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Un poète chrétien. Eloge historique et littéraire de Reboul ; par l'abbé P.-G. Deydou,...

De
19 pages
impr. de Vve J. Dupuy (Bordeaux). 1866. Reboul, J.. In-8° , 80 p..
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UN POÈTE CHRÉTIEN.
ÉLOGE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE
DE
REBOUL
PAU *
L'Abbé P.-G. DEYDOU,
PAOFESSRI'R DE RllETURIorE AU PETIT-SKMINA IRL DE BORDEAUX.
Discoure prononcé à la Distribution des Prix, le 26 Août 1866.
PRIX : 50 CENTIMES
BORDEAUX
TYPOGRAPHIE Ve JUSTIN DUPUY ET TOMP
Hue Guuvion, 20
1866
i J
EMINENCE, (*)
MESSIEURS,
La jeunesse aime les poètes et la poésie. Elle seule, en
nos jours de matérialisme pratique, prête l'oreille aux voix
mélodieuses; elle seule savoure en ses fêtes la divine am-
broisie des beaux vers; et, quand un astre chéri vient à s'é-
teindre, elle seule cherche au firmament la place où il
brilla. Votre âme de père, Eminence, agréera donc que
cette fois encore ses enfants du Petit-Séminaire lui offrent
l'éloge d'un poète, d'un poète chrétien. Après avoirioué
Jasmin, nous louerons Reboul, son frère de lait (1), comme
l'appelait notre chantre Gascon.
D'ailleurs en étudiant Jasmin, le perruquier-troubadour
et le boulanger-poète nous sont apparus au milieu des arè-
nes de Nîmes, enlacés dans les bras l'un de l'autre, poitrine
(') Son Eminence le Cardinal Donnet, Archevêque de Bordeaux.
(1) Papillotes. Nîmes et Jean Reboul.
4
contre poitrine, visage contre visage, non point pour lutter
et se vaincre, mais pour consacrer aux yeux de tout un
peuple, par une fraternelle étreinte, l'union de leurs deux
Muses dans les mêmes sentiments de foi et de charité, de
respect et d'amour pour toutes les choses grandes, belles
et saintes qui font l'honneur, sinon toujours le bonheur de
la terre, et qui préparent la félicité du ciel. Puis, nous les
avons vus, comme l'avait chanté ce jour-là notre barde,
reprendre tous les deux leur marche,, l'un par le grand che-
min royal (i), l'autre par les frais sentiers des prairies,
l'œil fixé vers le même but, et arriver presque ensemble
aux pieds du juge des bons combats.
Quoique mort le dernier, Jasmin, étant Gascon, avait droit
à la préférence, il a eu notre première couronne. Mais les
morts attendent avec patience, et Reboul ne se plaindra
pas d'un hommage tardif.
Le tableau que nous vous présentons cette année, pourra
vous paraître simple et sévère; mais ces contrastes ne sont
pas sans charmes, et quand on a suivi la Muse populaire
dans ses ovations et ses pèlerinages, il peut y avoir profit à
s'arrêter un instant pour contempler le spectacle qui plai-
sait tant au Père Lacordaire : Un grand cœur dans une pe-
tite maison (2).
Plusieurs d'entre vous, Messieurs, ont visité Rome, Après
avoir vénéré le seuil des saints Apôtres, vous avez couru
au Colisée, mesuré du regard ces gigantesques murailles
qui abritaient les jeux du peuple-roi cherché dans les car-
refours de la Rome chrétienne les sanctuaires gracieux de
(1) Papillotes. Nîmes et Jean Reboul.
(2) Lettres du P. Lacordaire.
5
la Cérès hellénique et de la Vesta des vieux Sabins, salué
le Panthéon; puis, franchissant l'enceinte extérieure, ad-
miré les vestiges de cette force, qui du flanc des Apennins
amenait l'eau vierge (1) dans la cité des empereurs sur des
arcs-de-triomphe. Si jamais il vous prend envie de renou-
veler vos émotions, et vous, jeunes gens, qui n'avez pas
quitté le sol natal, si vous voulez à moindres frais vous for-
mer une idée de l'architecture des anciens maîtres du
monde, aux beaux jours des vacances descendez vers le
Midi. A deux journées de Bordeaux, sur les confins du Lan-
guedoc et de la Provence, dans une plaine coupée de ma-
rais, plantée de mûriers, d'oliviers et de vignes, mais qui,
en été, avec ses eaux stagnantes, ses pâturages brûlés, la
verdure grisâtre de ses arbres, et son horizon de monta-
gnes, rappelle un peu la campagne romaine, vous trouverez
la Rome des Gaules, Nîmes, ancien camp des vétérans du
second César.
Une haute tour veille à la porte comme une sentinelle
attentive (2) ; un aqueduc à triple étage y conduit les eaux
de deux sources au nom poétique et sonore (3), un temple
grec parfaitement conservé, un vaste amphithéâtre attes-
tent l'affection d'Antonin pour la ville d'où sortait sa fa-
mille. C'est dans ce cadre grandiose et fait pour lui que
nous apparaît avec sa mâle figure le dernier des Romains, (4)
l'admirateur passionné, l'imitateur souvent heureux du
grand Corneille, l'homme aux convictions inébranlables, le
(1) L'Acqua Virgine, source qui alimente la principale fontaine de
Rome. Elle fut découverte, dit-on, par une jeune fille sabine.
(2) Tour Magne, Pont du Gard, Maison-Carrée, Arènes.
(3) l'Aure et l'Airain.
(4) M. de Pontmartin, Etude sur Reboul.
