
M.. Dasies gentilhomme français, s'était montré un des
plus zélés partisans des Bourbons; qu'en tre autres preu-
ves de son dévouement à son légitime souverain , ce fut
lui qui, accompagné de plusieurs gentilshommes,
demanda à S; M. l'empereur de Russie, lors de l'en-
trée de ce puissant monarque à Paris, la permis-
sion d'en parcourir les rues et les faubourgs, le
drapeau blanc fleurdelisé à la main, et d'y annon-
cer l'arrivée de S. M. Louis-le-Désiré, au cri de vice
le roi !
( 17 )
—N'achevez pas, dit M. Dasies, en l'inter-
rompant, et, de ce moment, choisissez une
autre société que la nôtre : je suis certain que
je vous intimé cet ordre au nom de tous ceux
qui sont ici présent.
Chacun applaudit à ces paroles, et notre
homme se levant furieux, lança à M. Dasies
un de ces regards qui annoncent qu'on se
trouve insulté et qu'on veut tirer vengeance
de l'insulte. M. Dasies se levant de son côté et
l'arrêtant par le bras: il y a déjà plusieurs jours,
lui dit-il, que je vous ai démasqué. La corres-
pondance active dont vous nous avez fait part,
vous vient, je n'en doute pas, de ces coquins
qui rédigent le Nain-Jaune ; vous êtes leur
émissaire et leur colporteur ; car j'ai retrouvé
dans leurs abominables feuilles à peu près tout
ce que vous nous avez débité.
La querelle s'échauffait ; je voyais le moment
où M. Dasies allait joindre l'action au geste ;
chacun avait quitté sa place et répétait à ce M.
Le On l'ordre qui lui avait été intimé au nom de
la société : il profita de ce nouvel avertissement
pour s'éloigner ; ce qui rassura tout le monde,
au moins pour le moment ; mais l' on fut bien
plus rassuré sur les suites de cette altercation,
quad une heure après l'on apprit que ce misé-
2
( 18 )
rable avait quitté Spa avec une telle précipita-
tion qu'il avait oublié de compter avec son hôte.
Les petites causes produisent les grands ef-
fets : madame de Saint-Charles et M. Dasies
étaient loin de prévoir qu'ils venaient de four-
nir aux rédacteurs du Nain-Jaune les pre-
miers matériaux du procès qu'ils devaient avoir
contre eux.
Depuis plusieurs jours celte dame avait an-
noncé son départ pour Bruxelles, où elle se
proposait de passer quelques jours à l'effet d'y
attendre une de ses soeurs qui devait s'y rendre
accompagné de son mari, et dont le projet
était de gagner le port d'Ostende à l'effet de
s'y embarquer pour l'Angleterre. Madame de
W était aussi au moment de son départ
pour la Suisse : c'est par ces deux motifs que
madame de Saint-Charles s'était décidée à quit-
ter les eaux avant la fin de la saison : nous
étions alors dans les derniers jours de juillet.
Elle partit donc au grand regret de tous ceux
qui, à Spa, s'étaient trouvés de sa société.
J'ignorerais tous les détails subséquens, étant
resté à Spa jusqu'à la fin de la saison, si, avant
de me rendre à Paris, des affaires d'intérêt
que je n'avais pas terminées à Bruxelles, lors
de mon passage dans cette ville pour me