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Un peu de tout

15 pages
Corréard (Paris). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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PBIX : 30 CENTIMES.
PARIS,
Chez CORRÉARD, libraire, Palais-Royal, gai. de bois.
10 avril 1820.
UN PEU DE TOUT.
CHAPITRE Ier.
LORSQU'UN gouvernement a besoin d'arbitraire, c'est
qu'il faut imposer silence à des hommes devant un sys-
tème ou un parti ; et ces hommes sont donc bien redou-
tables, bien influens, bien nombreux, puisque les lois
sont impuissantes contre eux; et le système ou le parti
devant lesquels il faut abaisser ces hommes, sont donc
bien faibles, bien impopulaires, puisque le gouverne-
ment qui s'appuie sur eux, ne peut les protéger qu'en
Violant toutes les garanties,- qu'en employant des moyens
extraordinaires, qu'en recourant aux mesures que les
dangers les plus efFrayans ne peuvent pas même légi-
timer.
Ces réflexions sont la conséquence nécessaire de la
conduite du ministère. Il demande des moyens extraor-
dinaires, il se trouve donc dans une situation bien péril-
leuse. Il ne peut, par l'action seule des lois, comprimer
le parti qu'il combat et les doctrines qui ne sont pas les
siennes; ce parti et ces doctrines sont donc bien popu-
laires, et le ministère l'est donc bien peu. De quelque
manière que l'on examine le système de nos gouverne ns,
les dernières discussions de la chambre et leurs résultats,
l'on n'en peut tirer que cette conséquence : le ministère
est faible et ses adversaires sont puissans. Et que les
apparences de succès qu'il croit avoir obtenus dans le
(4)
corps-législatif ne le trompent pas. Il doit savoir, par sa
propre expérience, que les divisions de la chambre
ne représentent pas les divisions de la nation. D'ail-
leurs , il n'a pas consommé le travail qu'il se propose en
faisant sanctionner ses volontés par un certain nombre
de voix. Il faut encore les mettre à exécution ; et c'est
ici que se présentent les difficultés, s'il faut juger de la
résistance qu'il peut trouver anu dehors par celle que lui
a fait éprouver une imposante minorité dans la chambre.
Déjà les citoyens se montrent disposés à employer
tous les moyens légaux connus en France, et à user de
tout ceux qui découlent nécessairement de l'ordre cons-
titutionnel. Une souscription, à la tête de laquelle se
trouve un grand nombre de noms respectables, s'est
ouverte en faveur de ceux que l'emploi de l'arbitraire
pourrait priver de leur liberté ; et les citoyens sont ac-
courus en foule pour se faire inscrire. Le gouvernement
a essayé d'en détruire reflet en dirigeant des poursuites
contre ceux qui ont annoncé cette souscription à la
France; mais ces poursuites n'ont point diminué l'ar-
deur des amis de la liberté; ils continuent à la remplir
en se demandant en vertu de quelle loi l'on peut punir
des hommes, pour avoir offert et préparé des secours aux
victimes d'une loi que le ministère lui-même a déclarée
arbitraire.
La liberté de la presse échappe aux nouveaux liens
dans lesquels des mains, débiles ont voulu l'arrêter ,
et, nouveau Protée, elle se présente toujours formidable
au pouvoir qui a cru l'étouffer, en détruisant une de ses
formes particulières.
Que de nouvelles attaques se préparent contre nos li-
bertés, et de nouveaux moyens de résistance en naîtront
infailliblement. Ces choses sont une conséquence néces-
saire du système représentatif.
Mais, quoiqu'il en soit de la résistance que le ministère
peut rencontrer, quels seront les résultats du système
qu'il adopte? Pense-t- ou que "l'arbitraire dirigé contre
ces hommes dont la force nécessite des moyens extraor-
dinaires, éteindra les animosités, décréditera leur doc-
trine, et détruira leur influence ? Ne se rappelle-t-on pas
comment ils se sont relevés de toutes les persécutions
(5)
qu'ils ont éprouvées? Croit-on l'emploi de la force, sans
garantie de justice, bien propre à calmer les passions?