6
l
poète austère, le fier et doux chrétien, Jean-Baptiste Re-
boul. r
Il naquit en janvier 1796. Fils d'un rude serrurier, bap-
tisé en cachette par un prêtre fidèle, il fut élevé dans la
haine des monstres de 93, et des doctrines qui avaient pré-
paré leur domination d'un moment.
Nous avons peu de détails sur ses premières années; on
rapporte seulement un mot de l'avoué qui l'avait pris pour
clerc : « Je donnerais deux doigts de ma main pour avoir
ses aptitudes. » On a conservé aussi le souvenir d'un songe
terrible qu'il eut dans les arènes, un jour qu'il était venu
chercher au milieu des ruines une distraction au cruel spec-
tacle des larmes de sa mère, et des souffrances de son père
mourant. C'est à la suite de ce songe qu'il écrivit ses pre-
miers vers. -
On aime de nos jours à rechercher dans les circonstances
extérieures du milieu physique et moral les diverses in-
fluences qui ont pu façonner ou modifier une nature;
n'entrevoyez-vous pas déjà, Messieurs, dans l'enfant, ce que
l'homme sera plus tard? Attendez un peu, et la religion et
la douleur viendront compléter cette physionomie, en met-
tant un sourire attendri sur ce visage de bronze.
Forcé pour subvenir à ses propres besoins et à ceux de
sa mère d'apprendre un état, il choisit celui de boulanger.
Dans ses loisirs, il lisait les meilleurs ouvrages des littéra-
tures française et étrangère, ancienne et moderne, et nous
le trouvons à vingt-quatre ans, improvisant des chansons
joyeuses ou d'aimables satires de société.
Ce n'était pas la première fois que la Muse visitait un en-
fant du peuple. La cour de Louis XIII avait écouté un ins-
tant les chants élégiaques et les refrains bachiques de maî-
tre Adam Billaut, et Pierre Corneille avait rimé à la louange
7
de F Orphée au rabot un sonnet assez médiocre. Mais au
dix-septième siècle, le menuisier de Nevers, attaché, selon
la mode du temps, à la maison d'un grand seigneur, se fit
courtisan et bouffon pour vivre ; le boulanger de Nîmes,
jaloux, de son indépendance, resta toujours maître de lui-
même, et ne tarda pas à prendre la poésie au sérieux.
Frappé de bonne heure dans ses affections les plus chè-
res, dont Dieu envoya les objets ou dans la tombe ou dans
l'exil, il eut une heure, mais rien qu'une heure d'accable-
ment (1), après quoi il prit la lyre et en tira une note plain-
tive, mais discrète et voilée, qui alla droit au cœur de tou-
tes les mères. Vous avez nommé l'Ange et l'Enfant. Un
grand poète l'entendit, et, suivant le noble mouvement d'une
âme élevée qui ne connait pas la jalousie et ne craint pas
les rivaux, il salua publiquement le génie dans l'obscu-
rité. (2)
Un autre littérateur fameux contribua pour sa part à ap-
peler sur Reboul l'attention publique ; ce fut cet Alexandre
Dumas qui depuis. et déjà même alors. mais ce n'est
pas ici le lieu des objurgations et des doléances.
Ce fut sur les vives instances et sous le patronage, de ces
deux écrivains que parut, en i836, le premier recueil de
Reboul.
Le poète, dont le cœur avait suivi sur la terre étrangère
les descendants de nos vieux rois, voulut que son livre al-
lât leur apporter un parfum de la France, et depuis, ses
vers ne désapprirent jamais le chemin de l'exil. A quelque
opinion que l'on. appartienne, on ne peut qu'applaudir à
(1) Epemière&jpoésies, livre III.
fi). kW rt Méditations poétiques. Reboul, premières poésies,
/i\
8
cette fidélité touchante : les Muses chantent si rarement
pour les malheureux et pour les vaincus.
De toutes les appréciations de la critique, nulle peut-être
ne fut plus juste, dans sa rude franchise, que celle de Frays-
sinous. Dans une lettre confidentielle, il reconnaissait un
nouveau venu : « Os magna sonatûrum; mais il regrettait
» qu'à l'entrée de sa carrière un si rare talent n'eût pas été
» dirigé, cultivé par des mains habiles. (i) »
C'est qu'en effet chez Reboul, et surtout au début, au mi-
lieu des plus suaves compositions, à côté de beautés mâ-
les, neuves, éclatantes, on rencontre souvent d'étranges
disparates : une négligence, un tour incorrect, une expres-
sion dure et heurtée, trahissant même l'idée qu'elle doit
exprimer, révèlent une éducation incomplète, une tardive
initiation (2). L'artiste a l'instinct musical, mais l'instru-
ment est parfois rebelle, comme il l'est pour le musicien
dont les doigts ont essayé trop tard de s'assouplir.
Avouons-le, Messieurs, on fit à Reboul d'autres repro-
ches. Certains critiques (3) auraient voulu trouver en lui
un poète populaire, et s'étonnèrent qu'il traitât les grands
sujets. Reboul pouvait répondre qu'il fallait le prendre tel
qu'il était, qu'il livrait au public ses inspirations vraies;
que, pour être boulanger, on n'est pas tenu de chanter son
pétrin, et de donner pour titre à ses poésies des noms qui
rappellent le métier de l'auteur, comme avait fait maître
Adam, comme faisait alors Jasmin. (4) Il y a des patriciens
(1) Frayssinous, œuvres complètes. Ed. Migne, Lettre à M. de
Fresne.
(2) A. de Pontmartin, Etude sur Reboul. Correspondant, juin 1864.
(3) Gustave Planche.
(4) Chevilles, Papillotes.

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