Et lorsque l'arbitraire aura cessé, ne se reproduiront-ils
pas plus forts qu'auparavant de tout l'intérêt que fait
naître même l' apparence de la persécution ? Alors, de
même qu'il aura fallu l'arbitraire pour les renverser, il
faudra encore l'arbitraire pour les tenir attachés à la
terre. La nécessité, pour certaines gens, d'y recourir
aujourd'hui, n'est-elle pas une preuve suffisante que
précédemment, il n'a remédié à rien, et qu'on sera forcé
d'y recourir encore? C'est un cercle vicieux dans lequel
les hommes qui nient le pouvoir et l'existence de l'opi-
nion, entrent avec plaisir (parce qu'il est plus commode
d'emprisonner quelqu'un, que de lui prouver qu'il a
tort ), mais dont on ne peut sortir aisément, même au
plus fort des dangers qu'il a créés. Mais, pour exercer ce
pouvoir, encore faut-il disposer d'une grande force. Or,.
quelle est la force du ministère qui s'est chargé défaire
sortir le bonheur de là France de cette source impure ?
L'examen de quelques uns de ses actes nous en donnera
la juste mesure.
Il lui fallait douze hommes pour exercer les fonctions,
de censeurs, et il a essuyé vingt refus. Ceux Imêma
qui ont accepté ces tristes charges, reculent devant la.
responsabilité personnelle qu'elles pourraient entraîner ;
aucun d'eux ne veut s'engager à examiner seul et à re-
jeter, de sa propre autorité, les écrits qu'on lui soumet.
Il faut constituer douze hommes de lettres en cour judi-
ciaire, pour faire le procès d'un article de journal, afin
que chacun, en temps et lieu, puisse réjeter sur ses-
collégues, l'odieux ou le ridicule d'un acte de censure.
Cette forme bizarre triple le poids du joug imposé-
aux journalistes, et nécessite la Création d'un tribunal
suprême de censure pour juger les différens qui s'élève-
ront entre les censeurs subalternes.
Et cependant ces mêmes articles rejetés aussi solenr
ncllement, imprimés le lendemain dans des supplémens,.
révèlent au public la pensée toute entière des écrivains
qu'il était habitué à lire chaque matin , et témoignent,
hautement, des craintes ridicules de la partialité dé-
clarée, des scrupules risibles de ceux qu'on a chargés de
(6)
penser pour toute la France. Mais le pouvoir a-t-il cal-
culé bien juste, même pour les intérêts prèsens, et ne
doit-il pas souvent arriver que tel article, dangereux en
lui-même, eût été repoussé comme tel par les lecteurs, s'il
eût paru librement, et que, bien au contraire, l'honr
rieur d'avoir attiré l'attention du pouvoir et d'avoir exr
cité ses craintes, le fera rechercher et lire avec une
espèce de faveur?
Personne, jusqu'à présent, ne s'était avisé de prendre
pour honorables les fonctions d'inquisiteur de la pensée;
mais les hommes qui se résignent à les exercer aujour-
d'hui , bien certains qu'ils seront connus tôt ou tard et
recommandés, comme ils le méritent, au respect et à
la reconnaissance de la France entière, s'imaginent
qu'ils iront au-devant de tous les reproches, qu'ils en
détruiront l'effet en s'avouant hautement ; et leurs noms
sont pompeusement proclamés dans des ordonnances
royales. Ils croient imposer par l'apparente fierté de
leur attitude, par l'espèce d'oubli qu'ils affectent de
l'opinion que l'on eut toujours de leurs pareil?; et n'est-ce
pas là encore un signe de faiblesse?
Après les discussions solennelles qui ont eu lieu dan?
lès deux chambres ; après les longs plaidoyers des mi-
nistres et de leurs amis en faveur des lois d'exception ;
à leur apparente fermeté; au dédain avec lequel ils
refusaient la discussion , on aurait pu croire non-
seulement qu'une profonde conviction de la bonté de
leur cause était dans leur âme, mais encore qu'ils étaient
sûrs de l'approbation générale hors de l'enceinte de la
chambre; et voilà qu'aujourd'hui une longue lettre de
M. de Richelieu vient nous révéler le besoin que l'on
sent de publier une nouvelle apologie de sa conduite, et
la connaissance que l'on a delà résistance morale qu'é-
prouvent au dehors les actes ministériels. L'avocat qui
alonge son plaidoyer, qui répète fréquemment ses argu-
rnens ? donne toujours une idée défavorable de sa cause.
Il sent qu'il n'a pas convaincu son auditoire, et ses
efforts réitérés ne sont qu'nne maladresse de plus.
Si Ieminislère est fort, s'il peut exercer l'arbitraire dans
sa plénitude, l'arbitraire doit encore long-temps peser sur
la France; mais si la faiblesse de ceux qui exercent le
pouvoir, contraste avec la force des moyens qu'ils ont

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